L’Homme de Yunxian (chinois : 郧县人 ; pinyin : Yúnxiàn rén) est le nom donné à trois crânes fossiles du genre Homo découverts sur le site de Xuetangliangzi (chinois : 学堂梁子遗址 ; pinyin : Xuétángliángzǐ Yízhǐ), dans le district de Yunyang, dans la province du Hubei, en Chine. Ils ont été datés en 2026 de . Leur attribution taxonomique précise reste âprement discutée.

vignette|redresse=1|Le crâne Yunxian 1 (musée provincial du Hubei)

Situation Le site de Xuetangliangzi se trouve au bord de la rivière Quyuan (chinois : 曲远河 ; pinyin : Qūyuǎn Hé), à quelques centaines de mètres de son confluent avec la rivière Han, et à environ au sud de la ville de Qingqu. Il a donc aussi été appelé « site de la rivière Quyuan ».

Historique Deux crânes humains fossiles ont été successivement découverts par Tianyuan Li en 1989 et 1990. Ils sont écrasés et déformés, mais relativement complets. Ils ont reçu les numéros de collection EV 9001 et EV 9002 et sont couramment appelés « Yunxian 1 » et « Yunxian 2 ».

En , le site de Xuetangliangzi a été classé sur la liste des Sites historiques et culturels majeurs protégés au niveau national, dans le cadre de la cinquième série d’ajouts à la liste.

En 2005, une équipe franco-chinoise (Vialet 2005) a tenté une première reconstitution virtuelle de la forme originelle de Yunxian 2, en essayant d'effacer la déformation du crâneAmélie Vialet, Tianyuan Li, Dominique Grimaud-Hervé, Marie-Antoinette de Lumley, M. Liao, X. Feng (2005), Proposition de reconstitution du deuxième crâne d’Homo erectus de Yunxian (Chine), Comptes-Rendus Palevol, vol.4, n° 3, p.265–274, lire en ligne. Cette étude a été approfondie et élargie par la même équipe en 2010Amélie Vialet, Guipert, G., He, J., Feng, X., Lu, Z., Wang, Y., Li, T., de Lumley, M.-A. & de Lumley, H. (2010), Homo erectus from the Yunxian and Nankin Chinese sites: Anthropological insights using 3D virtual imaging techniques, Comptes-Rendus Palevol, vol.9, n° 6–7, p.331–339, DOI:10.1016/j.crpv.2010.07.017.

Fin 2022, un troisième crâne, situé à du site de découverte des deux premiers, a été mis au jour et désigné « Yunxian 3 ». Il est nettement moins déformé que les deux premiers.

En 2025, une équipe chinoise (Feng 2025) a effectué une nouvelle reconstitution virtuelle de la forme originelle de Yunxian 2.

Le site a été fouillé par des équipes de l’Institut des objets culturels et de l’archéologie de la province du Hubei, du Musée régional de Yunyang (aujourd’hui Musée de la ville de Shiyan) et du Musée du district de Yun.

Description Les deux premiers crânes sont quasiment complets, toutefois sans leur mandibule, mais ils ont été fortement déformés par la pression exercée par les sédiments accumulés au-dessus d'eux pendant près d'un million d'années.

Vialet 2005 et 2010 ont effectué une première reconstitution virtuelle de la forme initiale de Yunxian 2, le mieux conservé des deux crânes, notamment par des rétablissements de symétrie et par l'application de proportions tirées de crânes fossiles déjà connusAmélie Vialet et Florent Détroit, Les conférences du Musée de l'Homme, Les premiers Hommes de Corée au cœur de l'Asie orientale et insulaire (2/3), voir la vidéo en ligne, 2016..

Le volume endocrânien de Yunxian 2 a été estimé à , ce qui est comparable aux fossiles africains et européens de la même époque, ainsi qu'aux fossiles asiatiques légèrement plus tardifs.

Les deux crânes présentent des caractères archaïques plésiomorphes : une forme basse et allongée ; un os frontal fuyant ; un os temporal bas et allongé.

Ils présentent cependant également des caractères dérivés qui leur sont propres (autapomorphies), et qui les distinguent des Homo erectus chinois tels que l'Homme de Pékin ou l'Homme de Nankin : un processus mastoïde développé ; des crêtes mastoïdienne, sus-mastoïdienne, et un torus angularis peu marqués.

Datation Les deux premiers crânes ont été datés en 2008 de par la magnétostratigraphie. Selon les auteurs, leur couche stratigraphique correspondrait en effet à l'excursion paléomagnétique de Santa Rosa.

Jean-Jacques Bahain ont proposé en 2017 une datation un peu plus ancienne de sur la base de mesures de résonance paramagnétique électronique (RSE) et de rapports d'isotopes uranium-thoriumJean-Jacques Bahain et al., Contribution des méthodes ESR et ESR/U-Th à la datation de quelques gisements pléistocènes de Chine, in L'Anthropologie, vol.121, n° 3, 2017, p.215–233, doi:10.1016/j.anthro.2017.06.001, datation reprise par l'étude Feng 2025.

En , Christopher Bae et son équipe ont publié les résultats d'une datation d’enfouissement par nucléide cosmogénique : Ils estiment que les crânes de Yunxian datent de 1,77 Ma +/- 80k ans, ce qui en ferait des contemporains des fossiles retrouvés sur le site de Dmanissi, en Georgie.

Attribution La forte déformation des deux premiers crânes a rendu difficile leur étude morphologique et a compliqué les tentatives d'attribution taxonomique. Le paléoanthropologue britannique Christopher Brian Stringer avait proposé en 2012 d'y voir des représentants de l'espèce Homo heidelbergensis, mais cette espèce n'est jugée présente en Eurasie qu'à partir d'environ . Amélie Vialet a fait valoir en 2016 que les deux crânes ne pouvaient pas être attribués à l'espèce Homo erectus. L'étude Feng 2025 a proposé d'y voir une population ancestrale de l'Homme de Denisova, en contradiction avec la phylogénie des espèces humaines du Chibanien établie par la paléogénétique. Cette dernière attribution ne pourrait se concevoir qu'avec une datation nettement plus récente, et reste donc en l'état une vision marginale au sein de la communauté scientifique. Faute de taxon consensuel disponible à une date aussi reculée, les crânes de Yunxian ne peuvent être qualifiés que d'Homo sp. (genre Homo d'espèce indéterminée).

Industrie lithique De nombreux outils lithiques ont été trouvés sur le site : des galets aménagés, quelques bifaces, des pics, des outils sur éclats.

Cette qualification de bifaces à une date aussi ancienne a été discutée par certains chercheurs. Selon le préhistorien américain Hallam Movius, on ne trouvait traditionnellement pas de bifaces au-delà de la ligne de Movius, définie en 1949 et qui séparait l'Inde de l'Asie orientale. Des bifaces acheuléens ont toutefois été trouvés depuis en Asie orientale, notamment dans le bassin de Bose, en Chine, où ils sont datés de , mais ils restent rares dans l'ensemble de la région.

Culture et techniques Une étude a montré que les animaux exploités par l'Homme de Yunxian étaient des animaux apparemment noyés par une crue de la rivière Han, ce qui indique qu'il pratiquait vraisemblablement le charognageTianyuan Li, Age and Living Environment of Yunxian Man, lire en ligne.

Références

Voir aussi Articles connexes Paléolithique en Chine Homme de Lantian

Liens externes « Yunxian 2 : tempête sous un crâne », L' Entretien archéologique, France Culture, . « Yunxian 2, le crâne qui pourrait reculer l’histoire de Sapiens », Avec sciences, France Culture, . Signification des accumulations du matériel archéologique et paléontologique sur le site de l'Homme de Yunxian, mis en ligne le . Étude stratigraphique du site de l'Homme de Yunxian, mis en ligne le .

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