Le pécari à lèvres blanches (Tayassu pecari) est une espèce de mammifères artiodactyles de la famille des Tayassuidae. Appelé aussi pécari à barbe blanche ou « Kochon bwa » (cochon-bois) en créole, il ressemble au sanglier. Cette espèce est localisée entre le sud du Mexique et le nord de l'ArgentineReyna-Hurtado, R. (2009). Conservation status of the white-lipped peccary (Tayassu pecari) outside the Calakmul Biosphere Reserve in Campeche, Mexico: a synthesis. Tropical Conservation Science, 2(2), 159-172.. Le pécari à lèvres blanches est l'une des trois espèces vivantes reconnues de pécaris et la seule espèce du genre Tayassu.
Description
Le pécari à lèvres blanches est un ongulé diurne dont la taille varie de 75 à 140 cm de long, pour une hauteur au garrot de 45 à 60 cm. Il pèse de 25 à 40 kg et vit jusqu'à 13 ans dans la natureParc amazonien de Guyane, Office National de la Chasse et de la Faune sauvage. (2015). Le pécari à lèvres blanches : Un nomade des forêts tropicales. https://www.parc-amazonien-guyane.fr/fr/download/file/fid/3221Judas, J. (1999). Ecologie du pécari à collier Tayassu tajacu, en forêt tropicale humide de Guyane française [Thèse de doctorat, Université de Tours]. https://www.theses.fr/1999TOUR4029.
Le pelage, dru et grossier, du pécari à lèvres blanches adulte est noir ou marron sur l'ensemble de son corps. Il se distingue par son pelage blanc situé uniquement dans la zone entourant la mâchoire inférieure et les joues. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel entre le mâle et la femelle. Les jeunes pécaris sont plus clairs : ils sont bruns/roux pour un poids moyen de 1,2 kg à la naissance.
Comme les autres pécaris, le pécari à lèvres blanches se distingue du porc domestique par ses canines supérieures pointant vers le bas, son estomac compartimenté et son nombre impair de doigts. Il ressemble physiquement au sanglier par son aspect trapu et massif. Cependant, sa queue est plus courte et son groin est dépourvu de défenses. Cette espèce possède également une glande dorsale cutanée sur la croupe qui sécrète une substance utilisée pour le marquage de leur territoire ou dans les échanges sociaux avec leurs congénères.
Évolution de l'espèce Le pécari à lèvres blanches (T.pecari) est l'une des trois espèces vivantes et reconnues de pécaris de la famille des Tayassuidae, avec le pécari à collier (P.tajacu) et le pécari du Grand Chaco (C.wagneri).
Il s'agit de la seule espèce du genre Tayassu.vignette|500x500px|Position systématique du pécari à lèvres blanches (T.pecari)|centréSelon , il y a 5 sous-espèces du pécari à lèvres blanches : sous-espèce Tayassu pecari aequatoris (Equateur) sous-espèce Tayassu pecari albirostris (Paraguay, Brésil) sous-espèce Tayassu pecari pecari ( Guyane française, Venezuela, Brésil) sous-espèce Tayassu pecari ringens (Belize, Mexique) sous-espèce Tayassu pecari spiradens (Costa Rica)
Comportement et cycle de vie
Structure sociale Le pécari à lèvres blanches est un ongulé avec un comportement social et grégaire. Il vit dans des grands groupes, appelés hardes, pouvant atteindre plusieurs centaines d'individus, généralement de 10 à 300 individus par harde selon l'habitatAltrichter, M., Taber, A., Beck, H., Reyna-Hurtado, R., Lizarraga, L., Keuroghlian, A., & Sanderson, E. W. (2012). Range-wide declines of a key Neotropical ecosystem architect, the Near Threatened white-lipped peccary Tayassu pecari. Oryx, 46(1), 87-98.. Les grands groupes peuvent se diviser en plusieurs sous-bandes, plus petits, qui partagent le même domaine vital mais qui se nourrissent dans des zones différentes. Ils n'ont pas de territoire attitré et leurs mouvements sont imprévisibles. Puisqu'ils se déplacent sur de grandes distances, leur présence dans un habitat peut être épisodique.
Le pécari à lèvres blanches tolère peu les humains et évite ou disparaît rapidement des zones très peuplées.
Un mâle dominant régit l'organisation d'une harde mais ce système hiérarchique n'est pas respecté pour la reproduction.
Reproduction vignette|400x400px|Pécari à lèvres blanches avec des petits (parc amazonien de Guyane) Le pécari à lèvres blanches atteint sa maturité sexuelle entre l'âge de 18 mois et 24 mois. Il n'y a pas de saison de reproduction, c'est-à-dire qu'ils peuvent se reproduire tout au long de l'année. Cependant, quelques étudesRichard-Hansen, C., Surugue, N., Khazraie, K., Le Noc, M., & Grenand, P. (2014). Long-term fluctuations of white-lipped peccary populations in French Guiana. Mammalia, 78(3), 291-301. ont montré qu'un grand nombre de femelles mettent bas durant la saison sèche (avril-mai).
Il n'y a pas de hiérarchie au niveau de la reproduction, tous les mâles d'une harde peuvent donc se reproduire avec les femelles qui y sont présentes.
La durée de gestation des femelles est en moyenne de 158 jours, et elles donnent généralement naissance à de petites portées de 1 à 3 petits. Les nouveau-nés sont nidifuges et sont élevés jusqu'à l'âge de 12 à 20 mois.
L'intervalle entre deux gestations d'une même femelle est d'environ 200 jours.
L’ensemble de ces caractéristiques confère un faible potentiel de renouvellement pour l’espèce et fait du Pécari à lèvres blanches une espèce sensible aux perturbations.
Alimentation Le pécari à lèvres blanches est principalement frugivoreKeuroghlian, A., Eaton, D. P., & Desbiez, A. L. (2009). The response of a landscape species, white-lipped peccaries, to seasonal resource fluctuations in a tropical wetland, the Brazilian Pantanal. International Journal of Biodiversity and Conservation, 1(4), 087-097. et granivore. Son alimentation est basée à « 60 % de fruits», notamment les fruits tombés au sol, « 35 % de parties végétatives (tiges, feuilles, racines, etc.) » qu'il trouve en retournant la terre, « le reste étant constitué de vers, d’insectes, de grenouilles, de lézards, de tortues, d’œufs d’oiseaux et de charognes (régime omnivore) » . La plupart des fruits ingérés par les pécaris est issue de la «production résiduelle, c’est-à-dire des fruits tombés au sol qui n’ont pas été consommés par les animaux arboricoles » (noix dures, fruits du Palmier-bâche, etc.) .
Leurs comportements et habitudes alimentaires très frugivores altèrent la survie des plantes. La prédation, le piétinement et l'enracinement des semences affectent la dispersion et la distribution spatiale des plantes consommées.
Ses prédateurs vignette|Puma (Puma concolor) gauche|vignette|Jaguar (Panthera onca) Le pécaris à lèvres blanches est la proie de plusieurs grands félins comme le jaguar (Panthera onca) et le puma (Puma concolor).
Cependant, en lien avec la diminution des populations de pécaris à lèvres blanches, des études réalisées au Brésil et en Guyane ont montré que le nombre d'interactions de jaguars (Panthera onca) s'attaquant et mangeant du bétail ou des chiens a augmenté ces dernières années.
Il existe également un autre grand prédateur du pécari à lèvres blanches qui est le principal responsable de son déclin : l'humain. Le pécari à lèvres blanches est victime de la chasse excessive des humains, notamment par la chasse des populations pauvres habitant dans les forêts. Pour ces dernières, le pécari à lèvres blanches a une importance socio-économique considérable en leur fournissant de la viande, des peaux, des revenus et du sport (chasse).
Écologie et répartition
Habitat Le pécari à lèvres blanches est une espèce qui a besoin de grandes zones boisées pour maintenir ses populations viables, notamment dans la forêt moyenne semi-pérenne et la forêt faiblement inondée. On les remarque souvent proche des plans d'eau et par conséquent, on ne les retrouve pas dans les forêts sèches. Cette espèce parcourt de longues distances journalières qui sont imprévisibles, sa présence dans certains habitats est donc irrégulière et épisodique.
Une étude réalisée en 2009 a observé que le domaine vital des pécaris à lèvres blanches augmente considérablement lors de la saison des pluies, ce qui suggère que la présence et la disponibilité en eau joue un rôle important dans le choix des déplacements de cette espèce.
L'habitat idéal des pécaris à lèvres blanches est donc une combinaison de forêts semi-pérennes et faiblement inondées avec une forte densité d'étangs. La disponibilité en eau étant probablement le facteur le plus important pour la présence de groupes de pécaris à lèvres blanches dans un site donné. centré|vignette|500x500px|Harde de pécaris à lèvres blanches dans zone forestière marécageuse.
Répartition géographique Le pécari à lèvres blanches vit dans les forêts tropicales continues d'Amérique du Sud. Sa distribution varie entre le Sud du Mexique et le Nord de l'Argentine. On le retrouve au Mexique, en Argentine, au Guatemala, en Honduras, au Nicaragua, au Costa Rica, au Belize, en Bolivie, au Brésil, en Colombie, en Equateur, en Guyane française, en Guyana, au Paraguay, au Pérou, au Suriname, et au Venezuela. On retrouve également des pécaris à lèvres blanches à Cuba où ils ont été introduits.
Aujourd'hui, le pécari à lèvres blanches a disparu dans 80 % de son aire de répartition historique au Mexique. Dans ce pays, les pécaris à lèvres blanches ont disparu des États de Veracruz, Tabasco et Yucatan, mais il reste des populations isolées à Oaxaca et Quintana Roo. La cause de cette disparition est dû à la réduction de l'aire de répartition de cette espèce en raison de la fragmentation des forêts et de la chasse excessive.
La taille de son domaine varie en fonction du nombre d'individus dans la harde et en fonction de la disponibilité de fruits. Selon plusieurs études, le domaine vital des pécaris à lèvres blanches s'étend de 20 à selon le pays où il est présent. Par exemple, le domaine vital des pécaris à lèvres blanches au Pérou fluctue de 60 à tandis que dans certaines zones ultra-productives du Brésil, leur domaine vital n'est que de 19 à .
Rôles écologiques
Espèce-clé Le pécari à lèvres blanches est une espèce clé mais aussi un «ingénieur des écosystèmes» grâce à son impact significatif dans la structure et la fonction des forêts néo-tropicales ainsi que pour les communautés forestières présentes dans son aire de répartition Il joue de multiples rôles dans les équilibres écologiques ainsi que pour la chasse des communautés locales. En tant que frugivore, cette espèce contribue à la régénération des forêts par la prédation de fruits, la dispersion de semences, et en «éclaircissant efficacement les populations végétales». Le pécari à lèvres blanches participe à la régénération de la forêt, en labourant les sols à la recherche de nourriture et en favorisant la dissémination des graines. Il crée et maintient des marais qui sont un habitat aquatique essentiel pour de nombreuses espèces.
Les pécaris à lèvres blanches sont les seuls ongulés de la forêt tropicale qui forment de grands troupeaux (20 à 300 individus), alors leurs impacts sur les habitats forestiers sont importants et peuvent même être dramatiques pour certaines zones. La disparition de cette espèce dans une zone tropicale entrainerait des modifications de l'habitat et des pertes de biodiversité importantes. Sa disparition aurait également de fortes conséquences dans la perte d'interactions entre espèces. « La perte des interactions écologiques des espèces clés est une menace croissante pour la structure et la fonction de l'écosystème ». Habituellement, elle est perdue avec l'extinction d'une espèce clé mais lorsque la perte d'interactions est perdue avant qu'une espèce ne s'éteigne démographiquement, on appelle cette situation : extinction écologique. «Cela se produit lorsqu'une espèce n'interagit plus de manière significative avec d'autres espèces, souvent en raison d'une forte réduction de son abondance». L'extinction écologique peut avoir des conséquences considérables si une espèce a des fonctions écosystémiques uniques et critiques, comme c'est le cas avec le pécari à lèvres blanches.
Espèce parapluie