Les droits des personnes LGBTQ au Royaume-Uni sont les mêmes que ceux du reste de la population. Ils ont été reconnus dans la deuxième moitié du , lorsque les activités sexuelles entre hommes ont été dépénalisées et que l’État a progressivement accordé son soutien à la communauté LGBT. Auparavant, la loi de 1533 sur la Bougrerie identifiait la sodomie comme un crime passible de pendaison (jusqu'en 1861) puis de prison.

De nos jours, la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre est illégale dans le domaine du logement, de l’embauche et de la fourniture de biens et de services. Les forces armées britanniques autorisent par ailleurs depuis l'an 2000.. les personnes LGBT à servir ouvertement leur pays. Depuis le , l’âge de la majorité sexuelle a été abaissé à , quelle que soit l’orientation sexuelle des partenaires, grâce à un amendement sur le Sexual Offences Act. Depuis 2002, les couples de même sexe ont le droit d’adopter et, depuis 2005, ils peuvent aussi contracter un civil partnership. En outre, le Gender Recognition Act de 2004 permet aux personnes transgenres de changer leur sexe légalement. Le mariage entre personnes de même sexe est reconnu au Royaume-Uni depuis sous David Cameron.

L’acceptation de l’homosexualité et des droits des personnes LGBT par la société va croissant et un sondage de 2007 organisé par le site Internet YouGov indique que 90 % des Britanniques soutiennent l’interdiction de la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle. Une autre enquête, menée en 2009 par Populus Ltd, montre quant à elle que 61 % des personnes interrogées soutiennent le droit au mariage entre personnes de même sexe.

Cependant, les évaluations d'ILGA-Europe ont révélé un recul significatif : le Royaume-Uni, qui avait obtenu le meilleur score en Europe dans le rapport 2015 de l'organisation sur les droits des personnes LGBTI, a chuté à la 22e place dans le rapport de 2025. En particulier, la dans les médias britanniques a été décrite comme « s'intensifiant et devenant plus virulente » depuis 2016 et « s'exacerbant » depuis 2018.

Antécédents vignette|L'évêque John Atherton, convaincu de sodomie en 1641, est pendu avec son amant John Childe. Origines des persécutions contre les homosexuels

Depuis le règne d’Henri VIII, le droit anglais identifie la sodomie comme un crime passible de pendaison. À l’origine, la loi sur la Bougrerie est destinée à lutter contre les moines catholiques qui sont accusés de « bougrerie » (en anglais : buggery) par le pouvoir afin de légitimer la dissolution des monastères. Mais, une fois l’anglicanisme implanté en Angleterre, la loi reste en vigueur dans le royaume.

En 1707, l’Acte d’Union qui donne naissance au royaume de Grande-Bretagne fait entrer le Buggery act dans la législation écossaise. Plus tard, il fait également son apparition en Irlande et dans de nombreuses colonies anglaises, comme l'Inde.

Évolution de la loi au En 1861, la section 61 de l’ abolit la peine de mort pour sodomie. Cependant, les actes sexuels entre hommes restent toujours illégaux et sont passibles de prison. En 1885, le Criminal Law Amendment Act, et surtout l'Amendement Labouchere étend par ailleurs la législation anti-sodomie à toutes les pratiques sexuelles entre hommes. L’homosexualité féminine n’est par contre ni reconnue ni criminalisée par la loi.

Parmi les victimes notables de la loi de 1885, on compte Oscar Wilde, condamné en 1895 à une peine de deux ans de travaux forcés à cause de sa relation amoureuse avec le jeune Lord Alfred Douglas.

Cette situation n'empêche pas un certain militantisme homosexuel d'apparaître dans le pays, grâce à des figures comme Edward Carpenter, qui publie Homogenic love and its place in a free society en 1894.

Accroissement de la répression dans les années 1950 Au début des années 1950, la police britannique s’implique particulièrement dans la lutte contre les relations sexuelles entre hommes. Nombre d’arrestations et de procès se produisent alors, comme celui qui touche le célèbre mathématicien, scientifique et décrypteur Alan Turing (1912-1954), inculpé en 1952 pour « indécence manifeste et perversion sexuelle »En 2009, en réponse à une pétition, le Premier ministre Gordon Brown a présenté des excuses posthumes à Turing pour la manière dont il a été traité par le Royaume-Uni. Voir la pétition : . Voir les excuses : ..

vignette|gauche|Lord Edward Montagu (ici en 2007) fut l'une des victimes les plus célèbres des lois anti-homosexuels au . En 1953, Michael Pitt-Rivers, un riche propriétaire terrien, et Peter Wildeblood, un écrivain et journaliste, sont à leur tour arrêtés et inculpés pour avoir commis des « actes indécents » avec deux militaires, Edward McNally et John Reynolds. Pitt-Rivers et Wildeblood sont également accusés d’avoir conspiré avec leur ami, le de Beaulieu Edward Douglas-Scott-Montagu, pour mener à bien leur crime. Lors du procès, qui débute le à Winchester Castle, le Director of Public Prosecutions donne son assurance à McNally et à Reynolds qu’ils n’auront à subir aucune poursuite s’ils témoignent contre leurs amis. Finalement, les trois inculpés sont condamnés mais leur procès donne lieu à un important battage médiatique.

En réponse aux événements, le Sunday Times publie, le , un article intitulé Law and Hypocrisy (en français : « La loi et l’hyprocrisie »). Peu de temps après, le , le New Statesman couvre à son tour l’événement avec un article intitulé The Police and the Montagu Case (« La police et le cas Montagu »). Devant le bruit que provoque le procès, le secrétaire d'État à l'Intérieur David Maxwell Fyfe, premier comte de Kilmuir, accepte de nommer une commission pour examiner la loi rendant les pratiques homosexuelles illégales. L’annonce en est faite par Sir Hugh Lucas-Tooth devant la Chambre des lords le . En août 1954, le Bureau de l'Intérieur nomme un comité de quinze hommes et femmes « pour considérer […] la loi et les pratiques relatives aux délits homosexuels et le traitement à appliquer aux personnes convaincues de tels délits par la cour ».

Rapport Wolfenden Le « rapport du Comité chargé des délits d’homosexualité et de prostitution » (mieux connu sous le nom de rapport Wolfenden, d'après le nom de son principal auteur, le baron John Wolfenden) est publié le . Il recommande que les relations homosexuelles en privé entre adultes consentants ne soient plus considérées comme des délits criminels. Il établit par ailleurs que l’homosexualité ne peut pas légitimement être considérée comme une maladie car elle est très souvent le seul symptôme des patients et est compatible avec une complète santé mentale dans d’autres domaines.

En octobre 1957, l’archevêque de Cantorbéry Geoffrey Fisher défend le rapport Wolfenden en déclarant que la loi ne devrait pas s'immiscer dans le domaine privé et que ce principe est fondamental pour préserver la liberté, le respect et la responsabilité humaines.

Le premier débat parlementaire lié au rapport Wolfenden est lancé le . Sur les dix-sept pairs qui participent au débat, seuls huit soutiennent les recommandations du rapport. David Maxwell Fyfe, qui est désormais lord grand chancelier, déclare qu’il est peu probable que le grand public apporte son soutien au rapport et demande que de plus amples recherches soient menées.

Une organisation œuvrant pour l’application des recommandations du rapport Wolfenden se met alors en place le : c’est l’Homosexual Law Reform Society.

Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe Dépénalisation partielle des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe en Angleterre et au Pays de Galles En 1965, le comte d’Arran Arthur Gore propose la dépénalisation des pratiques sexuelles entre hommes devant la Chambre des lords. En 1966, Humphry Berkeley fait une demande similaire devant la Chambre des communes. Cependant, aux législatives suivantes, Berkeley n’est pas réélu et il est convaincu que sa défaite électorale est due à l’impopularité de sa proposition. Cela n’empêche pas le parlementaire travailliste Leo Abse de reprendre le dossier au Parlement et de le faire avancer. Après presque dix ans de campagne, le Sexual Offences Bill est discuté devant les Communes en 1967 afin de mettre en œuvre certaines recommandations du Comité Wolfenden.

vignette|gauche|Le Parlement de Westminster, à Londres. Après bien des débats, le Sexual Offences Act est adopté. Il maintient l’interdiction de la « bougrerie » (autrement dit de la sodomie) et de l’indécence entre hommes mais dépénalise de façon limitée les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe lorsque trois conditions sont remplies. Pour être légal, les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe doivent ainsi être consenties, avoir lieu en privé et n’impliquer que des personnes majeures de plus de . Or, à la même époque, la majorité sexuelle pour les hétérosexuels est fixée à . En outre, l’expression « en privé » va être interprétée de façon très restrictive par la justice. Toute relation sexuelle impliquant plus de deux personnes va ainsi être interdite, tout comme les actes commis dans des endroits publics (comme les hôtels) ou dans des résidences abritant des tiers (même lorsque ceux-ci se trouvent dans des pièces différentes).

Le Sexual Offences Act de 1967 ne s’applique qu’à l’Angleterre et au Pays de Galles mais pas à l’Écosse, l’Irlande du Nord, les îles Anglo-Normandes et l’île de Man, où les relations homosexuelles restent interdites par la loi. Des organisations comme le Campaign for Homosexual Equality ou le Gay Liberation Front poursuivent donc leur travail pour l’obtention de l’égalité pleine et entière avec les hétérosexuels.

vignette|Carte du Royaume-Uni (en rouge). Du Nord au Sud apparaissent l'Écosse, l'Irlande du Nord (à l'Ouest), l'Île de Man (entourée), l'Angleterre, le Pays de Galles (au centre, sur la côte ouest) et les Îles anglo-normandes (entourées).

Extension à l'Écosse et à l'Irlande du Nord En 1979, un rapport du Bureau de l'Intérieur recommande que la majorité sexuelle pour les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe soit abaissée à l’âge de en Angleterre et au Pays de Galles. Cependant, aucune réforme n’est mise en place et la majorité reste à .

La situation évolue toutefois dans les autres provinces britanniques. Les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe sont ainsi légalisées en Écosse par la section 80 du Criminal Justice Act de 1980 (applicable à partir du 1981). Un amendement similaire passe ensuite en Irlande du Nord après une décision de la Cour européenne des droits de l'homme qui donne raison à un homosexuel dans le cas Dudgeon contre le Royaume-Uni. La nouvelle loi (l’Homosexual Offences Order de 1982) est un décret en conseil qui entre en vigueur le ..

Un coup d'arrêt provisoire avec la section 28

Malgré tout, la lutte pour les droits des personnes LGBT connaît un important revers dans les années 1980. La présence, dans les bibliothèques des écoles dirigées par la Inner London Education Authority, d’un livre considéré par certains comme faisant la « promotion » de l’homosexualité (Mette bor hos Morten og Erik) aboutit à des protestations dans les milieux conservateurs.. Après une campagne en faveur de l’interdiction de ce genre de livre, le parti conservateur pousse le gouvernement à introduire dans le Local Government Act de 1988 un amendement interdisant la « promotion intentionnelle de l’homosexualité » par les autorités locales britanniques et l’« enseignement dans les écoles publiques de l’acceptabilité de l’homosexualité en tant que prétendue relation familiale ». Ce texte est connu sous le nom de « Section 28 » et amende la section « 2A » du Local Government Act de 1986.