Le Docteur Ox est un opéra bouffe en trois actes et six tableaux de Jacques Offenbach, sur un livret d'Arnold Mortier et Philippe Gille d'après la nouvelle de Jules Verne, Une fantaisie du docteur Ox (1874), créé le aux Variétés.
L'œuvre
Contexte Le Docteur Ox est créé le dans une période très chargée pour Jacques Offenbach. Son livre Notes d’un musicien en voyage, dans lequel il raconte avec humour sa tournée triomphale aux États-Unis en 1876, paraît le , huit jours avant la première du Docteur Ox. Et quinze jours plus tard, La Foire Saint-Laurent est créée, le , aux Folies DramatiquesLe Figaro du 10 février 1877. Adrien Marie couvre pour L'Illustration la représentation du au Théâtre des Variétés dont il illustre la page de titreAlexandre Tarrieu, Adrien Marie (1848-1891), in Bulletin de la Société Jules Verne , novembre 2017, .L'Illustration . Reproduit dans le BSJV , août 2015, .
À la mi-février, Offenbach est violemment pris à partie, et accusé d’avoir Le Figaro du par le journal Le SiècleLe Figaro du . Dans un article non signé, le journal s’étonne que le public parisien ait pu Jean-Claude Yon, Jacques Offenbach, Gallimard, 2000, p. 562. Cet « incident Arbel-Offenbach », du nom de son accusateur, le sénateur Lucien Arbel, sera repris par l’ensemble de la presse. Offenbach se défendra par de nombreux courriersLe Figaro du , mais les attaques virulentes ne se calmeront que tardivement, à la mi-mars.
La reprise de La Périchole au théâtre des Variétés, le , sera d’ailleurs accueillie par des sifflets en lever de rideauLe Figaro du . Vraisemblable conséquence de ce lynchage médiatique : il faudra attendre plus d’un an avant la création de Maître Péronilla, le aux Bouffes Parisiens.
Genèse
Jules Verne et Offenbach En 1874, Hetzel publie, dans un recueil intitulé Le Docteur Ox, une nouvelle surnommée Une fantaisie du docteur Ox écrite par Jules Verne en 1872.
En 1875, Jacques Offenbach met en musique Le Voyage dans la Lune, opéra-féerie en 23 tableaux d’Albert Vanloo, Eugène Leterrier et Arnold Mortier. Jules Verne s’émeut auprès de Hetzel de similitudes avec ses romans, mais cette affaire ne semble pas avoir eu de suiteBNF, Département des Manuscrits, N.A.Fr.17.004, ff 278-280 in Jean-Claude Yon, Jacques Offenbach, Gallimard, 2000.
Début , la presse annonce une signée Offenbach pour les VariétésLe Figaro du 9/2/1876. Le , Offenbach, alors aux États-Unis, écrit à Bertrand, le directeur du théâtre des Variétés, pour le féliciter du succès de la reprise de La Boulangère a des écus, il ajoute : Jacques Bindejont-Offenbach, Offenbach, mon grand-père, Plon, 1940, p. 225
Préparation
Arnold Mortier et Philippe Gille collaborent au livret avec Jules Verne qui s’installe à Paris en pour travailler à cette adaptationLe Figaro du . Paradoxalement, quelques mois plus tard, à la création, Jules Verne ne sera pas cité comme un des librettistes.
Limités par le nombre réduit de personnages féminins, les librettistes ajoutent une troupe de bohémiens menée par la princesse Prascovia. Quant à la servante Lotché, elle devient une femme énergique .
Une lecture des deux premiers tableaux a lieu le samedi aux VariétésLe Figaro du . Prévu d’abord à quatre tableaux, la pièce passe à six tableaux. Bertrand, le directeur des Variétés, se plie aux exigences des librettistes : création d’un décor à deux niveaux, ajout de carillons, intégration d’une musique militaire, utilisation de siphons en cuivre pour les sifflements du gaz, etc. Les créateurs vont même jusqu’à employer du qui nécessite l’installation de gazomètres !
Pour les répétitions, le théâtre des Variétés fait relâche dès le mercredi . Prévue une semaine plus tard, la première est reculée pour permettre la mise au point des effets du gazLe Figaro du 24/1/1877 : au cours des premières répétitions, le gaz fait pleurer les acteurs !
En plus des difficultés techniques, Offenbach exige des répétitions supplémentaires : le ton s’envenime avec le directeur des Variétés. Il lui écrit : Jacques Bindejont-Offenbach, Offenbach Mon Grand-Père, Plon, 1940, .
Malgré ces désaccords, l’exigence d’Offenbach pour la mise en scène ne faiblit pas. Arnold Mortier, un des librettistes, en fait un portrait le dans sa chronique du Figaro : Le Figaro du 25/1/1877..
Au cours des dernières répétitions, Offenbach ajoute au troisième acte un duo [N°12 : « Non plus un mot »] entre Prascovia et le docteur Ox.
Création La première est enfin fixée au vendredi . C’est un succès. Dans son compte-rendu, Le Petit Journal écrit : La Presse du 28/10/1876. En effet, l’éclairage provoqué par l’expérience du docteur Ox fait sensation : . Les costumes et les décors sont, eux aussi, très appréciés : écrira La PresseLa Presse du 28/2/1877..
La musique est très favorablement remarquée et applaudie. La Marche et chanson bohémienne (N°5) ainsi que le duo « Changeons de langage » (N°10) sont bissés le soir de la première. Bénédict note dans Le Figaro : .
Les décors – l’intérieur hollandais, l’usine, la place, la kermesse, la tour à deux niveaux, et la vue d’une petite ville hollandaise – dessinés par Henri Robecchi sont admirés pour leurs réalismes : .
Les costumes sont dessinés par Draner et reproduisent des gravures d’habits hollandais pittoresques. Pour le final du deuxième acte, plus de cent personnes sont sur scène. Le costume de Judic dessiné par Grévin, qui a reproduit le costume de Salomé du tableau de Henri Regnault, est « salué d’un cri unanime d’admiration ».
thumb|alt=Salomé de Henri Regnault (1870)|Henri Regnault, Salomé, 1870, Metropolitan Museum of Art.
Plus que tout le reste, c’est Judic qui fait sensation. François Oswald note dans Le Gaulois : Bénédict s’émerveille : . Le lendemain de la première, Offenbach lui dédie sa partition, il lui écrit : Le Figaro du ..
La partition chant-piano paraît le , éditée par ChoudensLe Figaro du .
Le , Le Figaro annonce les dernièresLe Figaro du 2/3/1877.. Cet arrêt du Docteur Ox semble plutôt dû aux mauvaises relations entre Offenbach et Bertrand, le directeur des Variétés, plutôt qu’à de mauvais résultats. La dernière a lieu le après 39 représentations.
À l’étranger, en avril, les auteurs s’émeuvent de la création d’Oxigène au Folly-theater à Londres, alors que le Docteur Ox devait être présenté à l’Alhambra theaterLe Figaro du 6/4/1877.
Postérité L’œuvre ne semble pas avoir été reprise avec l’effectif et la partition originale depuis sa création. Elle ne semble pas non plus avoir été enregistrée par l’ORTF durant la deuxième moitié du , comme c’est le cas pour un grand nombre des œuvres d’Offenbach.
Les rôles et leurs créateurs Rôles CréateursLe Docteur OxJosé DupuisYgèneLéonceVan TricasseEtienne PradeauNiklausseBaronJosseAlexandre GuyonFrantz, son filsCooperShaouraSchahoura dans la partition chant-piano Choudens.DaillyKoukoumaEmmanuelMozdokMosdock dans la partition chant-piano Choudens.,tziganeEdouard HamburgerKasbekKosbech dans la partition chant-piano Choudens.,tziganeDaniel BacArarat, tziganeGermainLe Grand Personnage de Virgamen, en FlandreBourdeillePrascoviaAnna JudicMadame Van TricasseAline DuvalSuzel, fille de van TricasseBaumaineLotché, servante de van TricasseAngèleNaiaNaya dans la partition chant-piano Choudens.de VaureAldaStellaHildaEsquirol
Un voisin, deux voisines, ouvriers de l’usine, Quiquendoniens et Quiquendoniennes, conseillers, pompiers, gardes champêtres, etc.
L'argument
Acte I
Premier tableau. Chez van Tricasse. La vie est paisible chez Monsieur van Tricasse, le bourgmestre de la ville de Quiquendone. Niklausse vient de jouer son deuxième coup d’échec ce semestre. Seule Lotché, qui vient « du Midi », perturbe ce calme en se moquant des Quiquendoniens. Elle taquine Frantz qui est amoureux de Suzel, la fille des van Tricasse, car Suzel est promise au docteur Ox pour un mariage « dans trois ans ». Après « la turbulence des distractions du matin », Monsieur van Tricasse, Niklausse et Josse discutent, sans échauffement, des affaires de la ville et en particulier du docteur Ox. En effet, le « gaz de ce savant Danois… », le gaz Oxy-hydrique, va « effacer tous les gaz du monde… » car la « ville a bien besoin d’être éclairée ». C’est justement aujourd’hui qu’une délégation de Quiquendone va aller visiter l’usine du docteur Ox, en compagnie du Grand Personnage, le bourgmestre de la ville de Virgamen, le village voisin. Alors que le conseil se termine, Prascovia et Shaoura, deux bohémiens, viennent demander un permis de séjour pour la kermesse. Alors qu’ils sont dirigés vers le bureau du maire, le docteur Ox et son assistant Ygène entrent pour chercher la « clé du modérateur » qui permet de faire fonctionner l’usine de Quiquendone. Ox est apeuré : il a appris que la princesse Prascovia, était à sa recherche… Il lui était, en effet, promis en mariage, mais le jour de leurs noces, il l’a, par inadvertance, repoussée et s’est enfui. Depuis, elle le recherche. Alors que les deux bohémiens sortent du bureau du bourgmestre, ils tombent nez à nez : Ox fuit par la fenêtre suivi d’Ygène, de Shaoura et de Prascovia.
Deuxième tableau. L’usine à gaz du docteur Ox. Ox et Ygène arrivent essoufflés dans l’usine où leurs ouvriers les accueillent chaleureusement. C’est là qu’ils préparent leur expérience. Prascovia, Shaoura et toute la troupe de bohémiens arrivent, bien décidés à se venger. Ils trouvent Ox, mais ils lui laissent un répit de 2 jours alors que la délégation officielle arrive pour visiter l’usine. Devant l’insistance des Quiquendoniens, Ox lâche un peu de gaz Oxy-hydrique, les cerveaux s’excitent, les cœurs battent plus vite… Monsieur van Tricasse s’éprend de Lotché tandis que Madame van Tricasse s’émeut pour Niklausse. Prascovia profite de ce moment pour revenir demander de nouveau à Ox de tenir sa promesse. Elle apprend par monsieur van Tricasse, que le docteur Ox doit se marier à sa fille Suzel. Furieuse, elle traite Ox de « Don Juan d’occasion ». Devant cette injure au futur beau-fils du bourgmestre, les Quiquendoniens excités expulsent Prascovia tandis que le docteur Ox stoppe son expérience.
Acte II
Troisième tableau. Une rue hollandaise. Les bohémiens sont revenus dans la ville costumés en marchands, ils conspirent contre le docteur Ox. Pour l’empêcher d’épouser Suzel, Shaoura leur demande de kidnapper le docteur. Ygène apprend au docteur Ox que Prascovia n’a pas été expulsée par les gendarmes indolents : elle se cache dans la foule de la kermesse qui va commencer. Le docteur Ox décide de prendre le costume du Grand Personnage pour se cacher. Chez les van Tricasse, Lotché se plaint de la nouvelle bonne car il « n’est pas facile de la réveiller ». Elle finit malgré tout par apparaître pour nettoyer les marches du perron : il s'agit de Prascovia, méconnaissable par son costume. Ox entre, déguisé en Grand Personnage, et tombe sous le charme. Alors qu’il se débat avec sa barbe postiche, ils se reconnaissent mutuellement mais se séparent, l’air de rien. Prascovia indique aux bohémiens que le docteur Ox se cache sous le costume du Grand Personnage. Celui-ci arrive justement à cet instant, mais il s’agit du “vrai” Grand Personnage ; il est immédiatement kidnappé.
Quatrième tableau. La place de la kermesse. Les Quiquendoniens et les officiels arrivent pour la grande expérience du docteur Ox. Shaoura a pris l'apparence du Grand Personnage qu'il vient de kidnapper. Prascovia découvrant que son stratagème n’a pas fonctionné décide de tenter de voler la clé du modérateur. Le docteur Ox et Ygène démarrent l’expérience. « Tous les pots à feu de la scène [s’éclairent] au gaz oxyhydrique. » Les Quiquendoniens s’excitent, les couples se forment : Suzel quitte Franz pour Ox, Niklausse va vers Madame van Tricasse, Monsieur van Tricasse courtise Loché qui lui préfère Shaoura, et Ygène tombe amoureux de Prascovia à qui il donne la clé du modérateur.
Acte III