vignette La récitation ou lecture du chema ou shema Israël (hébreu : קריאת שמע ou קרית שמע, kriyat shema, « lecture du shema ») est l'une des prescriptions majeures du judaïsme et une des pièces centrales de sa liturgie.
Découlant du passage contenant le shema Israël, elle consiste à lire les passages Deutéronome 6:4-9, id. 11:13-21 et Nombres 15:37-41, ainsi que leurs bénédictions satellites lors des offices de prière du matin et du soir.
La lecture du shema dans les sources
La lecture du shema est, selon la plupart des opinions consignées dans la tradition juive (ainsi que d'après Flavius JosèpheF. Josèphe, Antiquités judaïques livre 4, chap. 8, §§ 2-13), une loi proclamée par Moïse peu avant sa mort lorsque, après avoir énoncé le shema Israël proprement dit, il prescrit à ses auditeurs, les enfants d'Israël, d'« en parler … à ton lever et à ton coucherDeutéronome 6:6-7 ; cf. T.B. Berakhot 2a ».
À l'époque du Temple
Plusieurs traditions orales attestent de l'application de cette prescription dès l'époque du TempleT.B. Pessa'him 56a : les prêtres du Temple proclament deux fois par jour le shema Israël (c'est-à-dire le verset Deutéronome 6:4) et l'assemblée répond en chœur baroukh shem kevod malkhouto lèolam vaèd (« béni soit le Nom dont la gloire du royaume est à jamais » ou « béni soit à jamais le nom de Son règne glorieux »). Cette lecture est accompagnée de bénédictions particulièrescf. Mishna Tamid 5:1. Lors de l'office du matin, elle est également précédée de la lecture du DécalogueT.J. Berakhot 1:5 (9a)T.B. Berakhot 12a.
À l'époque de la Mishna
Il semble que la lecture du shema se résume encore, au de l'ère commune, à Deut. 6:4 : Rabbi Akiva meurt le shema aux lèvres, en allongeant ehad (« Un », dernier mot du verset)T.B. Berakhot 61b et Rabbi Juda Hanassi répète le verset deux fois à voix haute, en se couvrant les yeux avec la mainT.B. Berakhot 13a-b.Cependant, lorsque la Mishna est achevée vers l'an 200, il y est prescrit de réciter trois parashiyot (sections de lecture), appelées perakim (« parties ») : la parashat shema, la parashat vehaya im shamoa et la parashat tsitsitMishna Berakhot 1:5 & 2:5. La raison de ce changement en incombe, selon le Talmud, aux éléments séditieux au sein du judaïsme qui entendent ne respecter que les dix commandements ; les rabbins réagissent en abolissant la lecture du Décalogue et en amplifiant celle du shema de façon que les dix commandements se retrouvent dans ce texte qui enjoint par ailleurs les Juifs à « recevoir le joug de la royauté des cieux » et celui des (613) commandementsMishna Berakhot 2:5 : la parashat shema est désormais composée du shema Israël et de la section vèahavta (Deutéronome 6:5-9), qui en est la suite textuelle et logique. Ceci a pour conséquence la disparition partielle du baroukh shem kevod malkhouto, désormais réduit à un murmure, car il convient de marquer une différence entre ce répons, purement liturgique, et les passages bibliques. Outre son insistance sur l'amour, la parasha indique dans leurs grandes lignes les modalités permettant de recevoir sur soi le joug des cieux proclamé lors du shema IsraëlCf. T.B. Berakhot 14b-15a. La parashat vehaya (id. 11:13-21) a été considérée de haute antiquité (depuis l'époque du Temple au moins) comme une paraphrase ou un complément de la parashat shema et les deux sections étaient déjà associées dans la lecture de la Torah faite par le roi lors de la cérémonie du haqhelMishna Sota 7:8 et dans les passages bibliques insérés aux linteaux des portes. Elle reprend l'essentiel du message de la parashat shema en l'amplifiant, engageant l'orant à « recevoir le joug des commandements » (« Si vous écoutez les commandements que je vous prescris en ce joursDeutéronome 11:13 »), et en y ajoutant la notion de rétribution (« Si vous écoutez …, je donnerai à votre pays la pluie opportuneDeutéronome 11:13-14, etc. … Prenez garde que votre cœur ne cède à la séduction … vous disparaîtriez bientôt du bon pays que YHWH vous destineDeutéronome 11:16-17 »). La parashat tsitsit (Nombres 15:37-41), également appelée parashat yetziat mitzrayim (« section de la sortie d'Égypte »), contient d'après Rabbi Yehouda bar Habiba, la prescription du port de franges aux coins des habits, la réception du joug des commandements, le rappel de la sortie d'Égypte et divers avertissements envers le penchant à l'hérésie, au péché et à l'idolâtrieT.B. Berakhot 12b. Selon Rabbi , l'acceptation du joug des commandements qu'on y trouve ne s'applique qu'à la journée et non à la nuit (« ce seront pour vous des signes et, en les voyant, vous vous rappellerez tous les commandements de YHWHNombres 15:39 ») ; c'est pour cette raison que la parashat tsitsit suit les deux paragraphes du Deutéronome alors qu'elle les précède dans la Bible. Rabbi Shimon bar Yohaï enseigne à propos de cet ordre qu'il suit l'évolution ordinaire apprendre-enseigner-faireT.B. Berakhot 14b. La lecture de cette parasha lors de la prière du soir fait longtemps débat. Rabbi parvient finalement à l'imposer en s'appuyant sur l'exégèse que fait de Deutéronome 16:3, selon laquelle le souvenir de la sortie d'Égypte doit être rappelé jour et nuitMishna Berakhot 1:5.
L'autre innovation majeure des Sages de la Mishna réside dans les bénédictions satellites, dont ils fixent le nombre et la formule. Au nombre de sept (trois le matin et quatre le soirMishna Berakhot 1:4), elles ont pour fonction de mettre en exergue la particularité du message monothéiste et d'éloigner l'orant des conceptions autresCf. T.B. Berakhot 11b.
À l'époque du Talmud et ultérieurement
La tournure même du texte des trois premiers chapitres de la Mishna, au sein desquels sont traitées les diverses lois de la lecture du shema, indique que nombre d'elles ne font pas encore consensus lors de la clôture de la Mishnacf. T.B. Baba Batra 122b. Il incombe donc aux Sages babyloniens et galiléens de préciser au mieux ces lois, en comparant notamment les diverses opinions consignées dans la Mishna à des traditions contemporaines de la Mishna mais non incluses dans celle-ci (certaines de ces traditions correspondraient aux opinions sadducéennes et esséniennesR' Léon Ashkenazi, La parole et l'écrit, tome 2, éd. Albin Michel, coll. Présences du judaïsme, p. 270). Les conclusions des docteurs du Talmud seront codifiées (et, dans de rares cas, modifiées) par les décisionnaires médiévaux.
C'est en outre au cours de l'époque talmudique que se développe, en terre d'Israël semble-t-il, une conception « magique » du shema. Basée sur les enseignements vantant les mérites du shema (sa seule lecture biquotidienne assurerait à Israël le soutien divin perpétuelT.B. Sota 42a), l'idée apparaît qu'il protège contre l'adversité et les mazikim (« causeurs de torts »). Rabbi institue ainsi, outre les deux lectures quotidiennes prescrites par la Bible, la lecture du shema au pied du litT.B. Berakhot 4b qui ne comprend pas, dans sa version originelle, le passage de la sortie d'Égypte, afin d'assurer la sauvegarde du dormeur lors de son repos (assimilé à une forme de mort)ibid. 60b ; voir aussi T.B. Meguila 3a.De même, un midrash rapportant un enseignement au nom de son collègue Rabbi Mani fait remarquer qu'il y a 248 mots dans les trois perakim du shema, à l'instar des 248 membres de l'être humain et des 248 prescriptions positives et que, par conséquent, la lecture (avec concentration) de ces 248 termes entraînerait la préservation du corps aussi sûrement qu'en réalisant l'ensemble des commandements positifs de la Torah. Il n'y en a en réalité que 245 et le midrash enseigne que l'officiant doit répéter Adonay Elohekhem emet (les deux derniers mots de la parashat tsitsit et le premier de la bénédiction suivant la lecture du shema) afin de parvenir à ce nombre de 248Midrash Tanhouma, parashat Kedoshim, chap. 4 s.v. kedoshim tihyou.
Dans la période suivant la clôture du Talmud de Jérusalem et jusqu'à la période des gueonim, les payetanim (poètes liturgiques) composent nombre de pièces enrichissant les bénédictions satellites, appelées yotzerot (d'après l'intitulé de la première bénédiction du matin). Il existe des yotzerot différentes pour les jours profanes, le chabbat et les fêtes.C'est également dans cet intervalle qu'Amram ben Sheshna et Saadia ben Joseph mettent au point les premiers rituels de prière afin d'uniformiser les rites des nombreuses communautés de la diaspora juive. Leur objectif n'est que partiellement atteint et il subsiste des différences textuelles ou de pratique, notamment entre séfarades et ashkénazes : ainsi, lorsque l'orant prie seul, isolé de la congrégation ou que le quorum de dix hommes n'est pas atteint, les premiers répètent adonay elohekhem emet tandis que les seconds font précéder la parashat shema de la formule doxologique « Dieu, Roi fidèle » (El melekh neeman, dont les initiales forment le mot amen)Sefer HaEshkol, Hilkhot kriat shema n°5 ; cf. R'Shlomo Ganzfried, 17:8.
Ordonnance de la lecture du shema dans le judaïsme rabbinique
Les temps de lecture
Premier sujet à avoir été traité dans la Mishna, le temps de récitation du soir commence à partir de la sortie des étoiles (tzeit hakokhavim) et se termine au lever de l'étoile du matin, bien qu'il soit préférable de le faire avant la moitié de la nuitChoulhan Aroukh Orah Hayim 255:1-3. Le temps de lecture du matin peut se faire dès que l'on est capable de reconnaître une vague connaissance à une distance de quatre coudées (environ deux mètres) jusqu'à la troisième heure proportionnelle du jour, bien qu'il soit jugé méritoire de la faire un peu avant le lever du soleil de façon à réciter la prière des dix-huit bénédictions au moment du lever mêmeC.A. O.H. 58:1-2. Il est permis d'avancer la lecture au lever de l'étoile du matin, bien que cela soit idéalement réservé à certaines circonstances (notamment la caravane qui n'attend pas)ibid. 58:3-4.
Le dépassement de ces limites n'est toléré le soir que dans le cas d'une personne ivre ou malade, jusqu'au lever du soleilibid. 235:4. Le matin, il est permis de réciter le shema avec ses bénédictions jusqu'à la quatrième heure du jour ; au-delà, de l'avis de la plupart des décisionnaires, on ne peut plus lire que les passages bibliques. Certains estiment que l'on peut se « rattraper » le soir au cas où l'on a manqué la lecture du matin et inversementibid. 58:5-7.
Les bénédictions
Les deux bénédictions précédant la récitation matinale du shema sont « béni sois-Tu … qui forme les luminairesT.B. Berakhot 11b » et « béni sois-Tu … qui choisit son peuple d'Israël avec amour ».Une controverse oppose les docteurs du Talmud quant aux premiers mots de la seconde bénédiction, ceux-ci devant être, selon Rav Yehouda, ahava raba (« un grand amour ») tandis que la majorité dit ahavat olam (« un amour éternel »). La controverse a traversé la génération et les séfarades, se conformant à la décision du Rav Isaac Alfassi, disent ahavat olam tandis que les ashkénazes ont adopté la position des gueonimC.A. O.H. 60:1.La bénédiction finale du matin est la bénédiction de la rédemption (birkat hagueoula) commençant par « emet vayetziv ».
La lecture du soir est précédée de deux bénédictions, « béni sois-Tu … qui fait tomber les soirs » et « béni sois-Tu … qui choisit son peuple d'Israël avec amour », et suivie de deux bénédictions, la bénédiction de la rédemption commençant par « emet vèemouna » et « béni sois-Tu … qui veille sur son peuple d'Israël à jamaisibid. 4bC.A. O.H. 236:1 ».
Ni la récitation des bénédictions ni leur ordre ne sont obligatoires pour s'acquitter du devoir de réciter le shema, bien qu'une telle lecture soit considérée comme incomplèteC.A. O.H. 60:2-3 ; en revanche, si l'on récite les bénédictions du soir le matin, on n'a pas rempli ses obligationsibid. 59:1-2.
La récitation