thumb|redresse=1|Détail d'une fresque de l'église Sant'Anastasia de Vérone peinte par Pisanello, 1436–1438
La pendaison est le fait de suspendre une personne, au moyen généralement d'une corde, mais aussi parfois de chaînes, par le cou ou par d'autres parties du corps, soit à des fins de torture, soit en guise de peine de morten pendant le supplicié à une potence avec l'aide d'un « nœud de pendu » ou d'un « nœud coulant », soit dans un but de suicide. Elle entraîne une rupture du cou ou une suffocation, une impossibilité de respirer et enfin la mort. La pendaison peut également être accidentelle : parachutiste tombant dans un arbre, personne faisant une chute et s'entortillant dans un lien, accident de fil de pêche
En tant que moyen d'homicide, celui-ci est attesté dans la plupart des civilisations, car il entraîne une mort rapide, facileil suffit d'avoir une corde et un poteau ou un arbre et sans aucune effusion de sang. Dans le cas des condamnations à mort, la pendaison a un aspect exemplaire car elle se pratiquait en public et le corps restait sur le lieu de la pendaison plusieurs jours accroché à son gibet.
De nos jours, la pendaison est utilisée dans le cas de suicide, de peine capitale (au Japon et dans la cité-état de Singapour) et de meurtre (l'homicide pouvant être maquillé en suicide).
Traumatologie vignette|Exécution d'un criminel de guerre en Allemagne en 1946. Il s'agit d'une pendaison de type « long drop ». Les autorités d'occupation considéraient que les nazis ne méritaient pas l'honneur du peloton d'exécution. Le prêtre est Karl Morgenschweis.
Pendaison par le cou Deux mécanismes peuvent intervenir en cas de pendaison par le cou : pendaison avec chute ou pendaison sans chute.
Pendaison avec chute Dans le cas de la pendaison avec chute (technique du Long drop), l'arrêt net de la chute par la corde provoque une rupture des vertèbres cervicales ; l'arrachement de l'extrémité supérieure de la moelle épinière (le tronc cérébral) provoque une atteinte des centres nerveux qui commandent la respiration et certaines fonctions cardiaques, entraînant l'arrêt brutal de leur fonctionnement d'où une perte de conscience quasi instantanée ; le cœur peut en revanche continuer de battre un moment.
Pendaison sans chute Dans le cas de la pendaison sans chute (ou de faible hauteur), le mécanisme de la pendaison est la strangulation, la compression du cou entraînant selon le niveau de pression exercé : la compression des veines jugulaires, empêchant le retour du sang depuis la tête vers le cœur, d'où un œdème et une cyanose visibles au niveau de la face et de la langue, et un œdème cérébral entraînant une perte de connaissance assez lente suivie d'un décès assez tardif, la compression des artères carotides entraîne une ischémie cérébrale qui se traduit par une perte de connaissance rapide. Un cas particulier est la compression sur ces artères de capteurs de pression (les « glomi ») qui entraîne un ralentissement extrême et immédiat du cœur jusqu'à la syncope et l'arrêt cardiaque, la compression des voies aériennes nécessite une très forte pression, et l'écrasement de la trachée est une éventualité rare, cette dernière étant protégée par des anneaux de cartilage. Plus fréquemment, c'est la base de la langue, repoussée par le lien, qui vient obstruer le carrefour des voies aériennes et digestives. S'ensuit une asphyxie du sujet.
On distingue : les pendaisons complètes : les pieds sont au-dessus du sol ; les pendaisons incomplètes : les pieds touchent le sol.
Premiers secours Pour sauver une personne qui vient de se pendre, il convient dans l'idéal d'utiliser la méthode suivante : une personne soutient la victime sous les bras et la soulève pour relâcher la tension de la corde ; une autre personne desserre la corde ou la coupe ; la victime est allongée au sol en essayant de maintenir la tête dans l'axe du dos, par exemple la personne qui a desserré la corde maintient la tête durant la manœuvre.
Il convient de faire attention au risque de chute de la victime, qui peut provoquer des traumatismes secondaires et à la mobilisation du cou en cas de traumatisme cervical.
Histoire vignette|185px|Photographie du lynchage de Lige Daniels, jeune garçon noir de , accusé d'avoir tué une vieille femme blanche à Center, au Texas le 3 août 1920. Avant le , ce type de peine capitale consistait surtout à obtenir le trépas du condamné par strangulation due au poids de son propre corps, donc « jusqu'à ce que mort s'ensuive ».
vignette|gauche|Fresque du du monastère de Tarzhishte à Strupets en Bulgarie montrant Judas Iscariote qui se pend tel que décrit dans |120px
Pour obtenir ce résultat, plusieurs procédés s'offraient aux bourreaux : le supplicié était très souvent amené à gravir une échelle en compagnie de son bourreau qui lui passait la corde au cou, puis le faisait basculer dans le vide ; une autre technique consistait à tout simplement hisser le condamné dans les airsLa corde était souvent placée dans une poulie ; enfin, une dernière méthode faisait placer l'individu sur un support mobile que l'on faisait dérober sous ses pieds : une chute de , technique baptisée en anglais () ou (« chute standard ») : une trappe qui s'ouvre (procédé utilisé dès 1783 en Angleterre), un cheval qu'on lançait au galop, une chaise que l'on faisait tomberCes deux dernières méthodes, très rudimentaires, furent notamment utilisées lors des lynchages des hors-la-loi durant la « Conquête de l'Ouest » aux États-Unis ; les soldats nazis avaient élaboré, pendant la Seconde Guerre mondiale, une technique de pendaison lente qui consistait à attacher l'une des jambes du supplicié afin qu'elle ne touche pas le sol, laissant à l'autre le soin de supporter à elle seule le poids du corps. La fatigue aidant, le condamné finissait par se pendre lui-même, après de longues heures de tourments. Cette technique fut notamment utilisée dans le hameau de la Mure sur la commune de Vassieux-en-Vercors contre les maquisards..
vignette|droite|Le Désespoir (1305-1306), œuvre du peintre italien Giotto di Bondone, suicide par pendaison.|170px
Depuis l'invention de la technique du Long dropmise au point vers 1872 par, selon les sources : soit le bourreau anglais William Marwood, soit des exécuteurs irlandais, la pendaison consiste à laisser tomber le corps depuis une hauteur d'environ un à trois mètres, dans une trappe afin de fournir une énergie de 1400 joules destinée à provoquer une brutale rupture des vertèbres cervicales ( à ) : la mort est dans ce cas instantanée. Mais on a relaté certaines exécutions durant lesquelles cette technique n'eut pas le résultat escompté : soit le condamné eut la tête arrachée à cause d'une trop grande énergie cinétique accumulée lors de la chute (corde trop longue), soit celui-ci fut tout simplement étranglé par le fait que cette énergie cinétique était trop faible (corde trop courte).
vignette|gauche|La Pendaison estampe de l'artiste lorrain Jacques Callot de la série Les Grandes Misères de la guerre (1633)
Pour ces raisons, la longueur de la corde était donc limitée en fonction du poids du suppliciéDes « tables de correspondance » avaient d'ailleurs été établies à cet effet par plusieurs bourreaux. Au Royaume-Uni, le bourreau James Berry (1852-1913), successeur de William Marwood en mars 1884, a défini et mis en œuvre sa propre table (), application directe de la loi de la chute des corpsTable de correspondance de James Berry (1852-1913), penombre.org, consulté le . The history of judicial hanging in Great Britain 1735 - 1964, consulté le ..
vignette|Pendaison d'Albert Wetterman sur la Grand-place de Zwolle aux Pays-Bas (1837)|180px
Pour autant, ceci ne vaut que pour des cordes statiques (dites linéaires) dont l’élasticité est faible (2 ou 3 %) et non pour des cordes dynamiques comme on utilise en escalade et dont la capacité d’allongement est de l’ordre de 10 % et au-delà en cas de chute. Longtemps, des cordes de chanvre (souvent de mauvaise qualité) furent utilisées pour constituer le nœud coulant. L’Américain Georges Modelon, qui officia de 1874 à 1894, faisait fabriquer ses cordes sur mesure, utilisant du chanvre du Kentucky, qu’il faisait filer à Saint-Louis, tresser à Fort Smith et badigeonnait d’une mixture d’huile végétale pour la rendre plus glissante dans le nœud et moins élastique. Mais dans les années 1870, le Britannique William Marwood remplaça le nœud coulant par un anneau de cuivrepermettant à la corde de glisser encore plus facilement, fixé sur une corde de chanvre particulièrement lisse et de grande qualité qu’il faisait venir d’Italie.
vignette|gauche|Exécution publique de citoyens polonais par les SS allemands, pendant l'occupation nazie de la Pologne.
À la prison de Wandsworth de Londres, un des principaux endroits où eurent lieu les pendaisons au Royaume-Uni, la salle d’exécution était en fait établie sur trois niveaux : à l’étage supérieur, la corde était attachée à une chaîne elle-même fixée à une immense poutre en chêne. À l’étage intermédiaire, se tenait le bourreau qui y réceptionnait le condamné. Enfin, l’étage inférieur (appelé aussi « fosse ») vers lequel le supplicié tombait dès que l’exécuteur avait actionné la trappeLe décès y était également constaté par le médecin de la prison.
vignette|Femme pendue par les nazis à Rome (1944)|190px
Au Royaume-Uni, la cordeet par conséquent l’ensemble du matériel utilisé par le bourreau restait la propriété de l’administration pénitentiaire et était placée sous scellés entre les exécutions, de manière qu’elle ne fasse pas l’objet d’un commerce macabre, lié notamment aux superstitions sur les pendus.
En 1904 (1905 pour l'édition française), le criminologue roumain Nicolae Minovici publie ses recherches sur la pendaison (après s'être plusieurs fois pendu) dans un ouvrage de 200 pages intitulé Étude sur la pendaison, en deux éditions linguistiques.
Imaginaire populaire On a appelé longtemps échafauds, les échafaudages de construction. Ils furent appelés « chafauds » (du latin « ») ou « échafauds », terme de sinistre mémoire, « échafaud » désignant aussi l'estrade où était placée la potence ou la guillotine dans les exécutions capitales. L'usage du terme échafaudage s'est généralisé au à cause de l'association pernicieuse que faisait naître le mot échafaud dans les esprits ou pour oublier le désagréable souvenir des échafauds révolutionnairesJean-Pierre Adam, La Construction romaine. Matériaux et techniques. Sixième édition. Grands manuels picards. 2011..
vignette|droite|Vassili Vassiliévitch Verechtchaguine Peine des conspirateurs en Russie (1884—1885). Musée de l'histoire politique de la Russie|250px vignette|gauche|La Pie sur le gibet de Pieter Brueghel l'Ancien, 1558, Musée régional de la Hesse|200px
L'échafaud fut surnommé « l’Abbaye de Monte-à-Regret ». Cette expression date du . Nous la comprenons aujourd'hui avec son terme « regret »on va rarement volontiers à une exécution quand on en est le principal acteur, mais elle vient plus probablement de « à regrès », qui voulait dire « à reculons », car on faisait monter le condamné à l'envers vers la potence avant de lui passer la cravate de chanvre autour du cou..
Pendant la Révolution française, « mettre à la lanterne » s'est dit populairement pour pendre aux cordes d'un réverbère ceux que désignait la fureur populaire, sorte d'assassinat dont on cite de nombreux exemples dans les émeutes de 1789 à 1793. La populace en réclamant ces exécutions avait l'habitude de crier : À la lanterneÉmile Littré, Dictionnaire de la langue française (1872-77). !
Pendaison par pays La pendaison est toujours un mode légal d'application de la peine de mort dans des pays de droit tels que l'Inde, la Malaisie, l'Égypte, Singapour et le Japon, de même que dans des pays islamiques suivant la charia tels que l'Iran, le Soudan et l'Arabie saoudite.
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