La chartreuse Saint-Sauveur est un ancien monastère de moines-ermites de l'ordre des Chartreux. Sis au sud de Villefranche-de-Rouergue (France), sur la route menant à Najac et Albi, il fut fondé au et fermé - les derniers moines étant expulsés - en 1790, par les autorités révolutionnaires.
Depuis la Révolution française les bâtiments du monastère font partie de l'hospice puis hôpital de Villefranche-de-Rouergue. Cette ancienne chartreuse fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840. Géré par la SPL Ouest Aveyron Tourisme, le site est ouvert à la visite d'avril à novembre.
Histoire En 1450, Vézian (ou Vésian) Valette voulut aller à Rome pour y chercher des indulgences à l'occasion de l'année jubilaire, fêtée par le pape Nicolas V. Avant de partir, ce riche marchand de Villefranche fit son testament, le . Il décidait de laisser presque toute sa fortune aux Chartreux à la condition qu'ils construisent un monastère de leur ordre à Villefranche-de-Rouergue et qu'ils y disent une messe chaque jour tant que le monastère existerait. Il meurt la même année, au cours de son pèlerinage à Rome.
Sa femme, Catherine Garnier, respecta ses volontés et fit construire le monastère. Elle est considérée, elle également, comme 'fondatrice' de la chartreuse.
Les travaux commencèrent en 1452 sous la direction de Richard de Condom et furent poursuivis par les maîtres maçons Conrad RogierNote : On retrouve Conrad Rogier ou Corrat Roger, peyrier ou lapicide originaire de Cordes ainsi que Richard de Condom (de Condom-d'Aubrac) à la cathédrale de Rodez. Corrat Roger a travaillé en 1469 sur l'édification de la chapelle de l'église Saint-Michel de Cordes-sur-Ciel se trouvant sous la rose. Richard de Condom a construit le chœur de l'église Saint-Jean-Baptiste de Caylus en 1467. et Jean Coupiac pour le petit cloître. Rapidement la grande chapelle et la salle du chapitre sont construites et achevées en 1458. Le petit cloître est terminé en 1459. Les moines sont alors installés dans la chartreuse. Les sculpteurs, sous la direction de Pierre Viguier, ont probablement exécuté la décoration car le , le corps de Vésian Valette, rapatrié de Rome, est enseveli à droite de l'autel.
On ne connaît pas la date de réalisation des autres travaux. On peut considérer que les bâtiments nécessaires à la vie monastique et érémitique des chartreux étaient terminés en 1462. En 1479 la chartreuse a son prieur.
Catherine Garnier meurt en 1482 et son corps est placé à côté de celui de son époux.
En 1524, François de La Rovère, évêque de Mende, est enterré dans l'église de la chartreuse dont il a été un bienfaiteur.
Les travaux principaux sont terminés par la construction de la chapelle des étrangers, placée contre le mur de clôture, servant à l'accueil des étrangers et des femmes. La petite chapelle se trouvant contre le côté nord de l'église porte la date de 1528.
Au on fit quelques travaux : boiseries des stalles des frères convers, porte d'entrée du couloir menant au grand cloître. Puis en 1669 et 1670, la chartreuse est agrandie en construisant l'hôtellerie, le clocher-mur dominant le petit cloître et en surélevant le réfectoire. Après la Révolution En 1790, les derniers moines chartreux sont expulsés et leur monastère est déclaré bien national. Fort heureusement, la municipalité de Villefranche voulant ouvrir un hôpital-hospice dans la ville, en prit rapidement possession (). Cela a permis de conserver les parties essentielles de ce monument remarquable.
Les archives du monastère ont disparu en 1791.
En 1886, la cellule du portier qui était une habitation à deux niveaux, seul accès à la chartreuse, a été rasée pour construire de nouveaux bâtiments d'hospitalisation.
Biens du monastère La première donation a permis de garantir des rentes importantes au monastère, notamment grâce aux vignes qui étaient d'un rapport important. Les messes et prières pour le salut des âmes ont été une source de revenus en argent ou en nature non négligeables.
Cette richesse de la chartreuse est mise en évidence par les prêts qu'elle peut faire à la commune au . Elle a été au le plus important contribuable de la ville. En 1791, les rentes du monastère ont été estimées à , soit plus de la moitié de la somme obtenue de la vente des bâtiments.
Bâtiments L'organisation générale des bâtiments répond à un plan type n'ayant guère changé depuis l'origine de l'ordre des Chartreux. La chartreuse a été prévue pour recevoir quatorze pères, dont un prieur et un sacristain, et huit frères convers. thumb|300px|Plan de la chartreuse Saint-Sauveur d'après "Congrès archéologique de France - 1937" Ce plan doit permettre une vie anachorète et une vie cénobitique.
La vie cénobitique regroupant tous les moines de la chartreuse se fait dans la première partie des bâtiments comprenant : l'église, la salle du chapitre, le petit cloître, le réfectoire la cuisine.
La vie érémitique est menée par chaque moine dans des ermitages, petites maisons construites autour du grand cloître rectangulaire qui n'est qu'un espace de circulation enserrant une vaste cour qui est aussi le cimetière des moines. L'ensemble de ces bâtiments était clôturé par un mur isolant la chartreuse du monde extérieur. La seule ouverture était la porterie.
Des bâtiments annexes, pour les divers services, étaient prévus autour des bâtiments des moines et frères convers : la grange, la boulangerie, et pour l'accueil des visiteurs : la chapelle des étrangers, l'hôtellerie.
Quelques-uns de ces bâtiments existent encore - chapelle des étrangers et grange - d'autres ont disparu pour permettre de construire les bâtiments hospitaliers.
Le monument est ouvert à la visite en saison.
Chapelle thumb|240px| La chapelle des Étrangers, située au nord de la chartreuse, est à nef unique à trois travées, voûtées d'ogives de style gothique flamboyant, et un chœur comportant un chevet à cinq pans. Le chœur est un peu moins large que la nef.Le portail est précédé d'un avant-porche polygonal à trois baies inégales. Les vantaux en bois de la porte ont été conservés. La partie basse représente un chartreux portant les armes d'un des fondateurs.
La chapelle est divisée en deux parties par une haute cloison en bois, consacrée à la louange de Marie, réalisée au , séparant le chœur des moines qui se trouve dans la troisième travée, des convers ou d'éventuels visiteurs masculins. Les moines disposent de stalles en bois. Il y a au total trente stalles sur un rang, douze au nord, autant au sud, et trois de chaque côté de l'entrée du chœur. Dans la première travée de la nef, se trouvent huit stalles encadrant le portail pour les frères convers. Les stalles ont été réalisées par André Sulpice, originaire de Lozère, qui a aussi travaillé à la collégiale Notre-Dame de Villefranche-de-Rouergue, à l'abbaye de Loc-Dieu et à la cathédrale de Rodez. Le contrat a été passé en 1462. Leur réalisation a duré seize ans.
Le chœur est éclairé par cinq hautes fenêtres munies de vitraux. Sur l'autel se trouvait un retable qui se trouve maintenant au Musée national de la Renaissance d'Écouen. Sur la gauche, un riche enfeu a été sculpté avec la plaque funéraire des fondateurs sur laquelle on peut lire les inscriptions suivantes : "FVNDATOR HVIVS DOMUS" au-dessus de l'effigie de Vésian Valette, "FVNDATRIX" au-dessus de celle de son épouse, et tout autour de la pierre tombale : "HIC IACENT CORPORA HONORABILIS VESIANI VALETA, MERCATORIS VILLEFRANCHE, QVI DECESSIT AB HOC SECULO ANNO IVBILEO MILLESIMO CCCC L, ET NOBILIS KATHERINE GARNEIRA, EIVS CONSORTIS, QVE OBIIT ANNO MILLESIMO CCCC LXXX II, QVORVM ANIME REQVIESCANT IN PACE.
Les clés pendantes de la nef et du chœur portent les armes des fondateurs ou leur monogramme. Sur les murs, sept tableaux ont été placés qui sont des copies de tableaux de Nicolas Poussin représentant les sept sacrements de l'Église catholique : le Baptême, l'Eucharistie, la Confirmation, la Réconciliation, le Mariage, l'Ordination, l'Extrême Onction (dite aujourd'hui l'Onction des Malades). Les deux premières travées sont éclairées par des fenêtres. Une rose a été faite dans la façade au-dessus du porche.
Une porte au nord du chœur permet d'accéder à la sacristie voûtée d'ogives. Un escalier permet d'accéder à une salle supérieure qui servait à conserver les archives et de bibliothèque. En vis-à-vis, côté Sud, une porte permet d'accéder au vestibule conduisant au chapitre et au petit cloître. Dans la première travée de la chapelle, à gauche, une porte donne accès à une salle, appelée bien qu'il n'y ait jamais eu de trésor, où les novices prononçaient leurs premiers vœux devant un autel situé à l'Est. Un des culots porte sa date de construction, 1528. En face, à droite de la chapelle, une porte donne accès à la chapelle mortuaire ouverte sur la galerie Nord du petit cloître.
Dimensions principales de l'église : longueur : largeur : hauteur : Sur les cimaises de cette chapelle, sept grands tableaux de par ont été accrochés au . Il s'agit de copies de la seconde série des Sept Sacrements de l'Église de Nicolas Poussin que l'artiste peignit pour Paul Fréart de Chantelou de 1644 à 1648. Ces copies, dont les canevas furent préparés par l'atelier Coypel de Paris, furent mises en peinture par l'atelier de peinture de la chartreuse de Toulouse, et offertes à la chartreuse de Villefranche par Charles Louis Auguste Fouquet, dit le maréchal de Belle-Isle, petit-fils de Nicolas Fouquet, né à Villefranche-de-Rouergue le .
Vestibule et chapitre thumb|240px|
Les moines devaient passer par le vestibule pour se rendre à la chapelle ou au chapitre. Ce court passage est éclairé par un vitrail dédicacé à la Vierge Marie. Ce vitrail reprend une représentation reprenant le thème de l'arbre de Jessé mais adapté à l'ordre cartusien. Les rameaux relient la Vierge à des figures de saints de l'ordre des Chartreux : "SANCTVS BASILIUS", saint Basile, docteur de l'Église, au-dessus de la Vierge, "SANCTUS AUGUSTINUS", saint Augustin, "SANCTVS BRVNO", saint Bruno, fondateur de l'ordre, "GOSVINVS EPISCOPVS", Goswinus Comhair, chartreux, puis évêque de Skálholt, en Islande, mort en 1447 à la Grande-Chartreuse, "NICOLAVS CARDINALIS", le bienheureux Niccolò Albergati (1373–), chartreux, cardinal-évêque de Bologne, mort en 1443, "SANCTVS GVIGOSIM", Guigues, prieur de la Grande-Chartreuse, "STEPHANVS", saint Étienne, Étienne de Châtillon, chartreux, évêque de Die, mort en 1213, "GVILLELMVS", peut-être le vénérable Guillaume van Absel, de Bréda, mort en 1471. "SANCTVS BENEDICTVS", saint Benoît, fondateur de l'ordre bénédictin. Dans le vestibule se trouvait la tabula sur laquelle était inscrit le programme hebdomadaire et les obligations de chaque moine.
Le chapitre adopte le plan d'une petite chapelle isolée du cloître, ce qui différentie cette salle de la salle capitulaire des abbayes bénédictines ou cisterciennes. L'abside du chapitre est à trois pans, chacun comprend une fenêtre éclairée par un vitrail. Le vitrail central représente deux chartreux portant les armoiries des donateurs et, au-dessus, les anges et les bergers de Bethléem chantant dans la nuit de Noël le Gloria in Excelsis Deo. De part et d'autre, les vitraux représentent les donateurs avec leurs saints patrons, Vésian Valette, à gauche, avec saint Georges, et à droite, Catherine Garnier avec sainte Catherine. Le chapitre est le lieu de réunion des moines où se prennent les décisions concernant le monastère, où sont dites certaines messes et le rituel du lavement des pieds.
Petit cloître thumb|left|240px|Baie du petit cloître Le petit cloître est le plus décoré des deux cloîtres. Centre géographique du monastère, c'est aussi un lieu spirituel, intimiste. Les pères pouvaient y parler entre eux de ce qui est utile selon l'expression de saint Bruno, c'est-à-dire de Dieu. Ses dimensions sont réduites : par en plan et d'une hauteur de sous clés. Il donne accès à plusieurs salles :