Les Simca Vedette constituent une famille de véhicules construits et commercialisés dans de multiples déclinaisons par le constructeur français Simca entre 1954 et 1961. Ce sont les dernières voitures françaises de grande série animées par un moteur V8, les Facel Vega à moteur V8 d'origine américaine étant construites en petite série.

Présentée par Ford SAF en , vingt jours avant l'ouverture du Salon de l'Automobile de Paris, elle a été rebadgée « Simca » à partir de après le rachat de Ford SAF (Ford France) par Simca..

Contexte historique En (avec effet au ), Simca rachète Ford S.A.F. (Société Anonyme Française) et s’approprie ainsi son usine de Poissy (Seine-et-Oise). Le contrat entre les deux firmes prévoit que la maison mère américaine Ford Motor Company conserve 15 % du capital de Simca en échange de la cession de sa filiale française, participation portée ultérieurement à 25 %.

Tandis que le groupe Ford, déçu par les résultats de son activité en France, se recentre sur ses filiales en Allemagne de l'Ouest et en Grande-Bretagne, Simca récupère la toute nouvelle gamme Vedette millésime 1955, conçue par Ford dans son siège de Dearborn, pour remplacer la première Vedette lancée en 1948, ainsi que le réseau de concessionnaires Ford S.A.F.

La nouvelle gamme Vedette est présentée sur le stand Ford au Salon de Paris, en . Elle est produite d'octobre à novembre sous la marque Ford et à partir du sous la marque Simca après qu'environ eurent été fabriqués par Ford, à la suite du rachat de l'usine de Poissy par Simca qui n'avait aucune volonté de développer ce modèle et profita seulement de son apparition pour augmenter ses volumes de ventes globaux et surtout, disposer d'un centre de production à Poissy, qui lui permettait de mieux servir ses perspectives d'avenir.

Vedette première série : 1954 – 1957

Modèles Source.

Dès sa sortie et selon un plan de commercialisation bien conçu par l'état major de Ford, la gamme Vedette est divisée en quatre modèles bien distincts dans la gamme équipée du V8 de (les modèles équipés du moteur V8 ne sont pas remplacés) avec un , modèle d'entrée de gamme qui offre un prix d'appel bien positionné (sans volonté de faire des volumes de vente), un qui devait assurer à lui seul le maximum des volumes de cette gamme, un (grand luxe) destiné à compléter l'offre produit vers le haut et un produit niche, la version break (station wagon) : la Trianon, modèle d’entrée de gamme, dépouillé de manière à lui permettre d'afficher un prix de vente compétitif ; la Versailles, modèle phare de la gamme se distingue par son équipement de base, sa présentation en deux tons, ses projecteurs antibrouillard, ses feux de recul, ses encadrements de pare-brise et de lunette arrière chromés, ses pneus à flancs blancs. ; la Régence, luxueusement présentée, est reconnaissable à son intérieur particulièrement soigné intégrant une radio, sa peinture bicolore à la présentation spécifique et à ses enjoliveurs de roues à rayons ; la Marly, version break de la Versailles, un break de luxe équipé d’un hayon arrière en deux parties, dont les ventes ne commencent qu'en janvier ..

Caractéristiques Un seul moteur est proposé, il s’agit du vieux V8 Ford « Aquilon » à soupapes latérales, dont la cylindrée est portée à (alésage , course ). Il développe à , avec un équipement électrique de 6 volts (45 ampères), qui ne passera à 12 volts qu'en 1957.

La principale innovation concerne la structure de la voiture, qui abandonne le châssis séparé pour une carrosserie monocoque bien plus dans l’air du temps. En revanche, les trains roulants et la mécanique restent classiques avec une boîte de vitesses mécanique à trois rapports, la transmission arrière avec un pont rigide et une suspension à ressorts semi-elliptiques longitudinaux, une direction à vis globique et galet de type Gemmer et un freinage sans assistance. Toutefois, la suspension avant adopte le moderne système à jambe de force MacPherson remplaçant les doubles triangles des précédentes Ford Vedette.

En novembre 1954, au lancement, la Versailles est vendue au prix de (Trianon : 798 000 F ; Régence : 1 045 000 F), soit environ de plus que la , aux prétentions moins élevées.

Très soignée, la familiale - commerciale Marly s’adresse aux Français les plus aisés, pouvant débourser près de pour se l’offrir (1 150 000 F en janvier 1956, supplément de 44 500 F pour le toit ouvrant Vistadôme).

Évolutions La gamme évoluera les années suivantes : le toit ouvrant et translucide « Vistadôme » était disponible en option sur toute la gamme (à l'exception du break Marly). En 1957, d'importantes modifications touchent les modèles de la gamme Vedette justifiant le changement de type mines, qui garde cependant une présentation du type « Ford » ( pour les et 56 et pour les ) Dans le système Ford, la première lettre désigne le pays de fabrication (F pour France) le premier chiffre situe l'année modèle (5 pour 55 puis 7 pour 57), Le second chiffre représente le type de moteur (1 signifie , 9 pour le , 2 pour les 2,2 ou ). La lettre finale « A » signifie automobile de tourisme, « C » pour véhicule commercial… Le train avant est amélioré en 1957 par modification de la valeur de déport au sol. Ce millésime voit l’apparition de nouveaux freins plus efficaces, d'une direction moins démultipliée, d'un embrayage automatique Gravina en option, et d'un équipement électrique en (batterie 45 A) contre 6 V auparavant. Les feux arrière sont d'un nouveau dessin stylisé baptisés « Rubis », avec catadioptre intégré (sauf sur la Trianon qui conserve les feux des et 56).

En 1957, année placée sous les conséquences de « l'affaire de Suez » (rationnement du carburant entre autres), Simca avait eu l'idée d'équiper la caisse de la Trianon avec le moteur de l'Aronde donnant naissance à l'Ariane. Le poids de la caisse Simca Vedette, plutôt avantageux pour une auto de ce gabarit, permit au moteur de l'Aronde de ne pas être trop sous-dimensionné grâce à des rapports de transmission courts et bien étudiés. Les performances, accélérations et reprises de ce modèle étaient médiocres, mais suffisaient à l'utilisateur de ce type d'auto familiale économique, classée fiscalement dans la catégorie des . La formule obtenue avec l'Ariane dépassa les espérances des ingénieurs de la marque et permit à ce modèle d'être commercialisé jusqu'en 1963. Le constructeur italien Fiat, toujours actionnaire majoritaire de Simca à cette époque, s'inspira de cette version pour créer après sa disparition, sa , reprenant la caisse de la 1800 en finition simplifiée, équipée du de la 1500.

Production 1955 : . 1956 : . 1957 : (chiffre incluant déjà une partie de la production des nouvelles Beaulieu et Chambord, lancées en cours d'année). Total : .

Un an après le lancement, l'Auto-Journal disait :

Vedette deuxième série : 1957 – 1961

En 1957, d'importantes modifications touchent les modèles de la gamme Vedette justifiant le changement de type mines, qui garde cependant une présentation du type « Ford » (F 52 A pour les et 56 et pour les ). Le train avant est amélioré en 1957 grâce à la modification du déport au sol. Ce millésime voit l’apparition de nouveaux freins plus efficaces et d'un équipement électrique en . Les feux arrière sont d'un nouveau dessin stylisé, avec catadioptre intégré (sauf sur la Trianon).

Évolutions Au Salon de Paris de 1957, la carrosserie de la gamme Vedette est redessinée. Elle reçoit une nouvelle calandre, un pare-brise semi-panoramique avec retour sur les côtés, un artifice esthétique alors très à la mode aux États-Unis, de petits ailerons à l'arrière et des roues plus grandes permettant de loger des tambours plus importants et contribuer à améliorer le freinage. La longueur totale augmente de 23 cm et la largeur de 2 cm par rapport à la première série ; ces grandes voitures s'alourdissent de 110 kg..

Cette série est la dernière à être équipée d'un moteur V8 à soupapes latérales, la cylindrée est de avec une puissance de seulement au régime de (taux de compression légèrement augmenté, porté à 7,5), grâce à ce que Simca baptise le moteur « Aquilon 84 ». Ce moteur reste à trois paliers, et par conséquent peu apte aux hauts régimes.

Même si la gamme Vedette s’est désormais affranchie de Ford (le type mines est maintenant clairement du type Simca avec deux lettres : AB), sa nouvelle carrosserie évoque largement les extravagantes productions d’outre-Atlantique dont les lignes inspirent de nombreux constructeurs européens. Ceci n'est pas un hasard, car lorsque Simca acheta Ford SAF et ses modèles en cours, le développement ultérieur de cette gamme était déjà prévu par le centre style américain de Dearborn. C'est le designer Luigi RapiLuigi Rapi a été directeur du design chez Fiat Dipartimento Carrozzerie Derivate e Speciali., mandaté par Fiat à la demande de H. T. Pigozzi, qui personnalisa ce nouveau dessin pour le rendre plus typé Simca et moins internationalement Ford.

Modèles La Trianon ne disparaît pas, mais est renommée « Ariane 8 », la Beaulieu remplace la Versailles et la Chambord, la Régence. Le break Marly conserve son nom et adopte seulement la nouvelle face avant des berlines ainsi que leurs pare-brises panoramiques. Tout en haut de la gamme, la très élitiste Présidence fait son apparition et justifiera un type mines propre : le type AB-P (exigé par une majoration de la longueur hors tout : contre ) par rapport au véhicule de référence type AB).

Pratiquement seule dans sa catégorie (ses seules vraies concurrentes sont bientôt les breaks Renault Frégate Manoir et Citroën ID à seulement ), la Marly continue de séduire quelques clients français, malgré son prix relativement élevé de qui en faisait un « break de luxe » en 1957.

L’austère mais élitiste Présidence, monochrome, se veut « le nec plus ultra » de la firme de Poissy. Disponible uniquement en noir avec un rendu poli-lustré, la finition se faisait à la main dans un atelier spécifique installé à Nanterre. Elle séduira notamment le président René Coty lors de sa visite au Salon de l'Auto d', mais c'est son successeur, Charles de Gaulle, qui recevra au tout début de son mandat, la version spéciale décapotable nommée opportunément « présidentielle », qu'il utilisera pour toutes les cérémonies officielles. La sellerie en cuir beige de cette version a été confiée à Henri Chapron, dont les selliers sont réputés. Extérieurement, la Présidence était reconnaissable au premier coup d’œil grâce à sa roue de secours apparente à la « Continental » sous un cache métallique fixée verticalement à l’extérieur du coffre (sauf pour la « présidentielle » qui n'avait pas de roue de secours) et par ses deux sorties d'échappement individuelles débouchant symétriquement des butoirs de pare-chocs. Pour la première fois en Europe, la Présidence était équipée d'un radiotéléphone. En 1958, elle était affichée à .

La Présidence était proposée en deux versions dénommées : « Classique », avec séparation chauffeur et banquette avant ; « Grand Tourisme », sans séparation avec deux sièges avant Pullman.

Une carrière courte en Europe