Le mot rapace et l'expression oiseau de proie sont des noms vernaculaires ambigus qui désignent des oiseaux carnivores au bec crochu et tranchant, possédant des serres et très souvent une excellente vision ; certaines espèces de vautours ont de plus, chose peu commune chez les oiseaux, un bon odorat. Ces adaptations sont de bons exemples de convergences évolutives. vignette|redresse=1.5|Les rapaces nocturnes et certains rapaces diurnes qui volent lentement près du sol (busards), sont dotés d'un disque facial composé de filoplumes serrées qui ne réfléchissent pas le son (neutralité acoustique). Ces disques faciaux sont comparables à des réflecteurs paraboliques canalisant les sons vers les conduits auditifs externes positionnés derrière les yeux de manière asymétrique, ce qui permet d'analyser finementCette perception auditive en relief permet aux rapaces nocturnes de pouvoir continuer à chasser les yeux bandés. Cf . des décalages entre les différents signaux sonores.. Ici il s'agit d'une jolie chouette Effraie des clochers (Tyto alba), au disque facial bien marqué. vignette|redresse=1.5|Les yeux des rapaces nocturnes sont fixés aux parois orbitaires. Pour compenser cette immobilité, ils disposent d'un cou mobile doté de 14 cervicales, ce qui leur permet de pivoter la tête de 270°, contrairement à 260 chez les diurnes, et possèdent divers modes d'adaptation, mécaniques et hémodynamiques qui évitent d'endommager les vaisseaux sanguins de leur cou et d'interrompre l'afflux de sang vers leur cerveau lors de cette rotation rapide. Ici, il s'agit d'un Hibou des marais ou Hibou brachyote (Asio flammeus), que les anglophones nomment « Chouette à oreilles (aigrettes) courtes ». vignette|redresse=1.5|Chasseurs à l'affût, certains rapaces se rapprochent des habitations et des routes, se perchant sur un observatoire élevé pour prélever des cadavres victimes de collisions contre les édifices, les baies vitrées et les véhicules. Ici une Crécerelle d'Amérique (Falco sparverius).
Les rapaces diurnes se déclinent en cinq familles, groupées dans deux ordres selon la classification classique : Ordre des Falconiformes Falconidae (faucons)
Ordre des Accipitriformes Accipitridae Cathartidae (condors, urubus et sarcoramphe) Pandionidae (balbuzards) Sagittariidae (messager sagittaire)
Les rapaces nocturnes forment l'ordre des Strigiformes et se divisent en deux familles : Strigidae Tytonidae (effraies et phodiles)
Bien que le terme de rapace continue à être utilisé par les ornithologues et les profanes, sa pertinence scientifique est remise en cause dans la mesure où il ne correspond pas à un taxon précis dans la systématique actuelle et que des analyses génomiques. en 2008 bouleversent l'arbre phylogénétique de ces oiseaux.
Dénomination et systématique
Rapace est un emprunt au latin rapax, rapacis de rapere « emporter précipitamment ». Linné, à l'origine de la classification scientifique des espèces, a regroupé tous les rapaces dans le taxon de Accipitres, composé de la famille des rapaces diurnes de trois genres Vultur, Falcon et Gypaetos et de la famille des rapaces nocturnes comportant un genre Strix. Les autres groupes décrits dans la sixième édition de son Systema naturæ sont les Grallae c'est-à-dire les échassiers, les pics au sens large, les Anseres — groupe des espèces proches des oies et des canards —, les Gallinae — espèces proches des faisans et de la poule domestique —, les Passeres ou passereaux. Ces groupes faisant miroir à ses six groupes de mammifères.
En français, les noms vernaculaires leur ont été donnés soit en fonction de leur morphologie, soit en fonction de leurs cris, soit en fonction de leurs habitudes de vie, notamment alimentaires. Aussi pour la plupart, leurs noms vernaculaires ne correspondent pas à un taxon valide ; les noms normalisés en revanche, lorsqu'ils ne se basent pas sur les noms vernaculaires, utilisent en principe les mêmes noms au sein du même taxon.
Les appellations de rapaces les plus courantes sont : les aigles, oiseaux aux grandes ailes et aux pattes puissantes, parmi 12 genres ; les autours, éperviers de grande taille, parmi 7 genres ; les bateleurs, 1 espèce ; les bondrées, ressemblant à des buses, et apivores, 2 genres ; les bazas, 1 genre ; les busards, 1 genre, 16 espèces ; les busautours, 1 genre ; les buses, parmi 9 genres ; les caracaras ; les carnifex, 8 espèces ; les chouettes, prédateurs nocturnes sans aigrettes ; les circaètes, prédateurs de serpents et lézards, 1 genre, 6 espèces ; les condors, charognards d'Amérique ayant une grande envergure d'ailes, 2 espèces ; les chevêches ; les chevêchettes, chasseurs nocturnes de petite taille ; les crécerelles, 1 genre ; les petits-ducs, moyens-ducs, et grands-ducs ; les effraies, chouettes généralement de grande taille et au disque facial en forme de cœur ; les élanions, 2 genres ; les éperviers, 1 genre ; les faucons, oiseaux de proie de petite ou moyenne taille, longtemps domestiqués pour la chasse, 1 genre ; les fauconnets, 2 genres ; les gymnogènes, 2 espèces ; les gypaètes, 1 espèce ; les harfangs ; les harpies, 2 espèces ; les hiboux, grands prédateurs nocturnes au hululement notoire, parmi 4 genres ; les kétoupas ; les milans, 3 genres ; les ninoxes ; les palmistes, 1 espèce ; les percnoptères, 1 espèce ; les phodiles ; les pygargues, rapaces piscivores ressemblant aux aigles, et dont l'une des espèces est l'emblème des États-Unis, 1 genre, 10 espèces ; les vautours dont les urubus, charognards à la tête dépourvue de plumes et au long cou, parmi 2 familles ; les macaguas, 1 espèce.
Distribution En Europe, ce sont la Russie (33 espèces nicheuses de rapaces diurnes et nocturnes) et l’Ukraine (29 espèces nicheuses) qui accueillent encore le plus grand nombre de rapaces nicheurs pour tout l'Ouest paléarctique.
La France a également une grande responsabilité en matière de conservation de la nature pour ces espèces, car si de nombreuses espèces y ont fortement régressé ou ont localement disparu, la France métropolitaine accueille encore plus de 60 % des espèces de rapaces nicheurs en Europe (25 espèces sur 40, dont 23 nicheuses régulières), soit le plus grand nombre d'espèces nicheuses d'Europe de l’Ouest après l’Espagne, qui en compte elle 26 espèces. 75 % des rapaces diurnes d’Europe occidentale se reproduisent sur le territoire français. Sur 23 espèces de nicheurs réguliers en France métropolitaine, sept sont considérées comme très rares (moins de cent couples) et quatre n’excèdent pas . à reproducteurs, soit 21 % des effectifs de rapaces ouest-européens étaient estimés présents (par l'IFEN), mais l'essentiel de ces populations est fourni par deux espèces seulement : la Buse variable qui constitue 43 % du total des effectifs de rapaces et le faucon crécerelle (25 %)Estimation du nombre de couples de rapaces nicheurs en France métropolitaine (J.-M. Thiollay & V. Bretagnolle, 2004). La France métropolitaine était au début des années 2000 au ou d’abondance en Europe de l’Ouest pour 50 % des espèces de rapaces qu'elle abrite. 13 espèces y constituent elles seules plus de 10 % des effectifs européens. Les populations françaises du busard Saint-Martin et du milan noir y sont rares, mais représentent plus de 50 % des populations d’Europe de l’Ouest. Les régions Auvergne, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Midi-Pyrénées, grâce à des paysages variés, un climat favorable et un bon degré de naturalité du territoire (pour l'arrière-pays au moins) comptent parmi celles où les rapaces nicheurs sont les plus abondants.
La France d'outre-mer est également responsableLa France et la biodiversité : enjeux et responsabilité ; Comité français pour l’UICN, janvier 2005. UICN - France, Paris, 8 p. de la protection d'un très important patrimoine écologique, parmi les plus riches du monde, incluant une importante faune rapace, notamment en Guyane (80 % des rapaces connus et encore présents dans les DOM-TOM au début des années 2000). Près de 40 % de ces espèces sont rares ou localisées voire endémiques. L’autour à ventre blanc (plus de ) en Nouvelle-Calédonie y est endémique, comme l'est le busard de la Réunion sur l'île de La Réunion ou l’épervier de Frances à MayotteDonnées IFEN "Faune et flore : Les rapaces nicheurs", de février 2007 (Voir).
Dynamique de populations Les rapaces en tant que prédateurs supérieurs sont très sensibles à la présence et aux variations d’abondance des proies ou de leurs cadavres (dans le cas des rapaces charognards). Parce qu'ils sont, dans le réseau trophique, situés au sommet de la « pyramide alimentaire », ils sont également sensibles aux taux de polluants ou contaminants bioaccumulés par leurs proies. Les pesticides et métaux lourds sont des causes importantes de disparition ou régression de nombreuses espèces de rapaces. Pour ces raisons, ils sont considérés comme de bons bio-indicateurs de l’état de leur environnement et de son évolution.
Dans une nature préservée, le nombre d'individus présents sur un territoire et la variété en espèces dépendent du nombre de proies disponibles. Mais hormis dans les forêts primaires africaines et quelques endroits relativement épargnés par les pollutions, le nombre de rapaces par hectare est également de plus en plus contrôlé par le degré de contamination de leurs proies ; la contamination par le plomb issu du plomb de chasse est ainsi la première cause de disparition du Condor de Californie et reste une cause importante de saturnisme aviaire pour l'aigle et de nombreuses autres espèces (la mort induite par ingestion de plomb a été décrite pour au moins 15 espèces d’oiseaux de proies diurnesLocke L.N. & Frien d M. (199 2). Lead poisoning of avian species other than waterfowl. In Lead poisoning in waterfowl, D. J. Pain. Ed. Intl. Waterfowl and Wetland Res. Bureau, Slimbrige. 16 : 19-22Pain D.J. & Amiard-Triquet C. (1993). Lead poisoning in raptors in France and elsewhere. Ecotoxicology and Environmental Safety. 25 : 183-192. Falandysz J., Yamashita N., Tanabe S., Tatsukawa R., Ruciñska L ., Mizera T. & Jakuczun B. (1994). Congener-specific analysis of polychlorinated biphenyls in white-tailed sea eagles Haliaeetus albicilla collected in Poland. Archives of Environmental Contamination Toxicology. 26 : 13-22).
D'autres « puits écologiques » peuvent affecter les populations, en particulier les lignes à haute tension et le roadkill qui sont des causes significatives et importantes de mortalité ou blessures graves de rapaces. Le phénomène dit de pollution lumineuse pourrait également affecter certaines espèces, nocturnes notamment.
Les rapaces n'influent sur le nombre de proies disponible que s'il y a prolifération de ces dernières sur un long terme. La diminution des proies est en fait toujours liée à d'autres facteurs, par exemple l'urbanisation, la périurbanisation, la fragmentation écologique du territoire de l'aigle ou diverses formes de pollution. Quand la quantité de proies diminue, le nombre de rapaces diminue, ou l'espèce disparaît localement. Mais elle peut aussi disparaître à cause de la pollution, alors que ses proies sont encore présentes. Ces dernières peuvent alors pulluler et plus facilement véhiculer certaines microbes ou parasites (ex. : tiques véhiculant la maladie de Lyme, échinocoque...). C'est pourquoi les rapaces sont considérés par les scientifiques comme des espèces utiles, à protéger, et de très bons indicateurs biologiques de la qualité des milieux où ils vivent ou devraient vivre.
Caractéristiques vignette|La tête de l'aigle royal est petite, munie d'un bec crochu très puissant et d'une arcade sourcilière prononcée. vignette|La quasi-absence d'arcade sourcilière chez les faucons est compensée par des moustaches noires et retombantes qui réduisent l'éblouissement, à l'instar de l'eye black, graisse antireflet appliquée sous les yeux de certains sportifs américains..