La guerre de Cologne est un conflit qui se déroule dans l'électorat de Cologne de 1583 à 1588 dans le contexte des tensions religieuses qui affectent alors le Saint-Empire romain germanique, en marge de l'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II et des guerres de religion en France.
La paix d'Augsbourg de 1555 qui met fin aux conflits religieux en Allemagne entre les États catholiques et luthériens repose sur l'application du principe selon lequel le prince peut imposer à ses sujets sa propre religion, avec une clause particulière pour les principautés ecclésiastiques, selon laquelle un prince-évêque ou un prince-abbé optant pour la Réforme, doit céder toutes ses fonctions (religieuses et non-religieuses) à un catholique.
Le conflit se noue en , lorsque Gerhard Truchsess de Waldbourg, prince-électeur et archevêque de Cologne, se convertit au protestantisme. Mais au lieu de renoncer à ses fonctions, il déclare la parité religieuse pour ses sujets, se marie en 1583 et cherche à transformer la principauté ecclésiastique en une principauté civile héréditaire (à l'exemple du duché de Prusse en 1525). Il est excommunié par le pape et le chapitre de chanoines nomme archevêque, Ernest de Bavière, de la maison de Wittelsbach.
Au départ, les combats entre eux sont limités à l'électorat, mais plusieurs barons et comtes inféodés à l'électeur détiennent également des fiefs dans les provinces voisines (Provinces-Unies, Westphalie, Liège et Pays-Bas espagnols). Ces liens féodaux complexes entraînent la participation de soldats palatins, néerlandais, écossais et anglais du côté protestant et de soldats bavarois et pontificaux du côté catholique.
Le conflit s'élargit en 1586 avec l'implication de soldats italiens et espagnols du côté catholique et le soutien financier et diplomatique d'Henri III de France et d'Élisabeth d'Angleterre du côté protestant.
La guerre de Cologne, qui se termine par la victoire du camp catholique, a pour conséquence le renforcement de la maison de Witelsbach dans le nord-ouest de l'Allemagne et un renouveau catholique en Rhénanie.
Elle constitue également un précédent en ce qui concerne les interventions extérieures dans les conflits religieux et dynastiques allemands, qui seront courantes pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648).
Contexte La Réforme et la division religieuse du Saint-Empire
Jusqu'au , le catholicisme est la seule religion du Saint-Empire romain germanique.
À partir de 1517, Martin Luther cherche à réformer les doctrines et les pratiques de l'Église catholique, mais il est excommunié en 1520 et mis au ban de l'Empire par Charles Quint, empereur élu en 1519. Il en résulte la création d'un mouvement religieux séparatiste, le luthéranisme, soutenu par quelques princes allemands, notamment le grand maître de l'ordre Teutonique qui se convertit au luthéranisme et sécularise l'ordre en Prusse, devenant le premier duc de Prusse.
En 1531, les princes luthériens forment la ligue de Smalkalde qui va se heurter à l'empereur et aux princes de la ligue catholique. La question religieuse accentue et en même temps occulte des problèmes séculiers, dynastiques ou autres pour une étude des craintes protestantes et du renforcement de leurs activités ; pour une étude de la politique des Habsbourg et de la ligue de Smalkalde..
Toutefois, nombre de catholiques de l'Empire, notamment l'empereur, sont partisans de réformes de l'Église. En 1537, le pape Paul III réunit un concile et promulgue plusieurs réformes institutionnelles visant à éliminer certains abus comme la simonie et le népotisme. Mais cela ne suffit pas à rallier les luthériens, des divergences subsistant sur les concepts d'« Église » et de « justification »Les catholiques restaient fidèles à l'enseignement traditionnel selon lequel l'Église catholique était la seule vraie Église alors que les protestants avançaient que l'Église du Christ était invisible et non liée à une seule institution religieuse() avance que la papauté était assez faible du fait de la mort du pape Jules III en 1555 et de son successeur six semaines plus tard (). Au sujet de la justification, les luthériens considéraient qu'elle avait lieu par la foi seule tandis que les catholiques défendaient la doctrine traditionnelle selon laquelle la justification implique la foi et la charité.
La ligue de Smalkalde réunit son propre concile en 1537 et présente plusieurs principes de foi. Lorsque les délégués se rassemblent à Ratisbonne en 1540-1541, les représentants s'accordent sur la doctrine de la foi et de la justification mais pas sur les sacrements, la confession, l'absolution et la définition de l'Église. L'opposition entre catholiques et protestants devient de plus en plus forte.
À partir de 1548, les disputes politiques s'ajoutent aux questions religieuses éloignant un peu plus la possibilité d'un accord et l'Empire entre dans la guerre civile.
Après sa victoire de Muehlberg (), Charles Quint promulgue un texte qu'il veut conciliateur, l'intérim d'Augsbourg (), afin d'apaiser les tensions religieuses. Mais ce compromis suscite l'hostilité des princes protestants et catholiques, ainsi que du pape, et même Charles Quint est peu satisfait de ses dimensions politiques et diplomatiques.
La session de 1551-1552 du concile de TrenteLancé en 1542 par Paul III, convoquée par le nouveau pape Jules III, ne résout aucune des grandes questions religieuses, mais réaffirme l'enseignement catholique et condamne les idées protestantes comme hérétiques.
Mais à ce moment, les princes luthériens de la ligue de Smalkalde concluent avec le roi de France Henri II le traité de Chambord () et attaquent victorieusement les armées impériales, de sorte que Charles Quint conclut avec eux la paix de Passau (), qui autorise le culte luthérien dans l'Empire. Après cela, des négociations plus globales menées dans le cadre de la diète d'Empire aboutissent à la paix d'Augsbourg en 1555.
La paix d'Augsbourg (25 septembre 1555)
L'empereur ne participe pas personnellement aux négociations, ayant délégué cette responsabilité à son frère Ferdinand, catholique mais aussi réaliste.
Au cours de la diète, Ferdinand persuade les représentants des États de s'accorder sur trois points :
1) le principe fondamental est : cujus regio, ejus religio (littéralement « tel prince, telle religion »), c'est-à-dire que la religion du prince est la religion de tous ses sujets ; ceux qui refusent de se convertir à la religion du prince sont autorisés à émigrer ce qui est une idée novatrice pour l'époque ;
2) le statut particulier des principautés ecclésiastiques, dit reservatum ecclesiasticum (« réservation ecclésiastique ») : si un prince ecclésiastique, a priori catholique (prince-évêque, etc.), change de religion, ;
3) dans certains cas, l'uniformité religieuse n'est pas obligatoire (Declaratio Ferdinandei, « la déclaration de Ferdinand »), notamment dans les villes où la religion réformée est pratiquée depuis le milieu des années 1520 ; cette déclaration protège également l'autorité des familles princières, des chevaliers et de certaines villes, qui peuvent déterminer ce que signifie l'uniformité religieuse dans leurs territoires.
La paix d'Augsbourg entérine la division religieuse de l'Empire pour une étude de l'impact de la Réforme sur le Saint-Empire., même si elle maintient l'unité religieuse au niveau de chaque État de l'Empire.
Problèmes non résolus À partir de 1555, la paix d'Augsbourg est le document juridique légitime concernant la coexistence des confessions luthérienne et catholique dans le Saint-Empire. Elle a effectivement servi à désamorcer de nombreuses tensions, mais elle présente plusieurs défauts qui vont avoir des effets.
Premièrement, Ferdinand a présenté rapidement la réservation ecclésiastique qui n'a pas fait l'objet des mêmes discussions et études qui ont permis de rassembler un large soutien au principe du cujus regio, ejus religio. Sa formulation ne couvre pas tous les cas de figures possibles et est rejetée par les protestants.
La déclaration de Ferdinand n'a pas non plus été débattue en session plénière ; Ferdinand a utilisé son pouvoir pour l'ajouter à la dernière minute sous la pression des familles princières.
Le plus gros défaut est qu'elle n'a pas pris en compte la diversité croissante des mouvements religieux émergeant dans le mouvement réformé, alors qu'en 1555, le luthéranisme n'est déjà plus la seule doctrine. Les anabaptistes de Menno Simons, les partisans de Jean Calvin et ceux d'Ulrich Zwingli ont été exclus des débats et des protections de la paix d'Augsbourg. Leurs croyances religieuses restent hérétiques.
Les abdications de Charles Quint Après la paix d'Augsbourg, Charles Quint, découragé, décide d'abdiquer et de diviser ses possessions. En , il cède les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas (duché de Brabant, comté de Flandre, comté de Hollande, etc.) et le comté de Bourgogne à son fils aîné Philippe, qui reçoit la couronne d'Espagne en (avec Naples, Milan et les colonies espagnoles en Amérique) revinrent à son fils, qui devient alors Philippe II d'Espagne. Il quitte la fonction impériale au profit de son frère Ferdinand, déjà en possession des terres autrichiennes, candidat évident pour succéder à Charles Quint en tant qu'empereur ; .
Les choix de Charles Quint étaient appropriés puisque Philippe était culturellement espagnol : il était né à Valladolid et avait été élevé à la cour d'Espagne, sa langue natale était l'espagnol et il préférait vivre en Espagne. De son côté, Ferdinand connaissait et était connu des autres princes du Saint-Empire et même s'il était né en Espagne, il administrait les affaires de son frère dans le Saint-Empire depuis 1531. Certains historiens avancent que Ferdinand avait été influencé par les idées réformées et il fut probablement ce qui se rapprocha le plus d'un empereur protestant. Il resta nominalement catholique tout au long de sa vie même s'il aurait refusé l'extrême-onction sur son lit de mort. D'autres considèrent en revanche que si Ferdinand était un catholique pratiquant, il considérait, à la différence de son frère, que la religion se trouvait en dehors de la sphère politique.
En revanche le choix de Philippe pour régner sur les Pays-Bas est moins judicieux, d'autant moins que les Dix-Sept Provinces font partie du Saint-Empire (cercle de Bourgogne) et non pas du royaume d'Espagne. La politique menée par Philippe sur le plan religieux (répression du protestantisme) et politique (réduction des autonomies provinciales, limitation du rôle de la noblesse locale) suscitent des tensions, qui se développent en une révolte en 1565-1567, puis en une guerre à partir de 1568, menée du côté insurgé par le prince Guillaume d'Orange. Cette situation de guerre civile implique le déploiement aux Pays-Bas de troupes espagnoles (tercios) ou de mercenaires recrutés par Philippe II et le flux constant de soldats et de convois de ravitaillement le long du « chemin des Espagnols », qui va du nord de l'Italie aux Pays-Bas en passant par le comté de Bourgogne.
L'élection de Gerhard de Truchsess en 1577
vignette|350px|Carte de l'électorat de Cologne avec les principales villes. Cologne ne fait pas partie de l'électorat, dont le territoire ne correspond pas exactement au diocèse. Les lignes grises représentent les frontières actuelles ; les limites des territoires sont approximatives.
L'électorat de Cologne