, né le à Nagaoka et mort le aux Îles Salomon, est un militaire japonais, amiral de la Marine impériale japonaise. Personnalité marquante de la Seconde Guerre mondiale, il a commandé les forces navales japonaises pendant la première partie de la guerre du Pacifique. Il a notamment organisé et dirigé l'attaque surprise contre Pearl Harbor.
Il est généralement considéré comme un stratège brillant à la vision acérée (il avait très vite compris le potentiel des porte-avions et des sous-marins ; il avait aussi prédit que la supériorité japonaise ne durerait que six mois à un an dans le Pacifique ; la bataille de Midway, six mois après Pearl Harbor, lui donna raison). Sa fidélité à l'Empire fut indéfectible malgré sa claire perception de l'issue tragique qui serait celle de l'expansionnisme du Japon impérial.
Il mourut le lors de l'opération Vengeance, lorsque le bombardier qui le transportait est attaqué, ainsi que son escorte, par une escadrille américaine, avertie du voyage après avoir percé le code de transmission japonais.
Jeunesse vignette|Yamamoto en 1905. Isoroku Sadayoshi est né à Nagaoka dans la préfecture de Niigata. Son père, Takano Sadayoshi, était un samouraï de rang inférieur du han de Nagaoka. « Isoroku » est un ancien terme japonais qui signifie « 56 », soit l'âge de son père au moment de la naissance d'Isoroku.
En 1916, Isoroku fut adopté par la famille Yamamoto, dont il prit le nom, car il était courant que des familles sans fils adoptassent de jeunes garçons pour faire perdurer leur patronyme. En 1918, Isoroku épousa Reiko Misashi avec qui il eut quatre enfants : deux filles et deux fils.
Début de carrière dans la marine vignette|Le capitaine de vaisseau Isoroku Yamamoto, 30 janvier 1928 Yamamoto s'engagea en 1901 dans l'académie navale à Etajima (Hiroshima) et fut diplômé en 1904. En 1905, pendant la guerre russo-japonaise, il participa à la bataille de Tsushima en tant qu'enseigne de vaisseau à bord du croiseur Nisshin. Le , à la suite de l'explosion d'une batterie, Yamamoto perdit deux doigts et reçut 120 éclats métalliqueswww.1939-45.org / Biographies : Isoruku Yamamoto. Après la guerre, il embarqua pendant plusieurs années à bord d'autres bâtiments. Entre 1907 et 1908, il est officier élève à l'École des torpilles.
En 1911, il s'inscrivit pour le cours B à l'École navale de Tsukiji puis le cours A en 1916 afin de monter en grade. Il se rendit ensuite aux États-Unis, à l'université Harvard entre 1919 et 1921. Il travailla comme fermier à Dartmouth dans le Massachusetts. Il embarqua ensuite comme commandant en second sur le croiseur léger Kitakami, accompagna l'état-major en Europe et en Amérique en qualité d'officier d'ordonnance de l'amiral Ide (1923-1924) puis fut rattaché aux unités aériennes en 1924 avec un poste de commandant en second dans une base aérienne de la marine. vignette|Isoroku Yamamoto et Curtis D. Wilbur, secrétaire à la Marine des États-Unis, vers 1925. Entre 1925 et 1928, Yamamoto fut attaché naval pour l'ambassade japonaise à Washington. Il obtint le commandement du porte-avions japonais Akagi en 1928, suivi du commandement du Bureau technique du Département de l'Aéronautique navale (1930-1933) et finalement, le grade de vice-amiral à bord de l'Akagi en 1933. Après un travail diplomatique durant la conférence de Londres sur le désarmement naval, il obtint le poste stratégique de chef du Service central de l'Aéronautique navale. Il devint vice-ministre de la marine en 1936, un mandat qu'il assurera jusqu'à sa nomination en tant que commandant en chef de la flotte combinée. En parallèle, il s'occupa du commandement du Département de l'Aéronautique navale (1938-1939).
À l'aube de la Seconde Guerre mondiale
Malgré ses affinités avec les États-Unis de par ses études, son travail lié à la diplomatie et l'ambassade à Washington, Yamamoto fut inévitablement impliqué, que ce soit directement ou indirectement, dans la préparation de la guerre contre les États-Unis. Ses actions n'allèrent toutefois pas dans l'axe voulu par les militaires les plus bellicistes. Sa participation à la première conférence de Londres sur le désarmement naval en 1930 fut un échec pour les militaires. Le Japon n'obtint pas la parité avec la flotte américaine. Yamamoto s'opposa systématiquement à l'invasion de la Mandchourie en 1931 et à la guerre contre la Chine qui en découla en 1937. Il désapprouva également les accords et l'alliance avec l'Allemagne nazie.
Le , l'armée japonaise bombarda l' au large des côtes chinoises. Cette provocation, prémices d'une guerre imminente avec les Américains et symptôme de dissensions au sein même du gouvernement japonais, produisit un conflit tendu avec les États-Unis. Yamamoto s'excusa personnellement auprès de l'ambassadeur Joseph C. Grew. La thèse de l'accident fut officiellement retenue bien qu'une cour américaine basée à Shanghai apportât des preuves irréfutables sur les intentions du JaponPR-5 USS Panay.
Yamamoto fut ainsi fortement remis en question par les militaires qui voulaient sa perte. Il fut prudemment assigné à un poste en mer en lieu et place de ses fonctions au sein du ministère de la Marine. Le , il fut nommé commandant en chef de la flotte combinée afin de minimiser les risques d'attentats à son encontre. Le , il fut promu amiral. Yamamoto lança un avertissement au Premier ministre d'alors, Fumimaro Konoe, en lui indiquant clairement qu'il redoutait l'issue et les conséquences du conflit pour le Japon après six mois. Les faits lui donnèrent en partie raison puisqu'une importante défaite eut lieu en juin 1942 à Midway (une bataille souvent considérée par les historiens comme un point clé de la guerre du Pacifique), soit environ six mois après l'attaque de Pearl Harbor.
Contributions aux avancées technologiques et stratégiques thumb|left|Le Musashi.
Yamamoto s'opposa à la construction des cuirassés Yamato et Musashi qu'il jugeait inutiles et coûteux en termes de ressources. Il fut critiqué pour cette position qui allait à contre-courant. Yamamoto préféra opter pour une flotte composée de porte-avions. La réalité de la guerre allait montrer par la suite que Yamamoto avait correctement évalué le rôle des super-cuirassés : les deux navires de ce type furent de peu d'utilité lors des affrontements avec les navires américains et furent détruits par des raids aériens massifs.
Yamamoto fut responsable d'un certain nombre d'innovations dans l'aéronautique navale. Souvent associé aux porte-avions à cause de Pearl Harbor et Midway, l'amiral contribua sensiblement au développement de l'aviation opérant depuis des bases terrestres, avec notamment la conception des bombardiers G3M en 1935, et G4M en 1939. Ses demandes pour améliorer la distance franchissable par les appareils et la possibilité d'emporter une torpille, se firent dans l'optique de harceler et détruire l'ennemi en haute mer pour limiter sa progression, une stratégie mise en œuvre par la Marine Impériale japonaise. Les ingénieurs réussirent à mettre au point des bombardiers performants au détriment des chasseurs qui ne pouvaient plus les escorter correctement à cause de leur rayon d'action insuffisant. La surcharge de carburant dans les chasseurs les rendait moins maniables et plus vulnérables, au point qu'ils reçurent le surnom péjoratif de « briquet volant ». En conséquence, le G3M et G4M forcèrent l'aviation à trouver un chasseur adéquat pour l'escorte. Une solution fut apportée en 1939 avec le chasseur A6M Zero, un appareil maniable et supportant les longues distances, mais dont l'inflammabilité eut des conséquences fâcheuses lors des combats.
thumb|Yamamoto et le ministre de la Marine et futur Premier ministre Mitsumasa Yonai, en 1938.
Alors que le Japon s'engageait progressivement vers un conflit inévitable en 1940, Yamamoto va promouvoir quelques options stratégiques avec plus ou moins de succès. À la suite de la demande de jeunes officiers comme Genda Minoru, Yamamoto approuva la réorganisation de l'affectation des porte-avions japonais. Les six plus grands furent regroupés au sein d'une seule unité, la première flotte aérienne. Cette restructuration augmenta la force de frappe des Japonais avec en contrepartie, une vulnérabilité accrue puisque les navires constituaient une cible concentrée. Yamamoto fit de même avec la flotte aérienne, cette fois-ci à partir de bases terrestres. La flotte composée de G3M et G4M allait neutraliser les forces aériennes américaines aux Philippines et quelques jours plus tard la « Force Z » britannique.
En , Yamamoto poursuivit ses efforts et proposa une révision radicale de la stratégie japonaise sur le plan naval. Durant deux décennies, l'état-major de la marine avait préparé une stratégie fondée sur des attaques successives par des bâtiments légers, des sous-marins et des unités opérant depuis la terre jusqu'à ce que le nombre de navires américains soit égal à la flotte nippone. Ces opérations devaient être menées lors de l'avancée de la flotte américaine dans le Pacifique avant d'engager une bataille finale destinée à anéantir l'ennemi diminué, dans une zone comprise entre l'archipel Ryūkyū à l'ouest et les îles Mariannes à l'est.
Inspiré par des techniques utilisées en Europe, notamment l'attaque sur le port italien de Tarente par les Britanniques en et conscient des avancées militaires et logistiques des États-Unis, Yamamoto décida de bouleverser ce concept. Il proposa de frapper fort dès le début avec une attaque majeure, suivie de la bataille décisive menée de manière offensive plutôt que défensive. Yamamoto espérait, sans garantie absolue, que les Américains seraient profondément démotivés par des pertes massives au début du conflit et tenteraient de négocier. Les évènements allaient contredire cette vision. Yamamoto s'en rendit compte, lorsque les liens diplomatiques furent rompus par les Américains après Pearl Harbor et que les États-Unis s'orientèrent clairement vers un conflit destiné à venger cette attaque par surprise. Ce constat fut résumé dans une scène du film Tora ! Tora ! Tora ! où Yamamoto (interprété par Sō Yamamura) déclare : . Cette phrase lui est également prêtée dans Pearl Harbor de Michael Bay. Cependant, rien n'a permis encore de prouver qu'il aurait réellement prononcé cette phrase. Par contre, il a bien déclaré à des membres du cabinet japonais, à propos d'une éventuelle attaque contre les États-Unis : .
L'état-major de la marine approuva difficilement et Yamamoto fit pression d'abord en passant par Kameto Kuroshima et Sadatoshi Tomioka puis en menaçant de démissionner s'il n'obtenait pas ce qu'il voulait. L'amiral Osami Nagano fut convaincu par les arguments de Yamamoto. La flotte aérienne commença les préparatifs pour le raid sur Pearl Harbor, trouvant des solutions à différents problèmes techniques comme le lancement de torpilles dans des eaux peu profondes.
Attaque de Pearl Harbor
thumb|right|Yamamoto au début des années 1940. Comme Yamamoto l'avait prévu, la première flotte aérienne composée de six porte-avions pour un total de 400 avions lança son attaque le . Deux vagues successives de 353 appareils s'abattirent sur Pearl Harbor à Hawaii. L'attaque fut un succès complet pour l'état-major puisque les objectifs étaient de couler au moins quatre cuirassés et empêcher la marine américaine de contrer l'avance japonaise dans le Pacifique. Les porte-avions américains étaient des cibles privilégiées mais ne furent pas mis plus en avant que les cuirassés dans la liste des objectifs, contrairement à ce qui a été avancé par certains observateurs.