L'anse (ou baie) de Camaret est située à l'ouest du département du Finistère en France, à deux milles au sud de l’entrée du goulet de Brest.

Géographie vignette|Anse de Camaret. Localisation L'anse de Camaret est délimitée par une ligne joignant la pointe du Grand Gouin à la pointe Tremet. Sa superficie est de l'ordre de . L'ouvert de cette anse, limité par une ligne joignant la pointe du Toulinguet à la pointe des Capucins, fait face à l'anse de Bertheaume au nord-ouest, dont elle est séparée par la zone d'attente pour le franchissement du goulet de BrestCarte n°7148L SHOM - édition n°3 Tirage à jour : 2011.

Caractéristiques L'anse est protégée des vents d'est par la presqu'île de Roscanvel, et des vents d'ouest et de sud-ouest par la pointe du Grand Gouin et le relief de la presqu'île de Camaret.

Le port est situé au sud-ouest de la baie, protégé par une digue naturelle, ou cordon de galets longue de . nommée Le Sillon.

Navigation Abritée des vents dominants de secteur ouest, l'anse de Camaret constitue un havre en cas de mauvais temps. Elle est aussi une zone d'attente de conditions favorables au passage du goulet de Brest ou du Raz de Sein, ou à l'appareillage vers le chenal du Four au nord-ouest.

L'accès au port n'est pas balisé par un chenal. L'entrée est marquée par un feu isophase à secteurs vert et blanc à l'extrémité du môle nord et par un feu à éclats rouge à l'extrémité du môle sudCarte n°7401 SHOM - Édition n°3 - 2016.

En saison de pêche, de nombreux casiers et filets sont immergés entre la pointe du Grand Gouin et le môle nord du port, devant la plage du Corréjou. Ils sont signalés par des bouées.

Une ferme aquacole est située côté est de l'anse, devant la pointe Sainte-Barbe.

Géologie La baie de Camaret fait partie de la Réserve naturelle régionale des sites d'intérêt géologique de la presqu'île de Crozon. Sa structure permet de lire l'histoire géologique entre le Briovérien (environ -670 Ma) et le Famennien (-360 Ma). Ses points d'intérêt majeur sont répertoriés dans la liste des géosites de Bretagne.

Avant le Cambrien (< -540 Ma), la mer briovérienne recouvre la Bretagne. L'orogenèse cadomienne modèle une nouvelle fois la région, après le cycle icartien (-2 000 Ma). Puis, durant 100 à 150 Ma, les reliefs ainsi formés subissent l'érosion, et la Bretagne connaît des transgressions et régressions marines. Survient alors l'orogenèse hercynienne (environ -400 Ma) et la formation d'une montagne de à d'altitude. Cette montagne subira à son tour des phénomènes d'érosion.

Les plissements rocheux, les diverses couches de sédiments visibles en baie de Camaret et aux abords, témoignent de ces phénomènes géologiques.

Plage du Corréjou vignette|Dalle sur laquelle on peut observer des ripple-marks fossiles.

La plage fossile du CorréjouAr C'horrejou, pluriel du breton gored qui désigne, comme le français gord, une pêcherie, un barrage artificiel servant à capturer les poissons quand la mer se retire. Ces barrages sont désormais interdits, mais leurs traces sont encore visibles en plusieurs endroits. . date de l'Ordovicien (-470 Ma) et est accessible à pied lors de basses mers de vives-eaux. La falaise jusqu'à la pointe du Gouin offre une coupe dans des terrains stratifiés, à pendage d’environ 45°, de la formation de Postolonnec () qui repose en concordance sur le grès armoricain.

Sur la falaise de la pointe du Gouin, le grès armoricain (-480 Ma) repose en discordance sur les schistes du briovérien (-670 Ma), et de manière absolument originale, pénètre les stratifications schisteuses en certains endroits en une profondeur de 20 à . Une telle configuration résulte des plissements hercyniens (-330 Ma, dans le Massif Armoricain). La falaise est sensiblement en direction des couches et l'on n'observe que la partie inférieure des schistes fossilifèresÉchinodermes de la classe des Cystoidea, Trilobites, Bivalves, et plus près des grès, des graptolithes. de Postolonnec avant d'atteindre les grès armoricains marqués de figures sédimentaires (ripple-marks, mégarides de courant avec sur leur flanc aval des rill marksDe petits galets d'argile sableuse s'observent fréquemment sur la surface des dalles de grès présentant ces figures. Ils témoignent d'événements sédimentaires liés à des courants violents., bioturbation) qui témoignent d'une mer ordovicienne de faible profondeur (moins de )..

Le grès armoricain comprend trois membres distincts comme en Bretagne centrale. La formation présente certaines variations de puissance : le membre inférieur (200 à ) débute par un conglomérat à galets de quartz et grains de phtanite dont la puissance n'excède jamais quelques mètres. L'essentiel du membre est constitué de quartzites blancs, très massifs. Vers le sommet, se développe sur quelques mètres une alternance de bancs quartziteux décimétriques et de joints schisteux ; une dalle épaisse de quartzite couronne cet ensemble et termine la succession. Le membre intermédiaire correspond aux schistes et Grès du Gador (50 à ), constitués par une alternance de schistes parfois très noirs (riches en matière organique), micacés, de schistes gréseux et de quartzites riches en traces de bioturbations (terriers, pistes, en particulier des bilobites) et en figures sédimentaires (slumping, chenaux). Le membre supérieur (80 à ) débute par quinze à vingt mètres de quartzites en gros bancs, puis les bancs diminuent de puissance pour passer à des alternances schisto-gréseuses à nouveau surmontées par des quartzites. La formation se termine par une multiplication des niveaux schisteux noirs (alternant avec les quartzites et des grès, roches de coloration gris clair, à cassure esquilleuse) et le passage aux Schistes de Postolonnec est progressif. Le Grès armoricain supérieur est remarquable par l'abondance des surfaces à ripple-marks (rides de vagues ou de courants) visibles sur les dalles (surfaces d’une couche) et des figures sédimentaires (stratifications obliques, chenaux d'érosion) dont les curieuses « briochesCes sortes de miches gréseuses disposées à la surface supérieure de bancs proviennent de l'érosion synsédimentaire en sommet de ces bancs, résidus d'une érosion de type dendritique à larges rigoles qui isolent des masses sableuses et les recouvrent d'une sédimentation argileuse, dans la zone intertidale. Ces figures sédimentaires témoignent d'un milieu originel peu profond et peu agité. Elles permettent d'orienter l'affleurement (indices de polarité). Schémas expliquant la formation des brioches » (pointe Sainte-Barbe) et par la présence de traces d'activité animale (bilobites, terriers)CHAURIS L., PLUSQUELLEC Y., HALLEGOUËT B., DARBOUX J.-R., MELOU M., CHAUVEL J.-J., LE CORRE C., BABIN C., MORZADEC P., THONON P., OLLIVIERPIERRE M.-F., MULOT B., « Notice explicative, Carte géol. France (1/50 000), feuille Brest (274) », Orléans : BRGM, 1980, p. 14-15.

La stratigraphie détaillée de la base des Schistes de Postolonnec présente plusieurs mètres de schistes, des bancs de grès centimétriques, des faciès zonés à bioturbations puis une masse homogène (10 à ) de schistes à Didymograptus surmontés par des schistes et bancs de grès centimétriques et un banc à nodules phosphatés riche en microplancton, bien exposé et répété par faille sur le flanc nord de l'anticlinal de la pointe Sainte-Barbe. La masse principale du membre inférieur des Schistes de Postolonnec (roche issues du métamorphisme de sables qui appartiennent à la classe des arénolutites, entre 0,05 et , constitués de quartz, chlorite et illite), de couleur bleu-noir en falaise, est monotone et renferme de nombreux nodules siliceux souvent fossilifèresLouis Chauris, , p. 15.

Plage de Trez Rouz vignette|La falaise de Trez Rouz.

La falaise basse (5 à environ) et peu spectaculaire bordant la plage de Trez Rouz mêle de la tourbe noire, de l'argile grise à du sable marin interstratifié et à des cailloux. Elle porte la trace de sédimentations et de mouvements survenus entre et ans. Ces sédiments pléistocènes de couleur ocre (ils ont donné son nom au site, TrezTrez en breton désigne originellement le sable calcaire à débris coquilliers. Rouz signifiant littéralement « sable rouge ») qui bordent la plage en une falaise fossile proviennent du colmatage d'une vallée morte d'une rivière qui rejoignait l'ancien cours de l'Aulne et de l'ElornMarie-Thérèse Morzadec-Kerfourn, « Le Quaternaire de la plage de Trez-Rouz (NE de Camaret, Finistère) », Bull. A.F.E.Q., 2, 1969, p. 129-138..

La falaise de cette plage ancienne révèle. l'alternance de phases glaciaires (le dégel estival provoquant des coulées de solifluxion appelées head plus ou moins rubéfiées qui se traduisent par des dépôts périglaciaires d'argiles grises et d'argiles jaunâtres à bloc de grès quartziques) et interglaciaires (dépôts tourbeux interstratifiésTourbes formées derrière un cordon littoral, entrecoupée de niveaux sableux mis en place lors de tempête il y a ans. dont certains sont déformés en forme de vaguesDiapirisme des argiles tourbeuses dans les argiles jaunâtres à blocs ? Enfoncement (= figure de charge) de gros blocs des argiles à blocs dans la tourbe sous-jacente ? Figures de gel/dégel et de cryoturbation de ces niveaux ductiles pendant la période glaciaire du Riss ? Combinaison de deux ou trois de ces mécanismes ? évoquant La Grande Vague de Kanagawa).

Anticlinal de la Mort-Anglaise vignette|L'anticlinal dit de la "Mort anglaise". Pli géologique remarquable car complet (flancs et charnière dont l'axe sensiblement Est-Ouest, plonge vers l'Est), à taille humaine et permettant de visualiser la naissance et l’anatomie d'une montagne, l'anticlinal de la Mort-Anglaise situé au SSE de l'anse de Camaret, sur la plage de Trez Rouz, est daté de l'Ordovicien moyen (env. -460 Ma). On y parvient en longeant au Nord une grève accessible par un chemin direct et un escalier dans une dépression qui correspond à peu près au passage d'un grand accident décrochant dextre (la faille Kerforne) dirigé sensiblement N. 130°, et qui prend en écharpe la presqu'île de Crozon..

Son cœur est constitué de Grès armoricain qui repose en concordance sur les schistes et Grès du Gador. Les schistes de Postolonnec reposent en concordance sur le grès armoricain (dont les derniers bancs présentent les curieuses « brioches ») sur le flanc sud de l'anticlinal qui est tranché par plusieurs failles décalant les couches. Ses flancs sont constitués de quartzite blanche. Sur son flanc nord, on peut observer une faille dans laquelle s'est injecté un gros filon de dolérite ophitique à labrador qui date de la base du Jurassique 190 Ma) qui présente un beau miroir. Cette faille appartient au grand accident fracturant complexe connu de l'archipel de Molène jusqu'en Morbihan (faille de KerforneDu nom du géologue Fernand Kerforne ayant étudié une faille dans la presqu'île de Crozon au début du . Cf F. Kerforne, Etude de la région silurique occidentale de la presqu'île de Crozon (Finistère), Imprimerie Simon, Rennes, 1901, 234 p.). La tonalité marron à beige des roches est due aux oxydes de fer libérés par l’altération récente.

La falaise septentrionale de cette petite grève offre plus à l'Ouest une autre voûte anticlinale qui affecte les mêmes niveaux que le précédent mais dont l'axe est orienté sensiblement N. 45° E.

Environnement

Avifaune Outre les espèces les plus communes (mouette rieuse, goéland argenté, goéland brun, goéland marin), les oiseaux couramment observés dans l'anse de Camaret sont — entre autres — les suivants :

Aigrette garzette ; Bécasseau sanderling ; Cormoran huppé ; Crave à bec rouge ; Fou de Bassan Grand Corbeau ; Grèbe à cou noir ; Huîtrier-pie ; Macareux moine (source INPN) Mouette mélanocéphale Mouette pygmée Mouette tridactyle Pétrel fulmar (source INPN) Sterne pierregarrin Sterne caugek Tournepierre à collier

Faune sous-marine