Le Point est un magazine d'actualité hebdomadaire français, créé en 1972 par une équipe de journalistes venant essentiellement de L'Express et proches d'Olivier Chevrillon et de Claude Imbert. C'est l'un des cinq magazines d'actualité hebdomadaires de dimension nationale en France. Depuis 1997, il appartient en totalité à l'industriel François Pinault, via sa holding Artémis.

Associé historiquement à un lectorat de cadres, Le Point entend rendre un service de sélection et clarification d'information par la publication régulière de dossiers thématiques, guides ou palmarès adaptés à ce public.

Le journal est traditionnellement classé à droite. Depuis les années 2010, il a été condamné à plusieurs reprises pour des articles rompant avec la déontologie, et sa ligne éditoriale a fait l'objet de critiques et controverses, notamment sur les questions liées à l'islam.

Histoire Création La création du magazine trouve son origine dans un conflit opposant des journalistes et administrateurs de L'Express avec le propriétaire et fondateur de ce titre Jean-Jacques Servan-Schreiber auquel ils refusent qu'il serve ses ambitions politiques... Il aboutit à de nombreuses démissions le ..

vignette|Jacques Duquesne, l'un des fondateurs du magazine, ici photographié dans les années 1990.

Entre juin et , un nouveau projet de magazine d'actualité est élaboré par une partie des démissionnaires. À la partie rédactionnelle participent Claude Imbert, futur rédacteur en chef, Georges Suffert et Jacques Duquesne qui ont été embauchés le par Jean Prouvost pour travailler à Paris Match, mais également Pierre Billard, Henri Trinchet, Robert Franc, recrutés au même moment par le même pour travailler à RTL, et enfin Olivier Chevrillon, toujours haut fonctionnaire en disponibilité, futur PDG... Ce dernier fait une recherche active de financements et s'adjoint pour la partie marketing et gestion, Philippe Ramond, éditeur de L'Expansion et Pierre Bracciali, alors responsable administratif de L'Express..

Le journal d'opinion L'Express, devenu magazine d'actualité en 1964, ne suit plus strictement cette formule quelques années plus tard et n'a plus de cœur de cible en raison de sa politique de large diffusion.. Les membres démissionnaires souhaitent donc lancer un nouveau magazine d'actualité, en visant une clientèle plus restreinte mais . Un groupe de population clairement identifié est plus intéressant pour les annonceurs.

De premières négociations financières avec d'éventuels bailleurs de fonds pour rassembler de francs sont menées et échouent fin . Elles sont reprises avec Simon Nora, directeur général de la librairie Hachette, que connaissent Olivier Chevrillon et George Suffert depuis leur passage au club Jean-Moulin et aboutissent en décembre avec l'accord d'Ithier de Roquemaurel, PDG d'Hachette.. Hachette s'engage à respecter l’indépendance du futur journal.. Il est pendant un court moment évoqué de reprendre le titre Réalités, appartenant à Hachette, et ses abonnés.. La dénomination de l'hebdomadaire est relative à l'expression en usage dans la marine..

À compter de , des études sont menées pour identifier plus précisément le créneau commercial et rédactionnel. Les cadres supérieurs urbains sont considérés comme un marché potentiel.. Leur très fort pouvoir d'achat les rend prisés des annonceurs. En , des locaux sont fournis aux neuf fondateurs à La Défense.. L'équipe est étoffée par de nouvelles embauches et monte à .. La documentation du défunt journal Paris Jour est achetée.. Un numéro 0 est envoyé aux publicitaires en ., puis trois ou cinq numéros d'essais sont produits entre fin et . Philippe Ramond, nommé directeur général du magazine, s'assure du succès de la vente des encarts publicitaires pour les premiers numéros.. Le , Hachette donne son accord définitif et lance un plan de financement sur trois ans de ( en 2015).. Celui-ci prévoit un équilibre financier au bout de trois ans puis des bénéfices. Le , l'équipe déménage avenue Pierre--de-Serbie.

Temps de succès : du premier numéro au début des années 1980 Succès des ventes Le premier numéro, précédé d'une vaste campagne publicitaire, paraît le au prix de . Il est vendu à exemplaires.. Mais, les ventes baissent rapidement car les premiers numéros sont d'une qualité inégale et des erreurs sont faites dans le choix des Unes.. Pour accroître la qualité des textes et renforcer le caractère sérieux de la parution, il est fait appel à de nouvelles personnalités reconnues. La maquette est révisée pour le et un éditorial est inséré à partir du . Il est tout d'abord collégial puis signé Olivier Chevrillon à partir de 1975. De nouvelles rubriques apparaissent dont une sur les indiscrétions du monde politique.. Les Unes provocatrices sont celles qui se vendent le mieux. Elles sont, comme chez ses concurrents, inspirées par les nécessités du marketing et non par une démarche informative rigoureuse..

En trois années, le journal réussit à atteindre l'équilibre financier puis à être largement bénéficiaire, passant de ou écoulés en moyenne la première année à en 1978 et environ dans la première moitié des .. L'audience passe de en 1976 à en 1981. Le chiffre d'affaires est de en 1974 ( en 2015), de en 1981 ( en 2015).. La réussite du magazine permet un déménagement rue de Rennes en pour des locaux plus spacieux..

Public ciblé, objectifs et ligne éditoriale Son format s'inspire de celui du Time. S'adressant préférentiellement aux cadres, qui représentent rapidement un lecteur sur deux, le journal fait initialement le pari de privilégier la vente au numéro, pour tester en permanence l'intérêt du lecteur, et de refuser les réductions sur les abonnements. Il se veut indépendant du monde politique et culturel. Les journalistes ont une grande liberté..

Pour se différencier de . Tout en restant axé sur l’actualité nationale et internationale, l'hebdomadaire affiche la volonté d’être au plus près des préoccupations de son lectorat, un , ceci passant par le choix des thématiques de ses rubriques et des sujets abordés dans les articles. Des numéros sont consacrés au salaire des cadres chaque année, mais le journal les renseigne aussi sur leur logement, , ouvre un espace pour les offres d'emplois. Le lecteur trouve également des articles de renseignements pratiques, des dossiers répondant aux goûts et à l'évolution des modes de vie, avec une tendance à l'individualisme, comme par département, avec l'objectif d'augmenter les ventes en province, ou des dossiers sur la santé.. La publication de ces palmarès, régulièrement répétée, a également une vocation marketing. Les statistiques, que ce soit pour des sondages politiques ou d'autres sujets, sont abondement utilisées pour prouver l'objectivité..

Coups marketings et politiques Le magazine réalise aussi des coups marketing et politiques qui participent de son succès. Le numéro du titre en Une Crises : Messmer doit partir. Le premier ministre Pierre Messmer est appelé à démissionner. En représailles, l'augmentation des prix du livre de poche attendue par Hachette est empêchée. Le journal retrouve un agent de la DST de l'affaire des plombiers, révèle l'affaire de Vathaire.. La publicité des sondages électoraux étant interdite une semaine avant les élections en 1978 et 1981, le magazine organise des dîners pour les révéler à des personnalités politiques, ce qui permet de développer des relations avec ces dernières..

Un problème éthique majeur secoue le magazine en 1976. Le , le journaliste Georges Suffert accuse sans aucune preuve ni source le militant communiste Henri Curiel d'être le chef d'un réseau de soutien au terrorisme international et d'être lié au KGB et au terroriste Carlos. Deux ans plus tard, Henri Curiel est assassiné et Georges Suffert est accusé d’en être indirectement la cause.. Cette affaire, une orientation plus droitière du journal ainsi que d'autres raisons entraînent le départ temporaire de Jacques Duquesne de l' à l'.. Le fondateur Robert Franc meurt de maladie en ..

Difficultés : de 1982 à 1990 Crises et départs dans la rédaction L'élection de François Mitterrand en 1981 provoque des remous à la rédaction du magazine. Elle suscite la joie dans l'ensemble du service politique du journal qui vote à gauche, mais inquiète la direction. Selon l'historien N. Tryzna, le contenu du journal ne laisse alors que très peu transparaître les choix politiques.. En 1982, le fondateur Henri Trinchet part à la retraite.. La même année, en octobre, éclate une crise ouverte entre Claude Imbert, directeur de la rédaction, et André Chambraud, rédacteur en chef adjoint et chef du service politique, actionnaire depuis 1978, sur fond d'idées politiques, de volonté de promotion interne dans une organisation cadenassée. Elle aboutit au départ d'André Chambraud.. À l'été 1983, l'antagonisme entre Olivier Chevrillon et Philippe Ramond aboutit au renvoi de ce dernier.. En , la gestion commerciale du magazine est source de conflit entre Claude Imbert et Olivier Chevrillon et ce dernier quitte le magazine.. Il est suivi par son ami Georges Suffert. Ces départs successifs remettent en cause l'image du journal.. Il ne reste plus que trois des fondateurs. Jacques Duquesne est alors choisi comme nouveau PDG sur proposition de Claude Imbert qui n’a plus aucun rival potentiel à la rédaction.. En , Maurice Roy, rédacteur en chef et actionnaire démissionne, car mis sur la touche et à partir de 1987, Pierre Billard, âgé de 65 ans, abandonne rapidement ses fonctions.. En 1988, Denis Jeambar devient directeur de la rédaction. Claude Imbert conserve l'éditorial.

Le Point est alors un magazine situé au centre droit, se réclamant de figures du libéralisme comme Raymond Aron., illustré par de grandes plumes de ce courant comme celle de Jean-François Revel., éditorialiste, qui a rejoint Le Point en 1982 après avoir quitté L'Express l'année précédente.

Stabilisation des ventes Pour son dixième anniversaire, Le Point semble avoir stabilisé son lectorat , constitué de cadres à plus de 50%, plutôt jeunes, citadins, dont un tiers ont effectué des études supérieures, pour des ventes stabilisées autour des s. Durant cette période, la vente sur abonnement tend à prendre le pas sur la vente au numéro.

Pour retrouver de la vitalité, Le Point lance une nouvelle formule le , la plus importante depuis sa création. Le titre passe en quadrichromie, le nombre de pages augmente et apparaissent des commentaires personnalisés dont l’éditorial de Claude Imbert. Mais, en 1990, pour la première fois, Le Point est déficitaire à hauteur de francs ( en 2015) pour un chiffre d'affaires de francs ( en 2015).

Une stratégie de fidélisation est élaborée avec la création, en , du « Cercle des lecteurs » qui offre des privilèges exclusifs à caractère culturel. Mais, le club est rapidement abandonné.. En 1988, une campagne publicitaire met en scène des personnalités du monde littéraire ou audiovisuel afin de montrer que le journal est lu par des gens importants mais l'hebdomadaire montre des signes d’essoufflement. Entre 1984 et 1989, les ventes ont légèrement baissé ainsi que les bénéfices. La concurrence s'est aussi développée avec notamment l'apparition de L'Événement du jeudi en 1984..

Tentatives de diversification Dans le but de se développer dans des secteurs de la presse où il n'est pas présent, la société du magazine acquiert à partir de 1977, des participations dans de la presse écrite (Vie publique, Le Journal du dimanche, Tennis Magazine, L'Écho républicain), crée un journal belge (L'Instant) une revue (Musique) et un magazine pour les 50-65 ans (Atouts), rachète Gault et Millau en 1987, lance des filiales informatiques, médiatiques ou d’édition, prend une part très minoritaire au capital de TF1 en 1988. Nombre de ces investissements sont des échecs et coûtent cher à la société..

Nouvelle formule et consolidation : 1990-2000 Arrivée de Bernard Wouts et nouvelle formule