La Chapelle est une ancienne commune de l'ancien département de la Seine qui a existé de 1790 à 1860 avant son incorporation au territoire de la ville de Paris. Elle s'est appelée sous la Révolution. Elle est parfois nommée ou . vignette|redresse=0.9|Limites de la commune de La Chapelle appliquées au plan de 2015.
Le village de La Chapelle se développe sur un col naturel entre les collines de Montmartre et de Belleville, sur l'antique route reliant Lutèce au nord, à l'endroit où sainte Geneviève décide de faire édifier un oratoire en l'honneur de saint Denis. Il voit, durant des siècles, passer les cortèges des rois de France partant guerroyer dans les pays du nord ou, plus tard, allant se faire inhumer à l'abbaye de Saint-Denis, ainsi que ceux des monarques du nord faisant leur entrée dans Paris, en paix comme en guerre. L'activité commerciale et artisanale de la bourgade se tourne ainsi vers les métiers liés à cette voie de passage fréquentée : aubergistes, rouliers ou maréchaux-ferrants. Mais, au-delà de la route, les champs et les plaines fournissent la capitale en fruits et légumes, en blé et avoine et, par les quelques vignes de la Goutte d'Or ou de terres propices, en un vin qui donne son nom à ce hameau situé au sud-ouest, hors de la paroisse de La Chapelle. Plusieurs marchés et foires s'y sont succédé et lui ont donné sa notoriété, dont la célèbre foire du Lendit ou le marché aux bestiaux.
Le bailliage de La Chapelle, dépendant de Saint-Denis, administre la seigneurie du Moyen Âge jusqu'à la Révolution, avec droit de justice, de police et de levée de la dîme. Souvent dévasté par les fréquents assauts contre Paris, tant sous les guerres de religion que lors de la Fronde, le village est, en 1429, le point de départ d'où Jeanne d'Arc tente en vain de délivrer Paris. Ses guinguettes lui donnent, dès le , un nouvel attrait.
En 1790, la Convention annexe à la paroisse l'écart de la Goutte d'Or et le faubourg de Gloire pour former la commune de La Chapelle. S'y déroule en le dit Massacre de La Chapelle qui fait grand bruit à Paris.
Durant la première moitié du , la mutation urbaine s'opère, avec l'arrivée massive d'une population venue travailler à Paris mais trop pauvre pour s'y loger. Les champs sont rapidement remplacés par l'emprise des nouveaux chemins de fer du Nord et de l'Est, construits de 1843 à 1846, et des ateliers et dépôts correspondants.
Le gouvernement n'ayant pu maîtriser la croissance spontanée de l'agglomération parisienne, le baron Haussmann propose l'absorption des communes périphériques de la capitale et La Chapelle est, pour une grande part, intégrée au nouveau de Paris créé en 1860, le nord étant réparti entre Saint-Denis, Saint-Ouen et Aubervilliers, marquant la fin de toute vie municipale autonome et la disparition du village en tant que tel.
Situation géographique Paroisse Le village de la Chapelle-Saint-Denis se concentre, dès le début du , autour et au sud de l'église Saint-Denys. Ses limites approximatives sont. : au nord, la chaussée de Montmartre (aujourd'hui rue Marcadet), le chemin de la Tournelle (aujourd'hui rue Riquet) et le quartier autour de l'église ; à l'est, le chemin des Vertus (aujourd'hui rue d'Aubervilliers) ; au sud, une ligne rejoignant le chemin du Bailly (aujourd'hui le boulevard Barbès), en laissant le quartier de la Goutte-d'Or ; à l'ouest, le chemin de la Marée (aujourd'hui rue des Poissonniers).
Commune La commune de La Chapelle a pour voisines Montmartre, Saint-Ouen, Saint-Denis, Aubervilliers, La Villette et deux des douze arrondissements urbains de Paris : l'ancien de Paris (quartier du Faubourg-Poissonnière) ; l'ancien de Paris (quartier du Faubourg-Saint-Denis).
Elle est délimitéeCadastre révisé des communes annexées (1830-1850), La Chapelle, tableau d'assemblage, consultable sur le site des archives numérisées de la ville de Paris. : à l'ouest par la rue des Poissonniers qui la sépare de la commune de Montmartre ; à l'est par la rue d'Aubervilliers qui la sépare de la commune de La Villette ; au nord par le chemin de la Procession et les anciennes limites communales avec les communes de Saint-Denis et d'Aubervilliers difficilement identifiables aujourd'hui du fait du développement des infrastructures ferroviaires et industrielles dans le secteur de la Plaine Saint-Denis ; au sud par le boulevard de la Chapelle, alors mur des Fermiers généraux, dont les communications avec Paris s'effectuent par les barrières Poissonnière, Saint-Denis et des Vertus..
Lors de son édification, l'enceinte de Thiers a partagé la commune de La Chapelle du bastion au bastion .
Toponymie Ce qui était probablement, à l'origine, un simple oratoire dédié à saint Denis depuis le fut transformé en chapelle et le village prit alors le nom de Chapelle Sainte-Geneviève (Capella S Genovesae d'après le Pouillé de Paris du .). Se trouvant au centre d'une seigneurie dépendant de l'abbaye Saint-Denis, on donna aussi au village le nom de Chapelle Saint-Denis, les deux vocables se côtoyant indifféremment jusqu'au ... Dans un document de 1351, on lit la Chapelle-Saint-Denis-en-Eudon et au XV siècle la Chapelle Ostran.
Après que la municipalité eut demandé à s'appeler La Réunion, voire La Réunion-Franciade, le village fut finalement rebaptisé Chapelle-Franciade en 1794Franciade est le nom révolutionnaire alors porté par la ville de Saint-Denis... La commune reprit rapidement le nom de La Chapelle. Historique
Antiquité et haut Moyen Âge Cette petite bourgade s'est développée sur un site de cols entre les collines de Montmartre et de Belleville appelé pasellus Sancti Martini, puis Pas-de-la-Chapelle....
Large de pour une altitude d'environ , le col de La Chapelle était le chemin le plus facile entre les plaines beauceronne et picarde... Il fut un lieu de passage important dès l'Antiquité. La voie, connue plus tard sous le nom de l'Estrée, est mentionnée dans la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin.. Cette route suivait l'axe des actuelles rues Marx-Dormoy et de la Chapelle... Le village se trouvait au croisement de cette route avec l'ancienne route de l'étain qui reliait la Manche et la mer du Nord à la vallée du Rhône (actuelle rue Philippe-de-Girard.), sans passer par Lutèce.. Au nord, la plaine entre le Pas-de-la-Chapelle et Saint-Denis (actuelle Plaine Saint-Denis) était un important centre cultuel gaulois. et les druides y tenaient leurs assises à chaque solstice d'été autour d'un tumulus considéré comme la tombe de l'ancêtre des Gaulois.. Elle prit le nom de Endit, puis, par agglutination de l’article, Lendit. Les assemblées gauloises mentionnées par Jules César continuèrent à se réunir sous la domination romaine.. Après César, qui choisit précisément ce lieu sacré pour affirmer sa domination sur les tribus gauloises, plusieurs empereurs comprirent la portée symbolique de ce sanctuaire : ainsi, Constantin s'y rendit, convaincu d'avoir été investi d'une mission divine par Apollon, et Julien s'y fit proclamer Auguste... Ces rassemblements de culte étaient également un rendez-vous commercial. Ils se perpétuèrent ensuite pour devenir la foire du Lendit, foire de renommée internationale qui se tenait le long de l'Estrée..
Dès l'époque romaine, il existait vraisemblablement un petit village sur le col de La Chapelle, entre les collines boisées de Montmartre et de Belleville, à proximité d'un temple dédié à Bacchus. Si l'on n'a pas retrouvé de vestiges archéologiques, il existe néanmoins des documents du qui mentionnent les ruines d'un édifice romain qui aurait porté le nom de .. Selon Hilduin, abbé de Saint-Denis, le saint y aurait été enfermé avant son martyre.
La chapelle de sainte Geneviève vignette|droite|alt=Sainte Geneviève au centre d'un cercle de pierres.|Sainte Geneviève au Lendit, peinture anonyme du .Assise au centre d'un cromlech avec sa brebis noire divinatoire à sa gauche, elle est représentée en bergère.Vers 475, sainte Geneviève aurait fait transférer le cercueil de saint Denis afin de lui édifier une sépultureBrève histoire de Saint-Denys de la Chapelle... Malgré les réticences du clergé parisien à construire une église hors des murs, elle réussit à convaincre des prêtres.., en particulier un certain Genesius qui engagea l'édification de la basilique sur le modèle d'une église à plan basilical, à sable et à chaux, avec nef et bas-côtés séparés par une double rangée de colonnes., avec une structure vraisemblablement de bois sur des assises de maçonnerie. Les tombes des trois martyrs, Denis, Rustique et Éleuthère., étaient situées derrière l'autel, lequel fut richement décoré au d'une étoffe de soie, d'or et de pierreries. La première basilique élevée par Geneviève sur la sépulture de saint Denis, près du lieu de son martyre, aurait également eu pour but d'exorciser par un culte chrétien le paganisme de l'endroit.
Le village se développa autour de l'église dès le . Les parisiens organisaient de grandes processions vers La Chapelle, en particulier à l'occasion des Rogations.. Le tombeau avait une grande réputation : s'y accomplissaient des miracles et l'on venait s'y purger d'une accusation. En 583, on y enterra Dagobert, fils de Chilpéric et Frédégonde, mort en bas âge, ce qui constitue la seule sépulture princière connue de ce lieu..
Développement cultuel et commercial Comme à l'époque pré-chrétienne, le lieu de culte polarisait un espace commercial. Un marché se tenait au lieu-dit Marcadus, qui a donné son nom à la rue Marcadet.. L'activité du village autour de l'église était liée aux pèlerinages : on y cultivait des roses pour en faire des chapelets mais aussi de la vigne.. Clotaire II et son fils Dagobert avaient une dévotion particulière envers le saint, qu'une légende du explique par le miracle du cerf qui, lors d'une chasse, protégea l'animal réfugié dans l'église de La Chapelle, et le songe de Dagobert, qui empêcha le jeune prince de faire l'objet de réprimandes tandis qu'il s'était endormi dans la chapelle... Vers les années 620–630, les reliques furent transférées à l'abbaye royale de Saint-Denis. Selon les sources, on l'attribue au roi Clothaire le ou à Dagobert le .Saint-Denis, historique... Les abbés, en construisant dès le la légende de saint Denis selon laquelle il aurait porté sa tête jusqu'au bourg de Saint-Denis, cherchèrent à faire oublier l'emplacement de la tombe originelle du martyr et la petite église de sainte Geneviève... Les objets précieux qui décoraient richement la chapelle, offerts par les rois et les particuliers, furent même déplacés à Saint-Denis.. On soutint aussi, pour parfaire cette nouvelle légende, que l'édifice, devenu une , édifié avec peine par sainte Geneviève, n'avait été en fait qu'une étape où elle s'arrêtait lorsqu'elle se rendait en prière à Saint-Denis.
Mais la prospérité du village était assurée par la foire du Lendit qui perdura, l'église restant, malgré l'absence de dévotion aux reliques, un point de ralliement des marchands.. Une autre foire, dite se tenait à proximité de l'église du Pas-de-La-Chapelle au mois d'octobre, lors de la fête anniversaire de la mort du saint.. Les abbés de Saint-Denis réussirent cependant, grâce à un faux écrit émanant prétendument de Dagobert, à obtenir un jugement de Pépin le Bref en 759 favorable au transfert de cette foire à l'intérieur des remparts de la ville de Saint-Denis, dans une halle de pierre édifiée à cet effet.. La Chapelle fut plusieurs fois pillée, ravagée et incendiée par les Normands au , puis, au siècle suivant, selon la chronique de Flodoard, dévastée par la mesnie Hellequin, terrible armée de démons et de revenants, qui jetèrent des blocs de pierre sur l'église de La Chapelle.