La Bentley ou Bentley est une automobile sportive de luxe de la seconde moitié des années 1920, développée par le constructeur automobile britannique Bentley. Destinée à concourir en compétition, elle doit d’une certaine manière assurer la relève de la Bentley 3 Litre, la première automobile du constructeur, dont le palmarès sportif compte, en 1926, une victoire aux 24 Heures du Mans. Créée en 1923 et se déroulant sur le circuit de la Sarthe, cette course d’endurance de 24 heures séduit rapidement de nombreux pilotes et écuries, dont Bentley, qui y engage officiellement plusieurs automobiles dès 1925.

Cependant, la concurrence se fait de plus en plus vive, les performances et les vitesses de pointe des automobiles de course ne cessant d’augmenter. Pour préserver sa compétitivité, Bentley développe son premier moteur 6 cylindres en ligne d’une cylindrée de , capable de délivrer une puissance de . Pour autant, la ne connaîtra que des déboires, mettant Bentley dans une situation difficile.

En 1928, Bentley entame la production d’une déclinaison plus performante de la , grâce notamment à l’ajout d’un second carburateur. Connue sous le nom de Bentley Speed Six, cette version améliorée redore le blason de la , en signant deux victoires consécutives aux 24 Heures du Mans 1929 et 1930 – succédant ainsi dignement à la et à la , qui ont respectivement remporté les trophées de 1927 et de 1928 –, faisant d’elle l’une des plus fameuses automobiles du début du et de Bentley, l’un des constructeurs automobiles les plus célèbres.

Contexte et développement

Les débuts aux 24 Heures du Mans

Au début des années 1920, l’Automobile Club de l’Ouest annonce la création des 24 Heures du Mans, une épreuve d’endurance sur 24 heures où se relaient jour et nuit deux pilotes ; l’épreuve est avant tout destinée à favoriser l’essor et l’évolution technique de l’automobile. La première édition, qui se déroule les 26 et , voit s’affronter essentiellement des pilotes français mais suscite déjà beaucoup d’intérêt parmi les autres pilotes européens, « La création des 24 Heures du Mans », . En 1923 et 1924, le Canadien John Duff et le Britannique Frank Clement alignent ainsi au départ de la course une Bentley , la première automobile du constructeur Bentley. En 1924, après 120 tours effectués sur le circuit de la Sarthe, ils remportent l’épreuve.

Cette victoire est plutôt inattendue : en effet, bien que conscient de l’intérêt promotionnel d’une victoire en compétition, Walter Owen Bentley, le fondateur de Bentley, refusait jusque-là de s’engager aux 24 Heures du Mans par crainte d’écorner son image à cause d’un problème technique ; il expliquait que ses automobiles n’étaient pas conçues pour une utilisation intensive sur une période si longue. John Duff, l’un des premiers clients de Bentley, avait pour cette raison participé à la course mancelle au volant de sa propre Sport. Pour autant, W. O. Bentley lui a apporté son soutien en lui suggérant Franck Clement, l’un de ses pilotes d’essais, comme copilote. Rassuré par ce succès, Bentley monte dès l’année suivante une écurie à son nom qui intègre notamment les deux pilotes victorieux de 1924. Deux 3 Litres sont alignées au départ des 24 Heures du Mans 1925 mais sont contraintes à l’abandon à la suite de différents problèmes.

Le premier six cylindres vignette|gauche|Une Bentley Speed Six dans sa livrée nationale, le .|alt=Vue de profil d'une Bentley Speed Six dans sa livrée nationale, le British Racing Green.

Les se faisant un peu vieillissantes – elles sont produites depuis 1921 –, W. O. Bentley songe à développer une version plus performante et plus puissante. Il s’agit également de satisfaire une clientèle fortunée de désirant ; les automobiles de la fin des années 1920 évoluent en effet de « » (« jouets pour garçons ») à celui de moyen de locomotion quotidien se devant confortable et pratique si bien que les carrossiers développent des carrosseries plus souvent fermées et de plus en plus larges et luxueuses, donc lourdes.

S’inspirant de la Rolls-Royce Phantom I de de cylindrée , le constructeur anglais met alors au point un tout nouveau moteur : il s’agit de son premier six cylindres en ligne d’une cylindrée de , d’où le nom . Malgré ses , une puissance pratiquement deux fois supérieure à celle des , la ne remporte aucune victoire en compétition. Elle souffre notamment d’une usure précoce et alarmante de ses pneus en course . C’est d’ailleurs l’une des raisons qui font que Bentley développera en 1927 la Bentley 4½ Litre.

Il faudra attendre et l’apogée des (un groupe d’hommes britanniques fortunés, , passionnés par les modèles de course de la marque et décidés à faire renouer Bentley avec le succès) pour qu’une version sportive fiable, surnommée , voie le jour et s’impose en compétition, voire domine les épreuves. Les courses auxquelles elle participe vont d’ailleurs permettre de montrer à quel point .

Technique vignette|droite|Le moteur 6 cylindres en ligne de la Speed Six exposé.|alt=Une Speed Six « Old Number One » bleue ciel, capot ouvert et moteur exposé.

Malgré l’écart de cinq années qui sépare leur conception, les Bentley et 3 Litre reposent sur des bases mécaniques similaires. En effet, le moteur six cylindres en ligne de la , réalisé dans un alliage léger, hérite de la plupart des caractéristiques du quatre cylindres de la 3 Litre. Le complexe système de distribution à un seul arbre à cames en tête actionnant quatre soupapes par cylindres – technique de pointe pour cette époque où la plupart des moteurs n’en ont que deux – est également présent. Les pistons en aluminium compte également parmi les innovations techniques majeures apportées par Bentley. L’allumage est quant à lui assuré par deux bougies par cylindre, un magnéto Bosch et une double bobine Delco, « Bentley 6½-Litre 'Speed Six' », .

Le moteur, dont la cylindrée est portée à (grâce aux deux cylindres supplémentaires) et dont l’alimentation est assurée par un carburateur, développe une puissance de (), transmise aux roues arrière via une boîte de vitesses mécanique à quatre rapports non synchronisés ; son importante longueur de course – le rapport alésage/course étant de × – permet au moteur de disposer d’un couple élevé.

Le châssis en acier adopte une structure en échelle plus conventionnelle. Sont également de facture classique, le système de freinage – actionnant par câble des tambours particulièrement imposants mais efficaces, eu égard au poids conséquent de l’automobile (entre et ) –, ainsi que le système de suspension, assuré par des ressorts à lames semi elliptiques auxquels sont adjoints des amortisseurs hydrauliques. La longueur du châssis varie selon les versions entre et .

Enfin, la Bentley Speed Six se distingue de la essentiellement par son taux de compression supérieur et son carburateur supplémentaire lui octroyant une puissance de () à ; cette puissance est d’ailleurs portée en 1929 à (). La vitesse maximale atteint pour sa part les . Techniquement, elle se distingue également par un radiateur plus grand destiné à évacuer le surplus de calories générées par l’augmentation de puissance .

Résultats sportifs vignette|droite|La Bentley Speed Six « » de Frank Clement et Richard Watney.|alt=Vue de la proue de la Bentley Speed Six « Old Number Three ». vignette|droite|Une Bentley Speed Six saloon 1929, toujours en course lors du RAC Rally de 1937. À l’inverse des , passées inaperçues dans l’histoire de Bentley en compétition, les Speed Six se sont constituées en à peine deux ans un palmarès sportif exceptionnel, comprenant notamment le doublé réalisé aux 24 Heures du Mans de 1929 et 1930. Ce doublé est d’autant plus marquant que d’une part, il succède à deux autres victoires de Bentley au Mans – celles de la en 1927 et de la en 1928 – et que d’autre part, il permet à Woolf Barnato, le « chef » des , de réaliser l’exploit de remporter les trois dernières de ces courses en seulement trois participations et avec trois coéquipiers différents.

Le , la Bentley Speed Six « » est engagée au , épreuve d’endurance de deux fois 12 heures ; mais en raison d’un problème de dynamo, l’automobile ne termine pas la course . Malgré ce revers, la est alignée au départ des 24 Heures du Mans le mois suivant, pilotée par Woolf Barnato et Henry « Tim » Birkin. Au bout de 174 tours, la voiture remporte l’épreuve devant trois Bentley , ce qui donne lieu à un podium exceptionnel dans l’histoire de la course mancelle. Bentley, emporté par l’enthousiasme suscité par cette victoire, engage ensuite la voiture au , qu’elle remporte.

En 1930, trois Speed Six et deux Bentley Blower (Bentley 4½ Litre disposant d’un compresseur mécanique) sont alignées aux 24 Heures du Mans ; ces deux dernières, souffrant d’une fiabilité défaillante, ne prennent pas part à la lutte qui met aux prises les Speed Six à la Mercedes-Benz SS à compresseur (d’une cylindrée de ). La Bentley de Barnato, la « », longtemps dominée par la Mercedes, finit par prendre la tête au bout du . Pour se maintenir à cette place, : en effet, pour essayer de reprendre la tête de la course, la Mercedes devait sans cesse actionner son compresseur ; . Finalement, Woolf Barnato et Glen Kidston s’imposent et Frank Clement et Richard Watney terminent à la deuxième place.

À noter également le doublé réalisé aux 24 Heures de Brooklands () cette même année.

+ Principaux podiums des Bentley 6½ Litre Année Épreuve Position Pilotes Équipe Modèle 1929 24 Heures du Mans Woolf Barnato, Henry « Tim » Birkin Bentley Motors Ltd. Bentley Speed Six Woolf Barnato, Jack Dunfee Bentley Motors Ltd. Bentley Speed Six 1930 24 Heures du Mans Woolf Barnato, Glen Kidston Bentley Motors Ltd. Bentley Speed Six Frank Clement, Richard Watney Bentley Motors Ltd. Bentley Speed Six Woolf Barnato, Frank Clement Bentley Motors Ltd. Bentley Speed Six Sammy Davis, Clive Dunfee Bentley Motors Ltd. Bentley Speed Six

Course du Train bleu

Récit de la course vignette|droite|La Bentley Speed Six « Blue Train Spécial ».|alt=Vue de profil de la Bentley Speed Six « Blue Train Spécial ».

En , le constructeur Rover acquiert une importante notoriété à travers le monde après le succès de sa Rover Light Six lors de la course du Train bleu opposant des automobiles au célèbre Train bleu reliant Calais à Cannes . En , au cours d’une soirée organisée à l’Hôtel Carlton, Barnato argue qu’il n’y a aucun mérite à aller plus vite que le Train bleu et parie qu’au volant de sa propre Bentley Speed Six il se fait fort de rejoindre Londres avant que le Train bleu n’atteigne Calais .

Le à , au moment où le Train bleu quitte la station de Cannes, Barnato et son ami Dale Bourne prennent le départ de la Croisette au volant de la Bentley Speed Six de Bernato. Le périple n’est pas sans embûches ; en France, les deux pilotes affrontent notamment une pluie battante puis un brouillard épais. Par ailleurs, à , ils perdent un temps considérable à chercher le point de ravitaillement à Auxerre. Ils rejoignent la côte à Calais à , d’où ils prennent le bateau pour l’Angleterre. Finalement, ils atteignent St. James’s Street à , soit à peine quatre minutes avant l’arrivée du Train bleu à Calais. Certes, Bernato gagne son pari, mais l’amende que les autorités françaises lui ont infligée pour avoir couru sur routes ouvertes est supérieure à ses gains.

Confusion autour de la Speed Six Blue Train