Le goudron de pin, quelquefois le terme poix ou brai est privilégié, est une substance épaisse, collante et gluante, généralement de couleur sombre, produite par la pyrolyse du bois (une combustion lente en absence d'oxygène), de différentes essences de pin : en Europe, Pinus sylvestris, Pinus cembra, Pinus mugo, Pinus australis, Pinus halepensis, Pinus pinasterJ. B. Balleroy, Dictionnaire des productions de la nature et de l'art, qui font l'objet du commerce, tant de la Belgique que de la France. Balleroy, 1836. Lire en ligne, aux États-Unis, Pinus palustris, Pin d'Elliott, Pinus echinata, Pinus taedaCecil C. Frost. Four Centuries of Changing Landscape Patterns in the Longleaf Pine Ecosystem. North Carolina Plant Conservation Program, Plant Industry Division, NC Department of Agriculture, Raleigh,NC. Lire en ligne. Il consistait essentiellement en l'oléorésine des arbres altérée par le feu et noircie par le noir de fumée.

Le goudron était employé dans le calfatage des navires, qui consistait aussi à enduire le bois de la coqueJacques Connan. Le calfatage des bateaux sur researchgate.net . Les cordages de marine et les coutures des voiles, comme les coques étaient goudronnés pour les imperméabiliser, « pour qu'ils résistent à l'eau douce, à l'ardeur du soleil et au ventFrançois Julien du Dresnay dit Desroches. Dictionnaire des termes propres de marine, chez Amable Auroy, 1687 Lire en ligne ». Le goudron que l'on produisait en France avait une forte odeur d'essence de térébenthine. Un bon brai devait être visqueux, collant, s'attachant promptement et opiniâtrement aux corps qu'on y plonge et alors qu'on les retire, ils devaient s'en séparer en longs fils coulant avec beaucoup de lenteur, ou des nappes minces et transparentes qui reflètent une nuance fauve-rougeâtre. La saveur du goudron était amère. Certains goudrons de la même manière que les résines de conifères ont fait partie des pharmacopées anciennes, le goudron de Norvège notamment, et l'eau de goudron, popularisée par l'évêque anglican irlandais George Berkeley.

L'histoire de l'exploitation du goudron de pin en Europe est inséparable de l'épopée viking. En France, le goudron fut un matériau stratégique au et , quand la marine prit son essor sous l'impulsion de Jean-Baptiste ColbertBernadette Arnaud. Un des secrets de l’expansion viking? Une production massive de goudron. le 14.11.2018 à 16h33. sur sciencesetavenir.fr. On en fit alors venir de Russie, de Scandinavie, mais on la fabriqua aussi dans les Landes de Gascogne, en Provence et en Corseevisa-corsica.com . Le goudron le plus connu et le plus réputé était encore le goudron en provenance de Scandinavie. L'industrie du goudron périclita avec l'apparition des sous-produits du raffinage du pétrole et le remplacement des vaisseaux en bois par ceux en fer. Le goudronnier ou faiseur de poix est l'ouvrier qui fabrique le goudron.

Dénominations La substance a pris différents noms. Les anciens appelaient le goudron végétal, πίσσα υγρά (pissa ugra) ou κώνα (kona), pix liquida, pix praecoqua (la première venue à la cuisson) ou pix uiscosaet, à date tardive, picula et picillum. Épaissi avec du vinaigre, il prenait le nom de pix Bruttia d'après une technique locale. Ce goudron végétal était utilisé pour le poissage des jarres et le goudronnage des navires. Recueilli et chauffé à nouveau dans des vases de bronze, il perdait définitivement toutes les huiles et il demeurait un résidu (le brai, c'est-à-dire la vraie poix) de consistance plus ou moins solide, la ξηρά πίσσα (xéra pissa), dite aussi παλίμπισσα, palimpissa. Les noms grec et latin πίσσα (pissa) et pix sont indo-européens, comme le montrent les formes slaves et baltiques de la racine. Les deux termes désignaient à l'origine aussi bien la résine que la poixAndré Jacques. "La résine et la poix dans l'antiquité. Technique et terminologie". In : L'antiquité classique, Tome 33, fasc. 1, 1964. . Lire en ligne; l'arbre à poix est nommé picea.

Nicolas Aubin dans son Dictionnaire de MarineNicolas Aubin. Dictionnaire de Marine, P. Brunel, 1702. Lire en ligne de 1702 rapporte les noms de goldron, goudran, gouldron. Le goudron a pu prendre le nom de goudron vert (green tar)Dictionnaire de l'industrie manufacturière, commerciale et agricole: GOM-PAN (603 p.). Meline, Cans et Cie., 1838. Lire en ligne, brais gras (1840 - Sous le nom de brai gras on désigne dans le commerce plusieurs sortes de goudrons épaissis par l'ébullitionEdmond Pelouze. Traité de l'éclairage au gaz tiré de la houille, des bitumes, des lignites, de la tourbe, des huiles, des résines, des graisses. Maison, 1839 Lire en ligne, le brai sec était la colophane du pin maritime); « brai de Stokolm » traduction du suédois Stockholmstjära; pix navalis, pix nigra, poix navale, poix noireEncyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Les Malouins disent en 1702, « du braiDictionnaire de marine contenant les termes de la navigation et de l'architecture navale avec les règles et proportions qui doivent y être observées, chez Pierre Brunel, marchand libraire, sur le Dam., 1702. Lire en ligne » mais ils disent aussi pik, pek, zopissa de même étymologie que poix. Le goudron dans un contexte de commerce international pouvait prendre en anglais les noms Pitch ou Tar; en allemand Theer; en néerlandais Theer et Pek; en italien Catrame; en espagnol Alquitran; en portugais Alcatrão, en danois Tioere; en suédois Tjära; en polonais Smola, Gesta, en russe, Дёготь Degot, Вар Var, Smola, Shitkaja Terva, le mot finnois pour goudron se retrouve dans certains toponyme comme Tervasaari. Les toponymes Smoleč, Dehtáře ou Smolín dérivent en République tchèque des mots pour goudron.

De manière générale, les mots contemporains de « goudron », « brai » et « poix » étaient interconnectés et interchangeablesPar exemple: et le sont toujours.

Les noms que l'on a donné ultérieurement au « goudron de houille » (goudron et huile de charbon de terre) et autres goudrons découle du nom donné en français au goudron de pin.

Goudron des pays nordiques

Le « brai de Stockholm », est un goudron extrait par pyrolyse de pin (pin sylvestre) en provenance des pays nordiques (Norvège, Suède, Finlande).

La poix (goudron cuit en une masse molle) et le goudron ont été pendant des siècles l'un des principaux produits d'exportation de la Suède. La Ligue hanséatique a fourni des documents sur l'exportation historique du goudron dans les pays nordiques au début des années 1300, mais il semblerait que l'homme ait fabriqué du goudron dès la période viking, pour calfater les langskip, snekkja, et knörrs, et autres bateaux viking. Activité à usage domestique pratiquée modestement au , la prolifération des fosses à goudron (appelée en suédois tjärdal) à proximité directe des forêts dès le , constituerait la preuve d'un accroissement exponentiel de la demande de goudron à l'origine d'une industrie florissante. Des fours toujours plus grands ont été fabriqués entre 680 et 900, soit la période d'expansion viking. En 1615, ont été exportés et ont été expédiés au cours de l'année record de 1863. La Suède, avec la Finlande, a été le premier exportateur mondial jusqu'à la deuxième moitié du : en 1890, de goudron ont été exportées. Au cours des décennies suivantes, la production cessa presque entièrement avec la production industrielle d'huiles d'imprégnation à base de pétrole, notamment. Le goudron de pin dalbränd suédois, vendu sous le nom Stockholmstjära, traduit en français par brai de Stockholm, est demeuré le meilleur produit d'imprégnation au monde. La ligue hanséatique Visby sur l'Île de Gotland était des villes hanséatique, celle réputée pour son goudron. Comme le rappelle la comptine allemande: Lübeck ein Kaufhaus, Cöln ein Weinhaus, Baunschweig ein Zeughaus, Danzig ein Kornhaus, Hamburg ein Brauhaus, Magdeburg ein Backhaus, Rostock ein Malzhaus, Lüneburg ein Salzhaus, Stettin ein Fischhaus, Halberstadt ein Frauenhaus, Riga ein Hanf- und Butterhaus, Reval ein Wachs- und Flachshaus, Krakau ein Kupferhaus, Wisby ein Pech- und Theerhaus. Tradition vivace, des séminaires de « brûlage » de goudron (Tjärbränning) sont réalisés sur l'île de Gotland, une collaboration de l’Université de Göteborg et le Gotland Museum, le Tjära på GotlandGotlands Museum Tjära på Gotland Om appliceringsmetoder och framställning av tjära på sur gotlandsmuseum.se.

Un commerce international Monopole suédois Signés à Kristianstad 13 aout 1645, des traités sont établis entre la Hollande et le Danemark de Frédéric III qui fixent pour quarante ans les droits de douane (sur l'Øresund)J. H. W. Verzijl. International Law in Historical Perspective, Volume 4. Martinus Nijhoff Publishers, 31 déc. 1972. Lire en ligne. Le commerce du goudron scandinave est hollandais. Le Danemark en plus de poix et goudron fait commerce des mâts et des planchesLa géographie ancienne moderne et historique. 1689. Lire en ligne.

La Suède demeura longtemps sans commerce extérieur, les villes hanséatiques la pourvoyaient pour tous ses besoins. Éric de Poméranie est le premier à encourager une flotte marchande norvégienne et à contester le monopole hanséatique, ce qui à terme entraîna le déclin de ces villes. Anglais et Hollandais en profitèrent pour s'emparer du commerce de la Suède. La Compagnie du Sud fut créée en 1661 et on établit en 1648 la Compagnie goudron, la Norrländska tjärhandelskompaniet, dont le commerce devait consister à acheter tout le goudron des provinces et de le vendre à l'étrangerAnton-Friedrich. Géographie universelle. Büsching Bauer, 1768. Lire en ligne. En 1705, la Compagnie suédoise pour le commerce du goudron tâcha de faire hausser le prix de ses marchandises en Angleterre, en en prohibant l'exportation autrement que sur les propres vaisseaux de la Compagnie, au prix fixé par elle, et dans les quantités qu'elle déciderait. Cette décision eut pour principale conséquence que l'Angleterre s'approvisionna désormais en Amérique pour son goudron.

Différents ports émergent grâce au commerce du goudronSamuel Ricard. Traité général du commerce. chez E. van Harrevelt et A. Soetens, 1781. Lire en ligne: celui de Oulu en Finlande: la région de Kainuu en Finlande s'enrichit avec la production de goudron de pin au , exporté par la rivière d'Oulu jusqu'au port d'Oulu. Les tervavene étaient en finnois des bateaux spécialement affaités pour le commerce du goudron. Le Tervakanavat (Kajaani) est un canal aménagé pour ce transport; Vyborg (Weybourg ou Wibourg dans la littérature ancienne mais il aurait pu s'agir de Viborg ou Suomenlinna (Sveaborg en suédois) à dans le golfe de Finlande, et pourquoi pas Visby sur l'île de Gotland). Le port de Suomenlinna en est bon et sûr, il y aborde tous les ans une cinquantaine de navires, la plupart hollandais qui y vont charger des planches de sapin et quelque peu de goudron et de poix résine. Les planches forment l'article principal du commerce de ce port; Stockholm; Gdansk;

Arkhangelsk casse le monopole suédois

La distillation sèche du bois, productrice de goudron et de poix, était dans la Russie impériale très développée dans le nord du pays (régions de Carélie, d'Arkhangelsk et de Vologda). La distillation s'obtient dans des fours en briques d'environ pouvant produire de 2 à de goudron à la fois: à la suite d'un gemmage les troncs, les plus riches en résine sont utilisés ainsi que des souches et racines de conifèresMichel Devèze. Contribution à l'histoire de la forêt russe (suite). In: Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 5, n°4, Octobre-décembre 1964. pp. 461-478. Lire en ligne.