La science du hadith (), est, en islam, une catégorie regroupant plusieurs disciplines visant à analyser les hadiths. Cette discipline religieuse a élaboré une méthode spécifique afin d'évaluer l'authenticité des traditions attribuées à Mahomet et les différentes composantes de celles-ci : à savoir le contenu, dit matn, et la chaîne de transmission, isnâd, afin de les classer selon leur degré d'authenticité.

Les spécialistes des hadiths et des chaînes de transmission sont appelés muhaddithūn, terme qu'on peut traduire par « transmetteurs de hadith »Sabrina Mervin, Histoire de l'islam. Fondements et doctrines, Paris, Flammarion, coll. « Champs histoire », 2010 , ; 326. ou « traditionnistes »Dominique et Janine Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, Paris, PUF, 1996, .. On rassemble aussi sous l'appellation de ahl al-hadith (« gens du hadith ») les savants qui considéraient les hadiths dans leur ensemble comme des matériaux importants dans la définition du dogme et de la législation.

Ces éléments ont été étudiés par des islamologues depuis le . À la suite de Goldziher, la fiabilité des isnad a été remise en cause. De nos jours, les recherches menées sur les hadiths permettent de mieux dater certaines créations de traditions ou les processus de mise en place de celles-ci.

Historiographie L'un des problèmes qu'a rencontrés l'histoire de l'étude de la science du hadith a été celui du report de la grille de lecture des savants musulmans du Moyen Âge tardif ( et plus tardivement), aux premières méthodes de critique du hadith des juristes et traditionnistes des premiers siècles de l'Islam. Or, celles-ci ont connu des évolutions historiquesBelal Abu-Alabbas 2017, (v. Bibliographie). et certains termes techniques ont des sens différents que lorsqu'ils étaient utilisés au , période d'activité intense de critique du hadithJonathan A. C. Brown, Hadith Muhammad's Legacy In The Medieval And Modern World, Oneworld Publications, Oxford, 2009, ..

Les premières recherches consacrées aux hadiths sont celle d'Aloys Sprenger et de William Muir au . Ceux-ci reconnurent la présence de nombreuses forgeries au sein de ces corpus de textes. Pour Sprenger, cela niait l'efficacité des méthodes traditionnelles de critique des hadiths. Néanmoins, celui-ci restait conservateur dans ses conclusions puisqu'il maintenait que les isnad pouvaient servir de preuves dans le cadre de recherchesDaniel W. Brown, "Western Hadith Studies", The Wiley Blackwell Concise Companion to the Hadith, 2020, .. Muir conserva la même ambivalence vis-à-vis des isnad, les critiquant mais les utilisant quand même. Muir donna de l'importance au contenu même du hadith, le matn, qui « doit se tenir ou tomber sur ses propres mérites ».

Le rapport des chercheurs aux hadiths et leur critique est révolutionnéSt. Shoemaker, "Les vies de Muhammad", Le Coran des historiens, 2019, et suiv. avec Goldziher qui voit les hadiths comme "le résultat du développement religieux, historique et social de l'islam au cours des deux premiers siècles". Pour l'auteur, les isnads sont avant tout liés à un besoin de renforcer certaines traditions face à d'autres concurrentes. Ainsi, pour Goldziher, l'étude de cet apparat permet surtout l'étude des premiers temps de l'islam et non celle de la vie de Mahomet. Son œuvre a eu un impact considérable sur le rapport de l'islamologie aux hadiths. Depuis, un certain nombre d'auteurs comme Watt ou Peter ont fait le choix d'ignorer les recherches de Goldziher, celles-ci rendant la rédaction d'une biographie positivement impossible. À l'inverse, certains auteurs comme Sezgin ont tenté de défendre la fiabilité des isnads comme élément historique. L'argumentation de ce dernier étant circulaire, elle n'a connu que peu d'écho, confirmant la prépondérance du point de vue de Goldziher. Il est aujourd'hui admis que les isnad ont été modifiés.

Approfondissant ces recherches et acceptant les conclusions de Goldziher, Schacht, en 1950, proposa d'utiliser les isnad pour chercher à dater les traditions. Ces recherches sur les variantes entre les isnad lui permettent de mettre au jour un lien commun entre celles-ci et donc le processus de créations des isnad. Cette méthode, toujours utilisée, a influencé les auteurs suivants, en particulier certains comme Cook prolongeant le scepticisme de Schacht ou Gautier Juynboll. Des recherches, avec des méthodes variées (isnād‐cum‐matn...) continuent sur les hadiths. Ainsi, et Görke font remonter de nombreux événements de la vie de Mahomet à al-Zuhri. Des débats existent sur la capacité de ces méthodes à remonter au de l'islam. Néanmoins, elles permettent de mieux connaître les processus de création des hadiths et des isnad. Pour la plupart des chercheurs, "le hadith documentera le développement de l'Islam, pas ses origines - à moins que nous ne redéfinissions également ce que nous entendons par origines".

Histoire de la discipline Dès les premiers temps de l'islam, la question de l'authenticité des traditions remontant à Mahomet se pose. Dès les premiers califes et à chaque conflits de l'histoire musulmane classique, des paroles sont ainsi attribuées à Mahomet afin de soutenir des partis politiques et de servir de propagandeJonathan A. C. Brown, 2009, (V. Bibliographie).. Des traditions rapportent que, durant cette période, les Sahabas, étaient vigilants quant à la véracité des paroles attribuées à Mahomet. Néanmoins, à la mort de ceux-ci, la question des forgeriesPour Brown, ce terme n'a pas un sens négatif. La création de hadith peut être à but malicieux, à but de propagande politique ou théologique, afin de valoriser tel ou tel peuple mais aussi l’œuvre de pieux musulmans souhaitant soutenir la croyance des fidèles. devint importante.

À partir du , la discipline de la critique du hadith se met en place. Elle n'acquerra une forme stabilisée, encore utilisée de nos jours qu'au Ghassan Abdul‐Jabbar, "The Classical Tradition", The Wiley Blackwell Concise Companion to The Hadith, 2020, et suiv..

: les débuts des chaînes de transmission C'est à partir du , notamment sous l'impulsion du juriste médinois Malik ibn Anas et de Shu'ba ibn Hajjaj, que l'on commence à exiger qu'un individu qui prétend rapporter un hadith fournisse une chaîne de transmetteurs qui soit garante de la validité de cette parole. Ainsi, cette personne devra dire de qui elle tient ce propos, puis de qui ce transmetteur le tenait lui-même, et ainsi de suite jusqu'à Mahomet. Il s'agissait donc de déterminer trois éléments : la présence de sources, la fiabilité des transmetteurs et la corroboration du hadith. Malik est le premier connu à utiliser un vocable spécifique pour distinguer les transmetteurs crédibles, tels que "thiqa" (digne de confiance)Jonathan A. C. Brown, Hadith Muhammad's Legacy In The Medieval And Modern World, Oneworld Publications, Oxford, 2009, .. La méthode fut par la suite reprise et améliorée.

À cette période encore, les hadiths n'avaient pas une importance de premier plan dans la formation des normes et de la loi chez les premiers juristes des anciennes écoles traditionnelles, dont Malik est lui-même un représentant dans le cas de l'école médinoiseAvant la formation de ce que l'on appelle communément les madhabs, il y avait d'abord en Islam des "écoles régionales", situées autour de Médine, en Irak et en Syrie. Les pratiques communautaires et les décisions et règles établies par les savants étaient alors associées à leur origine géographique.. Le juriste Shafi'i est l'un des premiers à la fin du de l'Hégire, au début des années 800, à défendre la primauté des hadiths par rapport à la pratique et au consensus de la communauté, considérant qu'eux seuls incarnent l'autorité prophétique. Pour justifier sa doctrine, il lui fallait alors développer des outils qui permette d'authentifier les différentes traditions. Il est alors l'un des premiers à systématiser les règles de la critique du hadith, en s'intéressant tout particulièrement à la solidité des chaînes de transmission.. Il faut toutefois souligner que Shafi'i ne peut être considéré comme un critique du hadith à proprement parler, son intérêt ne portait pas sur la collecte globale de traditions qu'il faudrait trier. Il présente sa théorie générale quant au fait de savoir si une tradition doit être authentifiée mais ses travaux ne portent pas sur sa mise en pratique systématique. Cette tâche devient celle des experts du hadiths qui lui sont postérieurs. Il s'agissait surtout pour lui d'avoir des matériaux solides pour légiférer, sa quête d'authenticité des hadiths s'intègre dans ses préoccupations de juriste.

Dans son ouvrage de théorie du droit, Al Risala, Shafi'i détaille les critères permettant de juger du sérieux d'un transmetteur. Il précise également que si le dernier rapporteur de la chaîne qui transmet une tradition répond à ces critères, cela n'est pas suffisant pour authentifier celle-ci, il faut que chacun des figurants de lisnâd soit qualifié. Selon lui, un transmetteur qualifié doit être intègre moralement, avoir une mémoire solide, transmettre verbatim le propos qu'il entend, à moins d'avoir une bonne connaissance linguistique de sorte à ne pas fausser le sens du hadith, ne pas rapporter quelque chose qui contredit une tradition déjà authentifiéeBelal Abu-Alabbas, "The Principles of Hadith Criticism in the Writings of al-Shāfiʿī and Muslim", Islamic Law and Society , 2017, , , ..

: l'évaluation des rapporteurs À partir du , le discipline se scinde en quatre sous-disciplines formant chacune une littérature propre : taʾrı̄kh / ṭabaqāt (Histoire des narrateurs), ʿilal (étude des défauts cachés dans les hadiths), rijāl / jarḥ wa’l-taʿdı̄l (critique des narrateurs) et muṣṭalaḥ al‐ḥadı̄th / uṣūl al‐ḥadı̄th (évaluation des hadiths).

En étudiant les ouvrages de critique des années 850, l'historien Jonathan Brown remarque que la fiabilité d'un rapporteur n'avait pas véritablement à voir avec "une quelconque expérience personnelle avec le personnage, ses qualités ou ses défauts"Jonathan A. C. Brown, Hadith Muhammad's Legacy In The Medieval And Modern World, Oneworld Publications, Oxford, 2009, .. Si la moralité continue en principe d'être prise en compte dans l'évaluation des transmetteurs, de nouveaux critères, plus importants encore, s'ajoutent à ceux présentés par Shafi'i. Par exemple, à partir de cette période, les savants du hadith, tels que Bukhari, Ibn 'Adi ou Shu'ba cherchaient à établir si un des rapporteurs dans la chaîne de transmission avait effectivement existé. Il était désormais convenu que dans un isnâd, il ne fallait considérer que les rapporteurs connus de transmetteurs eux-mêmes connus, à l'exclusion des autres.

Un autre procédé essentiel était développé par les critiques du hadith dans l'évaluation des transmetteurs, celui de l'i'tibâr (« la considération, l'estime »). Il s'agissait de juger de la crédibilité d'un rapporteur à partir de l'ensemble des traditions qu'il relate. Ce travail est facilité par l'apparition de musnads, à savoir des recueils spécifiques qui classent les hadiths en fonction de leur(s) transmetteur(s). Les savants du hadith vérifiaient par exemple si les hadiths que quelqu'un prétendait tenir d'un rapporteur connu, étaient également rapportés par d'autres personnes, notamment des élèves de ce rapporteur connu. Si ce n'était pas le cas et qu'un individu rapportât des hadiths que lui seul aurait entendus — tout en les attribuant à un transmetteur connu — les critiques du hadith ne considéraient pas ces hadiths comme valides, et l’individu en question était disqualifié.