Jeanne Granier est une chanteuse soprano et comédienne française, née le à Batignolles-Monceau (aujourd'hui Paris) et morte le à Paris .

Considéré comme l'une des personnalités marquantes de la vie parisienne de la fin du et du début du , elle a été, pour une période de 20 ans, une des plus grandes vedettes des scènes parisiennes, douée à la fois comme soprano et comme comédienne. Elle était également très attachée au public londonien, se produisant au cours de sa longue carrière, à de nombreuses reprises dans des opérettes des pièces de théâtre.

Biographie Enfance et débuts Fille de l'actrice Marie Granier dite Irma Granier, pensionnaire du Vaudeville et du Palais-Royal, et d'un père inconnu, Jeanne Granier naît le dans la commune de Batignolles-Monceau (Seine)Commune supprimée le pour être intégrée à Paris...

Elle est l'élève de , étudiant à la fois l'opéra-comique et la musique. Elle débute en 1873, au théâtre de la Renaissance, en remplaçant au pied levé Louise Théo dans La Jolie Parfumeuse de Jacques Offenbach.

Elle crée dans la foulée Giroflé-Girofla (1874) de Charles Lecocq, mais c'est le rôle-titre du Petit Duc du même compositeur, créé le au théâtre de la Renaissance, qui lui apporte la consécration, devenant sa « signature ». Elle rependra l’œuvre dans ce même théâtre en 1879, 1881 et 1883. Elle joue dans La Vie de bohème au théâtre de l'Odéon en 1875, interprétant l'air de Musette La Jeunesse et l'Amour (paroles d'Henri Meilhac, musique de Jules Massenet). Massenet lui compose également une chanson pour Notre-Dame de Paris en 1879 pour son apparition. Le , elle apparaît dans un spectacle au bénéfice de Bérengère et Anatole au théâtre de la Renaissance. Toujours à la Renaissance, elle crée La Marjolaine (1878) et Janot (1881) de Charles Lecocq, Belle Lurette (1880) dernière œuvre d'Offenbach, Ninetta de Raoul Pugno (1882), Madame le Diable (1882) et Fanfreluche (1883) de Gaston Serpette et bien d'autres.

Les frères Isola témoignent à son sujet : « À la Renaissance, dans Madame le Diable, un personnage de la pièce arrivait sur la scène avec une valise de petite dimension à la main. Il ouvrait cette valise et Jeanne Granier en sortait costumée en diable. Son physique très menu lui permettait de réussir cette acrobatie. L'admirable artiste a ainsi conté ses débuts d'amusante façon : “C'est par la Renaissance que je débutais à la scène, sans être passée par le Conservatoire... Au vrai, je me destinais au classique, je travaillais pour le théâtre italien, et nul n'imaginait chez moi que je dusse “tomber” dans l'opérette…” »Émile et Vincent Isola, Souvenirs des frères Isola : Cinquante ans de vie parisienne, recueillis par Pierre Andrieu, Flammarion, 1943..

Elle crée Mam'zelle Gavroche de Hervé aux Variétés (1885), La Béarnaise d'André Messager aux Bouffes-Parisiens (1885), La Cigale et la Fourmi d'Edmond Audran à la Gaîté (1886) et Les Saturnales de Paul Lacôme aux Nouveautés (1887). Aux côtés de José Dupuis, chanteur-fétiche d'Offenbach, elle participe aux reprises de La Fille de madame Angot de Lecocq et Orphée aux Enfers à l'Eden-Théâtre en 1888 et de La Belle Hélène, Barbe-Bleue et La Grande-duchesse de Gérolstein d'Offenbach aux Variétés en 1890. Le compositeur Emmanuel Chabrier lui dédie sa Ballade des gros dindons (1889).

Cependant, en plein succès, sa voix lui fait défaut. Elle s'oriente alors, sur l'insistance du comédien Lucien Guitry, vers le théâtre où elle réussit à se faire une place. Elle lui donnera ainsi la réplique dans de nombreuses pièces.

En 1897, elle joue dans la pièce de Jules Renard Le Plaisir de rompre et y remporte un vif succès. Dans son Journal, Jules Renard reprend une citation de Jeanne Granier : « Moi, dit-elle, je ne suis pas comédienne. Je joue comme çaJules Renard, Journal, ).. » Elle restera liée à la carrière théâtrale de cet auteur dramatique.

La célèbre « diseuse fin de siècle » Yvette Guilbert dit d'elle dans ses Mémoires : « Jeanne Granier, la grande et spirituelle comédienne, avec son bout de nez amusant. »

Le , le ministère de l'Instruction publique lui décerne la distinction de chevalier de la Légion d'honneur.

Elle meurt le , 88 avenue de Wagram à Paris , à l'âge de 86 ans« Acte de décès n° 1975 (vue 9/19) » registre des décès du arrondissement pour l'année 1939, Archives en ligne de la Ville de Paris. Elle y est faussement dite « fille de Charles Émile Granier et d'Irma Tisseyre, époux décédés ».. Un grand nombre de personnalités artistiques, mondaines et littéraires qui avaient connu l'époque brillante dont Jeanne Granier avait été une des vedettes les plus appréciées et les plus fêtées se réunit le en l'église Saint-François de Sales afin de rendre un dernier hommage à l'incomparable artiste. Le deuil est conduit par son fils, André Granier. Elle est inhumée dans le caveau de famille au cimetière de Montmartre ()Cimetières de France et d'ailleurs, mais la tombe des Granier est détruite quelques années plus tard et la concession reprise en 2010.

Vie privée vignette|Jeanne Granier vers 1900 La frontière entre le demi-monde et les coulisses des théâtres étaient assez floues, les directeurs de théâtres sous-payaient à dessein les jeunes filles et les femmes, de façon qu'elles deviennent "de leur plein gré" les maîtresses d'hommes riches. Les directeurs faisaient ainsi des économies et alimentaient ainsi le scandale, ce qui concourait à "faire parler" de leurs théâtres et pieces. Certaines jeunes et filles et femmes artistes se trouvaient ainsi le plus souvent piégées dans cette prostitution durant leur carrière et, à la fin de celle-ci, pour assurer leur survie. (On retrouve le même procédé sordide pour les petits rats de l'opéra. Les jeunes ballerines devant parfois se prostituer à des hommes mûrs et âgées sous la pression des directeurs qui touchaient directement des sommes de la part de ces derniers.)

Courtisée par le prince de Galles, futur Édouard VII qui restera toujours parmi ses plus grands admirateurs (elle aurait été l'une de ses maîtresses de jeunesse), Jeanne Granier se forgea néanmoins la réputation de décliner toutes les propositions.

Jamais mariée, elle accouche le à Paris à la villa Montmorency, 7 avenue du Square, d'un fils prénommé Xavier-Jean-André de père inconnu« Acte de naissance n°819 avec mentions marginales (vue 17/31) », registre des naissances du arrondissement pour l'année 1877, Archives en ligne de la Ville de Paris.. Elle le reconnaît à l'état-civil le .

André Granier se marie à deux reprises (dont un divorce) et meurt le à Nice (Alpes-Maritimes).

Répertoire 1873 : La Jolie Parfumeuse, opéra-comique d'Hector Crémieux et Ernest Blum, musique de Jacques Offenbach, théâtre de la Renaissance 1874 : Giroflé-Girofla, opéra bouffe d'Eugène Leterrier et Albert Vanloo, musique de Charles Lecocq, théâtre de la Renaissance 1875 : La Petite Mariée, opéra bouffe d'Eugène Leterrier et Albert Vanloo, musique de Charles Lecocq, théâtre de la Renaissance 1877 : La Marjolaine, opéra bouffe d'Eugène Leterrier et Albert Vanloo, musique de Charles Lecocq, théâtre de la Renaissance 1878 : Le Petit Duc, opéra bouffe d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Charles Lecocq, théâtre de la Renaissance 1879 : La Petit Mademoiselle, opéra-comique d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Charles Lecocq, théâtre de la Renaissance 1880 : Les Voltigeurs de la , opéra-comique d'Edmond Gondinet et Georges Duval, musique de Robert Planquette, théâtre de la Renaissance 1880 : Belle Lurette, opéra-comique d'Ernest Blum, Édouard Blau et Raoul Toché, musique de Jacques Offenbach, théâtre de la Renaissance 1881 : Janot, opéra bouffe d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Charles Lecocq, théâtre de la Renaissance 1882 : Madame le Diable, féérie-opérette d'Henri Meilhac et Arnold Mortier, musique de Gaston Serpette, théâtre de la Renaissance 1882 : Le Petit Faust, opérette bouffe d'Hector Crémieux, Adolphe Jaime, musique d'Hervé, théâtre de la Porte-Saint-Martin 1883 : Fanfreluche, opéra-comique de Paul Burani, Gaston Hirsch, Raoul de Saint-Arroman, musique de Gaston Serpette, théâtre de la Renaissance 1885 : La Béarnaise, opéra-comique d'Eugène Leterrier et Albert Vanloo, musique d'André Messager, théâtre des Bouffes-ParisiensAlbert Vanloo, Sur le plateau : Souvenirs d'un librettiste (Paris, 1913).. 1887 : Le Cœur de Paris, revue précédée d'un prologue, musique de Philippe de Massal, Opéra-Comique () 1887 : Les Saturnales, opéra bouffe d'Albin Valabrègue, musique de Paul Lacôme, théâtre des Nouveautés 1888 : Barbe-Bleue, opéra bouffe d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Jacques Offenbach, théâtre des Variétés 1889 : Paris Exposition, revue d'Henri Blondeau et Hector Monréal, théâtre des Variétés 1890 : Le Petit Duc, opéra bouffe d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy, musique de Charles Lecocq, théâtre des Variétés 1893 : Madame Satan, vaudeville d'Ernest Blum et Raoul Toché, théâtre des Variétés 1895 : Amants, comédie de Maurice Donnay, théâtre de la Renaissance 1897 : Le Plaisir de rompre, comédie de Jules Renard, Cercle des Escholiers 1899 : Le Vieux Marcheur, comédie d'Henri Lavedan, théâtre des Variétés 1900 : Éducation de Prince, comédie de Maurice Donnay, théâtre des Variétés 1901 : Les Médicis, comédie d'Henri Lavedan, théâtre des Variétés 1901 : La Veine, comédie d'Alfred Capus, théâtre des Variétés 1901 : La Revue des Variétés, revue de Paul Gavault et Adrien Vely, théâtre des Variétés 1902 : Les Deux Écoles, comédie d'Alfred Capus], théâtre des Variétés 1902 : Joujou, comédie d'Henri Bernstein, théâtre du Gymnase 1903 : La Citoyenne Cotillon, comédie d'Ernest Daudet et Henri Cain, théâtre de l'Ambigu 1905 : Snob, comédie de Gustave Guiches, théâtre de la Renaissance 1905 : Le bonheur, Mesdames !, comédie de Francis de Croisset, théâtre des Variétés 1906 : Éducation de Prince, comédie de Maurice Donnay, théâtre des Variétés 1907 : La Veine, comédie d'Alfred Capus, théâtre du Vaudeville 1908 : Mariage d'Étoile, comédie d'Alexandre Bisson et Georges Thurner, théâtre du Vaudeville 1908 : La Patronne, comédie de Maurice Donnay, théâtre du Vaudeville 1911 : La Bonne intention, théâtre Michel (octobre) 1912 : L'Habit vert de Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet, théâtre des Variétés 1913 : Le Ruisseau de Pierre Wolff, théâtre de la Porte-Saint-Martin 1914 : Madame d'Abel Hermant et Alfred Savoir, avec Monna Delza, théâtre de la Porte-Saint-Martin 1921 : Le Grand Duc, comédie de Sacha Guitry, théâtre Édouard-VII 1925 : Le Mariage de Maman de Louis Verneuil et Georges Berr, théâtre Antoine....

Hommages

En 1890, Rodolphe Piguet exécute son portrait gravé intitulé Une française de 1900.

Jeanne Granier est, par ailleurs, mentionnée dans l'œuvre de Marcel Proust À la recherche du temps perdu. Notes et références

Bibliographie K. Gänzl, « Jeanne Granier », The New Grove Dictionary of Opera, Macmillan, Londres et New York, 1997. J. Martin, Nos artistes des théâtres et des concerts, Paul Ollendorff, Paris, 1895. D. Irvine, Massenet, une chronique de sa vie et l'époque, Amadeus Press, Portland, 1997. R. Delage, Emmanuel Chabrier, Fayard, Paris, 1999.

Liens externes

Jeanne Granier sur la Base Léonore Buste de Jeanne Granier par Francis de Saint-Vidal Jeanne Granier et Lucien Guitry dans Les Amants de M. Donnay par Jean Veber Jeanne Granier et Lucien Guitry par Henri de Toulouse-Lautrec Jeanne Granier et Mily-Meyer dans le Petit Duc sur Gallica Photo de la tombe disparue de Jeanne Granier au cimetière de Montmartre

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