Saint-Herbot [sɛ̃tɛʁbↄt], en breton Sant-Herbot (prononcé [sɑ̃ꞌtèʁbↄt] voire parfois [zɑ̃ꞌtèʁb]), qui doit son nom à saint Herbot, est une ancienne paroisse de l'évêché de Cornouaille. C'est désormais un village partagé entre les communes de Plonévez-du-Faou (principalement) et Loqueffret en Bretagne (France). Le hameau possède une chapelle, ancienne église paroissiale, célèbre par son enclos paroissial et lieu d'un pardon traditionnel.

Géographie et écologie

thumb|Le village et l'église vus du sud depuis la route venant de Plonévez-du-Faou Le hameau de Saint-Herbot est implanté dans un site encaissé, un vallon assez étroit aux versants pentus, cela frappait déjà les observateurs les siècles passés. Ainsi l'abbé Seznec écrit en 1857 : « Le vallon est à l'est au nord abrité des vents par une longue chaîne de montagne et égayé par la verdure de ses prairies qui contraste avec l'aridité des cimes. (…) Le voyageur aperçoit à sa droite le ruisseau torrentiel qui alimente la cascade de Saint-Herbot s'échapper des rochers en flots d'écume pou arroser ensuite doucement la vallée »Abbé Seznec, Bulletin archéologique de l'Association bretonne, procès-verbaux du congrès de 1857, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2074691.image.hl.r=Saint-Herbot.f280.langFR.

Le Chevalier de Fréminville est quelque peu déçu lorsqu'il visite la cascade de Saint-Herbot : « On vante beaucoup aux étrangers, comme une curiosité du pays, la cascade de Saint-Herbot, qui se précipité sur un lit de rochers, dans une vallée sauvage et boisée, à une lieue du Huelgoat. Malheureusement, le temps où elle produit son effet vraiment remarquable n'est pas celui que les curieux choisissent pour voyager ; c'est l'hiver, alors elle est vraiment un beau torrent ; mais pendant l'été, ce torrent est presque tari et son lit ne présente aux regards que des blpcs énormes de granit entassés les uns sur les autres ».

« La plus remarquable des cascades est celle de Saint-Herbot qui, sur une longueur de quelques centaines de mètres, descend de d'altitude, au milieu d'un amoncellement de blocs granitiques de toutes grosseurs et de toutes formes que creusent, entaillent ou même séparent entièrement de nombreuses marmites »Revue Annales de Bretagne, tome XX, années 1904-1905 consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k115316b.r=Saint-Herbot.langFR.

La cascade a disparu et l'Éllez a été domestiquée, mais le reste de la description est toujours valable de nos jours.

Les "Combles de la chapelle de Saint-Herbot" font l'objet d'un Arrêté préfectoral de protection de biotope en date du ., « considérant que la chapelle de Saint-Herbot en Plonévez-du-Faou abrite une colonie de reproduction et d'hivernage de grands rhinolophes ainsi que la sérotine commune, le murin de Natterer, l'oreillard gris et la pipistrelle commune, espèces naturelles protégées. (...) L'accès des personnes est interdite dans la zone protégée »http://inpn.mnhn.fr/docs/apb/FR380056120010112.pdf.

Histoire Historique de la chapelle Une première église fut détruite lors de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364): le pape Urbain VI accorde alors des indulgences pour la reconstruction de Sancta Erbaudi. Elle est remplacée fin ou plutôt début par l'église actuelle, construite grâce aux dons des pèlerins et de la famille ducale, et aux revenus provenant des traditionnelles foires annuelles.. Le porche sud, construit par l'atelier ducal du Folgoët., et le clocher-porche sont dus au mécénat d'Anne de Bretagne. L'inventaire des titres de la chapelle mentionne des titres depuis 1505Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5724397t.r=Saint-Herbot.f415.langFR.hl.

Certains auteurs affirment que c'est un ancien prieuré dépendant de l'abbaye de Landévennec. C'est plus probablement un ancien prieuré ducal des Carmes de Rennes : la tradition veut que Jean II de Bretagne, Comte de Richemond , seigneur du Huelgoat est à l'origine de l'Ordre Mendiant des Carmes en Bretagne., mais ils vinrent plus probablement à l'initiative des seigneurs du Rusquec, au temps où ceux-ci avaient une fonction officielle à la cour du duc de Bretagne. Les noms de certains "prêtres gouverneurs" responsables de cette communauté de Carmes sont connus, messires Jehan de Launay, Chorantin Kerdiffez, Chorantin Coz qui furent commanditaires de la construction de l'église. Ces carmes devaient aussi exercer une mission évangélisatrice au service des paroisses avoisinantes, ce qui expliquerait le thème quatre fois répété des apôtres..

D'importantes foires et un pardon célèbre s'y déroulent depuis au moins le début du Gwenaël Le Duc, "Une pièce de théâtre jouée à Saint-Herbot au ", Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome CXII, 1982. Des plaids généraux de la sénéchaussée commune au Huelgoat, à Châteauneuf-du-Faou et à Landeleau s'y tenaient alors, soit dans l'enclos, soit dans la chapelle du prieuré, le jour de la foire chaque vendredi avant le dimanche de la Trinité au moins depuis 1643, mais probablement bien avantRaymond Delaporte, "La sénéchaussée de Chateauneuf-du-Faou, Huelgoat et Landeleau et les juridictions seigneuriales du ressort", A. Pedone, 1905, consultable https://archive.org/details/lasnchaussdecha00delagoog.

En 1793, un décret de la Convention impose que les cloches soient fondues pour être transformées à Brest en canons. La paroisse de Saint-Herbot n'ayant pas exécuté le dit décret, un commissaire fut nommé et envoyé sur place. Mais la cloche était si grosse, si lourde et si dangereuse à démonter qu'il fut impossible de le faire. L'histoire ne dit pas ce qu'il advint finalement car en 1887 elle fut remplacée par une nouvelle cloche nommée "Herbot"Loïc Barreau et Claude Marcel-Rouault, "les enclos paroissiaux", éditions Ouest-France, 2006 [].

En vendémiaire an XI (septembre ou ), les habitants du village faisaient une pétition pour demander d'utiliser à leur profit la chapelle du Prieuré : « éloignés du chef-lieu de notre mairie d'environ deux lieues et demi, nous éprouvons des difficultés insurmontables dans la fréquentation du dit chef-lieu relativement aux différents exercices de notre religion, difficultés propres en quelques sorte à nous les faire abandonner. En effet les jours en hyver sont si courts et les chemins que nous avons à fréquenter (…) si impraticables que nous ne pourrions nous procurer dans plusieurs occasions le secours des ministres de la religion (…) ». Ils réclament le droit de continuer à enterrer leurs morts dans le cimetière du prieuré, de faire baptiser leurs enfants dans la chapelle « quoi que cette église soit en très mauvaise réparation et privée de tous les ornements », néanmoins « cette chapelle, une des plus belles du département, est en grande vénération à une infinité de personnes, le grand nombre de pèlerins qui y vient de pais même fort éloignés contribue à fortifier la foi et à réveiller l'attention de personnes qui se laissent aller quelquefois à des égarements ». Les vingt-et-un hommes qui ont signé font confiance à l'évêque pour seconder leur démarche dès lors que « il ne s'agit que de nous procurer les moyens de salut » et ils assurent le sous-préfet de Châteaulin « si vous daignez être favorable à nos désirs nous vous prions d'être persuadé que nous formerons des vœux au ciel pour votre conservation »http://maisondeparticulier.wifeo.com/plonevez-du-faou.php.

Le pardon des bovins vignette|gauche|Église Saint-Herbot: crin attaché à la balustrade du chancel en 2010 (les rites perdurent). Les croyances en l'efficacité de saint Herbot pour guérir le bétail entraînait des scènes pittoresques : Armand Dayot écrit en 1897 : « Le pouvoir de saint Herbot consiste à guérir les bêtes à cornes. En temps d'épizootie, son pouvoir est triomphant et c'est l'époque où sur son autel se dressent, saignantes et puantes, au milieu des essaims de mouches, des pyramides de queues de vaches. Car sous peine de voir mourir sa bête, le paysan qui l'a vouée à saint Herbot doit, aussitôt la guérison accomplie, trancher à l'animal délivré son appendice caudal et le déposer, avec une prière, aux pieds de la statue du saint »Armand Dayot, Le long des routes, récits et impressions, Paris, Ernest Flammarion, 1897, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96235g.r=Saint-Herbot.langFR.. On fait des offrandes en nature (porcelets de lait, mottes de beurre) : la « Fête du beurre » subsiste toujours à Saint-Herbot.

Paul Branda en 1887 parle de « Saint-Herbot, la chapelle des charbonniers perdue dans les bois »Paul-Emile-Marie Réveillère, dit Paul Branda, Cà et là. Cochinchine et Cambodge. L'âme khmer. Ang-Kor, , librairie Fischbacher, 1887, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5846724q.r=Saint-Herbot.langFR..

Léon de Vesly écrit en 1894 : « Les trois jours que durent la foire et le pardon, tous les bœufs de la Cornouaille se reposent et leurs propriétaires viennent déposer à l'entour du sarcophage de granit où gît le corps du saint, une poignée de crins coupée à la queue des animaux. Lors des épizooties, les offrandes redoublent et les animaux sont promenés autour de la chapelle »Léon de Vesly, revue La Normandie littéraire , année 1894, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k112399d.r=Saint-Herbot.langFR.. En 1928 encore, le pardon durait trois jours : « la chapelle de Saint-Herbot où, chaque année, trois jours durant, tous les bestiaux de Cornouaille viennent pour le grand pardon. (…) Pendant ces solennités, le sol reste en friches (…) et les bêtes à cornes ont litière fraîche et double ration de luzerne. »J-M. Bouteloup, revue La femme seule, leur avenir, , année 1928, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56057257.r=Saint-Herbot.f28.langFR.hl..

D'autres pratiques curieuses semblent avoir existé : à la suite d'un procès en diffamation, une publication de 1899 raconte qu'à Saint-Herbot « des femmes, pour conjurer leur stérilité, venaient se frotter contre une pierre située à une certaine distance de la chapelle »Répertoire général alphabétique du droit français, recueil Sirey, tome XVII, 1899, tirage 1924, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54539701.r=Saint-Herbot.f345.langFR.hl.. vignette|Queues de vache déposées en offrande sur l'autel de la chapelle (revue L'Illustration, 1907). vignette|Affiche publicitaire montrant la chapelle de Saint-Herbot (Musée de Bretagne, vers 1930). Le journal L'Ouest-Éclair écrit dans sa description du pardon de 1906 : « Les tourezien-bleo ou « tondeurs de cheveux » ont fait une bonne récolte au pardon de Saint-Herbot. Les jeunes filles de Plonévez, de Collorec et de Plouyé affluaient dans leurs boutiques pour y troquer le voile naturel de leur tête contre quelque mouchoir ou foulard de couleur voyante ou autre menu colifichet »L'Ouest-Éclair du 12-06-1906, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6410976/f5.image.r=Herbot.langFR..

Le journal La Croix fait en 1940 cette description du « Pardon aux bovins » de Saint-Herbot :

Seigneur saint Herbot béni Du fond du cœur je vous prie De répandre votre bénédiction sur le lait que je traie Pour que s'élève beaucoup de crème À contenter mes bourgeois Et à la fin de l'année Je vous promet un veau…

L'enclos paroissial thumb|Statue de saint Herbot dans l'église Saint-Herbot Il est dédié à saint Herbot.

La chapelle de Saint-Herbot fait partie de la première liste de monuments français classés dès 1840 par Prosper Mérimée. La chapelle a été officiellement classée monument historique par arrêté du et le calvaire par arrêté du . Elle a été restaurée par l'architecte Chaussepied, de Quimper, juste avant la première guerre mondiale "Revue "Mercure de France", , 1914, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2017487.r=Saint-Herbot.f163.langFR.hl.

Le placître et son calvaire thumb|left|Détail du calvaire en kersanton