Le palais de la Berbie est un ancien palais épiscopal des évêques d'Albi, construit en 1228 et 1308., qui se dresse dans la commune française d'Albi, dans le sud-ouest de la France..
Construit durant la seconde moitié du , sous l'épiscopat de trois évêques successifs, son chantier a nécessité une cinquantaine d'années. Voulu comme résidence de prestige par Durand de Beaucaire, il devient forteresse sous et , face à l'hostilité de la population albigeoise, tant sur le plan économique que religieux, avec l'hérésie cathare. Par la suite, il a été plusieurs fois remanié par les évêques de la ville entre les , gagnant en confort sans perdre tout à fait l'aspect d'austère forteresse.
Il a été classé monument historique en 1862 pour la construction et en 1965 pour des éléments intérieurs isolés : plafonds, cheminée, boiseries... Depuis 2010, il est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO par son appartenance à l'ensemble architectural médiéval de la cité épiscopale d'Albi. Il voisine la cathédrale Sainte-Cécile pour laquelle il a éprouvé certaines techniques architecturales. Il partage avec elle et bon nombre de bâtiments de la vieille ville la brique foraine rouge.
Lors de la loi de séparation des Églises et de l'État, le palais est saisi. Depuis 1924, il abrite le musée Toulouse-Lautrec, consacré au peintre Henri de Toulouse-Lautrec natif d'Albi. Il héberge la plus importante collection d’œuvres de l'artiste.
De remarquables dallages de terre cuite datant des origines de la bâtisse ont été trouvés dans les années 2000 ; les recherches ne sont pas finies et d'autres trésors architecturaux sont probablement encore en sommeil. Au cœur de la cité épiscopale, l'accès gratuit à ses jardins en fait un lieu de promenade avec une vue imprenable sur la rive droite du Tarn et ses jardins suspendus ou sur le pont vieux médiéval, autres sites faisant partie de la zone classée par l'UNESCO.
Présentation Localisation vignette|alt=La photo couleur montre une rivière au premier plan surmontée d'un jardin fortifié et d'un château de brique rouge. En arrière-plan, un édifice religieux, lui aussi en brique, domine.|Vu depuis la rive droite du Tarn, le palais de la Berbie est au-dessus de la rivière, devant la cathédrale Sainte-Cécile. Le palais de la Berbie est situé dans le département français du Tarn, sur la commune d'Albi. Il est construit au-dessus de la rive gauche du Tarn, immédiatement au nord de la cathédrale Sainte-Cécile, en contrebas de celle-ci.
Son implantation au cœur de la vieille ville, près du Tarn, constitue avec la cathédrale un ensemble architectural de brique homogène, signe du pouvoir considérable des évêques lors de sa construction.. Le quartier qu'il occupe s'est structuré autour du palais des évêques, tout à la fois résidence, siège du tribunal ecclésiastique et du pouvoir temporel de l'évêque. C'est une place forte contre l'extérieur, mais aussi contre la ville et fait office de site d'accueil des personnages puissants..
Étymologie Le palais de la Berbie doit son nom à une déformation de l'occitan bisbia, issu du latin episcopia, signifiant « évêché ». Le nom français Berbie ou Verbie apparaît au milieu du avec l'usage croissant du français. À cette époque et plus particulièrement avec l'ordonnance d'août 1539, le français devient en effet la langue officielle du droit et de l'administration en lieu et place du latin et des langues nationales et l'occitan se retrouve progressivement relégué au seul usage oral.
Plan vignette|droite|Plan du palais.|alt=Plan de masse d'une forteresse surplombant des jardins et terrasses, eux-mêmes situés au-dessus des rives de la rivière Tarn. A- Porte d'accès à la cour d'honneur. B- Cour d'honneur, anciennement . C- Tour Saint-Michel bâtie à la place de l'ancienne . D- Tour Sainte-Catherine ou tour Mage. E- Aile dite des Suffragants. F- Aile d'Amboise remplaçant une courtine de Bernard de Castanet. G- Galerie de Gaspard de Daillon du Lude. H- , habitation de Durand de Beaucaire. I- Courtine de Durand de Beaucaire. J- Courtine de Durand et tour carrée dite . K- Rampe d'accès au jardin. Ancienne courtine. L- Tour ronde découronnée dite éperon à bec. M-S-U- Courtine de Bernard de Castanet. N- Tour de la Rivière. O-Q- Courtine du . P- Tour de Dionysos. R- Tour de la Bibliothèque. S- Aile de Stainville. T- Tour de l'Octogone. U- Galerie d'Amboise. V- Tour d'Amboise. W- Terrasse supérieure. X- Contre-terrasse. Y- Jardin.
Les lettres mentionnées ci-dessus se retrouvent dans le texte entre parenthèses pour situer les lieux. Parfois, une lettre indique un point précis, même si celui-ci concerne une bâtisse disparue, modifiée par un arrangement ultérieur. Les lettres S et U sont citées deux fois ; ce sont des courtines de Bernard III transformées ultérieurement en ailes du palais. Le terme « tour Mage » désigne l'ensemble des tour Saint-Michel et tour Sainte-Catherine.
Historique Contexte Siècle précédent la construction Au , Humbert de Géraud, évêque entre 1125 et 1132, soutient l'antipape , alors que le chapitre de chanoines de sa cathédrale prend parti pour le pape , à la suite du clergé français dominé par Suger et Bernard de Clairvaux. Le prélat se trouve en minorité et le chapitre décide de démolir la vieille résidence épiscopale. À partir de là, l'évêque se trouve logé gracieusement dans quelques maisons mitoyennes appartenant à son chapitre.. L'emploi du pluriel pour désigner le logement de l'évêque indique une succession de petites constructions..
À la même époque, la vicomté d'Albigeois appartient à la maison Trencavel. Grâce à des héritages et mariages avantageux, elle devient presque l'égale en puissance des comtes de Toulouse à qui elle doit rendre hommage. Cet état de fait conduit les vicomtes successifs à s'allier aux rois d'Aragon pour faire plier leur suzerain. Des conflits violents émaillent le , jusqu'à la veille de la croisade des Albigeois en 1209.
Le haut clergé occitan est régulièrement mis en accusation par les adeptes du catharisme, secte chrétienne venue d'Italie qui reproche à l'Église catholique son luxe ostentatoire et son éloignement des textes de la Bible. Cette nouvelle religion qualifiée d'hérétique par les papes, gagne des fidèles dans les classes cultivées : aristocrates et commerçants. La lecture de la Bible leur démontre une incohérence entre le discours clérical et les textes sacrés, en particulier concernant la pauvreté. Cette religion est basée sur la dualité entre le bien et le monde spirituel, créés par Dieu, et le mal et le monde terrestre, créations du diable. Leur seul sacrement est le ou en occitan. Leur refus des sacrements catholiques, baptême ou mariage, comme de la Trinité, irrite de plus en plus la hiérarchie de l' Église..
Si les vicomtes d'Albi ne sont pas à proprement parler cathares, ils ont des adeptes dans leur proche entourage et ne font rien pour contrer la progression de l'hérésie. Dans le contexte de l'époque, cela revient pour l'Église catholique à les considérer comme hérétiques..
Croisade des Albigeois
Plusieurs tentatives sont menées pour reconquérir les « âmes perdues à l'hérésie » : la visite de Bernard de Clairvaux et d'Albéric d'Ostie en 1145, le concile de Lombers en 1165, réuni pour confronter les thèses de chaque parti, les prêches de Dominique de Guzman ou une mission menée par le cardinal de Saint-Chrysogone et Henri de Marcy en 1178.. Devant leurs échecs, le pape décide une croisade en 1208. Elle aboutit l'année suivante, à la destitution puis à la mort du vicomte Raymond-Roger Trencavel. Le territoire échoit au chef de la croisade , puis au roi de France en 1226. Sans contrepoids politique, l'évêque d'Albi gagne en puissance. Le redressement économique, né de la fin du conflit et du renouveau du commerce, apporte à l'évêque une manne financière inconnue jusqu'alors. L'évêque Durand de Beaucaire décide la construction d'une maison digne de son rang, également destinée à abriter le tribunal de l'Inquisition, moyen redoutable et bien plus efficace que la lutte armée pour contrer l'hérésie. Il conduit également des travaux de réfection et probablement d'agrandissement de l'ancienne cathédrale romane.
Emplacement du palais vignette|gauche|Vestige du mur des chanoines derrière la cathédrale.|alt=Photo couleur d'un mur ancien de briques rouges bordant une ruelle. En arrière-plan, le clocher de la cathédrale indique la situation dans la cité épiscopale. Le lieu choisi est guidé par la facilité. Les évêques et le chapitre de la cathédrale occupent une petite hauteur surplombant la rivière Tarn. Leur cité épiscopale embryonnaire a marqué, à son époque, la sortie de l'ancien site fortifié du Castelviel, successivement occupé par les Celtes et les Gallo-romains. En effet, la cathédrale romane, le quartier du CastelnauPour Jean-Louis Biget, le quartier du Castelnau doit son nom à l'opposition avec celui du Castelviel. Ce n'était pas un castelnau fortifié, même si des historiens ont recherché un château qu'ils n'ont pas trouvé. En occitan, les deux termes signifient château neuf et vieux château. et celui de Saint-Salvi datent à peu près de la même époque, tour à tour enceints dans les remparts médiévaux. Leur fondation date du milieu du ..
Les maisons abritant l'évêque et sa suite étaient probablement adossées aux remparts surplombant le Tarn, dans l'enceinte dite des chanoines, en latin. En effet, les servants de la cathédrale vivaient isolés de la ville dans un enclos regroupant la cathédrale, le logement des religieux et des bâtiments administratifs. Le lieu choisi pour le futur palais épiscopal est dans cette enceinte.. Des fouilles menées dans les parties non bâties du Palais ont permis de découvrir des vestiges d'évacuation d'eaux usées, preuve d'une occupation du site antérieure à l'érection du palais..
Construction Le chantier s'étale sur les trois épiscopats de Durand de Beaucaire, et . Longtemps, les historiens ont considéré qu'il était l'œuvre des deux derniers, mais une analyse plus fine de Jean-Louis Biget au début des années 1980 a permis de trouver trois textes. L'un mentionne en 1249 l'habitat provisoire de l'évêque, le terme « provisoire » signifiant bien qu'une autre résidence est en construction. Les deux autres de 1252 montrent que Durand n'habite plus les maisons précédemment utilisées..
Durand de Beaucaire vignette|Aula et tour à droite. Les traces d'ouvertures murées montrent que la tour à droite a été rabaissée. Le clocheton cylindrique accolé abrite l'escalier en colimaçon.|alt=Photo couleur montrant une tour dépassant d'une toiture à l'angle de deux ailes d'un château en briques rouges. Lorsque Durand commence son épiscopat à Albi en 1228, le prélat loge dans des maisons mitoyennes prêtées depuis un siècle par le chapitre de chanoines de la cathédrale. Ces maisons sont situées entre la cathédrale romane et les remparts(C), sur le site de l'actuelle Berbie, à l'intérieur du périmètre du mur des chanoines, rempart symbolique qui isole le chapitre de la cathédrale et le personnel épiscopal de la population albigeoise.. Compte tenu de la richesse du diocèse et du pouvoir de son titulaire, véritable seigneur de la ville, il semble insupportable pour Durand de laisser se prolonger plus longtemps cette situation précaire. Il décide de faire construire une résidence qui appartienne en propre à l'évêché pour marquer la puissance religieuse et politique de son statut et abriter son administration.