Alauna est une ancienne ville gallo-romaine dont les vestiges sont situés à Alleaume sur le territoire de la commune française de Valognes dans le département de la Manche, en région Normandie.
Le site, dans le nord du Cotentin, est occupé de manière relativement diffuse dès l'époque gauloise, mais la ville antique semble fondée sous le règne d'Auguste. se développe au , connaît son apogée au siècle suivant ; cité importante, elle est reliée à de nombreuses autres villes de la région et à ce titre elle figure sur la table de Peutinger et l'itinéraire d'Antonin. L'incertitude demeure toutefois quant à son rôle politique et son possible statut de chef-lieu de à un moment de son histoire sous l'Empire romain. Ce rôle, si toutefois elle le joue, n'est qu'éphémère puisque la cité décline dans le courant du , à l'image de nombreuses autres villes gallo-romaines du nord de la Gaule. Au Moyen Âge, l'urbanisation reprend mais à Valognes, sur l'autre rive de la petite rivière du Merderet, et le site d' est alors consacré aux activités agricoles, élevage principalement, vocation qui se perpétue au dans un paysage de bocage normand.
Les thermes situés au nord de l'agglomération antique, seuls vestiges encore en élévation sur le site, font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862, mais l'étendue et les aménagements de la ville, d'une superficie atteignant peut-être , se révèlent peu à peu au fil des études de terrain (sondages, fouilles programmées et prospection par géoradar) menées chaque année de 2012 à 2022. Un quadrillage régulier de rues est mis au jour, au sein duquel prennent place, outre les monuments déjà connus au (thermes, édifice de spectacles et « mur de la Victoire »), un forum bordé de , plusieurs sanctuaires et des quartiers d'habitation. Les activités artisanales (boucheries, forges et quartier commercial) paraissent rejetées aux marges de l'agglomération. La localisation des nécropoles, qui permettrait de mieux apprécier les limites de la ville antique, reste l'un des points à éclaircir.
Localisation, contexte géographique et historique Site de plateau au nord-ouest du Bassin parisien vignette|gauche|alt=Carte en couleurs schématisant les courbes de niveau d'un territoire.|Carte du relief d'. L'agglomération d' est située à au sud-est du bourg moderne d'Alleaume sur le rebord nord-ouest d'un plateau entre deux talwegs parallèles et orientés nord-ouest — sud-est qui la limitent à l'est et à l'ouest. Ce plateau domine au sud-est la dépression dans laquelle coule le Merderet, près des sources de la rivière. Si une grande partie sud-est de la ville antique est bâtie sur le plateau à une altitude supérieure à ( à proximité de l'édifice de spectacles), l'autre partie épouse le relief du flanc de la vallée sur des pentes atteignant parfois et les thermes, au nord-ouest, occupent le point bas, à une altitude de . La ville de Valognes et Alleaume sont implantés sur l'autre rive du Merderet.
Sous une couche de limon d'épaisseur variable, argiles rouges, sables et cailloutis ou galets du Rhétien (Trias supérieur) recouvrent le sommet du plateau alors que sur ses flancs se trouvent des formations déposées à l'Hettangien (Jurassique inférieur) à la faveur d'une transgression marine., dont le calcaire de Valognes, qui prédominent sur ce site qui occupe la frange nord-occidentale du Bassin parisien. Ces ressources géologiques locales sont exploitées depuis le début de l'Antiquité, époque à laquelle des carrières sont localisées à l'ouest de la ville, pour l'édification des bâtiments d' (fondations, mortier et élévation) et la construction des voies de circulation (fondations et couche de roulement).
Réseau de communication dense vignette|redresse|alt=Carte en couleurs schématisant le tracé de voies anciennes reportées sur un fond moderne.|Principales voies antiques desservant .
Sources écrites anciennes La table de Peutinger indique que la station antique d' se trouve sur la voie romaine la reliant à (Cherbourg) ce qui correspond, dans la géographie moderne, à plusieurs itinéraires possibles. Au sud-est d', cette voie se poursuit vers (peut-être Saint-Côme-du-Mont ou Carentan), la Baie des Veys, (Bayeux) et (Vieux) puis se dirige vers (Rouen) en longeant la côte.
Une autre voie, ne figurant pas sur la table de Peutinger mais sur l'itinéraire d'Antonin, part d' et se dirige au sud vers (Coutances) puis (Avranches) et (Rennes).
Témoignages archéologiques se trouve également en communication avec les rivages du Cotentin ; vers le sud-ouest, un itinéraire gagne la Côte des Isles et Portbail, qui semble assimilable mais sans aucune certitude à la cité antique de ., alors qu'au nord-est la voie aboutit dans le Val de Saire avant d'atteindre peut-être la côte au niveau de Barfleur ou de Saint-Vaast-la-Hougue. ; vers le nord, est reliée à Cherbourg et Fermanville..
En-dehors de ces itinéraires principaux attestés par l'archéologie, se trouve également au cœur d'un réseau de voies et chemins anciens qui irriguent la péninsule jusqu'au cap de la Hague, même si l'état encore incomplet des recherches à l'échelle du Cotentin tend sans doute à minimiser l'importance de ce réseau.
Interconnexions à préciser avec la trame urbaine apparaît ainsi, au centre d'une « étoile » routière, reliée par des routes ou des chemins à de nombreux autres sites du Cotentin et au-delà. Certains de ces itinéraires sont attestés par des sources écrites antiques, d'autres sont progressivement révélés par l'archéologie. Ces voies de communication, à l'approche d', peuvent facilement être connectées au réseau urbain de et tel qu'il est identifié et sont même parfois formellement identifiées, ce qui permettrait d'expliquer certains infléchissements du tracé de ces voies urbaines dans la périphérie de la ville ; ces connexions sont, pour la plupart, encore des hypothèses de travail à vérifier, d'autres irrégularités étant certainement imputables aux contraintes topographiques.
Le plus méridional des identifiés dans la ville antique semble revêtir une très grande importance dans les liaisons à longues distances puisque ses prolongements paraissent se diriger vers Portbail à l'ouest et la baie des Veys à l'est. Le , pour sa part, apparaît en relation, au nord, avec la côte septentrionale du Cotentin sur deux points différents (/Cherbourg et Fermanville). Au sud, il se prolonge très certainement par la voie se dirigeant vers Coutances, mais le détail de cette connexion doit être précisé par des nouvelles recherches. Une voie longeant le théâtre à l'est (possible prolongement du ) se dirige vers le Val de Saire.
Statut politique à définir vignette|gauche|alt=Carte en couleurs de présentant des territoires et le regroupement de certains d'entre eux.|Cités romaines du Bas-Empire romain dans le territoire de l'actuelle Normandie. se trouve traditionnellement localisée dans la partie nord de la des Unelles, peuple cité par Jules César dans les Commentaires sur la guerre des Gaules, mais aucun texte antique ne précise quel est le chef-lieu de cette cité. Si certains historiens et archéologues, dès le , pensent qu'il peut s'agir d', d'autres estiment que ce rôle revient à (Saint-Côme-du-Mont ou Carentan) ou à (Coutances). Les dernières recherches sur montrent cependant que la ville peut, par son étendue et ses équipements monumentaux, prétendre à ce statut. Sa population pourrait atteindre ..
Une hypothèse paraît émerger à la lumière des dernières études, prenant en compte une profonde évolution politique au fil des siècles. Sous le Haut-Empire romain, deux territoires ou coexistent dans le Cotentin, chacune ayant son propre chef-lieu, dans la partie nord et dans la partie sud ; le département de la Manche se trouve ainsi divisé en deux territoires par une ligne est-ouest.. La réorganisation administrative des provinces romaines, initiée par Dioclétien sous le Bas-Empire romain, entraîne la fusion des deux et perd son statut au profit de , chef-lieu unique d'un territoire des Unelles unifié et étendu qui prend le nom de .
Toponymie vignette|alt=Extrait d'une carte ancienne en couleurs.| sur la table de Peutinger.
Les premières mentions du site apparaissent sous le nom d' dans deux documents antiques : la table de Peutinger, datant du et plusieurs fois complétée au moins jusqu'au ; l'itinéraire d'Antonin, datant de la fin du . Après un hiatus de plusieurs siècles viennent ensuite les formes Alleaume (sans date, Delisle notes, d'après le cartulaire Saint-Lô) ; Aleaume en 1251 et Alleaume en 1258 (cartulaire de Coutances, 80, copie Delisle), qui coexistent jusqu'au milieu du ; à partir de ce moment, seul Alleaume se retrouve mentionné.
La filiation entre et Alleaume ne pose pas de problème particulier pour les toponymistes et les linguistes, le passage de [n] à [m] étant maintes fois constaté en toponymie (cf. Maromme, Seine-Maritime, Marrone 1156-1162, Marrone 1198, Marronne 1234), d'autant plus que la forme moderne Alleaume, apparue au Moyen Âge, a vraisemblablement été influencée par le nom de baptême médiéval Alleaume, d'origine germanique (nom issu d'Adalhelm, combinaison des éléments adal- « noble » et -helm « protection, casque »)Dominique Fournier, « Alleaume » in Wikimanche (lire en ligne) qui, en outre, est particulièrement bien attesté comme patronyme en Normandie. En revanche, L'évolution d' vers le toponyme Valognes, souvent évoquée, est pour sa part difficile à admettre.
Le nom d', d'origine celtique (gauloise), est à l'origine de nombreux toponymes en France (Alleaume, , , Allamps, etc.). Parmi les nombreuses hypothèses plus ou moins fantaisistes sur l'origine de ce toponyme, trois semblent devoir être privilégiées : il peut se rapporter à une rivière, une hauteur (au sens propre ou symbolique) ou un dieu. Cependant Xavier Delamarre, à la suite de Pierre-Yves Lambert, considère qu’alaunos, alauna signifie « nourricier » ou « errant, nomade, qui va çà et là » et qu'à l'origine les types Alauna sont des hydronymes (sans doute parents du nom de rivières galloises [Afon] Alun et Alun), et que les localités - selon un processus bien identifié par ailleurs - portent le nom des cours d'eau auprès desquels elles sont situéesXavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 2003, p. 37.. Ce mot doit reposer sur le celtique commun *alamnos, *alamna, dérivé agentif en -mno- du thème ala- « nourrir », de la racine indo-européenne *al- [*h²el-] « nourrir », également à l'origine du latin alumnus « nourrisson », alere « nourrir », d'où procède entre autres le français aliment. Cette racine indo-européenne se retrouve dans le vieil irlandais alim et le vieux norrois ala « nourrir », etc. Un cours d'eau nourricier est riche en poisson et alimente en eau une population.
Durant le Bas-Empire romain, la des Unelles a pour chef-lieu (Coutances) et devient le , qui donne son nom au Cotentin.
Historique Historique indicatif du site d'.
De l'apogée antique au déclin médiéval Occupation laténienne Une occupation diffuse du site est attestée dans la première moitié du (). Des enclos et des traces de parcelles sont observés sur l'ensemble du périmètre occupé plus tard par la ville antique. Un vaste enclos ouvert à l'est par un porche monumental est à rattacher à une exploitation agricole disposant d'un atelier de métallurgie et qui se situe à l'ouest immédiat du périmètre de la ville antique. Cette structure est en activité jusqu'au , au moment où la ville se construit. Elle est ensuite abandonnée mais l'orientation de ses aménagements se retrouve dans la voie antique qui la traverse ainsi que dans le quadrillage urbain d'.
Fondation augustéenne et apogée jusqu'au