La Bentley ou Bentley est une automobile sportive de luxe de la seconde moitié des années 1920, développée par le constructeur automobile britannique Bentley. Remplaçante de la Bentley 3 Litre, elle est particulièrement réputée au Royaume-Uni en tant que modèle emblématique des automobiles de course britanniques d’avant-guerre, et populaire pour cette phrase prononcée lors de sa conception par le fondateur de Bentley, Walter Owen Bentley : . Par cette expression idiomatique, W.O. Bentley marque sa volonté de produire une automobile de course bien plus puissante via une augmentation importante de sa cylindrée.

À l’époque de la , les grands constructeurs automobiles tels que Bugatti ou Lorraine-Dietrich s’affrontent aux 24 Heures du Mans, une course d’endurance créée quelques années plus tôt, où sont alignées des sportives toujours plus performantes et plus rapides ; une victoire en compétition permet en effet de rapidement se construire une réputation.

La est produite à 720 exemplaires entre 1927 et 1931, dont 55 modèles disposant d’un moteur suralimenté – une version popularisée sous le nom de Bentley Blower. Certains de ces exemplaires remportent quelques épreuves, dont les 24 Heures du Mans. Si son palmarès sportif n’est pas particulièrement exceptionnel, la Bentley bat néanmoins de nombreux records de vitesse absolue, dont le plus célèbre est remporté en 1932 sur le circuit de Brooklands avec une vitesse de .

Contexte et développement Bentley aux 24 Heures du Mans vignette|gauche|1929 4½ Litre portant la carrosserie d'origine quatre places de Thrupp & Maberly. vignette|gauche|Peu de Bentley de l'entre-deux-guerres ont survécu avec leur carrosserie d'origine intacte.

Les 24 Heures du Mans, course d’endurance se déroulant sur 24 heures sur le circuit de la Sarthe et dont la première édition s’est tenue les 26 et , séduit déjà de nombreux pilotes, essentiellement français, « La création des 24 Heures du Mans », . Ce sont pourtant deux pilotes étrangers, le Britannique Frank Clement et le Canadien John Duff, qui remportent l’édition de 1924 au volant de la voiture personnelle de Duff, une Bentley 3 Litre, premier modèle produit par Bentley, constructeur britannique fondé par Walter Owen Bentley en 1919.

, et fort de ce récent succès, les luxueuses automobiles Bentley attirent l’attention. Après deux années sans succès pour Bentley, se constitue un groupe d’hommes britanniques fortunés, , passionnés par les modèles de course de la marque et décidés à faire renouer Bentley avec le succès. À la fois pilotes et mécaniciens, ces hommes que l’on surnommera plus tard les vont, entre 1927 et 1931, conduire les automobiles Bentley à la victoire dans de nombreuses courses – notamment aux 24 Heures du Mans où ils remporteront quatre victoires successives – et forger la réputation de la marque.

C’est dans ce contexte qu’est développée en 1927 la Bentley , une évolution de la , essentiellement par la diminution de la cylindrée à par retrait de deux cylindres. Néanmoins, à cette même date cohabitent déjà la 3 Litre ainsi que la pour les catégories de plus hautes performances ; pourquoi avoir alors investi dans la conception d’une nouvelle automobile ? La réponse serait que la 3 Litre, vieillissante et sous-motorisée, doit être remplacée tandis que la , , souffre d’une image écornée par des problèmes de pneumatiques .

Tim Birkin et la Bentley Blower vignette|droite|Une Bentley Blower de la collection automobile de Ralph Lauren.|alt=Vue 3/4 avant d'une Bentley Blower de la collection de Ralph Lauren.

Sir Henry « Tim » Birkin, qualifié de par W.O. Bentley, est un des Bentley Boys. Et refusant de s’en tenir à l’idée que se fait Bentley des automobiles de course, selon laquelle l’augmentation de la cylindrée est préférable à la suralimentation pour accroître la puissance de ses modèles (Littéralement : « Rien ne vaut la cylindrée ».), Tim Birkin, aidé par d’anciens mécaniciens de Bentley, décide de produire une série de cinq modèles tous destinés à la compétition aux 24 Heures du Mans ; l’idée lui est venue des Mercedes-Benz qui disposent depuis quelques années déjà de compresseurs.

Ainsi est née la Bentley Blower, officiellement présentée au de Londres 1929 , dont 55 exemplaires seront finalement produits par Tim Birkin et son équipe (dont fait partie Clive Gallop, ingénieur du département compétition de Bentley) dans un atelier de Welwyn Garden City afin de satisfaire au règlement des 24 Heures du MansEn 1930, le règlement des 24 Heures du Mans impose qu’au moins 50 exemplaires d’une automobile soient produits pour l’aligner sur la ligne de départ. ; en effet, malgré ses réticences, voire son aversion pour les Blower, W.O. Bentley ne peut s’opposer au projet de Birkin, ce dernier ayant obtenu le soutien de Woolf Barnato, le « chef » des Bentley Boys, dont la fortune a permis d’éviter le dépôt de bilan à Bentley en , et plus tard en 1930, celui, surtout financier, de Dorothy Paget, une riche amatrice de sport hippique. Cette dernière constitue d’ailleurs une équipe, dénommée « Hon. Miss Dorothy Paget », pour permettre aux Blower de participer aux 24 Heures du Mans 1930.

Technique Bentley 4½ Litre vignette|gauche|Tableau de bord d’une Bentley Blower sur lequel est visible la zone rouge à .|alt=Photographie du Tableau de bord d’une Bentley Blower.

Si les Bentley sont des automobiles lourdes () et de dimensions généreuses avec de longueur et d’empattement, elles sont bien équilibrées et jouissent d’une direction rapide et précise. La boîte de vitesses est dotée de quatre rapports non synchronisés, « Bentley 4½ Litre », .

La robustesse du châssis en treillis réalisé en acier et renforcé par des traverses des est une qualité très appréciée à cette époque, et il faut bien cela pour supporter le lourd moteur à 4 cylindres en ligne réalisé entièrement en fonte.

Associé à deux doubles carburateurs et un double allumage par magnétos Bosch, ce moteur, d’une cylindrée de , est pour l’époque. La course importante lui confère par ailleurs un couple élevé pour une puissance de pour la version de tourisme et pour la version de course, et explique que le régime moteur est limité à . La distribution est quant à elle constituée d’un simple arbre à cames en tête actionnant cependant quatre soupapes par cylindre – technique de pointe pour l’époque puisque la plupart des automobiles n’en utilisent que deux – inclinées de 30°, « Bentley 4.5 Litre », .

Automobile de course avant tout, et dans le but de minimiser le temps d'immobilisation lors des arrêts ravitaillement, la Bentley est dotée d’un bouchon de remplissage du radiateur qui ne se dévisse pas mais se retire aisément d’un coup de levier ; le même système est également utilisé pour les bouchons des réservoirs d’huile et d’essence.

Les 4½ Litre sont par ailleurs pourvues d’une capote en toile solide tendue sur une structure en bois dénommée Weymann, du nom de son concepteur ; cette structure est bien évidemment très légère mais doit tout de même être résistante au vent, le règlement des 24 Heures du Mans entre 1924 et 1928 imposant de parcourir un certain nombre de tours capote fermée. Le volant, d’environ de diamètre, est quant à lui tressé d’une solide corde bien serrée pour une tenue manuelle optimale.

En revanche, Bentley n’apporte aucune innovation au freinage assuré par de classiques et imposants freins à tambour à commande mécanique de 17 pouces – striés pour en améliorer le refroidissement – ni à la suspension par ressorts à lames semi-elliptiques des essieux, rigides à l’avant comme à l’arrière.

Bentley Blower vignette|droite|Le compresseur des Bentley Blower est placé devant la grille de radiateur.|alt=Photographie du compresseur des Bentley Blower, placé devant la grille de radiateur.

Les différences majeures entre la Bentley 4½ Litre et la Blower résident bien évidemment dans le moteur. Celui de la Blower est en effet suralimenté par un compresseur mécanique conçu par l’ingénieur Charles Amherst Villiers. W.O. Bentley étant hostile à la suralimentation, considérant que La citation originale est : ., il refuse que le moteur soit modifié pour y intégrer le compresseur ; ce dernier est donc placé en bout de vilebrequin, devant le radiateur, ce qui confère aux Bentley Blower un profil unique et aisément reconnaissable mais accentue leur comportement sous-vireur.

Une grille de protection permet de protéger les carburateurs, désormais placés à côté du compresseur, et les optiques de phares exposés aux chocs ; une protection similaire est utilisée (sur la comme sur la Blower) pour le réservoir d’essence, placé à l’arrière, depuis qu’une pierre volante a percé le réservoir de la 3 Litre de Frank Clement et John Duff, engagée aux 24 Heures du Mans 1923, les privant probablement de la victoire.

Villiers ayant opté pour un compresseur de type Roots – en anglais, d’où le nom de la Bentley –, des poids d’équilibrage sur le vilebrequin, un autre modèle de pistons ainsi qu’une lubrification à carter sec ont néanmoins dû être adaptés au moteur. Ainsi suralimentées, les Bentley Blower, développant () à pour la version de tourisme et () à pour la version de course, sont finalement plus puissantes que les Bentley 6½ Litre qui disposent pourtant de deux cylindres supplémentaires .

Résultats sportifs vignette|droite|redresse=0.9|Une Bentley 4½ Litre « » de 1927 lors du 2017. vignette|droite|redresse=0.9|Une 4½ Litre au Gaisbergrennen 2009 dans sa livrée nationale, le .|alt=Une 4½ Litre vert anglais dans un virage du parcours du Gaisbergrennen 2009. vignette|droite|redresse=0.9|La Blower rouge « Monoposto » de Henry « Tim » Birkin.|alt=La Blower rouge « Monoposto » exposé lors d'un concours d'élégance.

Entre 1927 et 1931, plusieurs Bentley sont engagées en compétition, principalement aux 24 Heures du Mans. Le tout premier engagement a lieu à l’épreuve des 24 Heures du Mans de 1927 ; la Bentley, surnommée , est en fait un prototype destiné à juger du potentiel de l’automobile avant le lancement d’une éventuelle production en série. Désignée favorite, elle ne termine cependant pas la course en raison d’un accident ; elle prouve néanmoins suffisamment sa valeur auprès de Bentley pour le décider de lancer la production et livrer la même année les premiers modèles.

Loin d’être la plus puissante dans les épreuves mancelles, la de Woolf Barnato et Bernard Rubin s’impose tout de même en 1928, devant une Stutz DV16 Blackhawk longtemps au coude à coude, établissant un nouveau record de vitesse moyenne à ; celle de Tim Birkin et du français Jean Chassagne finit quant à elle . L’année suivante, trois finissent , et une autre Bentley, la Speed Six, forte de deux cylindres de plus.

Si les Bentley à moteur atmosphérique jouissaient d’une bonne fiabilité, ce n’est pas le cas des versions suralimentées ; les deux Blower engagées aux 24 Heures du Mans 1930 par « Hon. Miss Dorothy Paget », dont l’une est copilotée par Tim Birkin, seront en effet contraintes à l’abandon. En 1930, Birkin termine tout de même au Grand Prix de France sur le circuit de Pau derrière une Bugatti Type 35. C’est à cette occasion qu’Ettore Bugatti, un peu vexé de la performance de Bentley, déclare que la est le , la Type 35 étant bien plus légère et consommant beaucoup moins ; la consommation d’une Blower peut en effet atteindre les quatre litres à la minute à pleine charge.