vignette|Corps de grenades lacrymogènes utilisées à Istanbul en 2013. vignette|Des gendarmes mobiles français utilisant des gaz lacrymogènes. vignette|Gendarmes mobiles en tenue de maintien de l'ordre ; ils portent des masques à gaz et l'un d'eux a un lance-grenades appelé Cougar. vignette|Ce gendarme mobile envoie des grenades lacrymogènes à l'aide d'un lance-grenades. thumb|right|Usage de gaz lacrymogènes pendant une manifestation des gilets jaunes à Bordeaux, le 23 mars 2019. thumb|Mousqueton 1931 lance-grenade lacrymogène de la Police cantonale genevoise Un agent lacrymogène est un composé chimique qui provoque une irritation ou un écoulement lacrymal (larmes). N'importe quelle substance ayant cet effet peut être appelée « lacrymogène ». Cependant, un gaz lacrymogène est une substance chimique choisie pour sa faible toxicité et qui est considérée comme une arme non létale.

Gaz lacrymogène (du latin , « larme », et le suffixe -gène du grec γένος, « naissance, origine ») est un terme générique pour l'ensemble des composés causant une incapacité temporaire par irritation des yeux ou du système respiratoire. Les gaz lacrymogènes les plus courants sont les irritants oculaires 2-chlorobenzylidène malonitrile (appelé aussi , des initiales de Corson et Stoughton, chimistes qui ont synthétisé la molécule), chloroacétophénone (), dibenzoxazépine () et l'irritant respiratoire « piment OC » (oléorésine de Capsicum, huile rougeâtre contenant de la capsaïcine) en aérosol.

Historique À la suite de plusieurs sièges contre des hors-la-loi et des terroristes mettant en lumière le sous-équipement de la police parisienne, le préfet de police Louis Lépine institue le une commission spéciale chargée d'élaborer des moyens d'action et de protection contre des malfaiteurs barricadés. Cette commission est composée d’un membre de l’Institut Pasteur, d’un membre de l’Académie de médecine, de monsieur Kling, directeur du laboratoire municipal de la ville de Paris, du capitaine Delacroix de la section technique du génie, et de monsieur Sanglé-Ferrière, chef du laboratoire municipal.

Le premier gaz lacrymogène employé est l'étherbromacétique ou bromoacétate d'éthyle, connu depuis 1850 pour ses propriétés irritantes. Il est testé à partir de mars 1913 par la préfecture de police de Paris puis utilisé par celle-ci à partir de pour neutraliser les forcenés et les individus barricadés.. Devant le succès de cette substance, l’Établissement central du matériel du Génie décide d’adopter une grenade copiée sur le modèle en usage à la Préfecture de police. Depuis, l’armée française possède des projectiles de pistolet lance-fusées chargés de de ce produit, ainsi que des grenades suffocantes à l’éther bromacétique et cela déjà, depuis une décision du .

Fin , le génie militaire de l'armée française utilise ce gaz sous forme de cartouches suffocantes et de grenades à mains en Alsace contre l'armée allemande. C'est un échec et cela entraîne une controverse avec l'Allemagne au sujet du déclenchement de la guerre chimique.

Le terme lacrymogène n'apparait qu'en 1915La brigade des gaz ; Bande à Lépine contre bande à Bonnot, Serge Kastell, Histoire mondiale des conflits , décembre 2003..

L'usage de ce produit se généralise à travers le monde à partir des années 1920 et est utilisé pour disperser les manifestations à partir des .

Utilisations Maintien de l'ordre vignette|Utilisation de gaz lacrymogène lors de la guerre des sapins des élèves des « lycées de la montagne » en 2025. vignette|Usage de gaz lacrymogènes lors d’une manifestation de sidérurgistes d’ArcelorMittal à Strasbourg le 6 février 2013.

Le gaz est utilisé en grenades par les forces de police. Ces composés sont souvent utilisés pour disperser les émeutes. En effet, ils produisent rapidement une irritation ou une gêne physique incapacitante qui disparaît après la fin de l'exposition. Ils peuvent aussi être utilisés lors de séances d'entraînement martial.

En France, le CS , selon le quotidien Libération en 2006. Il est en service depuis les années 1960Libération, 23 mars 2006, ..

En France, la loi prévoit que . Une grenade peut être lancée à la main jusqu'à et avec un Cougar.

Autodéfense Le gaz est utilisé en aérosol (spray) pour l'auto-défense privée.

Il existe également sous forme de gel ou de mousse, qui présentent les avantages d'avoir un effet plus directionnel et d'être moins sensibles au vent. La société suisse Piexon a été la première à créer un produit de défense au format pistolet pour ainsi faciliter l'utilisation et éviter un retour du produit actif.

Les spécificités d'une lacrymogène « Gel » : le gel se liquéfie instantanément au contact de la peau et des muqueuses, ce qui lui permet une fixation uniquement sur l’agresseur sans se répandre dans la pièce ; il faut viser plus juste qu’avec le gaz et plusieurs fois si on est face à plusieurs agresseurs. Les spécificités d'une lacrymogène « gaz » : idéal contre plusieurs agresseurs car sa projection est extrêmement volatile ; utilisé dans un lieu clos, inférieur à , l’utilisateur sera lui aussi en contact avec le gaz.

Toxicologie Le gaz CS est longtemps considéré comme inoffensif pour la santé, à moyen ou long terme, ce qui justifie son emploi, parce que jugé moins létal et entraînant moins de traumatismes que d’autres techniques de maintien de l’ordre ou que certaines bombes aérosol d'autodéfense. Mais . Selon un rapport lien de téléchargement (126 pages, publié en 2020) de l'association toxicologie-chimie (ATC), la majorité des données toxicologiques existantes sont inaccessibles, car encore dans le domaine militaire, et en 2020, n'est toujours pas publique ; des effets toxiques à moyen ou long termes de ces gaz sont cependant . Le cyanure semble être la principale source de nocivité des gaz CS : à partir des gaz inhalés, des molécules ingérées ou via un passage percutané, .

Ce cyanure bloque une partie de la chaîne respiratoire et crée un stress oxydatif, même à petite dose. Outre les yeux (risques de cataracte…) le fonctionnement du cerveau, du foie et des reins sont affectés.

Les effets directs sont accentués par temps chaud et humide.

Effets, symptômes vignette|Palets de gaz lacrymogènes tombant après avoir été tirés par des grenades, à Toulouse le 28 mars 2023 lors d'une manifestation contre la réforme des retraites. vignette|Boulevard de Marengo enfumé par les lacrymogènes lors d'une manifestation contre la réforme des retraites à Toulouse le 28 mars 2023. vignette|Les gaz lacrymogènes commencent à se répandre dans l'air, il n'est plus possible de distinguer où les palets sont tombés (Toulouse, 28 mars 2023). Les effets, directs ou indirects, en partie médiés par le système nerveux central, sont multiples : Irritation des glandes lacrymales, des canaux lacrymaux, et des yeux ; Irritation des muqueuses nasales et buccales, et irritation de la peau (avec dans les cas d'exposition intense (en milieu fermé, ou en utilisation rapprochée) apparition de vésiculations et bulles évoquant des brûlures par ypérite) comme on l'a par exemple et notamment observé à SéoulRo, Y.S. and C.W. Lee (1991), Tear gas dermatitis. Allergic contact sensitization due to CS. Int J Dermatol,. 30(8): p. 576-7., en FranceParneix-Spake A et al (1993), Severe cutaneous reactions to self-defense sprays. Arch Dermatol, 129(7): p. 913, en FinlandeKanerva L & al. (1994) A single accidental exposure may result in a chemical burn, primary sensitization and allergic contact dermatitis. Contact Dermatitis. 31(4): p. 229-35., au Royaume-UniSommer S & Wilkinson S.M (1999), Exposure-pattern dermatitis due to CS gas. Contact Dermatiti. 40(1): p. 46-7… ; Irritation de tout le système respiratoireBlain, P.G (2003), Tear gases and irritant incapacitants. 1-chloroacetophenone, 2-chlorobenzylidene malononitrile and dibenz[b,f]-1,4-oxazepine. Toxicol Rev. 22(2): p. 103-10., induisant des troubles respiratoires : gênes respiratoires, hyperventilation, spasmes, tachypnée, dyspnée ou apnée sans les cas extrêmes ; des anomalies spirométriques sont constatées et dans les cas les plus graves des infiltrations sont visibles sur les radiographiesPark S & Giammon S.T (1972) a Toxic effects of tear gas on an infant following prolonged exposure. Am J Dis Child, 123(3): p. 245-6. Le gaz CS peut entraîner un Syndrome Réactif de Dysfonctionnement des Voies respiratoires ; Effets cardiovasculaire (hypotension, palpitations, arythmie, tachycardie…), notamment à la suite de la libération de bradykinine dans l'organisme, molécule source de vasodilatation cardiaqueBlain, P.G., Tear gases and irritant incapacitants. 1-chloroacetophenone, 2-chlorobenzylidene malononitrile and dibenz[b,f]-1,4-oxazepine. Toxicol Rev, 2003. 22(2): p. 103-10.Cucinell, S.A., et al., Biochemical interactions and metabolic fate of riot control agents. Fed Proc, 1971. 30(1): p. 86-91Olajos, E.J. and H. Salem, Riot control agents: pharmacology, toxicology, biochemistry and chemistry. J Appl Toxicol, 2001. 21(5): p. 355-91. ; Effets hormonaux : dommages thyroïdiens ; Troubles menstruels et fausses couchesCe que les gaz lacrymogènes font à nos utérus ; Atteintes gastro-intestinales (nausées ; vomissements, diarrhées, hématémèses) ; Atteintes hépatiquesBayeux-Dunglas M.C & al. (1999) [Occupational asthma in a teacher after repeated exposure to tear gas]. Rev Mal Respir,. 16(4): p. 558-9.Hill, A.R & al. (2000) Medical hazards of the tear gas CS. A case of persistent, multisystem, hypersensitivity reaction and review of the literature. Medicine (Baltimore). 79(4): p. 234-40. ; Troubles nerveux : maux de tête, anxiété, vertiges, étourdissements, confusion mentale, perte de conscience, paralysie, voire coma ; Troubles musculo-squelettiques : douleurs/oppression thoraciques, spasmes/bronchospasmes, une anomalies spirométriquesMcClean R (1969) Riot-control agents: personal experience. Br Med J, 3(5671): p. 652-3.Hu H & Christiani D (1992), Reactive airways dysfunction after exposure to teargas. Lancet, 339(8808): p. 1535. rigidité musculaire) ; Réactions allergiques : dermatites, allergies.

À forte dose l'effet le plus fréquent reste les brûlures pouvant aller jusqu'au second degré Anderson PJ, Lau GS, Taylor WR, Critchley JA, , , 1996;15:461-5. ; l'atteinte oculaire peut parfois se compliquer de lésions de la cornée (allant jusqu'à la perforation de la cornée dans les cas gravesHoffmann, D.H., Eye burns caused by tear gas. Br J Ophthalmol, 1967. 51(4): p. 265-8.Levine, R.A. and C.J. Stahl (1968) Eye injury caused by tear-gas weapons. Am J Ophthalmol, 65(4): p. 497-508.Leopold, I.H. and T.W. Lieberman (1971) Chemical injuries of the cornea. Fed Proc. 30(1): p. 92-5.Oksala, A. and L. Salminen (1975) Eye injuries cuased by tear-gas hand weapons. Acta Ophthalmol (Copenh). 53(6): p. 908-13.) ou d'hémorragies du vitré Carron PN, Yersin B, [2009;338:b2283 ], BMJ, 2009;2009;338:b2283. ; la littérature scientifique décrit au moins deux cas d'infarctus du myocarde liés à ce gaz chez des civils ou des manifestantsZakhama, L., et al., Can CS gas induce myocardial infarction? Tunis Med, 2016. 94(10): p. 626-628.Almog, C. and A. Grushka, [Acute myocardial infarction after exposure to tear gas]. Harefuah, 1974. 87(10): p. 459-61 ; effets cytotoxiques : dès les années 1970, des études en laboratoire sur le modèle animal montrent que des nécroses peuvent parfois apparaître dans les tissus dans les voies respiratoires touchées, ainsi que des congestions et/ou nécroses dans l'appareil digestif, les reins, le foie ou la rateBallantyne, B. and S. Callaway, Inhalation toxicology and pathology of animals exposed to O-chlorobenzylidene malononitrile (CS). Med Sci Law, 1972. 12(1): p. 43-65Colgrave, H.F. and J.M. Creasey, Ultrastructure of rat lungs following exposure to o-chlorobenzylidene malononitrile (CS). Med Sci Law, 1975. 15(3): p. 187-97. ; éventuellement associées à des hémorragies internes (hémorragies des glandes surrénales) ;