La bataille de Péta est une bataille de la guerre d'indépendance grecque qui se déroula le ( du calendrier julien) en Épire, à quelques kilomètres à l'est d'Arta, avec une première rencontre le ( julien). Elle opposa les troupes grecques et un bataillon de philhellènes commandés par Aléxandros Mavrokordátos, Markos Botzaris et Karl von Normann-Ehrenfels aux troupes ottomanes commandées par Omer Vryonis et Kioutachis.
Les troupes grecques étaient constituées de pallikares (combattants irréguliers) mais aussi d'une première tentative d'armée organisée et d'un bataillon d'une centaine de philhellènes qui encadraient aussi les troupes grecques (régulières et irrégulières). L'idée était, après la défaite d'Ali Pacha de Janina face aux troupes ottomanes, d'aller porter secours aux Souliotes contre lesquels elles s'étaient tournées et ainsi de les maintenir le plus longtemps possible loin du Péloponnèse. Cependant, Mavrokordátos ne disposa pas d'autant de troupes qu'il l'aurait souhaité. De plus, ses alliés sur place n'étaient pas sûrs.
En raison de l'infériorité numérique grecque, une tactique défensive fut décidée. Les troupes furent disposées sur des hauteurs entourant le village de Péta qui dominait la plaine à l'est d'Arta. Les philhellènes, les plus expérimentés, furent placés dans la position la plus exposée. L'utilisation de la tactique militaire ordonnée occidentale donna de bons résultats dans les deux premières heures du combat face aux charges désordonnées, et suicidaires, ottomanes. La position fut finalement tournée par l'arrière, donnant lieu à une controverse ensuite. Le bataillon philhellène céda le dernier. La défaite grecque fut totale, le bataillon philhellène et le régiment régulier grec furent massacrés. Ce type de bataille rangée fut déconsidéré face au klephtopolémos, le combat de type guérilla pratiqué par les irréguliers grecs.
Contexte Guerre d'indépendance grecque
thumb|alt=tableau : une foule autour d'un drapeau blanc à croix bleu|Le Serment à Aghia Lavra.Ce tableau de Theodoros P. Vryzakis (1865) commémore le soulèvement du 25 mars 1821. huile sur toile, Pinacothèque nationale d'Athènes, Athènes.
La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse, autour d’Athènes et en Épire.
Ali Pacha de Janina, le gouverneur ottoman de la région de l'Épire, qui cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions, s’était révolté contre le sultan Mahmoud II en 1820. La Porte (nom parfois donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina.. Pour les patriotes grecs organisés dans la Filikí Etería et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du , cette rébellion rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le sous la double impulsion de Theodoros Kolokotronis, un des chefs de l’insurrection, et de l’archevêque de Patras, Germanos, qui proclama la guerre de libération nationale le . Au même moment, Alexandre Ypsilántis pénétrait en Moldavie et Valachie, second foyer prévu pour l'insurrection, à la tête d'une troupe composée de membres de la Philiki Etairia installés en Russie. L'Empire ottoman réduisit l'insurrection dans les provinces danubiennes en neuf mois.
Rébellion d'Ali Pacha thumb|alt=portrait d'un homme à la barbe blanche fumant dans une barque|left|Ali Pacha de Janina d'après Louis Dupré (1825).
Ali Pacha était un potentat local d'origine albanaise né dans les années 1740. Il avait réussi à se tailler un domaine plus ou moins autonome au nord-ouest de l'Empire ottoman, autour de Berat, Delvino, Prévéza et Ioannina. De nombreux Grecs et étrangers étaient à son service, dont des armatoles comme Odysséas Androútsos. Il désirait se rendre totalement indépendant de la souveraineté du Sultan. Il se chercha alors des alliés pour rompre avec la Porte. Il se rapprocha donc de la Filikí Etería et espérait ainsi gagner l'amitié de la Russie, puisque l'Etería se disait soutenue par l'Empire tsariste. Sur le conseil de Germanos de Patras, celle-ci aurait par ailleurs décidé de se rapprocher du pacha de Janina.
La rupture entre Ali Pacha et la Porte eut lieu en . Pour se gagner des alliés, il annonça alors qu'il se faisait le libérateur des Grecs et reçut en échange l'assurance du soutien de l'Etería. Le sultan envoya d'abord Ismaël Pacha, puis Khursit Pacha, le gouverneur du Péloponnèse, à la tête de milliers d'hommes pris dans les différentes provinces de l'Empire ottoman pour écraser son sujet rebelle. Cette mobilisation des troupes ottomanes en Épire servit aussi les vues de l'Etería : les autres provinces étaient découvertes ; les combats pour la libération pourraient y être plus faciles.. Cependant, en , Ali Pacha, qui tentait un retour en grâce auprès du sultan dénonça la Filikí Etería et ses membres dans des lettres qu'il envoya à Constantinople. Cette trahison fut un des nombreux éléments qui informèrent la Porte de ce qui se tramait, obligeant l'Etería à accélérer le cours des événements. Malgré tout, les troupes ottomanes restèrent concentrées autour de Ioannina laissant le champ libre dans les autres provinces. L'armée de Khursit Pacha, le gouverneur du Péloponnèse, fit le siège de Ioannina, puis du palais d'Ali Pacha jusqu'en .
Situation en Grèce occidentale début 1822 thumb|alt=carte contemporaine|La Grèce centrale vers 1820.
La défaite des troupes d'Ali Pacha (Grecs et Albanais coalisés) à Arta en suivie de la défection de ses vassaux albanais le placèrent dans une situation désespérée. Il finit par être tué en . Sa mort et la soumission des chefs albanais musulmans laissèrent les mains libres à Khursit Pacha pour se tourner contre les Souliotes, un peuple d'origine albanaise, installé au sud-ouest de Ioannina, très autonomiste et donc allié d'Ali Pacha et des Grecs insurgés. Khursit Pacha se tourna aussi contre les Grecs qui occupaient l'Étolie-Acarnanie depuis 1821. La principale voie de communication entre le sud de l'Épire (la plaine d'Arta) et l'Acarnanie, conduisant vers Missolonghi et le golfe de Corinthe, emprunte les passes montagneuses du massif du Makrinoros, pouvant cependant être contournées par voie maritime en passant par le golfe Ambracique. Les armatoles grecs qui occupaient les défilés avaient repoussé plusieurs tentatives de reconquête ottomane. Le golfe Ambracique était aussi en partie contrôlé par les Grecs, grâce à l'ancienne flottille d'Ali Pacha dont le chef, le Corse Passano, avait rejoint les insurgés.
thumb|alt=gravure colorisée : des hommes moustachus et armés dans un paysage de montagne|Guerriers souliotes.
Khursit Pacha ne passa pas immédiatement à l'offensive : en effet son harem et certains de ses officiers avaient été capturés lors de la chute de Tripolizza en , et des négociations étaient en cours pour les libérer. Le gouvernement grec demandait une forte rançon et la libération des otages grecs d'Ali tombés aux mains des Ottomans à la chute de Ioannina, dont une partie de la famille de Markos Botzaris. Les négociations aboutirent et le harem débarqua à Prévéza le ; Khursit put alors reprendre les opérations, tandis que les Souliotes demandaient au gouvernement grec des secours. Une puissante armée ottomane se lança à l'assaut du Soúli fin mai, mais fut finalement repoussée le . Khursit Pacha laissa alors le commandement des opérations en Épire à Omer Vryonis, et rejoignit la Thessalie où se rassemblait une nouvelle armée ottomane. Vryonis ne renouvela pas d'attaque frontale mais organisa le blocus du Soúli afin de le faire céder par la faim..
Des troupes grecques, commandées par Aléxandros Mavrokordátos, furent donc organisées en mai et envoyées pour secourir les Souliotes et relancer la guerre d'indépendance en Épire..
« Régiment Baleste » et bataillon philhellène
thumb|alt=gravure noir et blanc : portait de profil d'un homme moustachu|Karl von Normann-Ehrenfels.
L'enthousiasme romantique, la frustration vis-à-vis de la politique de la Sainte-Alliance et pour certains anciens militaires des guerres napoléoniennes le désœuvrement, avaient poussé un certain nombre de jeunes gens à venir aider la Grèce insurgée. Le principal port d'embarquement de ces premiers volontaires venus de France, de Suisse, des régions polonaises ou germaniques et de la péninsule italienne fut Marseille. En 1821-1822, avant que le gouvernement français de Louis XVIII ne l'interdît, onze navires partirent à destination de la Grèce, emportant autour de 360 philhellènes. Parmi eux, se trouvaient le colonelIl semble qu'il n'ait été que lieutenant de grenadiers dans les armées napoléoniennes, mais qu'il ait gagné ses galons de colonel en créant le régiment grec. , un Corse, ancien des armées napoléoniennes, qui s'était installé en Crète. Il fut chargé par Dimítrios Ypsilántis d'organiser une armée grecque régulière. Le comte et général originaire du Wurtemberg, Karl von Normann-Ehrenfels qui avait combattu pour et contre la France lors des guerres napoléoniennes (et donc dont plus aucune armée ne voulait), embarqua de Marseille le sur La Vierge-du-Rosaire avec un petit contingent hétéroclite. Les anciens officiers italiens des armées napoléoniennes, Dania (né à Gênes puis naturalisé français) et Tarella, avaient quant à eux dû quitter la péninsule pour des raisons politiques..
À leur arrivée en Grèce, leur enthousiasme se refroidissait. Le mode de combat des insurgés grecs, le klephtopolémos, impliquait des petites troupes soudées autour d'un capitaine, souvent organisées autour d'un clan familial, dans des actions ponctuelles de guérilla. Un étranger ne pouvait y trouver sa place. Il fut alors décidé de créer un corps particulier pour les philhellènes. Ce corps serait lié au « régiment Baleste », l'armée régulière grecque, mais en resterait indépendant. Les plus hauts gradés occidentaux serviraient de liaison entre les deux corps auxquels ils fourniraient les officiers. En , cette troupe était à Corinthe où était installé le pouvoir exécutif grec. Elle y reçut ses étendards..
thumb|alt=photographie couleurs : un morceau de tissu jaune|Fragment du drapeau du premier régiment d'infanterie (Α' ΣΥΝΤΑΓΜΑ ΠΕΖΙΚΟΝ).
Dès son arrivée en Grèce, à Kalamata, en , le colonel Baleste entreprit de mettre sur pied une armée régulière grecque, ainsi que le lui avait demandé Dimítrios Ypsilántis avec qui il avait fait le voyage depuis Marseille. Après les guerres napoléoniennes où il avait gagné ses galons et son expérience, Baleste avait vécu en Crète où son père était installé comme marchand. Avec d'autres anciens officiers occidentaux, il organisa le « régiment Baleste » sur le modèle militaire français, avec un uniforme noir. Ce « régiment Baleste » eut un succès limité. Il attira peu de Grecs qui préféraient le système du klephtopolémos, moins rigide car organisé autour du clan familial et permettant d'envisager du butin plutôt qu'une solde. En fait, il n'était constitué que de volontaires grecs « étrangers », originaires d'Asie mineure, de Constantinople ou des îles Ioniennes (où ils avaient parfois servi dans les troupes françaises puis britanniques). Il n'y eut jamais plus de six cents soldats dans ce « régiment ». Son premier engagement fut l'attaque du fort Palamède de Nauplie en . L'échec de cet assaut fit naître des doutes dans les esprits des Grecs insurgés sur l'utilité réelle d'une armée régulière. Baleste quitta le régiment qui portait son nom pour aller se battre (et mourir) en Crète.
thumb|left|upright=1.2|alt=photographie couleurs : une muraille sur une éminence|Vue du fort Palamède depuis Nauplie.