François Méténier, né le à Jaligny et mort le à ParisActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 482, vue 19/31., est un activiste d’extrême droite des années trente puis responsable du service d'ordre du maréchal Pétain en 1940, principalement connu pour avoir été l'un des principaux responsables du complot de la Cagoule mais aussi pour être resté un proche de François Mitterrand du début de l'Occupation jusqu'à sa mort.
Biographie
Première Guerre mondiale Au sortir de la Grande guerre après s'être engagé volontairement à servir sous les drapeaux comme soldat en , François Méténier est nommé chevalier de la Légion d'honneur et est promu capitaine. Il fit une carrière d’officier comme lieutenant au Régiment d’infanterie basé à Clermont-Ferrand. Il avait été formé à Saint-Cyr en 1916. Il fut très bien noté. Mis en congé en 1926. Il est décoré de la Croix de Guerre, avec palmes et étoiles. Il se marie, le , avec Eugénie Chervier (1895-1986), native comme lui de Jaligny, et eut avec elle une fille, née en 1919.
Entre-deux-guerres Il monte après sa mise en congés une petite fabrique de produits manufacturés à Chamalières (Puy-de-Dôme) en association avec une autre personne. La fabrique périclite en 1935 avec un déficit cumulé de 5 millions de francs. Il poursuit son activité d'industriel en créant un atelier de montage de TSF dont il ne prend cependant pas la tête. Dès 1933, il a voyagé en Allemagne. Il mène une vie fastueuse, s’achète par exemple trois automobiles Panhard entre 1934 et 1935, malgré ses difficultés en affairesAD 63 : M 60064 : Le commissaire de police mobile Moritz à Monsieur le commissaire divisionnaire, chef de la 60 brigade de police mobile à Clermont-Ferrand, le 28 mars 1938.. Après ses dix ans de congés de l’armée, il démissionne et est promu capitaine de réserve en 1936.
La Cagoule Depuis l’échec de son entreprise de caoutchouc, il fait de la politique, membre des Croix-de-Feu, se disant volontiers l’ami intime du colonel de la Rocque. Il est, fin 1937, un membre influent du Parti social français dans le Puy-de-Dôme mais semble s’être séparé de son ancien chef Archives départementales du Puy-de-Dôme : M 60063 : L’inspecteur de police mobile Milliotte à Monsieur le Commissaire divisionnaire, chef de la de police mobile, 8 novembre 1937..
C’est Maurice Duclos qui présente Méténier à Eugène Deloncle, le fondateur et principal dirigeant de l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale (OSARN), que la presse dénomme plus communément « Comité secret d'action révolutionnaire » (CSAR) ou sous le sobriquet de « la Cagoule ». Maurice Duclos était chargé en particulier d’approvisionner l'OSARN en armes ; il est présenté comme le chef de l’état-major de l'OSARN par Thomas Bourlier, le principal témoinArchives nationales : BB 18/3061/2 : Affaire dite du CSAR, Réquisitoire, 20 août 1939, . Les couples Deloncle et Méténier deviennent intimesAN F 7 15343 : Résumé de l’affaire du C.S.A.R. (dossier de 1945) ..
Dès l'automne 1936, avec d'anciens militants Croix de Feu clermontois, en particulier des ingénieurs chez Michelin, il aide à la création et l'organisation d'un groupe d'auto-défense chargé de protéger ses membres et leurs familles dans la perspective d'un éventuel coup d'État communisteAD 63 M 60064 : Interrogatoire d’Henri Vogel, par le commissaire Moritz, 11 janvier 1938.. C’est Méténier et Mouget, un ingénieur Michelin, qui entrent en relation avec l'OSARN pour que celui-ci aide le groupe d’auto-défense à se procurer les fusils mitrailleurs dont il a besoin. Et c'est Méténier qui va être le principal intermédiaire permettant au groupe d'autodéfense clermontois de rejoindre l'OSARN.
S’il continue à être en liaison directe avec les autres responsables du groupe d'auto-défense clermontois, les « Enfants d’Auvergne », devenue branche locale de la Cagoule, il joue au niveau national le rôle de « ministre des Affaires étrangères » de l'OSARN auprès de l’entourage de Mussolini et de Franco. Il se dit lui-même « l’homme des affaires extérieures » tout en étant aussi chargé de recueillir des fonds pour l’organisationAN F 14815 : Déposition de Maurice Thomas dit Thomas Bourlier, le 8 janvier 1938.. Méténier est chargé en particulier de l'achat d'armes à l'étranger. Il avait pour secrétaire Charles Tenaille, cousin de Deloncle, depuis la fin .
Il est aussi chargé de récolter de l'argent auprès des industriels français. C'est en particulier par son biais que Pierre Michelin, dont il est présenté, de façon sans doute exagérée, comme un intimeAN Centre des Archives Contemporaines (CAC) : 19920648 art. 1-5. Brigade de police mobile. Note relative à l’origine des ressources du CSAR, Cote XIII., devient l'un des principaux bailleurs de fonds de la Cagoule entre fin 1936 et fin 1937, date de son décès accidentel.
Méténier est aussi un activiste. Il est le co-organisateur de l'attentat commis par la Cagoule au siège du patronat français le et qui tua deux gardiens de la paix. C'est lui qui a dirigé l'opération le jour même, sur place.
Méténier est le dirigeant de l'OSARN le plus souvent présenté comme authentiquement fasciste. Il déclare d’ailleurs que le Duce est le modèle de l'OSARN« Votre Duce, affirme Méténier, est et sera notre modèle, et nous sommes tout à fait d’accord avec lui pour considérer le fascisme comme une norme de vie politique à l’échelle européenne. » Citation extraite de l’interrogatoire du chef du contre-espionnage italien en septembre 1944. Philippe Bourdrel, La Cagoule, de complotParis, Albin Michel, 1970, édition, . et que l’objectif de la Cagoule est d’instaurer un régime autoritaire s’inspirant du modèle fasciste qui adhérerait à l’union de la France avec les puissances fascistes voisinesBDIC : Fonds Mornet, . Le juge Béteille s’appuie sur les citations d’Emmanuel Santo, l’un des chefs du Service d’Information Militaire (SIM), services secrets italiens fascistes, lors de son interrogatoire par la Haute Cour de Justice italienne le 17 septembre 1944.. On peut néanmoins nuancer cette appréciation en supposant que ce discours dithyrambique à l’égard du pouvoir italien servait d’abord à gagner la confiance des autorités fascistes pour obtenir des armes. Méténier obtiendra les armes, mais la Cagoule devra les payer à la fois en versant des sommes importantes mais aussi en liquidant deux militants italiens anti-fascistes réfugiés en FranceLa rencontre avec les services secrets italiens aurait eu lieu le 22 mars 1937 à Monte-Carlo. BDIC : Cabinet René Bluet, sténographie judiciaire. F Rés 339/8/1-3 : Cour d’Assises de la Seine. Affaire du C.S.A.R. (Comité secret d’action révolutionnaire) La Cagoule. Audiences du 12 au 24 novembre 1948. Plaidoirie de Maître Rodanet, 13 nombre 1948, .. Méténier est ainsi l'un des organisateurs, mais pas l'un des exécutants, de l’assassinat à Bagnoles-de-l'Orne le de Carlo Rosselli et de son frère Nello, militants italiens anti-fascistes, par un commando de la Cagoule composé de 9 hommes, vraisemblablement sur ordre de Mussolini, en contrepartie de livraisons d'armes. Cet assassinat a été jugé dans le procès de l'OSARN en . Les témoignages sont nombreux pour attester le rôle dirigeant de Méténier au sein de la Cagoule même s'il est davantage un activiste qu'un théoricien. C'est un homme d'action, un impulsif. Il est présent sur la liste Corre, une liste d'environ 1200 des principaux activistes de l'OSARN, établie par Aristide Corre, l'un de ses dirigeantsArchives Nationale : F7 14673 : dépôts d'armes liés à affaire CSAR, classement par département 1937-8 : Puy-de-Dôme, dossier 1127, 191,sans numéro, « dossier principe, circulaires, etc. ».
Méténier fut condamné pour ces actes à de prison et à la dégradation nationale à vie.
Vogel, ingénieur Michelin inculpé dans l'affaire de la Cagoule et Corre dans ses carnets secrets, édités par Christian Bernadac, présentent Méténier comme un homme exalté, violent, impulsif. Il est arrêté et emprisonné le , un mois avant les aveux de l'ingénieur Michelin, Locuty, ayant déposé la bombe au siège du patronat.
On retrouve des dizaines d'engins explosifs près de Clermont-Ferrand. Ceux-ci sont constitués de tubes en acier identiques aux 292 tubes trouvés dans le jardin de Méténier le . De même, les boites en acier dans lesquelles ces engins ont été découverts à Saint-Georges-sur-Allier, sont des boîtes d’objets de T.S.F. dont justement Méténier s’occupe et de surcroit similaires à ceux trouvés dans son jardin. L’enquête révèle que Méténier a reçu 767 tubes d’acierA.D. 63 M 60063 : le commissaire divisionnaire Buffet à l’inspecteur général chargé des services de police criminelle à Paris, le 4 mars 1938. Ces futs métalliques remplis de poudre nommée bakélite, avaient été achetés par Méténier et stockés pour soi-disant usage professionnel dans les ateliers de l’entreprise de Méténier. Mais il a également commandé personnellement un stock de 1000 tubes dont il prit livraison d’une partie en A.D. 63 M 60063 : le commissaire divisionnaire au juge d’instruction au tribunal de Clermont-Ferrand, Chomilier, 9 mars 1938..
Malgré les rétractations de Locuty à son égard et les témoignages d’officiers lui fournissant un alibi le jour des attentats à Paris, la Justice considéra après-guerre qu’il restait un homme excessivement dangereux, refusant sa demande de mise en libertéMéténier prétend avoir le 11 septembre 1937 accueilli, au service des services secrets français, des officiers franquistes à Paris ce qui permit d’obtenir la neutralité de l’Espagne au moment de la guerre. Le procureur de la République réfute cette présentation. Archives de Paris : 1320 W 120 : Le Procureur de la République à Monsieur le Procureur général, tribunal de instance de la Seine, 23 octobre 1946, 9 p.. Méténier prétend avoir servi d'intermédiaire des services secrets auprès des autorités franquistes. Il déclare avoir rencontré, par l’intermédiaire d’un cagoulard mais pas au titre de la Cagoule, le frère du général Franco, Nicolás, lors de négociations en 1937. Celui-ci aurait lors de ces négociations assuré Méténier qu’en cas de conflit armé avec l’Italie et l’Allemagne, la France n’avait pas à craindre une quelconque intervention espagnole à ses frontières pyrénéennesAN Centre des Archives Contemporaines (CAC) : 19920648 art. 1-5 : Dossier principe affaire du CSAR, 1127. Procès-verbal interrogatoire François Méténier par le commissaire Le Poitevin, 24 avril 1945..
C’est un homme d’action, un « brave type, un peu fou. Des mains d’étrangleurs, un cœur de grisette. Un drôle de dur » dira-t-on de lui à Vichy quand il fut chef des Groupes de protection de Pétain. Il était considéré par le juge Béteille qui dirigea l’enquête sur le complot comme l’ «un des principaux tueurs de la Cagoule […] un des chefs de la Cagoule sortant de prison et connu comme un assassin particulièrement dangereux"BDIC : Fonds Mornet, .. Les cagoulards eux-mêmes se méfiaient de Méténier. Aristide Corre dans ses carnets faits plusieurs fois des reproches sur son caractère. Henri Vogel défendit à sa femme de fréquenter les Méténier car François Méténier était un « exalté dont il pouvait répondre du caractère »AD 63 M 60064 : Déposition de Madame Vogel devant le commissaire Moritz, le 12 janvier 1938..
Seconde Guerre mondiale
État français C’est Raphaël Alibert, ex-Cagoulard, nommé depuis neuf jours Garde des Sceaux par le maréchal Pétain, qui demande de ne pas s’opposer à la mise en liberté provisoire des détenus de l'OSARN, permettant notamment à Méténier et Locuty, deux des principaux accusés originaires de Clermont-Ferrand, d’être libérés. En 1940, il est donc libéré et il est à Vichy où en tant qu'adjoint du colonel Groussard, il commande les Groupes de protection (GP) .