thumb|upright=1.3|Interprètes de conférence en cabine dans l'hémicycle du Parlement européen L'interprétation de langues est une traduction à l'oral ou en langue des signes, permettant à des personnes de langues différentes de communiquer en temps réel. L'histoire de l'interprétation est ancienne et accompagne les évolutions des relations internationales. À la différence des traducteurs qui travaillent sur l'écrit, les interprètes doivent restituer aussi vite que possible des messages fugitifs, sans temps de réflexion et de recherche de style. L'interprétation peut se faire en simultanée, c'est-à-dire en même temps que l'orateur parle, ou en consécutive, c'est-à-dire après la fin de chaque prise de parole.

Histoire Historiographie

La recherche sur les différents aspects de l'histoire de l'interprétation est assez récente. Tant que l'intérêt des chercheurs s'est porté sur l'interprétation professionnelle de conférence, très peu de travaux universitaires ont été consacrés à la pratique de l'interprétation dans l'histoire, et jusqu'aux années 1990, seules quelques dizaines de publications avaient été réalisées à ce sujet.

Au regard de la quantité d'interprètes que l'on peut supposer avoir officié pendant des milliers d'années, les documents historiques sont limités. En outre, les interprètes et leur travail n'ont généralement pas trouvé leur place dans les livres d'histoire. L'une des raisons en est la domination de l'écrit sur la parole (dans le sens où ceux qui ont laissé des textes écrits sont plus susceptibles d'être enregistrés par les historiens). Un autre problème est la tendance à considérer l'interprétation comme une activité de soutien ordinaire qui ne nécessite pas d'attention particulière, et le statut social des interprètes, qui ont parfois été traités injustement par les scribes, les chroniqueurs et les historiens.

Notre connaissance du passé de l'interprétation provient généralement de lettres, de chroniques, de biographies, de journaux et de mémoires, ainsi que de divers autres documents et ouvrages littéraires, dont la plupart (à quelques exceptions près) n'avaient qu'un rapport accessoire ou marginal avec l'interprétation.

Avant l'époque moderne

Anciennement, on désigne l'interprète comme truchement ou drogman.

Déjà à Silla, des interprètes assistent le gouvernement. En Europe au Moyen-Âge, des interprètes sont aussi employés par les voyageurs, les clercs, les courtisans et les étrangers qui doivent faire recours à certains juges.

Avec la fondation de la en 1754, la maison de Habsbourg entretient pour leurs services de nombreux interprètes, y compris en turc. En France, c'est l'École des jeunes de langues et en Prusse le .

Monde colonial

Durant la colonisation espagnole de l'Amérique, les interprètes jouent un rôle majeur et sont omniprésents dans les compagnies religieuses, qui les appellent lenguas et les utilisent pour évangéliser. Les armées espagnoles ont aussi eu besoin d'interprètes, dont les plus célèbres sont la Malinche et Melchorejo. De manière générale, l'administration impériale espagnole fait beaucoup recours aux interprètes. De même, les procès de derecho indiano font un grand usage d'interprètes judiciaires.

La colonisation portugaise de l'Amérique passe aussi beaucoup par le travail des interprètes. Cela est vrai aussi dans les colonies néerlandaises en Asie du Sud Est.

Durant la colonisation britannique de l'Amérique, les interprètes jouent également un rôle important, avec par exemple Conrad Weiser. Durant l', la capitulation est rendue possible par l'intermédiaire d'interprètes.

La colonisation de l'Afrique ne fait pas exception, et beaucoup d'interprètes sont recrutés à cet effet. Dans l'empire colonial français en Afrique, les administrateurs employaient des interprètes pour pouvoir gérer les affaires, et ces interprètes se retrouvaient ainsi dans une position particulière au sein du rapport entre colons, élites locales et populations autochtones. Dans la ville de Saint-Louis au Sénégal, où l'administration française coloniale a employé un nombre particulièrement important d'interprètes, ces enjeux étaient encore exacerbés.

L'État du Chili, après avoir écrasé les mouvements de résistance autonomistes mapuche, a mis en place un système administratif requérant l'emploi de nombreux interprètes entre 1880 et 1930.

Seconde Guerre mondiale

Paul-Otto Schmidt, ancien interprète d'Adolf Hitler devient plus tard directeur de l’institut d’interprètes munichois SDI (Sprachen- und Dolmetscherinstitut).

L'interprétation de conférence remonte à 1918. La première application de l'interprétation simultanée eut lieu dans l'Internationale communiste et au Bureau international du travail vers la fin des années 1920. Les interprètes professionnels étaient avant la Seconde Guerre mondiale très peu nombreux. La profession a pris son essor à partir de 1945..

Durant la guerre d'Espagne, les interprètes sont mobilisés afin d'établir les communications entre hispanophones et les armées nazie et soviétique. De même, au sein du troisième Reich, des interprètes sont embauchés pour les liaisons en espagnol et en français. La corporation forcée par les nazis s'appelle Reichsfachschaft für das Dolmetscherwesen.

Les interprètes travaillant pour le Tribunal militaire international de Nuremberg et pour le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient ont formé l'élite de la profession et ont constitué les équipes initiales des grandes institutions internationales..

Dans le Japon occupé par les É.U.-A. aussi, les procès ont nécessité des interprètes, et certains interprètes qui avaient servi dans l'armée japonaise pendant la guerre en ont eux-mêmes fait l'objet. De même pour les interprètes taïwanais qui avaient dû servir l'armée japonaise.

Terminologie

Dans une conférence, dans son sens large d', une réunion, une rencontre, un débat contradictoire dans un tribunal, l’interprétation est le service que les rendent aux participants qui ne parlent pas la même langue pour leur permettre de communiquer. L'interprétation dans la langue de destination des discours dans la langue originale est le produit de leur activité.

L’interprétariat est le métier, la carrière, la fonction des interprètes« interprétariat » définition du Trésor de la langue française informatisé.. Les professionnels préfèrent utiliser le terme d' plutôt que celui d', en raison d'une similarité acoustique avec ..

Bien que le public confonde fréquemment les deux activités et que certains professionnels revendiquent la double qualité d'interprète et de traducteur, l'interprétation n'est pas la traduction. À la différence du traducteur, l'interprète rend le discours au fur et à mesure, sans savoir vers quelle conclusion il se dirige, et sans possibilité de relecture. La transcription d'une interprétation n'est pas une bonne traduction, et une bonne traduction ne peut se faire dans le temps de l'interprétation. Ces métiers exigent des qualités différentes. Pierre Kästner, interprète et enseignant, prévient ses étudiants :

La traduction à vue consiste à donner une interprétation d'un texte en langue étrangère au fur et à mesure qu'on le lit. Elle se pratique dans le contexte de conférences et comme activité pédagogique.. Dans les conférences, les orateurs, soumis à une contrainte de temps, lisent fréquemment un texte, dont l'interprète peut détenir une copie, qui, si elle est remise à l'avance, permet un travail de préparation, intermédiaire entre traduction et interprétation ; mais les orateurs ne sont bien sûr pas tenus de prononcer le texte qu'ils ont remis..

Dans le sous-titrage en direct, le traducteur écoute, traduit et transcrit dans une autre langue une partie marquante des propos d'un orateur au moment où ils sont tenus, en complément de l'interprétation simultanée. Les groupements professionnels classent les activités de sous-titrage et d'adaptation pour le doublage comme des formes de traduction ou des formes d'interprétation. Sauf en direct, le traducteur peut prendre le temps nécessaire pour trouver les solutions ; mais, comme en interprétation, le temps de l'énoncé original gouverne la traduction..

Pour George Steiner:

Technique Modes d'interprétation

L'interprétation peut se faire en consécutive ou en simultanéePour l'ensemble de la section, ..

Dans l'interprétation consécutive, l'interprète reproduit l'intégralité du discours une fois l'intervention terminée (ou, pour les interventions longues, à des intervalles déterminés), en utilisant un système de notes simples, souvent des signes (type pictogramme) si possible détachés d'un système linguistique. En raison des contraintes de temps, il est rare que cette technique soit utilisée lorsqu'il y a plus de deux langues actives.

Dans l'interprétation simultanée, l'interprète, à l'aide d'un dispositif technique, entend à travers des écouteurs le discours tout en traduisant oralement au fur et à mesure dans un microphone. Le chuchotage est une variante de l'interprétation simultanée sans dispositif technique: l'interprète suit les interventions en salle et traduit en chuchotant à l'oreille de son ou sa délégué(e).

Travail cognitif L'interprète assure une restitution aussi fidèle que possible des interventions dans les différentes langues. Il doit faire preuve de souplesse, de culture, de capacité d'analyse et d'une parfaite maîtrise des langues concernées.

Comme le traducteur, l'interprète doit comprendre les deux langues dans lesquelles il travaille et les significations secondaires de leurs énoncés. Il ne peut pas limiter le texte (oral ou écrit) à son sens littéral, mais doit conserver fidèlement les sens cachés du discours original, sans introduire d'associations importunes qui le parasiteraient dans la langue de traduction.

Dans tout discours, une partie du message n'est pas énoncé mais demeure implicite. L'interprète doit donner un équivalent en s'appuyant sur une solide culture générale et en insérant çà et là les pièces spécifiques du sujet abordé. Plus importante encore est la capacité à saisir l'intention de l'orateur au-delà des simples mots. Dans un environnement multilingue, cela exige une connaissance intime non seulement des langues, mais des cultures représentées ainsi que de leurs différences. Dans une réunion multilingue, les interprètes œuvrent ainsi pour qu’elle se déroule comme si chacun parlait la même langue.

Même dans des conditions normales, cette tâche est relativement ardue. Si l'on y ajoute les difficultés de la matière traitée, les textes lus à la plus grande vitesse possible, les discours d'orateurs étrangers à la syntaxe approximative, les incidents liés au dispositif technique comme les bruits et chocs autour du microphone de l'orateur ou les accidents de contrôle du système, qui perturbent l'intelligibilité de ce qu'il entend, elle devient un exercice extrêmement éprouvant.

Combinaisons des langues

En règle générale, les interprètes traduisent vers leur langue maternelle. Dans certains cas, ils assurent aussi une interprétation à partir de leur propre langue vers une autre langue. Dans certains cas, ils assurent une interprétation bi-active, vers leur propre langue et « retour » vers une autre langue.

Lors d'une réunion, les participants peuvent s'exprimer dans l'une des langues « passives », c'est-à dire l'une des langues à partir desquelles l'interprétation est assurée. Ils peuvent suivre les débats à travers un système de diffusion sur écouteurs sur un ou plusieurs canaux correspondant aux langues « actives », vers lesquelles l'interprétation est prévue. Lorsque le nombre de langues passives est différent de celui des langues actives on parle de couverture linguistique asymétrique.