Antonio Amador José Nariño y Bernardo Álvarez del Casal, né le à Santafé de Bogota et mort le à Villa de Leyva, est un homme d'État, militaire et journaliste néo-grenadin. Issu d'une riche famille créole de Bogota, il est l'un des précurseurs de l'émancipation des colonies américaines de l'empire espagnol et devient l'un des héros de l'indépendance de la Colombie.

Après avoir entamé une carrière de fonctionnaire durant laquelle il devient , Nariño traduit en 1793 la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du français vers l'espagnol, ce qui lui vaut l'exil et la prison. Il devient ensuite président de l'État libre de Cundinamarca le , défendant un système centraliste avec un État unitaire doté d'un pouvoir exécutif fort. Ne croyant pas que le système fédéraliste puisse être appliqué à la Nouvelle-Grenade en raison des vifs sentiments régionalistes existants, il refuse d'adhérer à la constitution d'une Confédération des Provinces-Unies de Nouvelle-Grenade, ce qui aboutit à une guerre civile entre les deux camps. À la suite de ce conflit, il entame une campagne dans le Sud afin de lutter contre une invasion de la Nouvelle-Grenade par les Espagnols. Après plusieurs victoires, il est finalement vaincu à Pasto et est envoyé en Espagne où il reste prisonnier de 1816 à 1820 à Cadix. Libéré grâce au soulèvement initié par Rafael del Riego, Nariño revient en Colombie aux côtés de Simón Bolívar qui le nomme vice-président, lui laissant la tâche de mettre en place le Congrès constituant de Cúcuta pour construire la Grande Colombie. Après avoir renoncé à la vice-présidence, il termine sa carrière politique en tant que sénateur de la république du Cundinamarca.

Outre ses activités politiques et militaires, Nariño entame une carrière journalistique avec qui relate les faits et propose des mesures nécessaires pour la reconstruction à la suite d'un tremblement de terre dans la région de Bogota. La paternité de nombreux journaux est attribuée à Nariño qui a notamment publié le journal politique dans lequel il défend l'idée de centralisme. Considéré en 2003 comme « le Colombien de tous les temps », nombreux sont les faits politiques, culturels ou artistiques démontrant de nos jours l'importance d'Antonio Nariño dans la culture colombienne.

Biographie Naissance thumb|upright|alt=Portrait du jeune Antonio Nariño|Portrait du jeune Antonio Nariño par Luis García Hevia réalisé vers 1840. Antonio Nariño naît le à Santa Fe de Bogota. Il est le troisième enfant d'une fratrie de douze enfants, quatre décédant de façon précoce« Capítulo I : Los Nariño : Los Nariño y Álvarez ». Sa mère, Catalina Josefa Álvarez del Casal, qui a pour parents Manuel de Bernardo Álvarez, un jurisconsulte de Salamanque qui a été auditeur de l'audience royale de Santa Fe de Bogota, et María Josefa del Casal, est originaire de Bogota. Son père, Vicente Nariño y Vásquez, natif de Galice, est un fonctionnaire de la Couronne espagnole qui travaille en tant que comptable officiel du roi des et de la cour des comptes de Santa Fe de Bogota après avoir rejoint la vice-royauté de Nouvelle-Grenade au milieu du .

Il a pour frères et sœurs : José, né le ; Juan Nepomuceno, né le ; Joaquín, né le ; Manuel et María Dolores, nés le ; Cayetano, né le ; et Benita, née le .

Antonio Nariño est baptisé le par le frère augustin Fray Ignacio López« Capítulo I : Los Nariño : Antonio Amador José Nariño y Álvarez ». Il a pour parrains un ami proche de son père, Antonio de Ayala y Tamayo, qui est officier du Trésor royal, le jour de son baptême et Pedro Escudero pour celui de sa confirmation en 1772 dans la cathédrale de l'Immaculée-Conception de Bogota.

Selon le docteur espagnol José Celestino Mutis qui a assisté à la naissance d'Antonio Nariño, ce dernier est prédisposé à des maladies telles que la tuberculose pulmonaire et l'hydropisie de poitrine ou du péricarde, ayant une malformation de la poitrine. Pour cela, il est soigné avec des composés de salsepareille par Mutis.

Études thumb|upright|left|alt=Miniature en ivoire représentant Antonio Nariño|Miniature réalisée en ivoire vers 1780 représentant Antonio Nariño. Antonio Nariño est envoyé, à l'âge de douze ans, au et au , aujourd'hui connu sous le nom de à Bogota. Mais, en raison de sa santé fragile, il ne peut y poursuivre les cours de façon régulière ; il continue néanmoins à y étudier la grammaire, la philosophie et la jurisprudence. Il y apprend également le grec et le latin. Par conséquent, il reçoit une éducation essentiellement autodidacte, acquérant de nombreuses connaissances dans la bibliothèque de son père tandis que son oncle, Manuel de Bernardo Álvarez, l'initie à la philosophie des Lumières. De plus, il est initié aux chevaux et pratique de l'équitation afin de renforcer sa santé.

Par ailleurs, à la suite du décès de son grand-père maternel alors qu'il n'a que neuf ans, puis de celui de son père quatre ans plus tard, le , Antonio Nariño hérite de nombreux livres et développe un véritable intérêt pour la lecture, achetant et revendant des livres d'occasion. Il apprend la médecine et la prescription de médicaments ainsi que l'anglais ou encore le français en lisant du Voltaire avec le Nouveau dictionnaire de Sobrino et le (calepin des sept langues) de Giacomo Facciolati.

Jeunesse Lorsque Vicente Nariño y Vásquez meurt à Bogota, le , alors qu'Antonio Nariño n'a que treize ans, son épouse doit dorénavant s'occuper seule de cinq garçons et deux filles, tous mineurs. Selon le testament qu'il a signé le , il laisse à Catalina Álvarez de Casal une pension de veuvage de cinq cents pesos par an, la maison, les meubles et les ustensiles qui s'y trouvent ainsi que l'hacienda d« Capítulo I : Los Nariño : Don Pedro Fermín de Vargas ».

Le , l'Espagne s'engage aux côtés de la France et des insurgés américains dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Ce conflit entraîne cependant un déficit considérable ; l'Espagne décide de le couvrir en récupérant, via ses colonies, les ressources nécessaires. Par la même occasion, cela lui permettrait de continuer à financer les coûts engendrés par cette guerre. Pour cela, la Couronne espagnole envoie à Santafé de Bogota, à Quito et à Lima des qui mettent en place des réformes fiscales afin d'augmenter les recettes. La régence de la Nouvelle-Grenade est donnée à Juan Francisco Gutiérrez de Piñeres. Ce dernier décide de ressusciter certaines taxes, introduit de nouveaux impôts et en augmente d'autres, mettant à contribution toutes les couches sociales. Mais, ses mesures affectant également une population touchée par la pauvreté, de multiples insurrections éclosent telles que la révolte des Comuneros.

thumb|upright|alt=Manuel de Bernardo Álvarez|Manuel de Bernardo Álvarez, oncle d'Antonio Nariño. Ainsi, malgré la fortune laissée par le défunt et l'aide financière de l'oncle du jeune Antonio, le Manuel de Bernardo Álvarez, la famille Nariño doit faire face à la crise due à la guerre opposant l'Espagne à l'Angleterre. Catalina Álvarez de Casal vend la maison familiale située sur la à Bogota au gouverneur d'Antioquia de l'époque, Francisco Silvestre, et emménage avec ses enfants dans le quartier de Santa Bárbara. Antonio continue son éducation et, accompagné du Mutis, commence à fréquenter des cercles d'intellectuels de la capitale où il se lie d'amitié avec l'avocat José Antonio Ricaurte y Rigueiro.

De 1781 à 1782, il rejoint un corps de milice d'infanterie afin de soutenir le gouvernement lors de l'insurrection des . Lors de ce conflit, il y obtient le grade de sous-lieutenant porte-étendard et se lie d'amitié avec le capitaine Pedro Fermín de Vargas« Capítulo III : Don Antonio Nariño : Estudios ». Il est cependant marqué par la mort violente de José Antonio Galán dont la tête, les mains et les pieds ont été coupés et le reste du corps brûlé après son exécution par pendaison. De retour au domicile familial, il reçoit de sa mère pesos qu'elle a obtenus grâce à la vente des différents biens légués par son époux. Elle lui prête également pesos. Avec ce capital, Antonio Nariño entreprend des activités commerciales. Passionné de lecture, il ouvre ainsi une librairie à Santafé de Bogotá, vendant des livres neufs et d'occasion. Même si cela reste impossible à vérifier, certains historiens supposent que Nariño possédait plus de , une si grande bibliothèque étant inhabituelle pour l'époque. Il ne marquait d'ailleurs pas ses livres avec sa signature ou un ex-libris, probablement pour ne pas les endommager ou diminuer leur valeur commerciale. De plus, grâce à ses connaissances sur les plantes et les maladies, il prescrit des ordonnances. En , Nariño part à Honda, un port fluvial situé sur le río Magdalena, afin d'organiser ses activités. Puis, il va à Carthagène des Indes pendant sept mois où il étudie le processus d'importation et d'exportation, l'activité douanière, l'emballage et l'expédition des marchandises ainsi que le recrutement d'agents et de correspondants. Il revient à Santafé de Bogota en afin de se lancer dans l'exportation de produits agricoles des différentes régions du pays, tels que l'écorce de quinquina, le cacao ou l'indigo. Son entreprise fleurit rapidement, de nombreuses marchandises allant et provenant également d'Europe et des États-Unis. Après trois ans de travail, Nariño obtient un capital qui lui permet d'être indépendant et de devenir propriétaire.

Vie maritale thumb|upright|alt=Magdalena Ortega de Nariño|Magdalena Ortega de Mesa, épouse d'Antonio Nariño, et leur fils aîné Gregorio.

Antonio Nariño se marie avec María Magdalena Ortega y Mesa le à l'âge de . La cérémonie religieuse est officiée par l'évêque de Comayagua, José de Isabella, alors de passage dans la capitale, dans l'église de Las Nieves« Capítulo III : Don Antonio Nariño : Matrimonio ». De près de trois ans son aînée, étant née le , elle a pour parents José Ignacio de Ortega y Salazar et Petrona de Mesa« Capítulo I : Los Nariño : Magdalena de Ortega y Mesa ». Ce mariage se fait entre deux familles ayant un rang économique élevé et parmi les plus distinguées de la société bogotaine. Lors du mariage, la dot de María Magdalena Ortega y Mesa, composée de bijoux, de peintures et de vêtements, est estimée à pesos.

De l'union des deux jeunes gens, six enfants viennent au monde : Gregorio, né le ; Francisco, né le « Capítulo I : Los Nariño : Seis hijos » ; Antonio, né en « Capítulo I : Los Nariño : Antonio Félix Ignacio Jacinto Nariño Ortega » ; Vicente, né le ; Mercedes, née le « Capítulo IV : La formación de la república : Sus adoradas hijas » ; Isabel, née le .

En 1995, Carmen Ortega Ricaurte, alors directrice du musée du 20 juillet, provoque une controverse au sujet de Magdalena Ortega de Nariño qu'elle considère coupable d'adultère. L'hypothèse d'Ortega Ricaurte s'appuie sur un tableau représentant Magdalena avec un médaillon autour du cou et un enfant dans les bras. Ainsi, elle déclare qu'il ne s'agit pas du portrait d'Antonio Nariño mais de celui de Jorge Tadeo Lozano sur le médaillon, ajoutant que l'enfant était celui de Lozano et non celui de Nariño qui était emprisonné à ce moment-là. Cette thèse est cependant réfutée dans la presse nationale par plusieurs chroniqueurs et passionnés de l'histoire qui critiquent les conclusions hâtives et inadéquates de la recherche menée par Ortega Ricaurte.

Carrière politique et militaire Débuts en politique thumb|upright|alt=Antonio Nariño, par Ramón Torres Méndez|Œuvre représentant Antonio Nariño, attribuée à Ramón Torres Méndez (vers 1860).