Le phare de la Jument est situé en mer Celtique, au sud-ouest de l'île d'Ouessant, sur le récif d'Ar Gazeg (« la jument » en breton). Il est érigé entre 1904 et 1911 pour marquer l'entrée du dangereux passage du Fromveur, lieux de nombreux naufrages.

Sa construction est permise grâce au legs de d'un membre de la Société de géographie de Paris, Charles-Eugène Potron.

Le phare est inscrit monument historique par arrêté du Préfecture de région Bretagne : Arrêté du 31 décembre 2015 portant inscription au titre des monuments historiques du phare de la Jument (Finistère)..

Toponymie Attestations anciennes..

La Jument () ; Juman en 1697 ; La Jument () ; La Jument en 1771-1785 ; La Grande Jument en 1771-1785.

Le nom du phare est une référence au rocher de la Jument, un des termes les plus fréquents de la toponymie nautique bretonne. Nommé ar gazeg (la jument) en breton, ce rocher aurait la forme de cet équidé. Le toponyme pourrait également évoquer la jument bleue (ar gazeg c'hlas en breton), surnom poétique donné à la mer calme par les Bretons.

Histoire

Construction Le phare a été construit à l'entrée des courants violents du passage du Fromveur, où de nombreux naufrages eurent lieu : entre 1888 et 1904, trente et un navires sont perdus dans cette zone. Le plus connu de ces naufrages est celui du paquebot anglais Drummond Castle qui heurta la roche des Pierres Vertes (dans l'ouest de l'île de Molène) dans la nuit du 16 au , et où trouvèrent la mort (il n'y eut que trois survivants). Dans son ouvrage La Terre du passé (1901), l'écrivain breton, alors célèbre, Anatole Le Braz, décrit l'état de la signalisation marine à Ouessant, avant la construction de la Jument.

Le , un décret ministériel officialise la décision de construire une tour en béton sur la roche de « la jument », d'un diamètre à la base de sept mètres minimum, et d'une hauteur à spécifier lors de la construction, et ayant la possibilité d'accueillir un éventuel feu. Les travaux vont commencer, lorsque Charles-Eugène Potron écrit dans son testament :

Le ministère des Travaux publics accepta cette offre généreuse. Aussitôt le directeur du Service public des phares et balises s'adressa à l'ingénieur en chef Henri-Louis-Émile Willotte pour hâter les repérages afin d'entreprendre « la construction d'un phare analogue à celui d'Ar-Men, sur les Pierres-Vertes, qui répondrait à la fois aux vues du testateur et à celles de l'administration. » Des repérages ayant déjà été faits sur le rocher de la Jument, l'emplacement prévu fut changé, et le projet définitivement approuvé le . Le directeur des Phares et Balises donna, quant au choix de l’emplacement du futur phare, des précisions de nature « stratégiques » en matière de signalisation maritime, à la Société de Géographie, lors de sa séance du : « L'écueil de la Jument est placé de telle sorte qu'une ligne droite le joignant au phare des Pierres Noires, laisse au nord tous les dangers; il forme l'extrémité sud de la chaussée qui entoure le promontoire sud d'Ouessant et constitue un point saillant sur lequel un feu et un signal sonore peuvent par un temps bouché rendre les plus grands services. Le phare établi sur cet écueil flanquera en ce point le phare de Créac'h d'une façon analogue à celle réalisée de l'autre côté par le phare du Stiff. La sirène suppléera d'une façon précieuse à l'insuffisance maintes fois constatée de celle du phare de Créac'h qui est à deux milles en arrière des dangers. »La Géographie, bulletin de la Société de géographie. Séance du 20 janvier 1905, p. 149. Consultable dans Gallica..

Les travaux de construction furent dirigés par Georges Clet Heurté, né le à Primelin (les Heurté sont originaires de Kérouil). Son grade officiel est alors « conducteur principal des Ponts et Chaussées ». Georges Heurté a déjà travaillé notamment pour la construction du phare de l'Île Vierge. L'état sommaire de ses services établit son rôle de 1905 à 1911. Pour l'exercice 1907, son dossier fait état pour la construction du phare, d'une dépense de , pour 1908 de , pour 1909 de , pour 1910 de et enfin pour l'exercice 1911 de . Il ne s'agit probablement que des dépenses liées au « gros œuvre ». La constance de ces dépenses permet de confirmer que la construction du phare a été poursuivie même par « gros temps ».

Mais l'accès au rocher était rendu très difficile d'accès par les courants violents, la marée, les conditions météorologiques… Les travaux avancèrent d'abord lentement, avec seulement de travail possible la première année, ce qui était inquiétant, le testament spécifiant que le phare devait être construit dans les sept ans après la mort du donateur. Le Service public des phares et balises mit donc la pression sur les ingénieurs et ouvriers, et affréta plus de matériel. L'administration centrale s'active également : dans le Journal officiel du , paraît un premier avis d'adjudication restreinte pour la fourniture d'une lanterne de quatre mètres de diamètre avec soubassement métallique et cabane accolée. Pour mémoire, le montant fut fixé à Journal officiel de la République française, quarante et unième année, n° 122, mercredi 5 mai 1909, page 4888. Consultable dans Gallica.. Pour autant, le délai ne fut pas suffisant, le phare fut achevé avec sept mois de retard et surtout avec une assise de taille plus petite. Malgré tout le feu fut quand même allumé le , mais les aménagements intérieurs ne furent terminés que trois ans après la mise en service du phareLes Archives nationales conservent, sous la cote CP/F/14/17513/32, du phare élaborés de 1905 à 1912 et, sous la cote CP/F/14/17513/51, pièces 514, 521 à 523, plusieurs dessins de 1923 à l'encre noire sur calque de diverses parties du phare.. Le coût total de la construction fut estimé à .

Consolidation et automatisation Entre le 21 et le de la même année, ébranlée par une tempête, la tour de la Jument se mit à vibrer. Le mercure déborda de sa cuveLe débordement de la cuve de mercure s'est reproduit en 2014., et les vitres de la lanterne se fendirent. Malgré la peur de voir le phare s'écrouler, les crédits pour la consolidation ne furent débloqués qu'en 1914 ; les travaux qui suivirent améliorèrent l'assise de la tour, mais le fût restait fissuré. On profita de l'intensification de la guerre sous-marine à partir de janvier 1917 pour éteindre le feu et entamer une campagne de renforcement de la base du phare (extinction du au ), à l'aide d'une cuirasse en béton armé. Mais ce n’est qu’en 1934, que l’ingénieur Coyne décida de haubaner l’édifice dans le fond par trois câbles métalliques d’une trentaine de mètres de long.

En , la Jument connait aussi une de ses plus grosses tempêtes. Une vague déferlante brise la lanterne, emporte la lampe à pétrole et dévale les escaliers de haut en bas, obligeant les gardiens, Jean-Claude Roger et Noël Violant, à se réfugier dans la cuisine, après avoir ouvert la porte du phare pour évacuer l'eau. Du mercure sur lequel flotte l'optique, s'était écoulé de la cuve ; ils terminèrent la nuit à le récupérer.

Il est automatisé et quitté par les gardiens le .

La cuve de mercure déborde à nouveau en 2014 pendant une tempête.. L'opération de nettoyage se poursuit jusqu'en 2015, date à laquelle la lanterne est remplacée par un système optique à LED...

Sur proposition de la Commission nationale des monuments historiques, la ministre de la Culture et de la communication a, le , classé au titre des monuments historiques le phare de la Jument.

Un panneau solaire est installé en 2023 pour alimenter le phare, qui dispose cependant d'un groupe électrogène pour pallier la déficience éventuelle de l'ensoleillement.

Notoriété Le phare de la Jument est devenu mondialement célèbre grâce à une série de sept clichés spectaculaires réalisés par le photographe Jean Guichard le , montrant le phare dans la tempête balayé par une vague déferlante alors que son gardien, Théodore Malgorn, se tient sur le pas de la porteSite officiel de Jean Guichard, avec une animation du phare de la Jument dans la tempête. Un de ces clichés apparaît dans plusieurs scènes intérieures du film Les Infiltrés de Martin Scorsese (2006).

Durant une campagne de mesure effectuée sur le phare de la Jument durant l'hiver 2017-2018, une hauteur de vague maximale de a été relevée.

L’écrivain Henri Queffélec (1910-1992) a consacré l’un de ses romans, Le Phare (1975), à l’histoire de sa construction.

Caractéristiques nautiques Feu : rouge produit par un fanal à LED de . Rythme : trois éclats groupés en douze secondes.

Le trois-mâts Catarina Stockholm

Le trois-mâts Catarina Stockholm a disparu en 1896 dans le raz de Sein près du récif de La Jument alors que, venant du Sénégal, il se dirigeait vers l'Angleterre. Un chant traditionnel breton (une gwerz), dénommé Catarina Stockholm, a aidé des membres de la Société d'archéologie et de mémoire maritime de Fouesnant à retrouver les restes de l'épave..

Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie Romans Henri Queffélec : Le Phare, histoire romancée de la construction du phare de la Jument au suroît d'Ouessant mêlant le travail bien réel du « Service des phares et balises » et la trame amoureuse d'un marin de Molène et d'une Ouessantine. Roman paru aux Presses de la Cité en 1975. Henri Queffélec : La Lumière enchaînée, suite du précédent, histoire du renforcement des fondations du phare de la Jument. Roman paru aux Presses de la Cité en 1976.

Essais Anatole Le Braz, La terre du passé, C. Lévy, Paris, 1901, chapitre « Parages d'Ouessant », p. 155 à 160. Consultable dans Gallica. Charles Ribière, « Construction du phare de la Jument d'Ouessant », Paris : A. Dumas, 1911, 12 p. (extr. de : Annales des ponts et chaussées, 1911, vol. II). Louis le Cunff, Feux de mer, André Bonne éditeur, Paris, 1954, 254 p. ; éd. l'Ancre de marine, Saint-Malo, 1992, 248 p., . .

Périodiques Charles Ribière, « Construction du phare de la Jument d'Ouessant », dans Annales des ponts et chaussées. partie. Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur, , , tome I, 1911 - I, Janvier-Février, Paris, Consultable dans Gallica. Le Génie civil n° 1531 daté samedi , revue générale hebdomadaire des industries françaises et étrangères, trente-unième annèe, tome LIX, n° 24. « Le phare de la Jument d'Ouessant (Finistère) », page 494. Consultable dans Gallica.

Filmographie Le film le plus représentatif de la vie des gardiens de phare, ici de la Jument, a été réalisé par Philippe Lioret en 2004, L'Équipier, avec pour acteurs, notamment, Grégori Derangère et Philippe Torreton. Ce dernier ne s'est d'ailleurs pas fait doubler lors de son treuillage sur la plate-forme de la Jument, lequel s'est fait par gros temps (Henri Heurté, entretien avec Philippe Torreton, Versailles, 2013).

On aperçoit également une célèbre photographie du Phare de la Jument par tempête dans l'appartement du sergent Colin Sullivan joué par Matt Damon dans le film Les Infiltrés du réalisateur Martin Scorsese.

Articles connexes Liste des phares de France Liste des phares de France protégés aux monuments historiques Localiser sur la carte des phares du Finistère L'Équipier (2004), film français de Philippe Lioret

Liens externes Phare de la Jument (Etablissement de signalisation maritime n° 625/000) La fiche du phare de La Jument sur le site de la DIRM NAMO (direction interrégionale de la mer Nord Atlantique-Manche Ouest) Relève des gardiens au phare de la Jument (avril 1983) Base de données Léonore, dossier de Légion d'honneur de Georges Clet Heurté, cote 19800035/551/62925 aux Archives nationales.

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