Un produit phytosanitaire, produit de protection des plantes ou produit phytopharmaceutique (PPP), est une substance ou un mélange de substances de nature chimique ou biologique (d'origine naturelle ou de synthèse) utilisé en agriculture, horticulture ou sylviculture pour protéger les plantes cultivées et les produits agricoles stockés contre les bioagresseurs (ravageurs animaux, agents phytopathogènes, plantes parasites, plantes adventices), ou pour optimiser les cultures en favorisant la croissance des plantes cultivées et en traitant leur environnement (notamment les sols)..
L'usage des produits de protection des plantes permet d'assurer la qualité des produits et de limiter les pertes de rendement, plus importantes en l'absence de traitement. À titre d'exemple, on a estimé dans le cas du blé pour une production mondiale de 564 millions de tonnes (période 2001-2003) la perte due aux bioagresseurs à environ avec les traitements, très variables, pratiqués dans les diverses parties du monde, tandis qu'en l'absence de tout traitement la perte était évaluée à . Ces chiffres représentent, respectivement, 28,2 % et 49,8 % de la production « atteignable », celle-ci étant définie comme le maximum technique spécifique à chaque site de production, en fonction des conditions de croissance abiotiques (climat, latitude, sol), qui est en général bien inférieur au potentiel de rendement de la variété cultivée...
Ces produits font partie de la famille des pesticides.Directive 2009/128/CE du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 instaurant un cadre d’action communautaire pour parvenir à une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable, sur EUR-Lex, dont font également partie les biocidesDirective du Parlement européen et du Conseil n° 98/8/CE du 16 février 1998 concernant la mise sur le marché des produits biocides (JOCE n° L 123 du 24 avril 1998), sur EUR-Lex. En Europe et dans la plupart des pays, ils doivent être homologués, et autorisés pour un ou plusieurs usages (qui peuvent varier selon les époques ou les pays).
Leur usage est en augmentation en France (+ 12 % en 2017), essentiellement dans l’agriculture..
Éléments de définition
La directive 91/414/CEE définit comme produit phytopharmaceutique tout produit destiné à : Protéger les végétaux ou les produits végétaux contre tous les organismes nuisibles ou à prévenir leur action, pour autant que ces substances ou préparations ne soient pas autrement définies ci-après. Exercer une action sur les processus vital des végétaux, pour autant qu'il ne s'agisse pas de substances nutritives (par exemple, les régulateurs de croissance). Assurer la conservation des produits végétaux pour autant que ces substances ou produits ne fassent pas l'objet de dispositions particulières du Conseil ou de la Commission concernant les agents conservateurs. Détruire les végétaux indésirables Détruire les parties de végétaux, freiner ou prévenir une croissance indésirable des végétaux.
Dans le droit français, le décret n° 94-359 du (abrogé par Décret n°2003-768 du - art. 6 (V) JORF ) relatif au contrôle des produits phytopharmaceutiques donne la même définition, mais en prévoyant la possibilité d'avoir dans l'avenir des produits phytopharmaceutiques contenant des OGM. Le texte précis est « Au sens du présent décret, on entend par produit phytopharmaceutique, les substances, les préparations contenant une ou plusieurs substances actives et les produits composés en tout ou partie d'organismes génétiquement modifiés présentés sous la forme dans laquelle ils sont livrés à l'utilisateur, destinés à... ».
Les traces résiduelles présentes sur ou dans les aliments ayant été en contact avec ces produits sont dits « résidus ». Ils doivent faire en Europe l'objet d'un suivi, assuré en France par l'Observatoire des résidus de pesticidesObservatoire des résidus de pesticides, sur observatoire-pesticides.gouv.fr, consulté le 10 novembre 2011..
Liste et catégories de produits phytosanitaires
Les produits phytosanitaires autorisés ou tout simplement utilisés varient en fonction de chaque pays et des usages.
En France, la liste exhaustive des produits autorisés peut être consultée sur le site du Ministère chargé de l'agricultureLe catalogue des effets non intentionnels des produits phytosanitaires, sur e-phy.agriculture.gouv.fr
On parle notamment de :
Le terme « phytosanitaire » exclut les substances nutritives du type engrais ou oligo-éléments sauf quand il s'agit de mélanges d'engrais et de produits phytosanitaires.
Conception d'un pesticide
Formulation, additifs
Toxicité et écotoxicité des produits phytosanitaires
vignette|droite|upright=1.2|Utilisation de l'herbicide Lasso de la firme Monsanto. vignette|droite|upright=1.2|Pulvérisateur autotracté de grande taille, avec rampes amovibles.
Il existe des types très différents de produits phytosanitaires, contenant ou non des minéraux, des métaux, des produits chimiques de synthèse et/ou naturels (microorganismes, macroorganismes, phéromones, substances naturelles).
Les phytosanitaires sont généralement spécifiquement formulés pour tuer des organismes entrant en compétition avec les plantes cultivées ou nuisant à leur croissance ou à leur reproduction (mousses, champignons, bactéries, végétaux concurrents, insectes, rongeurs, acariens, mollusques, vers, nématodes, virus). Ils sont plus ou moins rémanents, écorémanents ou (bio)dégradables ou biodisponibles.
Une catégorie de produits phytosanitaires est réputée moins nocive ou non-nocive pour l'environnement en agissant de manière différente : par compétition, par prédation, par mimétisme, par stimulation des défenses naturelles Tous peuvent être nocifs pour l'environnement ou la santé en cas de mauvaise utilisation, (notamment en ne respectant pas les conditions d'emploi co-définies par le fabricant et les autorités responsables de l'homologation).
Les produits jugés les plus toxiques et/ou écotoxiques sont étiquetés comme tels, conformément à la réglementation qui évolue avec les connaissances scientifiques. L'ANSESANSES est chargée de l'évaluation de la toxicité de ces produits. Le respect de bonnes pratiques agricoles, vétérinaires, phytosanitaires et de transports de produits dangereux permet dans une certaine mesure de limiter les contacts directs des animaux et nécrophages avec ces produits dont la toxicité peut être intrinsèque et directe, ou indirecte et différée liée à des effets indirects (perturbation endocrinienne par exemple) ou à un « effet cocktail » (synergie).
Les carences de l'évaluation des risques pour les abeilles Dans l'Union Européenne, le règlement (CE) no1107/2009 pour la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, indique qu'une substance active, un phytoprotecteur ou un synergiste n’est approuvé que s’il est établi .
Ce règlement de 2009 devait conduire à une amélioration des tests de toxicité à réaliser sur les abeilles, avant la mise sur le marché d'un pesticide. L'EFSA, l'Autorité sanitaire européenne, a constaté en 2012 que les tests en vigueur étaient très insuffisants, les produits phytosanitaires étant mis sur le marché sans avoir été correctement évalués. Cette agence a donc élaboré de nouveaux protocoles complets qui incluent l'évaluation de la toxicité chronique, les effets sur les larves, sur les abeilles sauvages et bourdons et non pas seulement les abeilles à miel, les différentes voies de contamination (eau, poussières…).
Ce document guide a été publié en 2013, mais les États membres ne l'ont jamais adopté (entre 2013 et 2019, il a été inscrit à l’ordre du jour du , ou Scopaff, une trentaine de fois sans jamais être approuvé). , écrit l'éditorialiste du journal Le Monde, le .
Depuis 2013, l’European Crop Protection Association, l’association des fabricants de pesticides, s'oppose fermement à la mise en application de ce document. Les industriels de l’agrochimie ont adressé à l’exécutif européen de nombreuses lettres contre le document guide de l’EFSA. Dans une tribune du , l'eurodéputé Eric Andrieu, président de la commission spéciale du Parlement européen sur la procédure d’autorisation des pesticides par l’Union, écrit : .
Les protocoles d’évaluation des pesticides sur les pollinisateurs se référent toujours à un texte de 2002, totalement obsolète selon les spécialistes. La toxicité chronique, cause importante de la mortalité des pollinisateurs, n'est pas évaluée. , estime Eric Andrieu, .
Selon l'eurodéputé Eric Andrieu et Nicolas Laarman de l’association Pollinis, .
À titre d'exemple les adjuvants sont souvent exclus des études de toxicité et d'écotoxicité, or ils peuvent être toxiques ou renforcer la toxicité de la matière active, comme le N-Méthyl-2-pyrrolidone qui est un solvant massivement utilisé dans la formulation de plusieurs pesticides courants.
Précautions d'emploi Le transport, la préparation et l'application des produits phytosanitaires présentent des risques pour l'utilisateur et l'environnement si certaines règles et précautionsProduit phytosanitaire, les moyens de prévention sur un site affilié à la Direction Générale du Travail (France) du Ministère du Travail, travailler-mieux.gouv.fr ne sont pas respectées. Il faut : prendre connaissance des risques toxicologiques et des conseils de prudence mentionnés sur l'étiquette ; se protéger les mains, le visage, porter un masque à cartouche et non en papier et une combinaison, si recommandé et/ou si l'environnement ou une sensibilité allergique personnelle le justifie, toujours se laver les mains et le visage après utilisation ; éviter de boire, manger ou fumer et rester calme pendant l'application (risque d'ingestion, d'inflammation, ou d'inhalation accrue) ; respecter les dosages, et l'usage pour lequel le produit est homologué ; éviter de mélanger des produits ; éviter de changer les produits d'emballage ; utiliser un pulvérisateur adéquat et bien réglé ; respecter les conditions et les restrictions d'emploi mentionnés sur l'étiquette (ex : ne pas pulvériser quand il y a du vent ou quand l'air est trop sec) ; stopper l'activité, s'éloigner du produit et prendre les conseils d'un médecin en cas de manifestations allergiques, particulièrement respiratoires.
Les produits phytosanitaires peuvent avoir des conséquences dommageables sur le manipulateur et l'Environnement. Une façon de limiter les risques est : de supprimer tout traitement inutile (les traitements de précaution favorisant l'apparition de résistance au produit) ; de raisonner les traitements en fonction des cycles de développement et des niveaux d'infestation des parasites (respect des insectes utiles). Pour cela, on peut bénéficier, quand ils existent des avertissements agricoles ; de prendre en compte les conditions climatiques (perte par dérive en cas de vent ou par diffusion quand l'air est trop sec, perte par lessivage en cas de pluie…) ; de respecter les conseils d'application (période d'application, doses, délai avant récolte…) ; d'éviter de traiter les abords des points d'eau, fossés et zones humides pour éviter la pollution des nappes ; de ne pas traiter durant la floraison (protection des abeilles et autres insectes pollinisateurs, voir Gaucho) ; d'enterrer les semences pré-enrobées ou traitées (limitation des risques d'empoisonnement des oiseaux et animaux sauvages) ; de rapporter les emballages perdus et les fonds de produits vers un site agréé, en veillant à une élimination limitant les risques pour l'environnement (en général il s'agit de l'incinération dans des unités spéciales) pour limiter les décharges sauvages ou une contamination du personnel ou de l'environnement lors du tri des déchets.
Marché mondial