Les Burgondes sont un des peuples du groupe des Germains orientaux. Identifiés comme tels, ils relèvent de l'aire culturelle de l'âge du fer germanique ancien. Hypothétiquement originaires de l'île de Bornholm en mer Baltique, leur ethnogenèse remonterait à l'âge du bronze danoisLe nom de cette île, peut-être à l'origine Burgundarholm, pourrait signifier « îlot des Burgondes ». Cf. Favrod, page 18..

Au , ils migrent vers l'actuelle Poméranie aux bouches de l'Oder, puis s'installent au en Silésie aux sources de la Vistule. À la fin du , ils se déplacent vers l'Elbe puis le Main. À la fin du , ils sont établis aux abords du Rhin en Germanie supérieure, à la suite de la migration des Vandales et Alains en Gaule romaine, sans être politiquement soumis à l'Empire romain d'Occident. Ils constituent ainsi un premier royaume en 413, avant d'être défaits en 436 par les Huns en Germanie inférieure. Cette épopée des Burgondes est légendairement retracée par la Chanson des Nibelungen.

Au terme des migrations germaniques de la fin de l'Antiquité, les Burgondes s'établissent durablement dans le centre-est de la Gaule comme peuple fédéré de l'Empire romain d'Occident. Lors de son effondrement au , ils y fondent un royaume des Burgondes couvrant initialement tout ou partie des actuelles régions suivantes : Bourgogne, Franche-Comté, Savoie, Vallée d'Aoste, Lyonnais, Dauphiné et Suisse romande. Dès 534, le royaume des Burgondes est intégré à l'espace Mérovingien en tant que : le royaume de Bourgogne.

Origines Ethnogenèse

Migrations vers l'Oder et la Vistule () vignette|Assemblée de gouvernement germanique, d'après un relief de la colonne de Marc-Aurèle (193 ).|alt= La plupart des chercheurs s'accordent à penser que les Burgondes pourraient être associés aux cultures de Wielbark, puis de Luboszyce..

Pline l'Ancien écrit en l’an 78 que le peuple burgonde est localisé sur l'OderFavrod, page 18 ; Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, IV, XXVIII., dans l'actuelle Poméranie. Son territoire aurait été délimité : à l'est par la Vistule ; à l'ouest par la Warta jusqu'à sa confluence avec la Noteć ; au nord par la vallée de la Noteć ; au sud par le territoire des RugesK. Escher, Les Burgondes, Éditions Errance, Paris, 2006, 7-8..

Au , le géographe Claude PtoléméePtolémée, Géographie, II, 11 les situe entre l'Oder et la Vistule et, selon l'historien Jordanès, ils occupent le même territoire en l’an 245Jordanès, Histoire des Goths, ch. IV..

Peu après, les Burgondes migrent vers le sud-ouest et se heurtent aux Gépides du roi Fastida qui leur fait subir une grave défaite. Il semble même que l'existence de leur pays prit fin, mais même fortement diminué le tronc du peuple burgonde persistait.. Jordanès raconte cet épisode comme suitFavrod, page 18, qui ne cite pas Jordanès. :

thumb|upright=1.5|Répartition des peuples germaniques au ap. J.-C.

Katalin Escher. préfère écrire que les Burgondes, établis à cette époque (vers 244-251) entre la Vistule et l'Oder, furent attaqués par le peuple voisin des Gépides. Il est possible aussi que cette défaite ait entraîné leur mise en mouvement vers l'ouestRevue du Lyonnais, tome XXI, 1860, 346.. Les Burgondes passèrent l'Oder et s'installèrent quelque temps près de l'Elbe.

Burgondes en Germanie () Cette période n'est pas très bien connue. Les Burgondes sont cités par quelques auteurs, mais il est possible que les chroniqueurs romains des campagnes militaires ne les distinguent pas toujours des Alamans, dont ils paraissent avoir été assez proches. On a pourtant découvert à Trèves la pierre tombale d'un « Hariulf », de la , et à Kahl am Main, dans la banlieue de Francfort, les vestiges de maisonnettes et d'un cimetière germanique dont les artefacts présentaient des caractéristiques proches des futurs objets burgondes du milieu du ..

Sources Zosime () vignette|upright=0.7|Buste de Probus, musée du Capitole.|alt= L'historien byzantin du , Zosime évoque les Burgondes à une époque très éloignée de lui. L'épisode qu'il relate se place en l'année 278, et se déroule dans une zone frontalière de l'Empire, près du Danube. Katalin Escher. et J. FavrodLes Burgondes, . précisent que l'action s'est déroulée sur la rive du « Ligos », identifié comme le Lech, cours d'eau affluent du Danube. Quelques décennies après l'épisode de la guerre gépide, les Burgondes avaient continué leur migration vers le sud - sud-ouest et se trouvaient face au territoire des Alamans. Dans le récit que Zosime fait de l’expédition de l'empereur romain Probus en 278 en Gaule, les Burgondes alliés aux Vandales dirigés par le roi vandale Igillos ont été battus par Probus.. Probus s’est emparé d’Igillos, et a déporté de nombreux prisonniers vandales et burgondes en BretagneZosime, Histoire romaine ; Labeau, Histoire du Bas-Empire, t. V, , r. 4, 1826. (actuelle Grande-Bretagne). Zosime écrit :

Claudius Mamertin (fin ) vignette|upright=0.7|Tête de Maximien Hercule au Musée Saint-Raymond de Toulouse. Le rhéteur Claudius Mamertin parle des Burgondes dans le Panégyrique I de l’empereur Maximien Hercule, prononcé à Trèves le . Énumérant les peuples qui ont ravagé la Gaule et qui ont été combattus par Maximien Hercule, il cite les Burgondes unis aux Alamans et à d'autres peuples. Claude Mamertin évoque les Burgondes en ces termes : Dans un autre Éloge de Maximien HerculeLire en ligne Google books Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon - Page 96. de 292, Claudius Mamertin indique que les Burgondes se sont emparés des terres des Alamans mais ont ensuite subi une défaite. Le discours de Mamertin adressé à Maximien entre 291 et 293 à Trèves mentionne la présence des BurgondesLire en ligne : Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon - Page 96. :

Ammien Marcellin () vignette|upright=0.7|Valentinien . L’historien Ammien Marcellin apporte des informations sur des événements qui se sont déroulés en 359, date à laquelle l'empereur Julien dirigea une expédition contre les Alamans. Ammien Marcellin écrit que Julien ayant franchi le Rhin, il pénétra profondément sur leurs terres et atteignit le lieu Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre XVIII, Chapitre 2, 15.Katalin Escher, indique que les manœuvres de Julien se seraient déroulées dans la région de Wiesbaben et que le lieu Capelliti ou Palas n'a pas été identifié mais qu'il a été proposé de localiser les Capellati dans la région d'Öhringen..

Il fait état aussi d'autres évènements vers 369, 370Ammien Marcellin écrit : « Sous le troisième consulat de Valentinien et de Valens ». À cette époque, les Alamans et leur roi Macrien tiennent les Romains en alarme par leurs attaques incessantes. L'empereur romain Valentinien , fait appel aux Burgondes, et qui sont alors en conflit avec les Alamans, pour des questions tenant à la délimitation des frontières et à la propriété de salines. Romains et Burgondes envisagent une action concertée pour vaincre les Alamans. Les Burgondes mettent sur pied l’élite de leur troupe et un corps de descend sur les bords du Rhin. L’empereur romain . Les Burgondes, indignés et furieux de la tromperie des Romains, regagnèrent leur terre natale après avoir massacré tous les prisonniers.

Dans son récit, Ammien Marcellin donne aussi quelques indications sur l'exercice de l'autorité au sein du peuple burgonde.

Exercice du pouvoir et religion Selon Ammien Marcellin, à cette époque, le peuple des Burgondes, composé de plusieurs clans, n'avait pas de roi. Chaque clan avait deux chefs de même rang à sa tête ; l’un militaire et politique qui porte le nom générique de hendinos, l’autre religieux nommé sinistus. Le hendinos a la responsabilité de la prospérité et de la réussite du peuple mais il peut être déposé . Le grand-prêtre Sinistus est nommé à vie. À cette époque les Burgondes sont païens.

Extrait du récit d'Ammien Marcelin :

Migrations successives : synthèse thumb|upright=2|Kreuzwertheim, lieu d'implantation d'une fortification burgonde élevée vers la fin du dans un méandre du Main.|alt= Le peuple burgonde se déplaça par migrations successives. Les historiens Justin Favrod et Katalin Escher estiment qu'après avoir quitté la région Oder-Vistule, les Burgondes sont sur l’Elbe vers 270 ; ils sont alors associés aux Vandales.

À la fin du , ils s'installent sur le MainFavrod, p. 19. et se trouvent au contact des Alamans, avec lesquels des relations difficiles s'établissent, comme l'attestent Claudius Mamertin et Ammien Marcellin. Ils séjournent un peu plus d'un siècle dans la vallée du Main.

La période qui suivit la descente du Rhin (370/373) jusqu'à l'invasion de la Gaule par les peuples barbares (406/407) reste une partie obscure de l'histoire burgonde. Katalin Escher. écrit que c'est pendant cette période que les Burgondes acquirent de nouveaux territoires, et qu'un personnage unique, le roi tribal de la fin du Gibica, personnage historique, ou son successeur Gundahar (mentionné en 412) qui est probablement son fils (ou son neveu ou son petit-fils indique Katalin Escher) unifia les clans sous son autorité. Gundahar, écrit-elle, pourrait déjà avoir régné en 406.

Du côté de l'Empire, les Burgondes sont à plusieurs reprises en conflit avec Rome à l'occasion de tentatives d'incursion, mais vers 369-370 ils font alliance avec les Romains contre les Alamans.

L'archéologie a permis de mettre en évidence l'existence d'un établissement fortifié burgonde datant de la fin du à Kreuzwertheim sur l'avancée rocheuse du Wettenburg, dans un méandre du Main..

Royaume rhénan des Burgondes Contexte : l'Empire d'Occident après la mort de Théodose Dynastie théodosienne (395-455) et gouvernement des magistri militum vignette|Flavius Stilicho.|alt= Après la mort de Théodose en 395, le titre impérial reste dans sa famille jusqu'au milieu du , avec ses fils Arcadius en Orient et Honorius en Occident (jusqu'en 423). À Honorius succède son neveu , fils de Galla Placidia et du général romain Constance.

Mais dans l'Empire d'Occident, les véritables maîtres du pouvoir sont les commandants en chef, dotés des titres de magister militum et de patrice : ce sont successivement Stilicon (déjà présent sous Théodose), Constance, élevé au titre d'Auguste en 421, mais décédé peu après, puis Aetius.

Le règne d'Honorius est cependant marqué, à l’hiver 406-407, par le passage du Rhin par les peuples Suève, Alain, Vandales et des Burgondes en plus petit nombre, et, à partir de 408, par l'invasion de l'Italie par les Wisigoths d'Alaric, après l'assassinat de Stilicon cette même année. Les conséquences de ces événements sont l'abandon de la Bretagne par Rome en 407, la survenue de plusieurs tentatives d'usurpation en Gaule (Constantin III, Jovin), et, la prise et le pillage de Rome par Alaric en 410, ville d'ailleurs sans intérêt stratégique ni politique, puisque la résidence impériale est alors à Ravenne.

C’est Constance qui parvient à plus ou moins rétablir la situation en Occident : il refoule les Wisigoths vers la Gaule et les cantonne comme fédérés en Aquitaine, défait l’usurpateur Jovin, fixe les Burgondes sur les rives du Rhin, et, d’une façon générale, parvient à rétablir l'ordre en Gaule.

L’œuvre de Constance en Italie et en Gaule est poursuivie par Aetius, qui en revanche est obligé d'abandonner le contrôle de l'Afrique aux Vandales de Genséric. Aetius réussit, durant l’exercice de ses fonctions, à maîtriser les Burgondes de Gondicaire, les Wisigoths de Théodoric et les Francs saliens de Clodion, et surtout à écarter la menace hunnique en 451, en battant Attila. Cependant, il est assassiné en 454 par Valentinien III.

vignette|Triens au nom de l’empereur Anastase (491-518), au monogramme du roi des Burgondes Gondebaud.|alt=

Gouvernements de généraux barbares : Ricimer (456-472), Gondebaud (472-474), Oreste (475-476).