Arthur Travers Harris ( - ), baronnet, surnommé « » (« Harris le bombardier ») ou « » (« Harris le boucher ») , est un militaire britannique, commandant des forces de bombardement de la Royal Air Force (RAF) sur le Troisième Reich et l'Europe sous domination nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.
Biographie Harris est né le , à Cheltenham, dans le Gloucestershire dans le sud-ouest de l'Angleterre, où ses parents étaient hébergés pendant que son père, George Steel Travers Harris, était en congé de l'Indian Civil Service. Avec son père en Inde la plupart du temps, Harris grandit sans un sentiment de racines solides et d'appartenance. Il passe une grande partie de son enfance avec la famille d'un recteur. Il fait ses études dans le Devon.
En 1910, il part pour la Rhodésie où il travaille comme adjoint dans une ferme. Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il tente de rejoindre le Rhodésie, qui avait été créé par l'administration britannique de la South Africa Company pour aider à mater la rébellion Maritz en Afrique du Sud. En 1915, il rejoint l'aviation dans le cadre du Royal Flying Corps et devient pilote. Il termine la guerre en tant que major.
Durant l'entre deux-guerres, il reste dans la Royal Air Force (RAF) nouvellement formée, où il poursuit sa carrière notamment au Moyen-Orient.
Dans les années 1920, les Français et les Britanniques se sont partagé les dépouilles du défunt Empire ottoman et l'Empire britannique cherche à sécuriser les réserves pétrolières (les navires de guerre modernes abandonnent la chauffe au charbon pour le mazout et l'industrie automobile se massifie).
L'Angleterre a obtenu (entre autres) la Mésopotamie qui regorge de pétrole et cherche à imposer un roi unique (et inféodé à l'Angleterre) aux tribus musulmanes locales (certaines sunnites et d'autres chiites) qui mènent la vie dure aux soldats britanniques et à leurs supplétifs indiens (plus de soldats déployés et des centaines de morts dans le camp britannique).
En charge d'une escadrille britannique au Moyen-Orient, Arthur Harris est un des plus enthousiastes promoteurs d'une politique de bombardements destinés à inspirer terreur et respect aux tribus rebelles, politique décidée en haut lieu par le ministre travailliste de l'Air, Lord Thomson et par ailleurs chaudement approuvée à la chambre des Communes par Winston Churchill (ex ministre de la Guerre alors dans l'opposition, qui n'avait pas d'objection morale, y compris à l'emploi de gaz de combat ). Cette stratégie de bombardement des tribus irakiennes, baptisée du nom euphémistique d' Aerial Policing (pacification aérienne), est bien moins coûteuse financièrement que le combat terrestre. Elle aboutira à la reddition de plusieurs tribus et Lord Thomson s'en félicitera à la chambre des Communes.
Arthur Harris, alors simple lieutenant-colonel commentera ainsi son action: "Les Arabes et les Kurdes savent maintenant ce que signifie un vrai bombardement! En 45 minutes nous pouvons raser un village et tuer ou blesser un tiers de sa population".
Il est ensuite muté en Palestine où il participe à la répression de la grande révolte arabe (1936-1939)Nadi Abusaada, « Combined Action: Aerial Imagery and the Urban Landscape in Interwar Palestine, 1918–40 », Jerusalem Quaterly, 81, printemps 2020..
Il rejoint l'Angleterre en pour y prendre le commandement du groupe 5 de la RAF. Gravissant rapidement les échelons, il est promu Marshal of the Royal Air Force et commandant-en-chef (C-in-C) du Bomber Command le 24 février 1942. Dès lors, les opérations aériennes sur l'Allemagne changent de nature et d'intensité.
Pénétré de sa mission, Harris était sans état d'âme quant aux très nombreuses victimes civiles de ses raids, pas plus que pour les pilotes perdus au combat, ce qui lui valut son surnom. Jusqu'à la fin de sa vie, il défendit par exemple l'utilité militaire du très controversé bombardement de Dresde en .
Justification stratégique Dans un premier temps, les Alliés s'efforçaient de se limiter aux objectifs strictement militaires pour les bombardements aériens. Mais, le manque de résultats sur la production industrielle allemande les firent changer de stratégie. Aussi, Arthur Harris proposa des bombardements massifs dans des secteurs géographiques définis ; le but était de détruire toutes les installations permettant à une usine d'armement de fonctionner : les voies de communication, les routes, ponts, chemins de fer, gares, locomotives, wagons, installations électriques, sources d'énergie, câblages, adduction d'eau, sans lesquelles une usine ne peut pas fonctionner avec, en plus, les logements pour les ouvriers et, bien sûr, les ouvriers eux-mêmes.
Le résultat final fut mitigé en raison notamment de deux points.
D'une part, la production de carburants s'effondra à partir du milieu de l'année 44 et le niveau d'entraînement des pilotes allemands s'en ressentit ainsi que la mobilité de l'armée de terre. Cependant, le Reich réussit à tripler sa production industrielle entre 1940 et 1944, grâce aux facultés d'organisateur d'Albert Speer, ministre de l'Armement, qui parvint notamment à enterrer les usines ou bien à les disséminer, notamment en implantant celles-ci dans les territoires situées à l'Est.
De l'autre, ces bombardements alliés fixaient la plus grande partie de l'armée de l'air allemande pour la protection du Reich et celle-ci manquait sur les théâtres d'opération, notamment en Normandie au cours de l'été 44. Ainsi, face au plus de , les Allemands n'opposèrent que quelques centaines d'avions, ce qui facilita la victoire alliée.
Polémique due aux bombardements Crime de guerre Arthur Harris est aujourd'hui plongé dans une vive polémique. En effet, de nombreux historiens qualifient ses actions au cours de la Seconde Guerre mondiale de crimes de guerre. En l'occurrence, seules les conventions de Havas du (la Conférence du désarmement de 1932 menée par la Société des Nations a échoué à restreindre les bombardements stratégiques), encadrent les bombardements réalisées au cours du conflit. L'article 25 indique ceci :
"Il est interdit d'attaquer ou de bombarder, par quelque moyen que ce soit, des villes, villages, habitations ou bâtiments qui ne sont pas défendus".
"Bien que l'article premier de la présente Convention confirme le principe selon lequel les ports, villes, villages, habitations ou bâtiments non défendus ne peuvent être bombardés, l'article 2 permet le bombardement par les forces navales des objectifs militaires qui se trouvent dans des villes non défendues. Par la suite, cette règle est également devenue applicable dans la guerre aérienne.".
La question juridique est donc de savoir si l' cible des objectifs militaires (usine, route, gare, voie ferrée) et surtout de savoir si les villes allemandes sont défendues militairement. En effet et même si les Britanniques ont eu du mal à cacher leurs joies mauvaises devant les décombres des villes allemandes, les bombardements visent toujours de grandes villes abritant de grandes usines indispensables à l'effort de guerre ou des nœuds de communication vitaux. Il faut néanmoins reconnaître que les bombardements frappent aussi des zones fortement peuplées, même si bombarder une usine depuis un avion en mouvement de nuit à d'altitude est une tâche impossible à réaliser sans causer des dommages collatéraux, des efforts furent néanmoins accomplis pour augmenter la précision des raids au fur et à mesure de la guerre.
Il est important de noter que les villes allemandes sont protégées et défendues à la fois par une très forte DCA, les Flaktürme, mais aussi une chasse de nuit puissante aidée par une impressionnante couverture radar.
La tactique du bombardement stratégique profite donc d'une faille dans la législation de l'époque pour mener une politique de bombardement stratégique inégalée encore aujourd'hui (au total, les Britanniques largueront l'équivalent de 25 bombes d'Hiroshima en 4 ans sur l'Allemagne nazie). "Je suppose que le point de vue à l'étude est quelque chose comme ceci : aucun doute dans le passé nous étions justifiés d'attaquer des villes allemandes. Mais cela a toujours été répugnant et maintenant que les Allemands sont de toute façon battus, nous pouvons légitimement nous abstenir de procéder à ces attaques. C'est une doctrine à laquelle je ne pourrai jamais souscrire. Les attaques contre les villes comme tout autre acte de guerre sont intolérables à moins qu'elles ne soient stratégiquement justifiées. Mais elles sont stratégiquement justifiées dans la mesure où elles tendent à abréger la guerre et à préserver la vie des soldats alliés. À mon sens, nous n'avons absolument pas le droit d'y renoncer à moins d'être certains qu'ils n'auront pas cet effet. Je ne considère personnellement que l'ensemble des villes restantes d'Allemagne valent les os d'un seul grenadier britannique"
Arthur Travers Harris
Humanité L'autre polémique porte sur l'intérêt des bombardements. Pour le négationniste britannique David Irving les bombardements sont du racisme anti-allemand grossièrement camouflé sous le titre de « bombardement stratégique ». Il est important de noter que la réputation d’historien d’Irving a pâti depuis de la comparaison qu'il a faite entre la campagne de bombardements de zone et la Shoah, où il a juxtaposé des chiffres exagérés du nombre de morts de Dresde (l’estimation actuelle la plus précise se situe entre 18 000 et 25 000), à des sous-estimations grossières de nombre de victimes de la Shoah. Cependant, les nombreuses réimpressions du livre d’Irving durant plus de trente ans lui ont assuré une influence durable, en Allemagne plus qu’en Grande-Bretagne néanmoins. La critique morale la plus constante, cependant, a été le fait d’un philosophe, Anthony Grayling. Celui-ci fait reposer l’essentiel de sa thèse sur la théorie de la guerre juste : aussi juste en soi que puisse être une guerre, la mener exige que chaque acte soit indispensable et proportionné, et que l’on ait épuisé tous les autres moyens, moins destructeurs, permettant d’obtenir le résultat souhaité.
Or dans le contexte des revers subis en Afrique du Nord et dans l’Atlantique en 1941-1942, les bombardements étaient la seule opération aux résultats plus ou moins positifs dont les Britanniques pouvaient se targuer. Les arguments de Grayling sont faciles à réfuter. Affirmer que le conflit était presque « terminé » dès , c’est ignorer que la défaite de l’Allemagne n’a été assurée que parce que les Alliés ont poursuivi la guerre avec détermination. Grayling exagère également la précision réelle des bombardements américains ; plusieurs raids américains sur la France, menés par ciel dégagé contre des défenses antiaériennes faibles, ont tué plus de ; les conséquences des attaques aveugles au-dessus de la Ruhr ont été encore plus dramatiques.
La majorité des défenseurs des bombardements de zone arguent du caractère exceptionnellement odieux de l’ennemi et de l’épreuve singulière qu’avaient subie les Britanniques en 1940. Ainsi, pour Frankland, « La vraie immoralité que nous risquions en 1940 et 1941 était de perdre la guerre contre l’Allemagne d’Hitler. Renoncer à la seule arme d’attaque directe dont nous disposions nous aurait conduits à faire un grand pas en ce sens ». Pour un pilote britannique cité par Overy : « La moralité est un luxe qu’on peut se permettre dans un environnement de paix et de sécurité, mais il est impossible de porter des jugements moraux en temps de guerre, quand il y va de la survie nationale ». Enfin aux yeux du pilote de bombardier Léonard Cheshire, as de l’aviation, la campagne de bombardements se justifiait par le fait que « chaque jour de guerre supplémentaire entraînait l’extermination de dix mille personnes de plus dans les camps de concentration » – et qu’il fallait donc l’abréger par tous les moyens possiblesInterview de Leonard Cheshire, citée dans RAF Historical Society, Reaping the Whirlwind, p. 85. .