L’église Saint-Eustache est une église paroissiale catholique située 146, rue Rambuteau dans le de Paris, au cœur du quartier des Halles. Elle est la troisième plus grande église de Paris derrière Notre-Dame et Saint-Sulpice.
Elle est dédiée à saint Eustache, né Placidus (ou Placidas), général romain amateur de chasse converti au christianisme dont les symboles et attributs — lettres S et E entrelacées, cor de chasse, cerf portant une croix entre ses bois — sont perceptibles, par exemple, à l'extérieur de l'église sur les gables des deux transepts, et sur des piédestaux à l'intérieur.
Historique La chapelle Sainte-Agnès et la première église paroissiale Saint-Eustache thumb|left|190px|Cerf porteur de crucifix, attribut de saint Eustache, gable du transept sud. Les origines de l'église Saint-Eustache remontent au début du . Une chapelle consacrée à sainte Agnès fut le premier édifice construit. Une crypte portant ce nom jouxte encore l'église côté oriental. Cette chapelle, construite à côté de la porte Coquillière et de la porte Montmartre (sur l'enceinte de Philippe-Auguste), serait le don d'un bourgeois de Paris, Jean Alais, qui l'aurait fait bâtir en remerciement du droit que le roi Philippe Auguste lui avait octroyé de prélever un denier sur chaque panier de poisson qui arrivait aux Halles.
Dès 1223, Sainte-Agnès fut érigée en paroisse et prit le nom de Saint-Eustache. La raison la plus probable de la nouvelle appellation serait le transfert d'une relique du martyr saint Eustache dans la nouvelle église, relique jusqu'alors détenue par l'abbaye de Saint-Denis. L'église fut plusieurs fois remaniée et agrandie au fur et à mesure de l'accroissement de la population du quartier.
Au , le roi conservait sa protection royale, notamment pour les confréries de la Madeleine qui y assuraient la messe. Juste avant sa mort, en , la confirma par lettres patentes..
L'église de 1532 à 1637 160px|vignette|redresse|gauche|Panneau Histoire de Paris à l'angle des rues du Jour et Rambuteau - Paris . 160px|vignette|redresse|gauche|Panneau Histoire de Paris, détail. vignette|160px|Projet de façade dessinée par Jacques Androuet du Cerceau, Paris, BnF. vignette|160px|Plan de l'église en 1642 (façade modifiée depuis). En 1532, il fut enfin décidé de construire une église digne du cœur de Paris. La première pierre de l'édifice actuel fut posée le par Jean de la Barre, prévôt des marchands. Les travaux furent successivement confiés à Boccador, Nicolas Le Mercier et Charles David, gendre du précédent. Bâtie dans un style gothique en pleine Renaissance, l'église dégage un caractère architectural harmonieux où l'antique des colonnes grecques et romaines côtoie les lignes encore présentes du Moyen Âge. L'objectif était de faire du gothique avec du plein-cintre. Ainsi, l'église a l'élévation de style gothique, les courbures du roman et les ornements de la Renaissance ; tous ces caractères réunis donnent à l'édifice un caractère unique.
Sa construction fut ralentie par de fréquentes difficultés de financement. On a pu parler de six campagnes de construction.
René Benoist, curé de l'église Saint-Eustache en 1569, acquit une telle influence sur les paroissiens qu'il fut surnommé le « pape des Halles ». En 1578, il fit imprimer une requête afin d'obtenir des secours pour l'achèvement de son église. Commencée en 1532, elle n'avait pu être terminée, et Benoist lui-même n'avait pas encore entrepris de travaux, malgré la . La lettre obtint sans doute quelque somme d'argent, car on construisit à cette époque plusieurs piliers de la nef et plusieurs autres fenêtres.
Après maintes interruptions, l'église fut terminée en 1633 et consacrée le par Jean-François de Gondi, archevêque de Paris.
Charles de La Fosse fut chargé du décor de la chapelle des Mariages et peignit Adam et Ève et Le Mariage de la Vierge (1667-1670). Ces œuvres étaient le pendant de celles de son rival Mignard dans la chapelle du Baptême. Ces peintures furent détruites lors de la construction du nouveau portail.
L'église de 1754 L'ancienne façade occidentale, dont les tours étaient restées inachevées, fut fragilisée par la construction de deux chapelles commandées en 1665 par Colbert qui était paroissien et premier marguillier de Saint-Eustache. Le sous-œuvre devant être repris, il fut décidé de rebâtir la façade après sa démolition ainsi que celle de la première travée de la nef et des bas-côtés. Un nouveau projet fut dessiné par Louis Le Vau dont Colbert devait assurer le financement.
Ce ne fut pourtant que le que le duc de Chartres en posa la première pierre. Jean Hardouin-Mansart de Jouy en devenait l'architecte. Sa construction traîna en longueur par manque de moyens, et le projet initial, qui comprenait deux tours à deux étages reliées entre elles par une galerie, se vit transformé par le lourd fronton qui écrase la façade. De 1772 à 1788, les travaux furent repris par l'architecte Louis-Pierre Moreau qui laissa la tour sud inachevée, dans l'état où nous la voyons encore aujourd'hui.
L'église, déjà grande, aurait probablement atteint une taille et une hauteur impressionnantes si les difficultés rencontrées à son élaboration avaient été moins nombreuses.
Le 5 octobre 1789, Saint-Eustache est l'un des lieux de rassemblement de la marche des femmes sur Versailles, qui force le roi et sa famille à rentrer à Paris.
En 1790, Saint-Eustache est l'une des 51 paroisses urbaines du diocèse de Paris.
Durant les Trois Glorieuses (1830), les alentours furent le théâtre d'affrontement entre les insurgés et la troupe.
Restaurations des En 1862, l'église est classée monument historique. En 1922, la paroisse est confiée à une congrégation religieuse masculine, la Société de l'Oratoire de Jésus et de Marie.
Dans les années 1980 a lieu la restauration du grand comble, la toiture au-dessus de la nef. Au début des années 2000, c'est la façade sud qui est restaurée travée par travée.
En , un échafaudage est monté pour restaurer le pignon du transept sud et mécaniser la porte, la paroisse voulant en faire l'entrée principale ouverte sur le jardin et faciliter l’accès des personnes à mobilité réduite. Les travaux d'une durée de et d'un coût de d'euros seront supportés par la Ville de Paris et l'État, ainsi que la publicité à hauteur de avec l'affichage sur les bâches des échafaudages d'un annonceur par mois par la Société JCDecaux. parisleshalles.fr..
Personnalités liés à la paroisse Saint-Eustache de Paris vignette|redresse|Jean Audran, Portrait de François-Robert Secousse, gravure d'après Hyacinthe Rigaud. vignette|redresse|Jean-Louis Prieur, Pompe funèbre de Mirabeau le , Vizille, musée de la Révolution française. L'église Saint-Eustache a été le lieu de nombreux baptêmes, mariages et sépultures de grandes personnalités.
Richelieu (1585), Molière (1622)Acte de baptême de Molière (original détruit en 1871, transcription par le révérend du Mesnil () : ()., Jean-François Regnard (1655), le prince Eugène de Savoie-Carignan (1668), Louis Armand de Brichanteau (1683) et madame de Pompadour (1721) y ont été baptisés.
y fit sa première communion vers 1649.
S'y sont mariés Sully (1583) avec Anne de Courtenay, Pomponne (1660) avec Catherine Ladvocat, et Lully (1662) avec Madeleine Lambertet.
Le corps de Mirabeau est déposé dans l'église le lendemain de sa mort, le , où Joseph-Antoine Cerutti prononce son oraison funèbre, avant que sa dépouille ne soit transférée au Panthéon.
Y sont inhumés Voiture (1648), Vaugelas (1650), Pierre Fenouillet (1652), Colbert (1683), Scaramouche (1694), l'amiral de Tourville (1701), (1749), Marivaux (1763), Rameau (1764), François de Chevert (1769), le marquis de Marigny (1781). Les obsèques de La Fontaine (1695), Anna Maria Pertl, mère de Mozart (1778) et de Mirabeau (1791), y furent célébrées, ainsi que celles de Marie Laforêt, le , de Gaspard Ulliel, le et de Michel Blanc, le .
L'oraison funèbre de Turenne y fut prononcée en 1676 par FléchierAbbé Duplessy, Paris religieux, Guide artistique, historique et pratique, Paris, A. Roger et F. Chernoviz Éditeurs, 1900, .. C'est également à Saint-Eustache que Massillon a prononcé son sermon Sur le petit nombre des élus en 1704. Les traits de François-Robert Secousse (1696-1771), curé de Saint-Eustache, nous restent connus par le portrait qu'en grava Jean Audran d'après Hyacinthe Rigaud. Plus tard, Berlioz y dirigea la première exécution de son Te Deum le et Liszt, celle de sa Messe solennelle, le Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, t. 1, .. Le , le chanteur Laurent Voulzy donna un concert unique au sein de cette église dans le cadre de sa tournée « Lys & Love Tour ».
Architecture vignette|redresse|Plan de l'église en 2015.
Plan L'église Saint-Eustache s'articule autour d'une nef flanquée de bas-côtés doubles et d'une rangée de chapelles. Les chapelles du bas-côté sud présentent la particularité d'avoir une profondeur croissante pour respecter le tracé de l'ancienne rue Trainée, aujourd'hui place René-Cassin.
Le transept est non saillant. Le chœur est entouré d'un double déambulatoire et d'une rangée de .
Les dimensions de la nouvelle église rappellent celles de la cathédrale Notre-Dame ; l'édifice est toutefois moins long et moins large, mais dispose d'une hauteur sous voûte supérieure. Longueur extérieure : ; Largeur extérieure (au niveau du transept) : ; Hauteur sous voûte : .
Extérieur
L'église Saint-Eustache possède un cadran solaire ainsi qu'une méridienne, tous deux positionnés sur sa façade sud. Situé à plus de de hauteur sur le transept sud, le cadran est légèrement déclinant et mesure environ . Le stylet est planté un peu en dessous du centre de la rosace au point de convergence de toutes les lignes horaires. La méridienne, quant à elle, se trouve au-dessus et à gauche du portail sud et mesure de haut. Ses lignes, gravées dans la pierre, indiquent tous les quarts d'heure entre 11 heures du matin et 1 heure de l'après-midi.
Intérieur
L'église Saint-Eustache relève stylistiquement du gothique flamboyant et du style Renaissance. Elle impressionne tout particulièrement le visiteur par la hauteur de sa nef () identique à celle de Notre-Dame ().
Nef et transept
La nef est flanquée de bas-côtés doubles et d'une rangée de chapelles ; le transept est non saillant à l'extérieur ; le chœur est entouré par un double déambulatoire et une rangée de chapelles.
La hauteur de voûte ainsi que ses imposantes masses verticales avec ogives et clés pendantes se réfèrent au gothique flamboyant alors que la juxtaposition des ordres antiques, les piliers flanqués de pilastres et la riche décoration des chapiteaux traduisent plus, quant à eux, le style Renaissance.
Chœur
L'abside se caractérise par les remarquables vitraux d'Antoine Soulignac (1631), au nombre de neuf, et ses décorations en gothique flamboyant, notamment sa clé pendante du chœur. La décoration de style Renaissance se manifeste, elle, sur les piliers : têtes d'anges, feuillages Le chœur possède également des stalles, installées après la Révolution, ainsi qu'un maître-autel dessiné par Victor Baltard.
Commentaires L'architecture hybride de l'église Saint-Eustache fut assez vite critiquée.
Patrimonialité L'église Saint-Eustache est classée aux Monuments historiques en 1862..
Mobilier et décors intérieurs Décors d'origine des et du Vitraux du chœur (1631) vignette|upright=0.7|Antoine Soulignac, Saint Jérôme et Saint-Ambroise (1631).