Jan Borreman l'Ancien, aussi Jan Borman ou Borremans (actif à Bruxelles de 1479 à 1520), est un sculpteur sur bois originaire des Pays-Bas bourguignons. Ses œuvres de style gothique tardif ont trouvé un marché dans les Pays-Bas bourguignons, mais également, via les routes marchandes de l'époque, jusqu'au nord du Saint-Empire romain germanique et aux pays scandinaves. Il est connu comme le meilleur sculpteur sur bois () de son époque à Bruxelles

Borreman dans les documents d'archives 1479 : Droit de bourgeoisie à Bruxelles En 1479, Borreman acquit le droit de bourgeoisie de la ville de Bruxelles et devint membre de la guilde des , qui unissait tailleurs de pierre, maçons, sculpteurs et travailleurs d'ardoise.

1507 – 1510 : Coopération avec Jan Petercels L'organisation du travail dans la guilde bruxelloise La qualité supérieure des retables bruxellois, et en particulier de ceux des membres de la dynastie des Borreman, contraste avec la production en série des sculpteurs anversois. La cause en était sans doute, en partie, les différences dans l'organisation du travail entre les guildes d'Anvers et celles de Bruxelles. Si les sculpteurs anversois produisaient pour un marché libre, ceux de Bruxelles travaillaient plutôt sur commande. Dans les deux villes, différents spécialistes (menuisiers, peintres et sculpteurs) collaboraient à ces retables, depuis dispersés à travers l'Europe. À Bruxelles, toutefois, il existait une plus grande variation dans la forme et dans les thèmes traités en raison des nombreuses commandes de clients ayant chacun ses souhaits et exigences, mais également en raison des commandes passées par des peintres fournissant eux-mêmes les dessins. Cependant, à Anvers, les caisses des retables étaient toujours construites selon les mêmes schèmes. Il s'agissait d’un véritable travail en série. Les thèmes étaient le plus souvent limités aux sujets les plus populaires, dignes de toute église : la Passion et la vie de MarieGhislaine DERVEAUX-VAN USSEL. Hans NIEUWDORP et J. STEPPE, , , 1979, , 20.

1507 : Borreman fait appel à Petercels Une meilleure compréhension du système de sous-traitance des guildes bruxelloises est obtenue par la lettre que les brasseurs de Louvain adressèrent à Jan Borreman en 1507, lui demandant de concevoir le baldaquin central de leur retable, dédié à saint Arnoul, d'une façon différente par rapport aux baldaquins des panneaux latéraux ; c'est-à-dire dans un style assez audacieux pour cette époque, qui se rapproche de celui appliqué par le peintre Jean Gossaert et rapidement imité partout. Le dessinateur-sculpteur, acquiesçant à la demande, chercha immédiatement un sculpteur de maçonnerie détaillée et raffinée assez habile pour qu'il exécutât le travail le plus minutieux : il le trouva en Jan Petercels, qui s'inspira des dessins de Matthieu Keldermans, membre de la famille renommée d'architectes et de sculpteurs malinois, juin 2000, Etan Matt Kavaler.

1510 : À Turnhout, Petercels est sollicité de coopérer avec Borreman

La coopération avec Petercels est de nouveau documentée en 1510, année où la Confrérie du Saint-Sacrement de Turnhout chargea Petercels de faire un retable sur le thème de la dernière Cène. Petercels fit fonction d'entrepreneur. Exceptionnellement, la confrérie exigea de lui de confier la partie sculpturale en sous-traitance à Jan Borreman ou au fils de celui-ci, Passchier.

Qu'un donneur d'ordre posa une telle condition à un sculpteur de Turnhout, de Louvain ou d'Anvers, ville à proximité et port d'exportation de choix pour les retables à l'époque, ne peut signifier autre chose qu'à Turnhout, on voulait ambitieusement et à tout prix obtenir la collaboration du célèbre maître bruxellois. Apparemment, ils considéraient Borreman comme le meilleur des sculpteurs sur bois. Le contrat stipule explicitement que les personnages seraient sculptés par Jan Borreman ou Passchier, son filsEdward VAN EVEN. , Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie 16, 1877, : . En vertu du contrat, Borreman devait également exécuter les personnages de façon exquise et parfaite () et on voulait aussi que le doreur appliquât la polychromie le lendemain ou surlendemain (). Dans le même esprit, on imposa à Petercels d’ajouter au tableau deux panneaux latéraux, raffinés et suffisamment solides : . Après l’achèvement du retable, Petercels aurait reçu 100 florins.

En tout cas, il incombait à un jury de juger de la qualité du retableEdward VAN EVEN. , Bulletin des Commissions Royales d’Art et d’Archéologie 16, 1877, , . Dans le cas où la qualité serait remise en question, les honoraires perçus par Petercel seraient diminués. Apparemment, la commande d'un retable en bois de haute qualité et initialement non polychrome impliquait l'intention préalable du donneur d'ordre de le faire dorer ultérieurement. Se peut-il qu'il y ait un rapport avec d'éventuelles restrictions budgétaires au moment du passage de la commande ? Selon toute vraisemblance, l'argent pour une prédelle manquait : . On accepta sans doute la livraison d'un retable d'aspect incohérent et manifestement inachevé. Les sources restent muettes quant à savoir quand et si la Confrérie mit un terme à cette situation en envoyant le retable au doreur pour qu'il appliquât une couche polychrome.

1513 : La comptabilité ducale fait la louange de Borreman La quittance de 1513 dans les comptes ducaux pour les statues couronnant la clôture de la place des Bailles, devant le Palais du Coudenberg à Bruxelles, nous apprend que Jan Borreman était jadis considéré comme le meilleur des sculpteurs en boisCor ENGELEN. Zoutleeuw, , Kessel-Lo, 1993, , .. Cette grille, constituée d'une balustrade ornée de statues, que l'on connaît encore grâce aux gravures anciennes, inspira l'architecte Henri Beyaert (1823-1894) par sa forme et par son style, lorsqu'il convertit, au square du Petit Sablon, l'espace autour du groupe sculptural représentant les comtes d'Egmont et de Hornes en un monument commémoratif pour l’humanisme et la Réforme aux Pays-Bas au . Ce square fut solennellement inauguré en 1890Gérard DES MAREZ. Guide illustré de Bruxelles, Première Partie, Monuments civils, Touring Club de Belgique, 1917, .

Œuvres

Retable de saint Georges de la chapelle de Notre-Dame de Ginderbuyten à Louvain Le retable de saint Georges de Borreman est considéré comme son chef-d'œuvre. Bien documenté dans les archives, l'œuvre est devenue celle de référence pour de nouvelles attributions. L'autel en chêne, , a été commandé par la guilde des arbalétriers, appelée les , les soixante, pour leur chapelle de Notre-Dame-hors-les-murs (), située dans la , actuellement la rue de Tirlemont, à Louvain. Des documents historiques non seulement confirment la paternité du maître Jean Borreman de Bruxelles, qui l'avait conçu avec une double paire de volets, mais reconnaissent également que l'œuvre fut sculptée dans du bon bois, dont la qualité avait été contrôlée, et que le retable était bel et bien fait d'après le modèleGhislaine DERVEAUX-VAN USSEL. , Guide du musée, Musées royaux d'Art et d'Histoire de Belgique, Bruxelles, 1977, Edward VAN EVEN. , Bulletin des Commissions Royales d’Art et d’Archéologie 16, 1877, , .. La chapelle de Notre-Dame-hors-les-murs ayant été démolie à la fin du , le retable se trouve actuellement aux musées royaux d'Art et d'Histoire de Belgique. Jadis, ces retables coûtaient une fortune. On estime qu'un retable valait autant qu'une cogue de 250 tonneaux. Les retables furent même mis en gage pour la cargaison d'un navire.

Sur la lisière de la robe de l'une des figures, Borreman a signé de Jan son retable. En outre, le retable est pourvu des poinçons de garantie de la Ville de Bruxelles et de la date en chiffres romains MCCCCXCIII (1493). À cette époque, une signature était un phénomène assez nouveau, signe d'une prise de conscience des artisans. Peut-être Borreman a-t-il voulu exprimer qu'il se rendait compte de ses qualités d'artiste. La mention du nom de l'auteur était probablement aussi une stratégie commerciale : pour l'acheteur, le nom garantissait la qualité du produit. Comme la production de masse anonyme d'œuvres d'art avait pris un essor considérable à cette époque, entre autres à Anvers, il s'agissait également d'un moyen d'accroître la renommée des artisans.

Le retable de saint Georges est considéré comme un chef-d'œuvre de la sculpture médiévale tardive flamboyante en raison de sa plasticité, l'œuvre n'ayant vraisemblablement jamais été mise en polychromie, et à cause du traitement des légendes et des gestes complexes des nombreux personnages, arrangés dans de petits compartiments. Que le retable n’ait jamais reçu de couche polychrome est sans doute, quoique indirectement, à mettre en rapport avec l'organisation du travail en sous-traitance, comme d'usage aux guildes bruxelloises. L'acceptation d'une commande était réservée aux sculpteurs en bois et aux peintres, ces derniers étant traités sur un pied d'égalité lorsqu'il s'agissait de l'exécution de commandes. En ce qui concerne la vente sur le marché, seuls les peintres étaient autorisés à mettre en vente des retables achevés, les sculpteurs n'ayant ce droit que pour les œuvres non polychromes. Les peintres se trouvaient donc dans une position privilégiée, alors que les sculpteurs dépendaient, dans une large mesure, de l'initiative des peintres ou des commandes passées aux peintres. On n'a observé aucune trace de polychromie sur ce retable, ce qui impliquerait soit que la polychromie ait été enlevée à une époque ultérieure et pour des raisons inconnues, soit que le retable n'ait jamais atteint le peintre et que le sculpteur sur bois l'ait présenté sans polychromie au donneur d'ordre. Peut-être un différend en fut-il la causeE. VANDAMME (1985) et Br. d'HAINAUT-ZVENY (1987), .

Le retable mesure et représente les différentes tortures qu’a subies saint Georges, ainsi que sa décapitation ultime ; à côté de cette dernière scène, Alexandra, la femme du proconsul Dacien, convertie à la religion romaine après avoir assisté à l'agonie du martyr, fut également décapitée (sa tête, ayant été volée un jour au musée, avait été replacée, mais réapparut plus tard). À chaque scène, Dacien côtoie l'empereur Dioclétien au nom duquel ces tortures furent exécutées. Le proconsul a le visage pointu, porte une barbe fourchue et des boucles d'oreilles, et est coiffé d'une casquette plate. L'empereur est enveloppé d'un manteau au col d'hermine ; il est coiffé d'un chapeau ceint d'une couronne et il porte une barbe tresséeGhislaine DERVEAUX-VAN USSEL. , , , Bruxelles, 1977, -11..

La quittance de 1493 prouve qu'à l'origine, le retable avait été muni d'une double paire de volets ; ceci est confirmé par les découpes en forme d'accolades des charnières sur les montants des volets existants. Il est incertain si les volets étaient des panneaux peints ; il arrivait fréquemment que ceux-ci n'étaient ajoutés que plus tard ou même jamaisGhislaine DERVEAUX-VAN USSEL. , , Koninklijke Musea voor Kunst en Geschiedenis, Bruxelles, 1977, ..

Des légendes sacrées dépeignant des tableaux macabres étaient des sujets pieux censés inciter les fidèles (pour la plupart analphabètes) à la dévotion. Borreman les sculpta avec autant de réalisme inhabituel que de bravoure. La rupture de style que Borreman atteint par ce retable réside dans la disposition spatiale et concentrique de figures autour d'un personnage principal. La Renaissance a sans doute fait son entrée dans les tableaux de ce retable, dont les éléments architecturaux sont encore de style gothique tardif. Les quelques personnages, vus de dos à l'avant-plan, et l'individualisation prononcée des figures sont autant d'éléments nouveauxGhislaine DERVEAUX-VAN USSEL, Hans NIEUWDORP et J. STEPPE. , 1979, .