thumb|right|Églises des Saints-Apôtres d’Athènes où le templon sépare la nef du chœur.

Le templon (en grec : τέμπλον, pluriel templa ; aussi appelé κάγκελλα ou κιγκλίδες) caractéristique des églises byzantines est une cloison de pierre ou de bois séparant le bêmaLes mots suivis d’un astérisque sont définis dans le glossaire à la fin du texte. (βῆμα en grec), la bimah (hébreu בימה), ou sanctuaire, du naos (ναός en grec) ou nef. Tantôt plein tantôt à claire-voie, il était constitué de larges panneaux décorés de feuillages, d’animaux et, plus rarement de représentations de personnages sacrés représentés en buste dans des médaillons.. Ces panneaux étaient joints par des colonnettes surmontées d’une architrave ou d’un épistyle..

Son évolution se fit en trois temps : d’abord barrière basse (muret) venant à hauteur de poitrine ; il prit de l’ampleur vers le pour devenir une barrière haute coiffée d’un épistyle sur lequel on prit l’habitude de placer des icônes ; avant que celles-ci n’apparaissent entre les colonnettes de la barrière. pour devenir l’iconostase que l’on connait aujourd’hui.

Considéré comme une ouverture sur le monde divin, le templon était normalement percé de trois portes. Le clergé avait accès au sanctuaire par une porte centrale, portillon à deux vantaux appelé « Portes royales » ou « saintes » réservées au célébrant et représentant l’entrée dans le Royaume de Dieu ou le Paradis. Très tôt, deux autres entrées furent aménagées, l’une sur la droite pour le diacre, l’autre sur la gauche pour les clercs inférieurs..

Origine et étymologie

thumb|left|Plan-type d’une église de rite byzantin.

Ce dispositif architectural a reçu, suivant les époques et les endroits des noms variés : templon, diastyles, treillage ou chancel, voile.

Dans sa forme originelle le templon ressemblait beaucoup au chancel des églises d’Occident des premiers siècles (voir image ci-contre). Mais alors qu’en Occident cette simple barrière évolua en hauteur pour devenir une clôture haute faite de bois, de pierre ou d’une grille en fer forgé, appelée « clôture de chœur », dans l’Orient orthodoxe son élévation en hauteur permit de fermer l’espace entre les colonnettes au moyen d’icônes ou d’un rideau empêchant de voir le sanctuaire à certains moments de la liturgie.

Plusieurs hypothèses ont été données quant aux origines du templon. Elles ont pour la plupart en commun l’idée d’une séparation entre le « profane » et le « sacré », entre le clergé qui peut accéder au sanctuaire et les laïcs ou clercs non officiants qui doivent rester à l’extérieur. Dès le certaines prières étaient dites par le célébrant à voix basse pour sa propre purification avant le début du culte, alors que d'autres étaient dites à voix haute de façon à être entendues de l’extérieur par les fidèles qui devaient suivre « avec crainte et tremblements » certaines parties de la liturgie particulièrement solennelles où les rideaux du bêma étaient fermés et où, selon certaines inscriptions sur les murs, « les anges eux-mêmes encerclent le sanctuaire avec crainte »..

thumb|right|Chancel simple dans une église occidentale : Santa Maria in Cosmedin (Rome, fin du ).

Certains ont fait un rapprochement avec la peinture et la sculpture. Les architectes byzantins, influencés par les théâtres grecs, imitant le classique proskenion, auraient reproduit la rangée de colonnes entre lesquelles se trouvaient une large porte au centre et deux plus petites de chaque côté.. La similarité n’est probablement toutefois que visuelle. En effet, si les drames grecs classiques étaient effectivement présentés à Constantinople aux alors qu’apparaissent les premiers templa dans les églises, il est peu probable que les pièces et l’architecture des théâtres où elles étaient jouées aient pu influencer le cadre dans lequel se déroulait une liturgie en train de se former.

D’autres ont noté la similitude tant au niveau de la forme que du contenu avec la niche de l’arche sainte que l’on retrouve dans les synagogues juives des Voir à ce sujet la description de la synagogue de Doura Europos dans .. Celles-ci avaient également trois divisions : une porte centrale conduisant à l’autel et deux passages latéraux. Elle fut reprise dans certains temples païens de Syrie.

thumb|left|Aron Kodesh de la synagogue italienne de Padoue (1617).

L’idée de séparation entre le « sacré » et le « profane » se retrouve plus nettement encore dans le Temple de Jérusalem dont la partie la plus sacrée ou « Saint des saints » qui contenait l’arche de l’Alliance était séparée du reste du temple par le « Voile du Temple ». Seul le grand prêtre était autorisé à y pénétrer, et ce, une seule fois pendant l’année lors de la fête du Yom KippurSaint Paul, Lettre aux Hébreux, , 7.. Ce concept de rideau cachant le lieu le plus sacré se retrouve encore dans les églises préchalcédoniennes arméniennes, coptes et éthiopiennes où un rideau est situé là où se trouve l’iconostase des églises orientales..

Hors du contexte religieux, tant à Rome qu’à Athènes, des barrières également appelées « chancel », étaient utilisées dans les édifices publics pour défendre l’endroit où se tenaient les orateurs, les magistrats, les juges ou les scribes contre l’envahissement du public.

thumb|right|L’empereur et sa cour séparés du public par un chancel (obélisque de Théodose).

On ignore également pourquoi on a donné à cette structure le nom de « templon », mot technique que le grec a emprunté au latin « templum » ou temple. L’explication la plus probable est que sa forme s’apparentait à celle des temples païens de l’époque. Les marches qui conduisent à l’abside sont analogues à celles qui permettaient d’accéder à l’intérieur du temple. Les colonnettes alignées ressemblent à celles que l’on retrouve tout autour d’un temple et l’architrave qui les surmonte est identique à celle des anciens temples. Les éléments sculptés que l’on retrouve sur l’architrave rappelle les métopes ou frises situées dans les temples au-dessus de l’épistyle.

Historique

Du au

Dans les églises paléochrétiennes, le sanctuaire où prenait place le clergé était, comme dans tous les autres édifices publics, séparé de la nef où prenaient place les laïcs par des panneaux installés entre les piliers d’environ un mètre de haut. et n’empêchaient nullement ces derniers de suivre l’office..

Dès le se généralisa le passage d’une clôture de sanctuaire basse vers une clôture plus haute où les colonnettes des chancels portaient un épistyle* que l’on entreprit par la suite à décorer d’images. Mais à moins que des rideaux ne soient suspendus à l’épistyle il demeurait possible à la foule des fidèles de voir ce qui se passait dans le sanctuaire. La décoration était également semblable à celle des autres édifices publics : scènes de chasse ou bucoliques auxquelles commencent à se mêler des personnages en prière.

Le verra apparaitre sur le templon des images du Christ et de la Vierge, des saints et des anges. Dans la deuxième moitié du on voit apparaitre des scènes de la vie de divers saints. Dans la même période le caractère « sacré » du sanctuaire s’affirme, celui-ci se fermant et les laïcs n’y ayant plus accès pour prier. Ce serait à ce moment que la barrière séparant la nef du sanctuaire reçut le nom de « templon » Les icônes, déjà installées sur des présentoirs devant le templon et celles qui se retrouveront sur celui-ci deviendront les objets sur lesquels se concentrera la piété populaire et prendront alors une importance accrue..

Il ne reste pas d’exemples des premiers templa en bois érigés dans les églises chrétiennes. Toutefois de nombreux auteurs en font mention. Eusèbe de Césarée (vers 260-339) mentionne ainsi que dans l’église du Saint-Sépulcre érigée par Constantin à Jérusalem, « l’abside était entourée par autant de colonnes qu’il y avait d’apôtres. et, pour la basilique de Tyr : « Il a placé l’autel au milieu [du sanctuaire] et l’a entouré d’une magnifique clôture en bois sculpté que le peuple ne pouvait approcher.".

Le premier exemple de templon que nous connaissions est celui du monastère du Stoudion à Constantinople, bâti vers 463 et dédié à saint Jean Baptiste. La barrière du chœur, en forme de lettre grecque « π » entourait l’autel et avait une porte principale faisant face à la nef et deux plus petites sur les côtés. Douze petits piliers ancraient les panneaux du chancel* larges d’environ 1,6 m. On a trouvé des restes de colonnettes qui indiquent que cette barrière basse devait être surmontée d’un architrave reposant sur ces celles-ci..

Outre ces preuves architecturales et archéologiques de l’existence de templa dans les églises des , la description littéraire la plus complète que nous ayons d’un templon nous est donnée dans un poème de Paul le Silentiaire qui a laissé une description célèbre de la cathédrale Hagia Sophia de Constantinople. Elle fut composée vers la fin du règne de et fut probablement lue lors de la fête de l’Épiphanie de 563 où l’on célébra la reconstruction de la coupole l’année précédente. Selon Paul, le templon « entourait l’espace qui était réservé dans l’arche de l’est de la grande église aux sacrifices sans victimesDictionnaire d’Archéologie chrétienne et de Liturgie, , , . ». Il s’étendait sur l’ensemble du demi-dôme de l’est, y compris l’abside, mais à l’exclusion de l’exèdre*. Douze colonnes de marbres revêtues d’argent d’une hauteur approximative de 9,49 mètres de la base aux chapiteaux étaient disposées sur trois des côtés entourant l’autel.

Sur ces colonnes reposait une entablure horizontale. Trois portes permettaient d’accéder à l’abside, la porte centrale étant plus large que les deux autres. Bien que des études anciennes aient suggéré que toutes les colonnes et les portes étaient disposées sur une seule ligne parallèle à l’abside, des reconstructions modernes ont montré que la porte centrale faisait face à la nef alors que les deux plus petites étaient disposées sur les côtés d’un plan rectangulaire..

Entre les colonnes étaient disposées des plaques de marbre recouvertes d’argent d’environ à . On avait sculpté sur celles-ci au les monogrammes de Justinien et de Théodora, même si l’impératrice était disparue depuis plusieurs années, ainsi qu’une croix à bras multiples. Au milieu de l’architrave se trouvait, en repoussé, un médaillon du Christ. De part et d’autre de ce médaillon, se trouvaient d’autres médaillons représentant les anges, les prophètes, les apôtres et la Vierge Marie, tous intimement reliés à la liturgie.

Un autre templon, construit presque à la même époque se trouve dans l’église Saint-Jean-d’Éphèse reconstruite par Justinien selon un plan basilical* avec dôme centralProcope, : De Edificiis.. Au-dessus de l’une des portes latérales on peut voir une inscription se rapportant à Jean l’Évangéliste alors qu’une autre inscription se rapportant à Jean le Baptiste devait figurer sur l’autre porte puisqu’il était l’une des figures dominantes de la liturgie célébrée en ce lieu.