La place Stanislas est une place appartenant à un ensemble urbain classique situé à Nancy, dans la région historique de la Lorraine, en France, qui est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1983. Voulue par le duc de Lorraine Stanislas Leszczyński, elle est construite entre 1751 et 1755 sous la direction de l'architecte Emmanuel Héré. Son nom et sa statue centrale évoluent au gré des bouleversements de l'histoire de France ; elle porte son nom actuel depuis 1831. Le guide Lonely Planet élit la place Stanislas plus belle place du monde...

Appelée familièrement par apocope « place Stan », elle est, malgré ses belles proportions ( sur )Cédric Amey, « Place Stanislas (Place Royale), sur Tout Nancy guide., de dimension modeste relativement aux 12 hectares du record français de la place des Quinconces à Bordeaux ; à Nancy même, la place de la Carrière ou le cours Léopold, notamment, sont plus étendus. Ce ne sont donc pas ses dimensions qui font l'originalité de la place Stanislas mais son aménagement et son rôle dans l'urbanisme de la cité, reliant deux quartiers autrefois indépendantsFrance. L'architecture et les monuments sont plus typiques d'une capitale d'Ancien RégimePlaces Stanislas, de la Carrière et d'Alliance à Nancy - UNESCO World Heritage Centre que d'une simple cité de province. Ainsi la planification urbaine d'une grande cohérence architecturale affirme, lors de sa construction, la persistance du pouvoir du duc de Lorraine, qui bénéficie alors de son indépendance.

La place est élue Monument préféré des Français lors de l'édition 2021 de l'émission Le Monument préféré des Français présentée par Stéphane Bern.

Situation et accès La place est située à la limite nord-est du centre-ville. Bien plus qu'une simple place Royale, elle est au centre d'un plan d'urbanisme regroupant les grandes institutions du duché de l'époque tout en faisant l'union, via la place de la Carrière, entre la Ville-Vieille (médiévale) et la Ville-Neuve (transition - s).

Origine du nom La place porte le nom de Stanislas Leszczynski (1677-1766), roi de Pologne, beau-père de Louis XV, duc de Lorraine et de Bar.

Historique Dans le cadre des manœuvres diplomatiques visant à annexer le duché de Lorraine au royaume de France, Stanislas Leszczyński, ancien roi de Pologne et beau-père de Louis XV, avait reçu le duché en viager en 1737.

Le duc Léopold avait entrepris la reconstruction de la Lorraine, ravagée par les guerres du siècle passé. Il s'était entouré d'architectes et d'artistes comme Germain Boffrand qui formera Emmanuel Héré, la famille Mique, Barthélemy Guibal, Lamour... Stanislas trouve donc une équipe d'artistes de grand talent à son arrivéeCélébrations nationales 2002 - Pose de la première pierre de la Place Royale de Nancy. Important l'art baroque d'Europe centrale, il insuffle une innovation de style en Lorraine qui servira d'inspiration pour des réalisations ailleurs en France.

Cette belle place a été nommée « place entre les Deux Villes », « place devant l'hôpital Saint-Julien », puis en 1755 « place Royale », en 1792 : « place du Peuple », en 1804 : « place Napoléon », en 1814 : « place Royale », en 1831 : « place Stanislas », en 1848 : « place du Peuple » et depuis 1851 « place Stanislas »Émile Badel : Dictionnaire historique des rues de Nancy de 1903 à 1905 - Tome 2.

Le site Au milieu du , une vaste esplanade sépare la Ville-Vieille et la Ville-Neuve construite par Charles III en 1588La Place Stanislas. Si les fortifications de la Ville-Neuve avaient déjà été remplacées par un simple mur d'octroiGenèse de la place Royale et Stanislas de Nancy, la communication restait difficile entre les deux villes. En effet en 1725-1729, le roi de France avait interdit au duc Léopold d'abattre les remparts de la Ville-Vieille et la Porte Royale, ouverte au , formait un véritable goulot d'étranglement. En , l'accès par la porte avait été néanmoins sensiblement amélioré en remplaçant par une chaussée le pont qui franchissait le fossé.

D'un côté de la porte se trouvait la place de la Carrière, espace créé au pour les joutes et tournois. Elle était bordée de maisons sans cohérence architecturale, mais aussi de bâtiments de valeur comme l'hôtel de Beauvau-Craon édifié par Germain Boffrand. De l'autre côté se trouvait une sorte de terrain vague, avec quelques habitations gagnées sur la zone des anciennes fortifications. Avant le règne du duc Léopold, ce lieu servait à l'exposition des condamnés au piloriItinéraire de Paris à Strasbourg , Hippolyte-Jules Demolière 1855.

De chaque côté de la porte s'étendait une courtine reliant les bastions d'Haussonville et de Vaudémont. À l'emplacement de l'actuelle place Vaudémont se trouvait le bastion d'Haussonville et le bastion de Vaudémont était donc celui situé à l'entrée du parc de la Pépinière.

Projets C'est en 1751 que Stanislas convoque à Lunéville Nicolas Durival, lieutenant de police de Nancy, pour lui annoncer son projet de construire une nouvelle place.

Destinée à honorer son gendre, le roi Louis XV de France, elle vise d'une part à habituer les Lorrains à leur futur souverain et d'autre part à s'attirer les faveurs du monarque.

Alors que les places royales sont traditionnellement des lieux à l'écart de la foule, comme l'exemple parisien de la place des Vosges, le projet de Stanislas est de rassembler les services administratifs de la cité, ainsi que des lieux de divertissementhttps://archive.wikiwix.com/cache/19981130000000/http://www.monginot.com., au croisement de deux axes majeursUNESCO:Évaluation des Organisations consultatives 1983 . Au front nord de la Ville-Neuve, deux rues parfaitement alignées suivant un axe est-ouest conduisent à la place. À l'extrémité de chacune d'elles, deux portes sont construites : la porte Saint-Stanislas et la porte Sainte-CatherineŒuvres choisies de Stanisłas 1825. L'axe nord-sud s'étend du Palais ducal au nouvel hôtel de ville à travers l'arc de triomphe.

Lors de la guerre de Succession d'Autriche, les environs de Nancy furent militairement menacés en 1743 et 1744. Le projet d'ouvrir un passage à hauteur de la Porte de France se heurta donc aux oppositions du maréchal de Belle-Isle, responsable militaire des Trois-Évêchés, et de Marc Pierre de Voyer de Paulmy d'Argenson, secrétaire d'État à la Guerre, qui souhaitaient que Nancy reste une ville fortifiée.

Face à ces difficultés, Stanislas envisage de changer de lieu et de restructurer la place du Marché dans la Ville-Neuve, en détruisant notamment l'hôtel de ville qui se situe alors face à l'église Saint-Sébastien. Ce sont cette fois les commerçants du quartier qui rejettent le projet.

Il arrive finalement à un compromis pour le site qui jouxte la Porte de France, en s'engageant à conserver intacts une grande partie des fortifications et le fossé. La nécessité de les masquer influencera l'architecture de la place. Stanislas prend cependant l'initiative de faire détruire une grande partie du bastion d'Haussonville, bien que le projet initial prévoie de le conserver.

Stanislas éprouve des difficultés à concéder les terrains aux bourgeois de ce qui n'est encore qu'une modeste bourgade de et il doit intégralement financer les façades des édificesL'aménagement de l'ensemble architectural Place Royale-Porte Neuve-Place de la Carrière. Il engage ainsi de nombreuses dépenses : pour l'hôtel de ville, pour le collège de médecine, pour la statue centrale, pour les basses-faces, pour l'hôtel des fermes et pour l'arc de triompheŒuvres choisies de Stanisłas 1825.

Le chantier Dans un premier temps le projet est confié à Jean-Nicolas Jennesson, mais son style étant jugé trop classique, il est remplacé par Héré.

Le , François Maximilien Ossolinski pose officiellement la première pierre du premier édifice, le pavillon Jacquet. Le chantier qui nécessite la présence de 400 ouvriers simultanément ne dure que trois ans et demi.

La place est recouverte de pavés de couleur rouge avec des lignes de pavés noirs autour de la statue, le long des trottoirs et en diagonaleGenèse de la place Stanislas de Nancy.vignette|center|Pendant les travaux.

C'est le qu'a lieu l'inauguration solennelle de la place. Stanislas veut frapper les esprits par le faste des célébrations. Le , il quitte Lunéville et s'installe au château de la Malgrange. Le il assiste à une messe à la Primatiale en présence des corps constitués. Nancy est envahi par une foule de Lorrains et d'étrangers venus assister à l'événementInauguration en 1755 de la place Royale de Nancy.

Le matin du 26, Stanislas assiste à une messe à Bonsecours. Vers midi, il entre à Nancy, en cortège de sept carrosses accompagnés de pages à chevalPascal Ambrosi, « À Nancy, la place Stanislas égrène les riches heures de la cour de Lorraine », dans Les Échos, 19714, 24 juillet 2006., par la porte Saint-Nicolas ; les honneurs lui sont rendus par les régiments de garde et des tirs d'artillerie. Le lieutenant de police Thibault de Montbois accueille le duc Stanislas et Chaumont de La Galaizière sur la place. Ils se rendent au balcon de l'hôtel de ville où ils assistent à la cérémonie pendant laquelle Guibal et Cyfflé dévoilent au public la statue royale. Alors qu'ils quittent le balcon, un morceau de plâtre se détache d'une corniche. Craignant un attentat, la garde donne l'alerte. S'ensuit un moment de panique vite maîtrisé. Vers 15 heures, ils assistent au théâtre à une représentation donnée par la troupe de Lunéville d'une pièce de Charles Palissot de Montenoy, Le Cercle ou les Originaux. Cette farce, qui tourne en dérision Jean-Jacques Rousseau, fera scandale dans les cercles philosophiques. Après la pièce, un bal est donné dans la grande salle de l'hôtel de ville. Une fois la nuit tombée, des tonneaux de vin sont disposés devant les fontaines de la place à disposition du peuple qui vient gaiement y boire. Pendant ce temps, rue Saint-Dizier, deux cents opposants manifestent devant un buste du duc Léopold. Le feu d'artifice qui devait clore la fête sera reporté à cause de la pluie. centré|vignette|Gravure au burin représentant la place royale de Nancy par Dominique Collin. L'état de la place à la fin des travaux nous est connue grâce aux nombreuses gravures réalisées par Dominique Collin, graveur ordinaire du roi Stanislas. Il propose plusieurs vues de la place, mais aussi des monuments et de leurs détails, comme la statue de Louis XV, les pavillons ou encore les grilles de Jean Lamour. Les vues ayant été réalisées avec plusieurs années d'intervalle, il est possible de suivre l'évolution du lieu au XVIIIe siècle.

Modifications ultérieures En 1759, Stanislas fait don de la place Royale, ainsi que de la place de la Carrière et de la Pépinière, à la municipalité de NancyHistoire de Nancy capitale du duché de Lorraine.

Le , sur proposition du maire Adrien Duquesnoy, elle est renommée place du Peuple. En , le même Duquesnoy fait descendre la statue de Louis XV, qui sera conduite à Metz en pour y être fondue et utilisée à des fins militaires. La place devient ensuite place Napoléon sous l'Empire, puis est renommée place Royale le à la Restauration.

Dès la fin du , les pavés sont tellement dégradés qu'ils doivent être entièrement retirésLa longue histoire de la statue de Stanislas à Nancy. Au , une chaussée pavée fera le tour de la place, le centre restant en terre battue.

Le , un régiment de cosaques entre dans la ville et bivouaque sur la place sans occasionner de dégâts.

En 1831, une nouvelle statue de Stanislas est inaugurée et la place prend son nom définitif de place Stanislas.