Benedetta Carlini est une religieuse catholique italienne du , née en 1590 à Vellano, une frazione de la commune de Pescia (dans l'actuelle province de Pistoia, en Toscane, alors dans le grand-duché de Toscane), commune où elle est morte en 1661.
Mystique vivant pendant la période de la Contre-Réforme en Italie, elle est considérée comme un personnage important dans l'histoire de la spiritualité féminine.
Biographie Elle est la fille unique d'un couple de riches villageois, née sur les hauteurs de Pescia. Son père Giuliano prie Dieu pour qu'il accorde la vie sauve à sa femme, Midea, et son enfant lors de la naissance. L'accouchement s'étant finalement bien passé, il y voit un miracle et décide donc d'appeler sa fille Benedetta (« Bénie ») et de l'offrir à Dieu. L'enfant est ainsi préparée à une vie monastique dès sa naissance.
Enfance Peu après sa naissance, le couple s'installe dans une de ses propriétés, une ferme à l'entrée du village de Vellano. Préoccupé par la santé future de sa fille, Giuliano insiste auprès de Midea pour qu'elle ne prenne pas de nourrice et qu'elle soit élevée auprès des siens. Lettré et cultivé, c'est aussi Giuliano qui entreprend d'éduquer la jeune fille avant son entrée au couvent des Théatines, bien que ce ne soit pas commun dans l'éducation des jeunes filles de l'époque. Giuliano étant dévot, l'éducation de Benedetta est avant tout religieuse. Elle apprend très tôt des litanies et oraisons qu'elle se doit de réciter à son père. Vers l'âge de six ans, elle apprend à lire, notamment ce qui a trait aux fondements de la doctrine chrétienne. Elle aurait également appris le latin. De son côté, Midea l'éduque aux prières quotidiennes. Acquise à sainte Catherine de Sienne, Midea propose à Benedetta de se tourner vers des qui pourraient lui assurer une protection plus forte que celle d'une mère.
Premières expériences mystiques Persuadé que le Diable en voulait à leur fille après l'attaque d'un chien noir, le couple redouble de vigilance à son égard. Par la suite, un miracle se serait produit dans la vie de Benedetta. Un rossignol interrompt de son chant une prière de la jeune fille. Benedetta lui ordonne de s'arrêter et de ne reprendre que lorsqu'elle aurait terminé, ce qui se produit, selon les témoignages de l'époque. Elle et ses parents en concluent que Dieu a envoyé un ange pour la placer sous sa protection. Toujours selon les témoignages, pendant deux années consécutives l'oiseau la suivait n'importe où, et on l'entendait lorsque Benedetta sortait.
Départ au couvent Âgée de neuf ans, Benedetta est conduite par son père à Pescia au monastère des Théatines. Récemment installé dans la ville, ce couvent ne bénéficie pas d'une aura importante et n'est pas clôturé. L'institution propose d'accueillir les jeunes filles pour une dot plus faible que les autres couvents de la région. C'est sans doute cet aspect qui a dû intéresser les parents de Benedetta, qui étaient de fortune médiocre et ne pouvaient se permettre de faire entrer leur fille dans les couvents déjà plus installés.
Lors de son départ, sa mère lui aurait dit . Sur le chemin, le rossignol serait apparu une dernière fois et Benedetta lui aurait fait ses adieux.
Vie au couvent des Théatines Benedetta fait son entrée chez les Théatines de la même manière que la plupart des jeunes filles de son âge. Elle ne se fait pas particulièrement remarquer, étant respectueuse de la pratique religieuse et de l'ensemble des règles établies sur place. La vie au couvent est rythmée par les prières régulières, le tissage de la soie pour la ville de Florence et, plus tard, par la culture des terres du couvent. Mais très vite, la jeune fille remarque de nombreux signes qui attesteraient d'attentions divines à son égard. Priant pour la première fois auprès de la Madone, comme sa mère le lui avait indiqué, la jeune Benedetta remarque un signe d'assentiment de sa part. Plus tard, la même statue se serait légèrement déplacée sur son socle en sa présence. Pensant qu'elle voulait l'embrasser, Benedetta se serait approchée mais la statue serait alors tombée sur l'autel. Effrayée, la jeune fille appelle la mère supérieure qui vient la rassurer. Cet évènement reste plusieurs années dans la mémoire des religieuses du couvent, sans pour autant les inquiéter particulièrement.
Expériences mystiques C'est à partir de l'année 1613, alors qu'elle est âgée de 23 ans, que Benedetta est sujette à de nouvelles expériences mystiques. Elle décide d'en faire part à la mère supérieure. La jeune femme aurait eu une première vision un matin alors qu'elle était en train de prier. Elle raconte qu'elle se retrouva dans un jardin clos et luxuriant, agrémenté d'une fontaine. À côté de cette fontaine se tenait un ange qui portait un écriteau doré indiquant : . Comme elle ne comprend pas le sens caché de ce message, elle demande conseil à l'ange qui lui aurait répondu : . Ces mots provoquent une forte réaction chez Benedetta, avant que la vision ne s'achève. Elle en ressent du bonheur et l'envie profonde de faire le bien autour d'elle.
Plus tard, la même année, elle déclare avoir eu deux autres visions. La première a lieu peu de temps après la précédente. Benedetta se retrouve encerclée par de nombreux animaux sauvages qui souhaitent lui faire du mal. Heureusement, un homme la sauve de ces créatures. Avant de disparaître, il aurait ajouté que les animaux étaient des démons qu'elle aurait à combattre, qu'il fallait qu'elle soit forte, et qu'il viendrait toujours à son secours. Dans la seconde vision, un garçon âgé de neuf ou dix ans l'emmène au pied d'une montagne et lui demande de grimper jusqu'au sommet. La jeune femme peine et retombe toujours. Il lui prend alors la main et la guide jusqu'au bout du chemin. Il aurait ensuite dit : . Benedetta l'interroge sur l'identité de ce guide et le jeune garçon aurait répondu : .
Bien que ces visions n'aient rien de menaçant en soi, Benedetta en ressent une certaine crainte. Elle a peur que le démon prenne une forme agréable pour la séduire. Néanmoins, au fur et à mesure que la vision passait, elle explique qu'elle prenait confiance et se rassurait. Elle décide, comme il lui a été indiqué de le faire sur le mont de la perfection, d'en tenir informés ses supérieurs. La mère supérieure et le père confesseur Paolo Ricordati ne doutent pas de son témoignage, certaines des visions s'étant produites alors qu'elle était en groupe. Ils comprennent ainsi mieux ce qu'ils n'ont vu que de l'extérieur. Néanmoins, ils s'interrogent sur l'origine des visions. Paolo Ricordati dit à Benedetta de ne croire en rien de ce qu'elle voit dans ses visions et de réclamer à Dieu multiples tourments et souffrances physiques pour ne donner aucune possibilité au diable de la faire pécher par orgueil. Benedetta s'exécute et ne souffre d'aucune nouvelle vision pendant deux ans.
En ce qui concerne ces premières visions et les suivantes, l'historienne nord-américaine Judith C. Brown suppose qu'elles sont très probablement inspirées de l'iconographie et des textes liturgiques de l'époque (notamment les manuels d'oraisons). Ces créations avaient une forte influence sur les religieuses et religieux puisqu'elles leur permettaient d'imaginer plus facilement la vie du Christ et les différents événements contés dans les textes bibliques. C'est pour cette raison que lorsque Benedetta voit sainte Catherine de Sienne dans une de ses visions, elle précise dans son témoignage qu'elle l'a vue « telle qu'elle est dépeinte », car c'est l'unique image qu'elle a de ce personnage.
Troubles psychiatriques En 1615, Benedetta semble être en proie à des souffrances qu'elle avait longtemps demandées à Dieu. Paralysée pendant de longues heures, notamment la nuit, les médecins appelés pour tenter de la soigner ne comprennent rien au mal qui semble la ronger de l'intérieur. Ils ne s'attardent guère sur le cas de la religieuse et la laissent seule face à ses souffrances. N'ayant plus de visions mystiques, Benedetta redevient une religieuse ordinaire parmi les autres, mais ses douleurs inexpliquées ne cessent pas.
Judith C. Brown rapproche ces différents symptômes du syndrome freudien de conversion décrit par Breuer et Freud dans les années 1890 : la transformation d'une souffrance psychologique en une souffrance physique. Il semblerait que Benedetta, troublée par ses visions et leur origine, soit confrontée à un conflit intérieur vis-à-vis de la puissance de sa foi, la conversion serait une réponse à ces difficultés. Cela lui permettrait de ne plus réfléchir à ce qui la trouble, de faire taire la contradiction qu'elle a pu découvrir en elle.
Nouvelles visions En 1617, les visions de Benedetta reprennent. Plus ou moins de même nature, Benedetta s'y retrouve poursuivie par des jeunes gens qui veulent la tuer, la frappent avec des chaînes, des épées ou encore des bâtons. Dans d'autres visions, ils tentent de corrompre son âme, de la convaincre de quitter les Théatines, car elle n'arrêterait jamais de souffrir sinon. Un personnage en particulier retient l'attention de Benedetta. Il lui avait proposé de l'épouser et la forçait à passer un anneau à son doigt. Lorsqu'elle refuse en indiquant qu'elle préfère être souffrante que de le suivre, il aurait révélé sa vraie nature et serait rentré dans une rage telle qu'il l'aurait battue violemment. Ces visions arrivaient le soir plusieurs fois par semaine, duraient entre six et huit heures et s'accompagnaient de souffrances physiques inédites, selon les témoignages. Lorsqu'elle raconte ces visions, Benedetta explique qu'elle essayait à chaque fois d'éviter leur regard, qu'elle se signait pour se protéger mais que rien n'y faisait et ils la battaient encore plus violemment. Lorsqu'elle n'en pouvait plus elle décidait d'appeler à l'aide.
Souffrant de plus en plus de ses visions, et les religieuses étant inquiètes qu'il s'agisse de l'œuvre du démon, il est décidé que l'une d'entre elles veillerait quotidiennement sur la jeune femme, en dormant dans sa cellule. Il s'agit de Bartoloméa Crivelli. La mère supérieure, Piera Pagni, et Paolo Ricordati, préoccupés par la santé de la jeune femme, réduisent ses activités obligatoires à une tâche quotidienne. Ayant en leurs murs une servante de Dieu, les responsables du couvent des Théatines considéraient que le lieu bénéficiait également de ses faveurs. Ils avaient tout intérêt à garder en leur sein « une vraie visionnaire » car cela privilégiait le couvent.
À l'occasion d'une procession solennelle vers le nouveau lieu de vie des Théatines, Benedetta vécut une . En marchant dans Pescia, il lui semblait voir les anges de la ville lui rendant hommage en recouvrant son parcours de fleurs, à l'instar de sainte Dorothée, patronne de la ville. À l'arrivée au couvent, Benedetta voit la statue de la Vierge la saluer et lui faire don de deux anges gardiens. Un pour elle et un pour Bartoloméa.
Apparition des stigmates