vignette|upright=1.2|La fumée est à l'origine d'un smog qui, en août 2010, a atteint Moscou. Sur la photographie, l'avenue Aivazovskogo photographiée le à (à gauche) et, le , à (à droite).

Les incendies de forêt en Russie de 2010 sont une série d'incendies apparus principalement à l'ouest de la Russie, mais aussi au nord-est du paysVue satellite de feux de forêts dans le Nord-Est de la Russie EOS à partir de la fin du mois de .

Les températures caniculaires sont notamment en cause dans ces incendies.

Le , le président russe Dmitri Medvedev a déclaré l'état d'urgence dans sept des régions russes.

Mi-, les incendies avaient déjà fait plus d'une cinquantaine de morts, ravagé de nombreux villages et brûlé près de de forêt.

Les fumées dégagées par les feux, qui ont plongé entre autres Moscou dans un brouillard permanent pendant plusieurs jours, ont également des conséquences sanitaires et économiques importantes. Une centrale nucléaire alimentant Moscou est à proximité des incendies et il est à craindre que des radionucléides et polluants stockés dans la flore ou le sol aient pu polluer les nuages de fumées et cendres.

Le gouvernement russe de Vladimir Poutine est critiqué pour son inefficacité à lutter contre les incendies, qui sévissent depuis deux semaines, ainsi que pour sa responsabilité dans la prévention de cette « catastrophe prévisible », dans un contexte global d'incertitude climatique où les pays peinent à s'accorder sur l'ampleur des actions à mener pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, et pour l'adaptation aux changements climatiques.

Un rapport du WWF publié en 2017 identifie comme causes des incendies « la suppression de 70 000 emplois de gardes forestiers » à la fin des années 2000 et « les coupes budgétaires ayant entraîné la réduction des vols de surveillance »..

Contexte climatique

vignette|gauche|Premiers incendies printaniers, sud de l'oblast d'Ivanovo, près de Yuzha, Vladimir et Nijni Novgorod (Animation NASA/FIRMS). vignette|« Anomalies de température » pour juin 2010 (excès en rouge, déficit en bleu par rapport à la moyenne). vignette|gauche|Températures sous abri, autour de Moscou le . À partir de la fin mai et du début , la Russie connaît un climat exceptionnellement sec et chaud.Des températures très anormales pour le pays sont relevées dès le ; de l'ordre de , à comparer avec la température moyenne de en juin à Moscou. Le à Belogorsk est mesurée une température de , battant ainsi le record de la partie asiatique de la Russie, datant du avec dans le village d'Akcha, et approchant le record national datant du avec . Ce dernier sera à son tour dépassé le , une température de ayant été relevée à Utta (Kalmoukie).. En , l'ouest de la Russie a été quasi continuellement à sept degrés au-dessus des moyennes saisonnières..

Feux de forêt, et de tourbière vignette|gauche|upright=1.2|Régions touchées par les incendies au et déclarées sinistrées le 3 août. Le , les premiers feux de tourbes apparaissent dans la région de Nijni Novgorod, dans celle de Voronej et à travers toute la partie centrale et occidentale de la Russie, conséquence des fortes chaleurs que connaît le pays depuis juin. Là où la couche de tourbe est profonde et sèche, ces feux sont particulièrement difficile à éteindre, car pouvant couver des jours ou semaines, même sous la pluie. Près de Moscou, le ministère des Situations d'urgence a annoncé mi-août qu'il allait dévier une rivière sur 20 kilomètres pour ennoyer les tourbières encore en feuJournal TV Arte 15 août 2010). Deux jours plus tard, le chef du ministère des Situations d'urgence (EMERCOM) Sergueï Choïgou rapporte que la situation des incendies dans 17 régions est difficile, le feu avançant par exemple de par minute dans la région de Nijni Novgorod. Selon l'agence Interfax qui se base sur les données fournies par l'EMERCOM, on dénombre au en Russie près de dans une zone de et près de 34 victimes. Près de 800 foyers d'incendie sont enregistrésRussie: la lutte continue contre le feu, qui gagne l'Extrême-Orient, TV5MONDE, . La capitale Moscou est par ailleurs étouffée par une fumée engendrant une visibilité moindre et une forte odeur de brulé. Le , le ministère des Situations d'urgence comptabilisait 843 foyers d'incendies signalés, dont 47 feux de tourbe et 73 incendies importantsnews/2010/08/06/fires В России возросло число крупных пожаров ; Lenta.ru, 2010/08/06, consulté 2010/08/07.Le président Medvedev aurait limogé deux officiers hauts responsables militaires, après que le feu ait détruit près de Moscou une base militaire secrète de l'aviation de la marineWildfires threaten animal sanctuary, consulté 5 août 2010 (d'après Association Press / 5 août 2010, UKPA. Le , le gouvernement annonçait que luttaient contre les feux dans les régions administratives (oblast de Moscou, Voronej, Nijni Novgorod, Riazan, Ivanovo, Vladimir, Iaroslavl, Tver, Sverdlovsk (Ekaterinbourg), en République de Mordovie, et en République des MarisКрупных пожаров стало больше, погибли уже 52 человека ; Bulletin d'information infox du 2010/08/06, consulté 2010/08/07). Le nombre de morts par le feu a été porté à 52 noms, mais une surmortalité importante est également signalée à Moscou. Au , l'état d'urgence déclaré 10 jours plus tôt a été levé dans trois régions (sept régions au total ayant été touchées par cet état d'urgence). Le bilan officiel à ce jour () faisait état de ravagés et de 54 mortsIncendies en Russie: l'état d'urgence a été levé dans trois régions sur sept, 20minutes.fr, 12 août 2010. Toutefois, les feux de forêt menacent également des sites nucléaires dont Tchernobyl (Ukraine) et le centre nucléaire de Sarov, ce qui pourrait provoquer des retombées radioactives en Europe selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)Les incendies en Russie font craindre des retombées radioactives, Le Parisien, 5 août 2010. Le , malgré de fortes pluies, plus de 500 feux brûlent encore en Russie, dont 29 aux environs de Moscou où environ sont mobilisés. Les autoritésministère russe des situations d'urgence annoncent avoir pu réduire les surfaces en feu. Des journalistes seront conviés à venir voir des zones où l'incendie a été récemment maîtriséMoscou respire mais les feux de forêt persistent. Le et , le feu persistait sur plus de dont près de plusieurs sites nucléaires et le 16 la fumée avait à nouveau envahi Moscou avec un pic de monoxyde de carbone. Le , la surface en feu avait selon les autorités diminué (de à en 24 heures), avec seulement 33 hectares brûlant encore dans la région de Moscou. Igor Panchine (ministère des Situations d'urgence) estime que autour des centres nucléaires menacés par le feu et que le taux de radiation en Russie est toujours . Selon Sergueï Kirienko (président de Rosatom), mais il a fallu deux fois les jours précédents évacuer des matériaux sensibles de l'unité de Sarov. Selon le site Internet de Roslesozachtchita (Agence russe de surveillance des forêts) de territoires contaminés par la radioactivité ont brûlé. Or ce site est inaccessible depuis le , ce qui peut laisser penser que les autorités cherchent à cacher une contamination de l'air et des pluies et de nouveaux transferts de radionucléides à la suite des incendiesIncendies en Russie : les risques nucléaires minimisés ? ; Actu environnement 17/08/2010. Le , de nouveaux feux de forêts provoquent la mort de 2 personnes, faisant également 13 blessés et détruisant 60 bâtiments dans la région de Volgograd, où des températures proches de y sont toujours enregistréesIncendies en Russie, deux morts, 60 bâtiments détruits, Nouvelobs.com, 2 septembre 2010.

Causes anthropiques thumb|Feux de forêts (points orangés) de 2003, situés, eux, en Russie orientale à l'Est du lac Baïkal. La grande plaine russe était essentiellement constituée dans sa partie nord de forêts, forêts humides, zones humides ou anciens marais (drainés pour être transformés en tourbières sur environ dans la région de Moscou et sur plus d'un million d'hectares dans le reste du pays selon Greenpeace).

Ces milieux autrefois peu vulnérables aux incendies, mais difficiles d'accès et difficiles à cultiver industriellement ont été transformés et bouleversés par des opérations de drainage à très grande échelle entamés il y a plus de 130 ans (en 1876), notamment dans les régions de Moscou, de Vladimir et de Riazan. Ce mode d'aménagement du territoire a été encouragé et financé par la NEPLa Nouvelle politique économique est initiée en 1921 après la Première Guerre mondiale et la famine de 1921-1922 dans le cadre de la reconstruction et de l'assainissement des territoires par l'URSS. Ces drainages ont permis une extension de l'agriculture industrielle (céréales notamment) et une extraction importante de tourbe, exploitation d'abord artisanale, puis industrielle pour alimenter des centrales de production d'électricité thermiques). Ces drainages ont facilité l'extension et la gravité des incendies naturels ou provoqués par l'homme, avec dès 1936 (époque des premiers grands incendies) d'importantes destructions par le feu de tourbières et de forêts de Russie centrale.

Les centrales thermiques fonctionnant à la tourbe ont été remplacées par des centrales au gaz et les tourbières ont été abandonnées ou livrées à l'agriculture, à la chasse et à la pêche, à la sylviculture ou destinées à l'urbanisation.

Les grands incendies se sont espacés puis reprennent en 2002 non loin de Moscou qui se trouve pour la première fois recouverte de fumée, à la suite des feux qui menacent des zones récemment urbanisées sur d'anciennes zones humides drainées.

Pistes de solutions ? Un plan de restauration des zones humides drainées (tourbières) a alors été proposé en 2002-2003 par les écologistes russes et accepté, incluant la remise en eau des marécages asséchés a été initié. Ce plan a été abandonné après la fin des incendies. , estime Vladimir ZaKharov (responsable des forêts à l'ONG Union internationale socioécologiqueRussie. Les feux de tourbières ne datent pas d'aujourd'hui article du journal Le Télégramme du 12 août 2010). En , Boris Gromov (gouverneur de Moscou qui était déjà en poste en 2002) a proposé de faire de la remise en eau des tourbières une priorité nationale, ce qui devrait nécessiter un investissement de 20 à 25 milliards de roubles.

Aides internationales Dès le ., l'Arménie envoie une équipe de 28 pompiers accompagnés de 4 véhicules pour combattre les incendies à Nijni Novgorod.. Le jour suivant, l'Arménie envoie 150 motopompes capables de fonctionner sans alimentation électrique, ainsi que des aéronefs (déployés dans la région de Nijni Novgorod aussi).. Des secours italiens, ukrainiens, biélorusses et azerbaïdjanais ont été envoyés dès le pour lutter contre les incendies dans les environs de la ville de SamaraIncendies en Russie : l'aide internationale arrive, RFI.fr, 9 août 2010. La France, dans le cadre de l'accord du entre les deux gouvernements russe et français, sur la coopération dans le domaine de la protection civile, de la prévention et de la gestion des situations d'urgence, a promis l'envoi de 120 pompiers, 37 véhicules, 15 motopompes et d'un avion bombardier d'eau DASH le Incendies en Russie : aide de la France, Le Figaro, 8 août 2010. Elle a finalement engagé, durant 10 jours un avion bombardier d'eau DASH 8 qui a effectué 51 heures de vol (dont 38 sur feux), avec 48 largages (correspondant à d'eau au total)L'engagement des moyens aériens en Russie, dans le Projet de loi de finances pour 2011 : Sécurité civile Repères , 18 novembre 2010 : Budget 2011 - Sécurité civile (avis - première lecture), présenté Par Catherine Troendle au nom de la commission des lois, in chapitre II. Le pilotage de la sécurité civile.

Conséquences de la catastrophe vignette|left|Phénomène de halo solaire liée à la forte turbidité de la haute atmosphère thumb|La fumée dans le ciel de Voronej (31 juillet 2010).