Pierre Emile des Vallières né à Paris (7e), mort le à Juvigny (Aisne), est un général de brigade français.

C'est l'un des 42 officiers généraux français morts au combat durant la Première Guerre mondiale.

Biographie Enfance et études

Né le à Paris, dans la famille Lefebvre des Vallières de la haute bourgeoisie parisienne liée aux Messageries royales (puis impériales) et aux Messageries maritimes, il est le fils d'Ernest Louis Prosper Lefebvre des Vallières (1827-1913), vice-président de la commission des monuments historiques, et le petit-fils de Peter Paul McSwiney, élu à deux reprises lord-maire de Dublin en 1864-1865 et 1875-1876. Le patronyme de cette branche familiale est devenu, après l'incendie de l'hôtel de ville de 1871, "des Vallières".

Dès l'âge de deux ans (après le début de la guerre franco-prussienne et pendant la «Commune», la vie à Paris étant jugée peu sûre), ses parents le confient pendant trois ans à ses grands-parents McSwiney, à Dublin et Londres. Ce séjour dans sa famille irlandaise catholique a marqué sa vie.

Il fait ses études secondaires chez les Jésuites. Passionné par le dessin, il consacre ses loisirs à fréquenter l'atelier d'Édouard Detaille, ami de ses parents.

Le , il entre à l'école spéciale militaire de Saint-Cyr, puis, en , il rejoint l'école de cavalerie de Saumur pour une année.

Il épouse Noémie Hart, petite-fille de Moses Hart, américain né à Philadelphie (États-Unis) qui fut maire de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) avant le tremblement de terre de 1843. Il est le père de Jean des Vallières, as de la guerre 14-18 puis homme de lettres, de Marthe (épouse de Corta), de René des Vallières, ingénieur en chef à la compagnie générale des eaux, et le grand-père du publicitaire et dessinateur humoristique Hervé des Vallières (alias Hervé) et du critique de cinéma Pierre des Vallières (alias Michel Aubriant), ainsi que l'arrière grand-père de Nathalie des Vallières (1952-2005), auteur de nombreux ouvrages sur Antoine de Saint-Exupéry, son grand-oncleSaint-Exupéry - Découvertes Gallimard: L'archange et l'écrivain, indiqué le 20 juillet 2015..

Carrière

En 1890, il est affecté au régiment de chasseurs à cheval à Châlons-sur-Marne, puis à Sampigny (caserne Harville) dans la vallée de la Meuse.

En 1895, en tant que sous-lieutenant, il est reçu au concours de l'École supérieure de guerre. En 1897, il en sort sur 76 avec la mention "très bien" : ce classement lui permet d'être immédiatement nommé capitaine.

En 1898 et 1899, il fait un stage à l'état-major de l'Armée.

En , il rejoint le de cuirassiers de Tours.

En 1902, il devient officier d'ordonnance du chef de l'École supérieure de guerre, le général de Lacroix.

En 1903, il suivit le général de Lacroix devenu commandant du C.A. et gouverneur militaire de Lyon.

En , il effectue une mission en Allemagne à l'occasion du mariage du Kronprinz. Il s'agit de la première mission militaire française en Allemagne depuis 1871. Un document historique représente la mission française (composée du général Lacroix, du colonel Chabaud, du capitaine des Vallières et du lieutenant Cailliot) au camp de Döberitz (près de Berlin) défilant à cheval en compagnie de Guillaume II d'Allemagnein Revue des deux mondes..

Le (), il est promu chef d'escadron, commandant un demi-régiment du de cuirassiers à Saint-Germain-en-Laye, puis du à Vincennes.

En 1910, il est rappelé à l'École supérieure de guerre où il prend les fonctions de professeur-adjoint (puis professeur-titulaire) de tactique appliquée de cavalerie.

En 1912, il part en mission en Russie avec le général Foch pour participer aux grandes manœuvres à Krasnoïe Selo en présence du Tsar.

Le , il quitte l'École supérieure de guerre et rejoint le de divisions de réserve, commandé par le général Valabrègue, dont il devint le chef d'état-major. Le groupe de divisions de réserve appartenait à la armée du général Lanrezac.

À la fin de , il quitte ses fonctions pour devenir chef d'état-major du général Louis Ernest de Maud'huy, commandant un détachement d'armée autour d'Arras, puis du général Victor Louis Lucien d'Urbal, commandant la armée sur le même terrain.

Il est promu colonel en .

Lacunes à compléter en 1914 et début 1915 avec les citations militaires et les décorations qu’il a obtenu, il se trouvait au quartier général stationné à la Ferté sous Jouarre ou les Russes et les Anglais étaient présents.

Le , il obtient le poste de commandant par intérim de la division, dont celui de la d'infanterie (rattachée à la d'infanterie) alors en retrait du front à Rosières-en-Santerre. Il participe ensuite à la deuxième bataille de Champagne et enlève la ferme de Navarin.

Le , il occupe le secteur des Éparges, région fortifiée de Verdun.

Le , il remplace le général de brigade Victor Jacques Marie Huguet comme chef de la mission française auprès de l'armée britannique de Saint-Omer commandé par le général French.

Le , il est promu général de brigade (à titre temporaire) et le reste à titre définitif le .

Le , il reçoit le commandement par intérim de la division d'infanterie, à la suite du général Pierre Ernest Lanquetot.

Le , à Lagny, il assiste le général Pétain qui décore le drapeau de et remet des décorations gagnées à Courcy.

Le , il rejoint Fismes.

Le , le général Duchêne confie au général des Vallières le soin de s'emparer de l'isthme d'Hurtebise. Des Vallières obtient que l'attaque soit élargie jusqu'au plateau de Californie, malgré les premiers refus de son supérieur. L'attaque est minutieusement préparée, répétée à l'entraînement sur un terrain qui reconstitue les lieux et les tranchées existantes.

Bataille du Chemin des Dames

Le fait d'armes qui marque la carrière de des Vallières est la bataille du Chemin des Dames, entre le et le .

Le , la préparation d'artillerie, programmée par le général des Vallières, commence. L'assaut terrestre est effectif le : à , les deux premiers bataillons du RI se lancent à l'assaut des hauteurs en direction de la ferme d'Hurtebise, sur le Chemin des Dames. Ils atteignent leur objectif une heure plus tard après s'être emparés de la caverne du Dragon position jugée inexpugnable dans les « creutes » calcaires. Certains [soldats du sont parvenus au-delà de l'isthme ; le général les en fait revenir, malgré l'avis de Duchêne (. Les contre attaques allemandes lancées le et le sont repoussées. Le RI sera alors relevé par son « régiment frère », le . Les contre-attaques allemandes sont nombreuses et la relève promise n'arrive pas. Le général des Vallières juge sévèrement l'attitude de sa hiérarchie, notamment celle du général Émile Alexis Mazillier : Cet exploit vaudra au d'infanterie une seconde citation à l'ordre de l'armée.

Le , la d'infanterie est enfin relevée. Le général des Vallières va lui-même saluer ses soldats, rendre compte à Pétain de la victoire d'Hurtebise et obtient la croix de guerre pour le d'infanterie qui a mené le combat. Plusieurs cérémonies ont lieu, à Soissons, Versailles et Saint-Germain-en-Laye. Le général des Vallières reçoit pour sa part une nouvelle citation à l'ordre de l'Armée.

Le , il défile à cheval (sur Prophète) devant le château de Saint-Germain, lors de la revue de la .

Dès le et jusqu'au , il participe à la bataille de Picardie.

Le , en permission, il se rend à Paris pour fêter ses noces d'argent, mais est rappelé au PC de la d'infanterie, à Chavigny, pour faire face à l’offensive Ludendorff.

vignette|Monument au général Pierre des Vallières (Juvigny). Le , il meurt dans les circonstances suivantes : . Son fils Jean des Vallières, lui aussi militaire, apprend la nouvelle depuis le camp de Magdebourg où il est prisonnier.

Grades successifs

1888-1890 : École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion du Grand Triomphe : sous-lieutenant. 1892 () : lieutenant. 1897 : capitaine. 1906 : commandant (chef d'escadron). 1912 () : Lieutenant-Colonel. 1914 (novembre) : colonel. 1916 () : général de brigade (à titre temporaire). 1916 () : général de brigade (à titre définitif).

Distinctions

Décorations françaises :

50px : Officier de la Légion d'honneur 50px : Croix de guerre 1914-1918, avec cinq citations.

Citations à l'ordre de l'Armée française :

le : « A fait preuve d'intelligence et de dévouement dans l'exercice de ses fonctions depuis la constitution de l'armée ». le : « Remplit les fonctions de Chef d'État-major d'une armée avec un rôle et une activité inlassable. Ne se laisse arrêter par aucune difficulté. A montré au cours de la campagne les plus belles qualités militaires ». le : « Officier supérieur de haute valeur militaire. A rendu comme Chef d'État-Major d'un groupe de Divisions de réserve, puis comme Chef d'État-Major d'une Armée, des services éminents ». le : « Chargé en , avec sa Division, d'exécuter une attaque difficile, a su la mener à bien, conquérant ses objectifs. Au cours des attaques récentes, attaqué par des forces très supérieures et débordé sur l'un de ses flancs, a tenu bon et repoussé toutes les attaques, allant sur place, en pleine lutte, coordonner l'action de ses troupes engagées et exalter le courage et la confiance de tous par sa présence et son action personnelle ». le : « Officier général de la plus haute valeur qui joignait les qualités morales exceptionnelles, une science professionnelle particulièrement étendue. Connaissant parfaitement la troupe, et aimé de ses soldats, avait su faire de sa Division une Division d'élite. Le , est tombé glorieusement sur le champ de bataille où il s'était porté pour encourager les bataillons par sa présence et donner sur le terrain même les ordres nécessaires ».

Décorations étrangères

50px : Croix de guerre belge. 50px : Compagnon de l'ordre du Bain, décoration militaire (Grande-Bretagne) remise par le général Douglas Haig. 50px : Chevalier commandeur de l'ordre de Saint-Michel et Saint-Georges. 50px : Chevalier de l'ordre de Saint-Stanislas de Russie.

Postérité

Son nom est inscrit au monument des Généraux morts au Champ d'Honneur 1914-1918 de l'église Saint-Louis à l'Hôtel des Invalides de Paris.

À l'École militaire, l'un des amphithéâtres porte le nom du général des Vallières. Une caserne de Metz, porte également ce nom, sans que la filiation au général soit prouvée. Il en est de même pour une ville de Haïti. À l'endroit même où il a été tué, sur la commune de Juvigny (Aisne), un monument a été édifié à sa mémoireMonument à la mémoire du général DV, indiqué le 20 juillet 2015.. Situé au carrefour des routes menant à Crécy-au-Mont, à la D1 (par la D428) et à Leury, ce monument a été élevé par ses anciens soldats des , et d'infanterie et le d'artillerie de campagne. Sur le monument, il est inscrit : « Ici le , tomba sur la ligne de feu le général Pierre des Vallières commandant la D.I. » Sur le monument aux morts de la commune de Montgobert, il est ajouté une plaque en marbre blanc avec la mention suivante : Général Pierre des Vallières, tué à Montgobert le à la tête de la D.I. À la mairie du septième arrondissement de Paris sur le monument aux morts situé dans le hall.

Homélie

Le , en l'église de Beaumont (Seine-et-Oise), l'aumônier volontaire à la D.I., M. Chevrot, prononce les mots suivants lors du service funèbre célébré pour le général des Vallières et les morts de la D.I. :

Sources « Le Général des Vallières et la Division - fin », par le général Brécard et le colonel Karcher. Extrait de la "Revue de la Cavalerie", juillet-, Imprimerie Berger-Levrault. « Les fantassins du Chemin des Dames », René-Gustave Nobécourt, Albin Michel-2013, 448 pages. , , (Lire pages 280-285 et pages 292-293). « Dix ans de souvenirs (1914-1924)" », Général Pierre-Émile Nayral Martin de Bourgon, huit volumes, édités en 1932, Imprimerie Chastanier Frères et Almeiras, à Nimes, environ 280 pages par volume. Première partie : "l'invasion vue de Verdun" (page 96). Deuxième partie : "l'année préparatoire" (pages 103, 104 et 109). Cinquième partie : "la victoire" (page 68).