Le raid de Cabanatuan est une opération de sauvetage de prisonniers de guerre et de civils alliés de la Seconde Guerre mondiale d'un camp de prisonniers de guerre japonais près de Cabanatuan, aux Philippines (dans l'actuelle province de Nueva Ecija). L'assaut par des Rangers et Alamo Scouts de l'armée américaine et des guérilleros philippins eut lieu le au soir.

L'opération reste un modèle d'efficacité puisque 522 des 524 prisonniers, y compris des malades devant être transportés, furent ramenés dans les lignes américaines avec des pertes légères alors que les Japonais perdirent beaucoup des leurs.

Contexte Évènements La bataille de Bataan s’achève le par la reddition de soixante-dix-neuf-mille soldats américains et philippins. Ne s’attendant pas à faire autant de prisonniers, les Japonais n’ont prévu ni ravitaillement ni moyen de transport et la majeure partie d’entre eux ignore ou dédaigne les obligations de la convention de Genève. Un mois plus tard, le , onze-mille Américains sont capturés à la suite de la chute de Corregidor. Après avoir été paradé dans les rues de Manille, ils sont envoyés au camp de prisonniers de guerre de Cabanatuan, où ils arrivent peu après le milieu du mois de mai. Ils y sont progressivement rejoints entre juin et septembre par les Américains capturés à Bataan ayant survécu à la marche de la mort ainsi qu’aux mauvais traitements et conditions de vie au camp O’Donell où ils avaient été gardés jusque-là. En , le camp de Cabanatuan compte huit-mille prisonniers américains, mais ils sont progressivement envoyés dans l’empire japonais à bord des Hell ships pour être utilisés comme esclaves. En , il ne reste ainsi qu’environ cinq-cents prisonniers à Cabanatuan.

Quelques mois plus tôt, le les Américains ont débarqué à l’entrée du golfe de Leyte, puis le à Luçon. Alors que ses troupes se rapprochent des camps de prisonniers de la région, l’état-major américain craint que les Japonais, au mieux, déplacent les prisonniers par une nouvelle marche de la mort ou, au pire, qu’ils les massacrent. Des exécutions de masse ont en effet déjà lieu depuis l’automne, cent-cinquante prisonniers étant par exemple brûlés vifs le à Palawan. Le , il est décidé que la libération des prisonniers doit intervenir avant le : une intervention plus tardive ferait courir de grands risques aux prisonniers, les principales forces américaines devant atteindre la ville de Cabanatuan le au plus tard.

Lieux vignette|Cabane servant à loger les prisonniers dans le camp. La région de Cabanatuan est une plaine fluviale dont le terrain est essentiellement composé de prairies et de rizières. La principale rivière est la Pampanga, qui coule d’est en ouest au nord de la ville et compte quelques affluents dans les alentours immédiats, le plus notable étant la Cabu, qui coule du sud au nord à environ deux kilomètres au nord-est du camp. Ses rives sont l’un des rares endroits de la zone à être boisé. Les villes les plus proches du camp dans la zone d’opération sont San Jose, à environ quarante kilomètres au nord, et Bongabon, à environ trente kilomètre à l’est, mais il existe de nombreux petits villages, la plupart ne comptant guère plus de quelques huttes.

Le camp de Cabanatuan est à l’origine une station de recherche de l’United States Department of Agriculture construite dans les années 1920. Celle-ci est devenue plus tard le camp d’entraînement de la division de l’armée philippine. Il se trouve à quelques kilomètres à l’est de Cabanatuan City, la capitale de la province de Nueva Ecija, en bordure de la route nationale 20 reliant cette ville à Bongabon et à côté du village de Pangantian. À environ deux kilomètres à l’est du camp, la route franchit la rivière Cabu sur un pont achevé en : il s’agit du troisième construit à cet emplacement, celui d’origine ayant été détruit en 1941 et le second en par les résistants philippins. Pendant la reconstruction, un pont temporaire a été construit à environ deux-cent-cinquante mètres au nord-ouest et est toujours en place en .

Situé du côté sud de la route, le camp prend la forme d’un rectangle d’environ de large pour de long, délimité par une triple clôture barbelée de de haut. L’espace intérieur est subdivisé en trois secteurs orientés nord-sud d’environ de large chacun, séparés par d’autres clôtures. Le secteur occidental n’est pas utilisé au moment de l’attaque. Le secteur central abrite en son centre les quartiers des officiers et quelques baraques pour les gardes, le centre de communication et les hangars à véhicules ; sa partie nord n’est occupée que par la porte principale et la chapelle, tandis que la partie sud sert à héberger des troupes en transit. Le secteur oriental est encore divisé en deux : la partie nord, d’environ de long, contient les baraques des prisonniers et, à son extrémité sud, leur infirmerie ; la partie sud abrite le principal quartier des gardes et la porte arrière. Ce côté est le plus fortement protégé, avec des tours de garde aux angles nord-est et sud-est, ainsi que deux positions de mitrailleuses le long de la clôture orientale et une troisième à proximité de la porte arrière. Une autre tour se trouve à la porte principale.

La chapelle est le seul bâtiment en dur du camp, les autres étant similaires aux huttes traditionnelles philippines, dont la structure et les murs sont en bambou et le toit en feuilles de nypa. Au total, le camp compte environ cent-trente bâtiments, dont soixante dans la partie dédiée aux prisonniers. Les hangars à véhicules sont en tôle ondulée, mais n’offrent pas davantage de résistance aux balles que les huttes.

Conditions météorologiques Cette époque de l’année correspond à la saison sèche, ce qui facilite la traversée des rivières, qui sont presque à sec, par l’infanterie, bien qu’elles restent un obstacle pour les véhicules. Les journées sont chaudes, avec une température souvent au-dessus de , mais surtout humides avec environ 97 % d’humidité dans l’air, ce qui rend les efforts physiques pénibles. En comparaison les nuits sont fraîches et sèches, environ pour 50 % d’humidité. Le , la nuit tombe vers le soir et s’achève vers le matin. Elle n’est toutefois pas vraiment noire, car la lune est presque pleine et se lève dès , pour ne se coucher qu’après le lever du soleil.

Forces en présence Américains vignette|Les Alamo Scouts à leur retour du raid. Le gros des troupes américaines est formé par la compagnie C et le deuxième peloton de la compagnie F du , auxquels s’ajoutent quelques hommes d’autres compagnies. Les communications sont assurées par quatre hommes, qui emportent une radio SCR-694 d’une portée d’environ cinquante kilomètres. S’y ajoutent une équipe médicale de quatre hommes dirigés par le chirurgien capitaine Robert Fischer, ainsi que quatre hommes du 852nd Signal Service Bataillon chargés de photographier et filmer la mission. L’avant-garde est composée des treize hommes des équipes Rounsaville et Nellist des Alamo Scouts, une unité spécialisée dans la reconnaissance à longue distance derrière la ligne de front. S’y ajoute un officier de la même unité qui reste avec les Rangers afin d’assurer la liaison. Le commandement de la mission sur le terrain est assuré par le lieutenant-colonel Henry Mucci, assisté du capitaine Robert Prince, qui doit diriger l’assaut. Les Américains sont ainsi cent-trente-neuf au total, ou cent-quarante en comptant le singe mascotte de la compagnie F.

Du fait de la distance à parcourir à pied, l’armement est léger : la plupart disposent du fusil M1, bien que quelques-uns aient une carabine M1 ou un pistolet-mitrailleur Thompson. Seuls les officiers et une poignée d’hommes ont un pistolet M1911A1 en arme de secours. L’équipement lourd se limite à quelques M1918A2 BAR, bazookas et lance-grenades M7, les mitrailleuses M1919A4 et les mortiers M2 ayant été jugés trop lourds pour pouvoir être emportés. En complément, la plupart des hommes disposent également d’un couteau de combat et de grenades.

Philippins gauche|vignette|redresse|Résistants philippins ayant participé au raid. Les troupes américaines sont directement assistées par le (LGAF), un groupe de résistants philippins commandé par le major de l’armée philippine Robert Lapham. Leur présence n’apporte pas seulement de la puissance de feu supplémentaire, mais aussi des guides, des informations et un soutien logistique indispensables à la traversée du terrain sous contrôle japonais. Leur nombre est d’environ mille-deux-cents combattants répartis en neuf escadrons commandés par le capitaine Juan Pajota, auxquels s’ajoutent environ quatre-cents non-combattants, qui servent de porteurs pour les prisonniers trop faibles pour se déplacer par eux-mêmes.

L’équipement de ces combattants est hétéroclite et principalement composé de fusils M1903 Springfield et M1917 Enfield, ainsi que de fusils Arisaka Type 38 et Type 99 pris aux Japonais. Le soutien est assuré par quatre mitrailleuses Browning M1917A1 et ils disposent également de mines antichars M1. Certains n’ont toutefois pas d’armes à feu et ne disposent ainsi que de bolos.

Japonais La zone que les Américains doivent traverser est occupée par l’arrière-garde de la commandée par le général Yoshitake Tsuda. L’adversaire le plus dangereux est le bataillon d’infanterie commandé par le capitaine Oyanu Tomie, qui a quitté San Jose le soir du pour rejoindre Cabanatuan en passant par Bongabon et campe au soir du sur la rive orientale de la Cabu. Comptant environ huit-cents hommes, le bataillon dispose de toutes les armes de soutien d’une unité de cette taille, notamment des mitrailleuses Nambu et des mortiers de . Le est suivi par le bataillon Shusei, bien que celui-ci se trouve assez loin en arrière pour ne pas constituer une menace immédiate. La rive orientale de la Cabu est également occupée au sud de la route par les restes de plusieurs unités en retraite vers l’est, qu’Oyanu incorpore au bataillon à son arrivée, augmentant sa force d’environ trois-cents hommes, dont une compagnie de chars comptant quatre blindés et un camion armé de mitrailleuses. Enfin, trois autres bataillons comptant environ sept-mille hommes occupent Cabanatuan City et ont établi leurs positions à l’ouest et au nord de la ville.

Le camp lui-même est gardé par soixante-quinze gardes arrivés lors d’un changement de la garde le . Ils ne sont généralement pas originaires du Japon, mais de Corée, de Formose ou d’Okinawa. Considérés ainsi comme des soldats de seconde zone par les Japonais, ils ne disposent que de fusils Arisaka. Le camp est toutefois également occupé par le détachement de commandement de la police militaire de la armée, un peu plus de deux-cents hommes. Cette unité en marche vers l’est s’est arrêtée le au camp pour se reposer. Sa présence est une chance pour les Américains, car si elle empêche Oyanu d’installer le bataillon dans le camp le soir du comme il l’avait originellement prévu.

Les Japonais disposent également de collaborateurs philippins dont la présence force les Américains à rester à l’écart des villages de crainte que les Japonais soient informés de leur présence. En outre, ils bénéficient indirectement de la présence du Hukbalahap, un groupuscule communiste antijaponais, mais aussi antiaméricain qui peut potentiellement ralentir, voire empêcher la progression de ceux-ci.

Raid Préparatifs gauche|vignette|Les rangers en route pour le camp.