Le comté de Blois est une ancienne principauté féodale du centre de la France, créée à partir du pagus de Blois qui était une entité administrative gallo-romaine puis franque. Ses comtes furent parmi les plus puissants du royaume entre les , après être parvenus à encercler le domaine royal des Capétiens en dominant également la Champagne.

De sa création jusqu’en 1547, le comté a été dirigé sans discontinuer par des comtes, accumulant parfois plusieurs titres plus ou moins importants, ou parfois déléguant leur travail à des vicomtes. Le comté exista jusqu’à son rattachement définitif au domaine royal en 1660, à la mort du duc Gaston d’Orléans, dernier comte de Blois en titre. Histoire

Antiquité Des fouilles archéologiques conduites par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) ont montré que ViennaVienna : Blois-Vienne. était occupée par des chasseurs-cueilleurs dès avant notre ère (il y a donc .), puis par des Gaulois (plus précisément par des membres du peuple des Carnutes) dès le avant notre ère.. D'autres villages semblaient alors déjà exister avant même l'arrivée des Romains, comme CamborituCamboritu a donné Chambord mais aussi Chambon-sur-Cisse. (« gué du méandre »Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éditions Errance (2003), (2008, revue et augmentée)).

L'invasion des Romains vers -52 avant J.-C. signifie le début de l'administration et des enregistrements écrits, bien que rares, en opposition avec la tradition orale des Gaulois.

Du , le pagus blesensi (litt. « pays blésois ») était ainsi une subdivision administrative de la civitasCivitas : cité (en tant que subdivision) ou région. des Carnutes qui dépendait de loppidumOppidum : ville ou chef-lieu. d’AutricumAutricum : actuelle Chartres.., au sein de la province de la Gallia Lugdunensis IVGallia Lugdunensis IV : Quatrième Gaule lyonnaise., et qui était administrée par un consul de l’Empire romain. À cette époque, le pagus se résume aux alentours de BlesisBlesis : appellation romaine non confirmée de Blois., alors cerné par de nombreux obstacles naturels : la forêt des Blémars à l'ouest, la Sylva longaSylva Longa : forêt de Boulogne. à l'est, et la SecalauniaSecalaunia : Sologne. au sud, sans oublier le LigerLe Liger : la Loire. qui le traverse. Blesis était ainsi une petite bourgade en développement autour d’une forteresse qu’ont bâtie les Romains, le Castrum Blesense, au sommet de l'éperon de l'actuel château. La ville, reliée au pays carnute par la plaine de la BelsaBelsa : Beauce. par la Via Iulius CaesarisVia Iulius Caesaris : voie de Jules César. (entre Autricum et Blesis), se situe alors au carrefour de la Via Turonensis longeant le Liger (reliant LutèceLutèce : actuelle Paris. à BurdigalaBurdigala : actuelle Bordeaux.), de la Via Festi (entre Blesis et AvaricumAvaricum : actuelle Bourges.), et de la à travers la Secalaunia (entre Blesis et MalliagenseMalliagense : actuelle Luynes.). Ironiquement, une communauté n'adhérant pas à l'Empire se constitue au niveau de Blesis, sur la rive droite du Liger, à Vienna.

À Bleso, deux temples romains auraient siégé dans la ville : un dédié à Jupiter à l'emplacement de l'abbaye de Bourg-Moyen, et un second dédié à Mercure près de l'actuel lycée Robert-Badinter.

En l’an 410, le chef breton Ivomadus aurait conquis les pagi de Blois et de Chartres en battant le consul en place, un certain Odo, probablement d’origine germanique. Il aurait ensuite instauré un "Etat" indépendant, le royaume de Blois, au sein même de l’Empire, sous un Flavius Honorius déjà affaibli par les raids barbares à répétitions. Cette entité mal connue des historiens sembla rester indépendante près d’un siècle, en résistant à l’invasion du royaume wisigoth de Toulouse, mais fut finalement conquise par le roi franc Clovis, entre 481 et 491, ou en 497..

Un premier comté franc Les Francs ont ensuite établi un premier comté du nom de Comitatui blesensi, dont la capitale se tenait déjà à Blois, sur la rive droite de la Loire. Les comtes de cette époque ne sont pas connus, et la plus ancienne trace écrite relative aux Blésois remonte à 584 par Grégoire de Tours.

À la mort du roi Clotaire , le comté est politiquement rattaché au royaume d’Orléans et transmis à son fils aîné Gontran.. En 584, une guerre civile aurait donc éclaté dans le Chartrain, les Blésois s’étant joints aux Orléanais contre les Dunois alliés aux Carnutes. rattachés quant à eux au royaume de Paris.

En 592, les contrées voisines sont transférées à son frère Caribert , sacré roi de Paris (dont le territoire inclut toujours Chartres et Tours).

Sur le plan religieux, le diocèse de Blois dépend toujours de l’évêché de Chartres. Cette décision aurait été prise par les premiers rois francs afin de tenir le clergé de Chartres éloigné de la politique et de la gestion du domaine.

Durant cette période, Blois est régie par l’un des 7 maires du palais du royaume dont la mission fut de sélectionner un noble franc pour l’élever comte.. Le nom du comte choisi ne nous est pas parvenu.

Ce comté semble cependant avoir été administré directement par les comtes d’Orléans, dont le plus ancien connu, Adrien († avant 821), serait issu de la famille de Vintzgau. Sa famille est proche des Carolingiens depuis que Charlemagne a épousé en 771 Hildegarde (de Vintzgau) Généalogie d'Hildegarde sur le site Medieval Lands., sœur d’Adrien et fille du comte Gérold de Vintzgau (v. 730 – †784), qui se serait installé quelque part entre Blois et Chartres.

Le titre de comte de Blois aurait été officiellement créé en 832 par le roi et empereur Louis , dit le Pieux, en faveur du fils d’Adrien, Guillaume, dit le Connétable, alors placé en tant que vassal du comte d’OrléansRené Merlet Les Comtes de Chartres, pag 14.

Lors des luttes de pouvoir entre les fils de l’empereur Louis Ier, Guillaume, dit le Connétable, prend le parti de Pépin d’Aquitaine, contre son demi-frère Charles II le Chauve, et y perd la vie..

Waldrade, sa sœur et dernier enfant du comte Adrien, récupère par héritage les comtés ayant appartenu à ses frères Eudes et Guillaume et en aurait transmis le contrôle à son époux Robert III de Hesbaye (pas de témoignage historique pour l'assurer).

Waldrade transmet les droits du comté de Blois mais aussi des comtés d’Orléans, d’Anjou, d’Auxerre et de Nevers, à son supposé fils, Robert le Fort..

Pour assurer une meilleure défense des frontières du royaume à l'ouest, Robert, alors comte de Blois, fut nommé marquis en 861, mais conserva ses droits sur le Blésois. Mort au combat en 866, ce dernier légua ses titres à son ancien ennemi, Hugues l’Abbé, qui se chargea de l'éducation des deux fils de Robert. Le cadet Robert succéda à son frère aîné Eudes (roi de 888 à 898) dans les mêmes charges : marquis de Neustrie, comte de Paris et de Blois avant d'être élu à son tour roi des Francs (922-923)

Mais la Neustrie fut menacée depuis le milieu du IXe siècle par les Vikings. Elle fut pillée et incendiée à plusieurs reprises par le chef viking Hasting: en 845, en 851., en 854, et entre 856 et 857... Il revint en 882 en Blésois et dans le Chartrain et serait devenu un fidèle du roi Louis III (879-882) . Un nouveau comté est né au nord de Blois : celui de Chartres.

Les raids vikings/normands provoquent également les déplacements, véritables fuites, de religieux qui cherchent à protéger les reliques sacrées qui leur ont été confiées. C'est ainsi que Blois devient l'asile des reliques de Saint-Calais et de Saint-Lomer, recueillies au sein de la chapelle Saint-Calais du château et de l'abbaye Saint-Laumer.

Apparition des vicomtes

Avant l’an 900, Robert , comte de Blois, délègue l'administration du Blésois à des vicomtes. Le premier vicomte connu est Garnegaud (dès 886 et avant 920) qui ne laissera pas d'héritier. À la mort de Robert en 923, son fils Hugues le Grand lui succède dans ses honneurs. Le nouveau vicomte de Blois est Thibaud l'Ancien, déjà vicomte à Tours pour les Robertiens. En 940 au plus tôt, Thibaud , dit le TricheurJean-Louis Chalmel (cité dans ). succède à son père Thibaud l’Ancien. Hugues le Grand, devenu entretemps marquis de Neustrie, a élevé Thibaud au rang de comte, cet honneur inclut Blois, Chartres et Châteaudun.

Le comté thibaldien

thumb|right|Le comté de Blois vers l’an 1050 (en brun).

Les guerres féodales contre les comtés voisins Au même titre que son père, Thibaud Ier le Tricheur était politiquement proche des Robertiens et par conséquent, d’Hugues le Grand. Son alliance et sa fidélité restèrent solides avec les Robertiens jusqu’à la mort du duc des Francs en 956. L’héritier désigné d’Hugues le Grand était son fils, Hugues Capet, mais Thibaud s'est montré de plus en plus indépendant,Hugues n’avait que , notamment lors de la guerre entre le thibaldien et le normand Richard Ier entre 959 et 963. Ainsi, Thibaud proclama son indépendance vis-à-vis de son jeune suzerain en s’intitulant « comte de Blois et de Tours », gagnant ainsi son épithète..

thumb|right|Alliés du comté de Blois à la mort du thibaldien Étienne d’Angleterre en 1154 (en bleu).

En 958, lors d’une rencontre avec son beau-frère Foulques II d’Anjou, son nouvel allié depuis la mort d' Alain II Barbetorte duc de Bretagne, les deux hommes vont jusqu’à se présenter comme « gouverneurs et administrateurs du royaume de Neustrie » et « comtes par la grâce de Dieu », et non par celle d’un quelconque suzerain.

À partir de 960, Thibaud Ier s’associe de façon plus forte au carolingien Lothaire, et affirme son influence en étendant son territoire jusqu’à Bourges, Chartres et Tours. Toutefois, il ne rompt pas avec Hugues et continue à fréquenter les deux cours, ducale et royale. Après sa mort, son fils Eudes formalise la délégation de certaines taches en nommant son troisième fils, Robert, vicomte.

Les hostilités (qui mèneront plus tard à la guerre de Cent Ans) commencent dès la fin du , par des conflits entre les petits-fils des alliés d'autrefois et la montée des rivalités entre les maisons de Blois et d'Anjou. Dès 981, les comtes Eudes et Geoffroy Grisegonelle se livrent bataille à Conquereuil pour déterminer qui de Conan , soutenu par le blésois, ou Hoël , allié d'Anjou, obtiendrait le duché de Bretagne. Hoël finit assassinéChronique de Nantes Chapitre XLI & Chronique du Mont-Saint-Michel: Anno DCCCCLXXXI Conanus curvus contra Andagavenses in Concurru optime pugnavit mais Foulques III d'Anjou parvient à tuer Conan lors de la seconde bataille de Conquereuil, en 992Chronique de Raoul Glaber, chapitre III de Conan duc des Bretons et de Foulques comte des Angevins.. Eudes II perd la bataille de Pontlevoy en 1016 contre Foulques III, après quoi il préféra poursuivre les conquêtes de Thibaud Ier le Tricheur à l'est en ajoutant au domaine familial le comté de Meaux en 1019, puis celui de Troyes en 1023. Eudes II perd également son contrôle sur Saumur en 1026, ce qui le mène à reloger son vassal Gelduin à Chaumont que ce dernier fortifie aussitôt. Cependant, Blois perd rapidement sa vassalité sur Chaumont, au profit de la maison d’Amboise, la petite-nièce de Gelduin s'étant mariée à Sulpice . À la mort d'Eudes II en 1037, les domaines bléso-champenois qu’il administrait furent divisés quelque temps, jusqu’à leur réunion en 1063 par son fils : le comte Thibaud III.

Comme son ancêtre, Thibaud III refusera de porter allégeance au roi Henri , ce qui lui coûtera la perte définitive du comté de Tours en 1044 après la bataille de Nouy contre Geoffroy II d'Anjou, soutenu par le roi. Les comtes firent construire plusieurs forteresses, comme à Bury-en-Blésois, mais celle-ci fut détruite en 1145 lors de l'attaque de Sulpice II d'Amboise, qui venait d'ailleurs de s'émanciper du comte d'Anjou.

C'est également au que les comtes mandatèrent les moines de l’abbaye de Marmoutier pour défricher la forêt des Blémars, alors considéré comme un obstacle difficilement franchissable pour relier le Blésois et la Gâtine tourangelle.

L'ensemble bléso-champenois