vignette|Drapeau du Parti républicain du peuple. Le Parti républicain du peuple ( ou CHP, anciennement Cumhuriyet Halk Fırkası ou CHF) est un parti politique turc, de type républicain, social-démocrate, nationaliste et laïc, créé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk. Il est membre de l'Internationale socialiste et membre associé du Parti socialiste européen.

Il constitue depuis 2002 le principal parti d'opposition face au Parti de la justice et du développement (AKP). Le symbole du CHP est composé des six flèches qui rappellent les six principes de l'idéologie kémaliste (républicanisme, réformisme, laïcité, populisme, nationalisme et étatisme), dont le parti est le représentant historique.

Histoire

1923-1945 vignette|Mustafa Kemal Atatürk et le Premier ministre İsmet İnönü, 1936. Le parti est fondé par Mustafa Kemal Atatürk en 1923, le leader des progressistes laïcs au sein du parlement turc, afin d'éliminer le groupe conservateur favorable à la charia et au maintien de l'institution du califat. Les nouvelles élections législatives permettent au parti d'acquérir la majorité à l'Assemblée nationale et de voter la création de la nouvelle république turque ( sur 286), se substituant à l'ancien Empire ottoman.

De 1923 à 1945, il est le parti unique en Turquie, mises à part deux brèves périodes (1924-1925 et août-) où un parti d'opposition a été toléré, d'abord le Parti républicain progressiste, puis le Parti républicain libéral.

D'abord connu sous la dénomination de Parti du peuple (), rebaptisé en 1924 le Parti républicain du peuple () à la suite de la création d'un parti d'opposition, le Parti républicain progressiste est créé par les quatre leaders nationaux du pays (le général Kâzım Karabekir, le commandant Ali Fuat Cebesoy, Rauf Orbay et Refet Bele) qui ne trouvent pas leur place dans le Parti républicain du peuple (PRP), accaparé par Atatürk.

La proclamation de la République de Turquie et la dissolution du califat ne faisaient pas l'unanimité dans le milieu religieux, qui s'opposait à la politique de laïcité d'Atatürk. Le Parti républicain progressiste, par son refus des réformes et surtout par son article 6 gagne la confiance du milieu théologique. Le peuple, sensible aux arguments religieux et mécontent de l'oppression du gouvernement, est massivement canalisé vers le nouveau parti.  Bien que celui-ci ne se soit pas organisé dans tout le pays, grâce à l'exploitation de l'islam, il acquiert une popularité plus grande que celle du CHP, menaçant le pouvoir kémaliste et les réformes entreprises depuis 1921.

La révolte de Cheik Sait qui éclate début , fournit au CHP l'occasion de se débarrasser d'un rival devenu assez dangereux. Après avoir découvert des liens étroits entre le Parti républicain progressiste et les insurgés, le pouvoir le dissout le et fait emprisonner ses dirigeants.

En 1930, Atatürk, constatant l'abstention grandissante lors des élections, décide de créer de toutes pièces un nouveau parti politique : le Parti républicain libéral afin de donner un nouveau souffle au régime politique turc qui ne s'est maintenu jusqu'à présent que par la répression. Mais le nouveau parti n'évolue pas dans le sens voulu et devient une menace pour le régime républicain. Le peuple turc, qui rejette les réformes kémalistes et l'attitude des bureaucrates du CHP, adhère massivement au nouveau parti qui, sous son influence, prend un virage clairement religieux et anti laïc. La victoire éclatante du Parti républicain libéral aux élections municipales convainc Atatürk de mettre fin au multipartisme pour sauvegarder les réformes et la République. Le parti est alors dissout le , trois mois après sa création. L'islam est alors remis sur la surveillance et la répression de l'État.

Le régime kémaliste de 1923 à 1945 a changé considérablement le visage de la Turquie. L'Assemblée nationale dote le pays d'une nouvelle Constitution en 1924. Cette nouvelle Constitution remplace la souveraineté divine de l'ancien Empire ottoman par une nouvelle souveraineté nationale exercée par la grande Assemblée nationale au nom du peuple turc. Le pouvoir politique se trouve ainsi doté d'une légitimation laïque après l'abolition du califat la même année. Le pouvoir kémaliste entreprend la laïcisation de l'appareil étatique (armée, tribunaux, école), puis la laïcisation de la société turque (réforme vestimentaire, adoption du code civil, nouvel alphabet latin, dissolution des confréries religieuses) afin de réduire l'influence de l'islam par la création d'une idéologie nationaliste et légitimer le nouvel État-nation turc. Enfin, en 1923 est créée la présidence des affaires religieuses, organisme chargé de contrôler l'islam et de le réformer afin que celui-ci soit conforme à l'esprit laïc du nouvel État. Toutes ces réformes mises en œuvre durant les de parti unique doivent aboutir à la création d'un nouvel État turc moderne, laïc, capitaliste et souverain, afin de concurrencer les grandes puissances européennes.

Le Parti républicain du peuple défend à cette époque le laïcisme d'Atatürk avec le maintien d'une stricte neutralité de l'espace public, un contrôle étatique de l'islam sunnite hanafite (majoritaire en Turquie), et une école libre de toute influence religieuse. Mustafa Kemal ordonna ainsi à Elmalili Hamdi Yazir de traduire le Coran en turc, pour que le peuple puisse comprendre facilement les textes.

1945-1960 Le régime kémaliste du parti unique, qui a duré , sauf deux brèves tentatives de multipartisme, prend fin en 1945. Le , le président de la République İsmet İnönü, qui avait pris le titre de « chef national » dès la mort d'Atatürk, affirme la nécessité de faire plus de place aux principes démocratiques. Et, le , dans son discours à l'ouverture de la Grande Assemblée nationale, il annonce le changement du système politique : . Le ministre de l'Intérieur autorise la création du premier parti d'opposition, le Parti démocrate qui va jouer un grand rôle dans la vie politique turque.

Les élections législatives se déroulent le avant que les partis d'opposition n'aient pu achever leur organisation politique locale (le PD ne présente par exemple que 273 candidats) et le scrutin n'est pas secret. Les élections se concluent par la victoire du CHP qui gagne , le DP 66 et les indépendants 4.

Une fois élus, les députés kémalistes votent plusieurs lois visant à assouplir le régime autoritaire hérité d'Atatürk. La loi sur les associations du permet la création de nouvelles organisations secondaires indépendantes du pouvoir politique censées mieux représenter les intérêts de la population. Cette loi apporte en même temps plusieurs restrictions, dont l'une concerne la religion « la création des associations religieuses ou des sectes et des ordres religieux est interdite ».

La libéralisation du régime politique provoque le retour sur le devant de la scène des organisations islamistes, réduites au silence depuis Atatürk et militant pour l'instauration de la charia. Cette réaction religieuse (irtidja) fait adopter des mesures plus sévères par le parlement dominé par les kémalistes avec l'amendement de l'article 163 du code pénal dont la nature se trouve élargie et précisée pour faire face à la montée de la réaction religieuse.

Parallèlement, les élections de 1950 approchant, le PRP adopte un langage beaucoup plus souple vis-à-vis de l'islam afin, d'une part, de ne pas perdre du terrain sur son rival le Parti Démocrate et surtout pour dissimuler les échecs économiques des kémalistes. Ainsi, les députés du PRP remettent en cause certaines mesures laïques mises en place par Atatürk comme la réouverture de mausolées ou le renforcement des pouvoirs de la Présidence des Affaires religieuses (Diyanet İşleri Başkanlığı).

En 1950, le Parti démocrate gagne les élections et son dirigeant Adnan Menderes devient Premier ministre. Celui-ci, bénéficiant de l'aide du plan Marshall, mène une politique économique très favorable à la paysannerie turque (80 % de l'électorat) permettant au Parti démocrate de garder une certaine homogénéité dans le pays. Le CHP, qui est devenu un parti d'opposition, ne peut empêcher le PD de remettre en cause certaines mesures kémalistes, comme le retour de l'arabe dans les mosquées ou les cours religieux à l'école. En parallèle, la répression gouvernementale s'atténuant, les courants islamistes gagnent en importance et en audience dans la société en dépit des appels du CHP à les réprimer.

Les difficultés économiques apparaissant à partir de 1955 (inflation, déficit, fin de l'aide américaine) amènent le PD à mener une politique de rigueur qui mécontente ses électeurs. Le parti effectue alors un virage islamiste afin de ne pas perdre le soutien de la population turque. Cette politique anti-laïque et dirigée contre les kémalistes amène l'armée à organiser un coup d'État militaire en 1960. Le Premier ministre Menderes est arrêté et exécuté en 1961 et le Parti démocrate dissous.

Une nouvelle constitution plus conforme aux principes républicains et laïcs est rédigée par les militaires et approuvée par référendum.

Le CHP retrouve le pouvoir après ce coup d'État.

1960-1971 Le Parti républicain du peuple poursuit la politique religieuse du Parti démocrate. İsmet İnönü (chef du CHP) constatant que la formation de religieux instruits est favorable au régime républicain consolidera le système laïc mis en place par Kemal.

Mais la constitution libérale de 1961, si elle garantit et protège les libertés fondamentales, instaure des élections à la proportionnelle qui rendent impossible la constitution de majorités parlementaires stables. La gauche turque se divise entre le CHP et le Parti Ouvrier Turc (marxiste et pro-kurde), de même que la droite entre le Parti de la justice (héritier du PD dissous) et le Parti de l'ordre national (islamiste). Cette impossibilité de constituer une majorité stable au parlement afin de faire face aux difficultés du pays est exacerbée par la crise économique et la division profonde du pays (développement des mouvements islamistes et des mouvements kurdes). L'armée intervient de nouveau dans la vie politique (coup d'État de 1971) face à l'échec des partis politiques à maintenir l'ordre en Turquie.

1971-1980 Les militaires, constatant leur échec à rétablir la situation, retournent dans leurs casernes dès 1972. Le Parti républicain du peuple gagne les élections législatives de 1973 et Bülent Ecevit devient Premier ministre. Mais en dépit de mesures d'exception prises par les militaires, la conjoncture continue de se dégrader. Les partis et associations dissous se reforment et font peser un climat insurrectionnel violent dans le pays avec des affrontements de plus en plus sanglants.

Le choc pétrolier de 1973, avec ses conséquences sur l’économie mondiale (baisse des échanges commerciaux, inflation) ruine les efforts entrepris pour remettre sur pied l'économie turque.

Cette situation et l'immobilisme de la classe politique obligera l'armée à prendre en main la destinée du pays lors du coup d'État du 12 septembre 1980.

Le 16 octobre 1981, après le coup d'État du 12 septembre 1980 en Turquie, la junte au pouvoir décide de dissoudre l'ensemble des partis politiques enregistrés, dont le Parti républicain du peuple, le Parti d'action nationaliste, le Parti de la justice et le Parti du salut national..

1992-2002

En 1992, le parti est refondé, mais il subit la concurrence du Parti de la gauche démocratique, qui incarne la principale opposition aux partis du centre et de la droite (islamistes). Il joue un rôle mineur au parlement turc jusqu'à la disparition de son rival en 2002, englué dans des affaires de corruption et impuissant face à la crise économique et aux effets du tremblement de terre de 1999.

2002 à nos jours Le CHP est, depuis 2002, le principal parti d’opposition en Turquie, s’opposant au Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdoğan.