Anne Boleyn (vers 1501E. W. Ives, « Anne (c.1500–1536) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004. - ) est la deuxième épouse du roi Henri VIII d'Angleterre et reine consort de 1533 à 1536. Elle est la mère de la reine Élisabeth . Son mariage avec Henri VIII est à l'origine du changement politique et religieux complexe et souvent tragique qu'a été la réforme anglaise, donnant naissance à l'Église d'Angleterre dite Église anglicane. Accusée d'adultère, d'inceste et de haute trahison, elle est exécutée par décapitation. Il est maintenant généralement admis qu'elle était innocente de ces accusations.

Anne Boleyn a été célébrée plus tard comme martyre dans la culture protestante, particulièrement dans l'œuvre de John Foxe.

Biographie Controverse autour de sa naissance L'absence de registre paroissial ne permet pas d'établir la date de naissance précise d'Anne Boleyn. Au début du , un historien italien a suggéré qu'elle était née en 1499, tandis que William Roper, gendre et biographe de Thomas More, suggère la date beaucoup plus tardive de 1512. De nos jours, les cercles universitaires tendent à s'accorder sur deux dates plausibles : 1501 et 1507La date de 1507 a été avancée pour la première fois par un antiquaire élisabéthain William Camden et a été retenue jusqu'à ce que l'historien de l'art Hugh Paget la remette en question en 1981. Voir les biographies d'Eric Ives, The Life and Death of Ann Boleyn, pour une plus ample discussion de la naissance en 1500-1501, et de Retha Warnicke, The Rise and Fall of Anne Boleyn, pour une défense subjective de la thèse d'une naissance en 1507.. L'historien britannique Eric Ives, expert de la période Tudor, estime que 1501 est la date la plus probable, tandis que , une universitaire américaine, préfère la date de 1507.

Une des pièces les plus probantes est une lettre qu'Anne aurait écrite à son père, Thomas Boleyn, vers 1514Écriture manuscrite d'Anne Boleyn en 1514.. Cette lettre est rédigée en français, sa deuxième langue, alors qu'elle complète son éducation aux Pays-Bas, auprès de Marguerite d'Autriche. Selon Ives, le style de la lettre et la maturité de l'écriture prouvent qu'Anne doit avoir environ treize ans au moment de sa rédaction. Cet âge est proche aussi de l'âge minimum requis pour être dame de compagnie ; une thèse corroborée par un chroniqueur de la fin du qui écrit qu'Anne est âgée de vingt ans lors de son retour de FranceIves, p. 18-20.. Cependant, Jane Dormer, duchesse de Feria, qui fut dame d'honneur de la reine , affirme dans ses mémoires qu'Anne n'avait pas encore vingt-neuf ans au moment de sa mort et William Camden (1551-1625), biographe de la reine , indique 1507 comme étant l'année de naissance d'Anne. Faute de preuves substantielles, il est donc impossible d'en tirer une conclusion définitive, mais ces deux dernières sources s'accordent pour 1507 comme l'année la plus probable de sa naissance, après le mois de mai puisqu'il est dit qu'à sa mort elle n'avait pas encore 29 ans.

Enfance et famille Anne est la fille de Sir Thomas BoleynThomas Boleyn sera créé vicomte Rochford en 1523, premier comte de Wiltshire en 1525, premier duc d'Ormonde en 1529. et de son épouse Elizabeth Howard. La tradition veut que son lieu de naissance soit le château d'Hever dans le Kent, mais Eric Ives, s'appuyant sur des témoignages de proches, affirme qu'Anne a très probablement vu le jour dans la maison familiale de Blickling Hall, à au nord de Norwich dans le NorfolkEric Ives, p. 3..

Une rumeur tardive veut qu'elle ait souffert de polydactylie (six doigts à sa main gauche) et d'une tache de naissance sur le cou, qu'elle cachait en tout temps par un bijou. Pourtant, aucun témoin oculaire ne mentionne la moindre difformité et moins encore un sixième doigt. De plus, les difformités physiques étant souvent associées au diable, il est difficile d'imaginer qu'Anne Boleyn aurait pu gagner l'affection du roi si elle en avait souffertWarnicke, p. 58-59 ; Lindsey, p. 47-48..

Même si on ne connaît la date de naissance exacte d'aucune des deux sœurs Boleyn, Mary et Anne, on s'accorde sur le fait que Mary est l'aînée. Les enfants de cette dernière en sont persuadés, tout comme la fille unique d'Anne, la reine ÉlisabethUn historien avance cependant que Mary a pu être la puînée ; mais les preuves du contraire sont nombreuses : Ives, p. 16-17.Fraser, p. 199.. Leur frère, George Boleyn, est quant à lui né autour de 1504Warnicke, p. 9.Ives, p. 15..

À l'âge adulte, Anne n'a pas de très bonnes relations avec son père mais, durant son enfance, il semble qu'elle tenait à lui plaire. Ses relations avec sa sœur Mary semblent être cordiales, mais elles ne sont pas très proches l'une de l'autre ; au moment de sa mort, elles ne se parlaient plus. Elle a une relation beaucoup plus harmonieuse avec sa mère et son frère, dont elle est beaucoup plus proche.

Au moment de la naissance d'Anne, la famille Boleyn est considérée comme l'une des familles les plus respectables de l'aristocratie anglaiseStarkey, p. 257 ; Ives, p. 3-5 : (p. 4)., en dépit du fait qu'elle ne détient un titre de noblesse que depuis quatre générations. Plus tard, ses membres ont été taxés d'arrivisme et d'opportunisme, mais ce n'était qu'une attaque politique. La rumeur que les Boleyn sont une famille de marchands de Londres est infondéeIves, p. 3.. Les arrière-grands-parents d'Anne comprennent un lord-maire de Londres, un duc, un comte, deux dames aristocrates et un chevalier. Elle est certainement de plus noble naissance que Catherine Howard, Jeanne Seymour ou Catherine Parr, les trois autres épouses anglaises du roiIves, p. 4.Strickland, p. 273..

Son père est un diplomate très respecté qui possède un don pour les languesThomas Boleyn était celui qui parlait le mieux le français à la cour des Tudor (Ives, p. 10). ; il est aussi un favori d'Henri VII, qui l'a envoyé dans plusieurs missions à l'étranger et il continue sa carrière sous Henri VIII, qui le considère comme un diplomate hors pairIves, p. 11.. En Europe, son professionnalisme et son charme lui ont valu de nombreux admirateurs dont l'archiduchesse Marguerite d'Autriche, la fille de Maximilien du Saint-Empire, devenue régente des Pays-Bas, suffisamment impressionnée par Thomas Boleyn pour offrir à sa fille une place parmi ses dames de compagnie. Normalement, une jeune fille doit avoir douze ans pour se voir offrir un tel honneur, mais il est possible qu'Anne soit plus jeune, car Marguerite l'appelle souvent « la petite Boleyn » (on ne sait si cette remarque se réfère à sa stature ou à son âge)Fraser et Ives estiment que cet honneur prouve qu'Anne est probablement née en 1501, ce qui lui donne environ le même âge que les autres ; mais Warnicke n'est pas d'accord s'appuyant sur l'usage du terme « petite » comme preuve. Voir Ives, p. 19 ; Warnicke, pp. 12-13.. Elle fait bonne impression aux Pays-Bas avec ses bonnes manières et sa rigueur à l'étude, elle y vit du printemps 1513 jusqu'à ce que son père l'envoie à Paris poursuivre ses études, à l'hiver 1514.

En France, elle est nommée dame de compagnie de la reine Claude de France et sert d'interprète chaque fois qu'un visiteur anglais de haut rang se présente à la cour française. Durant cette période, elle approfondit sa connaissance du français et acquiert une connaissance de la culture et de l'étiquette françaises. Elle développe aussi un intérêt pour la mode et la philosophie de la religion qui veut une réforme de l'Église. Son éducation prend fin à l'hiver 1521 lorsqu'elle est rappelée en Angleterre par son père. Elle quitte Calais, encore possession anglaise, en .

Apparence et personnalité vignette|180px|Un portrait d'Anne Boleyn peint quelques années après sa mort. Ses biographes concluent que c'est probablement le portrait posthume le plus véridiqueIves, p. 43..

Anne Boleyn n'est pas une beauté conventionnelle pour son époque. Elle est mince et son teint est reconnu pour être trop foncé. Toutefois, certains observateurs sont impressionnés par ses yeux noirs et ses longs cheveux foncés qu'elle porte librement dans le dos. Un Italien qui a rencontré Anne en 1522 écrit qu'elle n'est pas une des plus belles femmes du monde, mais d'autres pensent qu'elle est « assez belle » et « jeune et jolie ». Un historien a réuni toutes les informations disponibles et a écrit :

Le poète Lancelot de Carle, qui a assisté au procès et à l'exécution d'Anne la décrit ainsi : « Que ne l'euſſiez oncques jugée Angloiſe En ſes façons, mais née fine Françoiſe: Elle ſçauoit bien chanter & dancer Et les propos ſaigement adiancer Sonner de lucz, & dautres inſtrumens Pour divertir les triſtes penſemens, Outre ſes biens, & graces tant exquiſes Qu'auoit en France heureuſement acquiſes Elle eſtoit belle, & de taille élégante Eſtoit des yeulx au cheoir plus attirante En les tenant quelque fois a repoz »

« Vous n'auriez jamais jugé qu'elle fût anglaise dans ses manières, mais née fine française : elle savait bien chanter et danser, et exprimer habilement ses paroles. Jouer de la musique et d'autres instruments pour distraire les pensées tristes, en plus de ses biens et de ses grâces si exquises qu'elle avait heureusement acquises en France. Elle était belle et d'une taille élégante, avec des yeux qui attiraient le plus par leur chute. Elle savait bien les guider habilement, les maintenant parfois au repos. »Au premier abord, les gens sont attirés par sa personnalité. Elle fait excellente impression avec son sens de la mode et inspire de nouvelles tendances aux dames de la cour. Elle est probablement la première « icône de mode » du . , auteur d'un poème contemporain à propos de Catherine d'Aragon, loue l'excellence des pas de danse d'Anne :

Elle est une dévote catholiquePour une discussion complète sur les croyances religieuses de la reine Anne, voir Ives, pp. 277-287. dans la tradition nouvelle de Renaissance humaniste (la qualifier de « protestante » serait exagéré). Elle donne généreusement aux œuvres de charité et coud des vêtements pour les pauvres. Dans sa jeunesse, elle est « adorable et joyeuse » et aime jouer, boire du vin et bavarderWeir, p. 153.. Elle est aussi courageuse et émotive et, selon ses ennemis, elle peut être extravagante, névrotique, vindicative et avoir mauvais caractère :

Un amour royal vignette |redresse=.3 |Catherine d'Aragon, première épouse du roi . vignette |gauche |redresse=.5 |. Il a envoyé à Anne plusieurs douzaines de lettres d'amour.

Lorsque Anne Boleyn arrive à la cour, la femme d', Catherine d'Aragon, jouit d'une grande popularité, bien qu'elle ait peu d'activités politiques à la cour depuis longtemps. Tous les fils qu'elle a pu avoir sont décédés en bas âge et souhaite un fils pour assurer l'avenir de la monarchie et préserver le pays d'une guerre civile.

Anne Boleyn débute à la cour lors d'un bal masqué en , où elle exécute une danse compliquée en compagnie de la jeune sœur du roi, des dames de la cour ainsi que sa propre sœur Mary. Quelques semaines après sa prestation, Anne est reconnue comme la dame la plus élégante et la plus accomplie de la cour ; de plus, elle est connue comme le « miroir de la mode »Starkey, p. 264..

À cette époque, en 1522, elle est courtisée par Henry Percy, fils du comte de Northumberland. La nature exacte de leur relation est encore à ce jour à déterminer. Plusieurs romans et adaptations cinématographiques de la vie d'Anne ont romancé leur amour et décrit comment les jeunes amoureux ont consommé leur union. Toutefois, il aurait été impossible de briser leurs fiançailles si la relation physique avait été consommée. Quelques biographes ajoutent qu'Anne a vu beaucoup trop de réputations brisées pour risquer la sienne aussi aisément. Un prêtre catholique, George Cavendish, grand ennemi d'Anne mais ami d'Henry Percy, a d'ailleurs affirmé que les deux amoureux n'avaient pas été amantsFraser, p. 126-127 ; Ives, p. 67 et p. 80..