Le Berrichon est une race éteinte de chevaux de trait issue du Brennou, élevée jadis dans la région du Berry, en France. Évoqué depuis le Moyen Âge, il ne forme probablement pas encore une race. Au , la foire aux chevaux de Sancerre est très réputée, attirant des acheteurs venus jusque depuis la Normandie.
Originellement bidet de taille réduite, la race berrichonne devient au tournant du un cheval de trait de format moyen, sous l'influence du Percheron. Ces animaux réputés laids et lents, pourvus d'une grosse tête, sont pourtant reconnus pour leur vigueur et leur douceur. Ils sont notamment employés à la traction des omnibus parisiens.
Un registre généalogique (stud book) ouvre en 1923, le syndicat d'élevage devient effectif l'année suivante. La race est sélectionnée jusqu'en 1932, où son stud book est fermé, n'acceptant des croisements qu'avec le Percheron. Après une courte période de popularité locale, la race berrichonne disparaît au milieu du , tant en raison de la concurrence du Percheron dans l'agriculture, que par absorption dans des croisements pour donner des chevaux demi-sangs. Le Berrichon est définitivement inclus à la race percheronne en 1966.
Histoire vignette|gauche|Demi-sang berrichon en 1905. Origine Le vétérinaire militaire Charles-Louis-Maurice Cormier (1905) estime que le cheval berrichon est influencé par le cheval arabe des Maures et par le cheval germanique. D'après la thèse du Cordeau, publiée en 1946, le Berrichon n'est pas autochtone de sa région d'élevage ; il est issu de l'ancien cheval de la Sologne, un animal peu étoffé et de petite taille, mais réputé rustique. Son statut de race à part entière est discuté plusieurs fois.. D'après Paul Diffloth, avant la Révolution française, les chevaux du Berry sont probablement des bidets assez communs..
Au Moyen Âge La qualité des chevaux du Berry est connue dès le Moyen Âge, thèse citée par .. D'après Henri Trotignon, « jusqu'à l'époque de Louis XIV ils sont considérés parmi les meilleurs ».. Sous Philippe II Auguste, le conflit avec l'Angleterre pour l'appropriation du Berry (1187-1189) entraîne sans doute un brassage avec des chevaux venus de ce pays. La guerre de Cent Ans anéantit l'élevage équin de la région. Au , le prix payé à un charretier pour une journée de travail avec ses chevaux n'est que de 3 à 4 sols, ce qui laisse présager que les animaux sont de peu de valeur.
et L'existence d'un élevage équin est attestée au . En 1601, Sully fait venir des chevaux de son haras de Mehun-sur-Yèvre sur demande du roi Henri IV, qui dit fournir ses plus beaux sujets à la reine d'Angleterre. L'élevage recule vraisemblablement sous Louis XIII. En 1701, l'abbé Sauvageot de Sennely décrit la race du pays comme un cheval . L'établissement des haras nationaux permet de soutenir l'élevage et de récupérer des bêtes d'une certaine valeur au cours du . Les étalons du Berry sont alors souvent des animaux approuvés appartenant à des garde-étalons. Les haras royaux sont créés en 1704 dans la province du Berry, et organisés en 1766, époque où est signalée l'introduction d'un étalon de race danoise. La fondation du haras national de Pompadour en 1763 a une influence jusque dans le Berry. En 1789, 24 étalons approuvés appartiennent aux gardes, mais la province en a hébergé jusqu'à 50. Dans sa Mémoire statistique du département de l'Indre, le préfet Dalphonse signale la bonne qualité des foires aux chevaux du Berry, en particulier celle de Sancerre, qui attire des acheteurs de Normandie. Les animaux y sont réputés pour leur précocité, étant adultes à l'âge de 3 ans. Cette foire fournit notamment la remonte militaire.
XIX
vignette|alt=Gravure représentant quatre chevaux à la robe claire dans la cour d'une ferme, à moitié équipé pour l'attelage.|Chevaux berrichons dans l’Atlas statistique de la production de chevaux en France, 1850 Après la dissolution des Haras nationaux, la Mémoire statistique du département du Cher signale un élevage principalement constitué de chevaux de trait de petite taille, aptes à servir de chevaux d'artillerie. Les meilleurs sujets proviennent du Nord du Sancerrois. De façon générale, l'élevage est effectué sans soins ni éducation particuliers des animaux. Les étalons présents dans les dépôts locaux sont anglais, normands, cauchoix, limousins, anglo-normands, brandebourgeois, et issus de chevaux arabes, notamment persans. En 1823, le préfet du Cher établit des primes d'élevage pour les juments saillies par des étalons approuvés et des étalons nationaux. En 1830, des primes d'élevage sont créées dans le département de l'Indre. Il n'existe alors pas d'élevage de chevaux de trait dans la région : seul l'envoi d'un cheval de trait cauchoix est signalé entre 1820 et 1830.
En 1834, le haras de Blois envoie divers étalons destinés à améliorer la souche locale. Une première station de reproduction est établie en 1835 à Ivoy-le-Pré, le nombre de ces stations se monte à 5 en 1850. Elles accueillent des étalons de selle limousins et arabes, de trait, 11 Pur-sangs, et 66 carrossiers normands. Le choix des poulinières n'est pas du tout pris en compte : en 1844, la question de savoir s'il vaut mieux privilégier des croisements avec le Pur Sang est posée. La demande en étalons de trait porte sur des Poitevins, des Nivernais et des Bretons. En 1851, une station d'étalons est créée à Vailly. D'après Eugène Gayot, le type de chevaux dominant dans le Berry est un cheval de Poste, à la fois puissant et rapide. À l'époque de l'hippologue Jean-Henri Magne (1850), le Berry n'a pas de race chevaline distincte. Les éleveurs achètent des poulains, poitevins principalement, en les choisissant parmi les conducteurs de diligences, mais sans s'attacher à un caractère particulier, pas même à une robe plutôt qu'à une autre. Des concours de poulinières sont organisés, dans les années 1870, à Sancoins, Vailly, Nérondes et Lignères, avec un budget de à répartir entre 4 catégories. Dans les années 1880, ces primes sont augmentées. Le directeur du haras national de Blois s'oppose à l'introduction du cheval de trait dans la région et souhaite favoriser, de même que les autorités, l'élevage du cheval de guerre de demi-sang. À partir de 1880, les éleveurs locaux réclament avec force ces reproducteurs de trait. Aussi, en 1885, trois étalons de ce type sont répartis dans la région. Dans les années 1890, le nombre de chevaux de trait augmente dans la région. Les influences reçues sont celles l'Anglo-normand, le cheval limousin, le trait poitevin, le Nivernais, le trotteur Norfolk, le Percheron, le Boulonnais et l'Ardennais. Des conflits éclatent entre partisans de croisements avec le Percheron et avec l'Ardennais : Pierre Cordeau (1946) fait valoir que le climat et la géologie du Perche sont plus proches de ceux du Berry que ceux de l'Ardenne, et donc, que le Percheron est plus adapté. À partir des années 1890, les Haras nationaux de la région n'importent plus que des Percherons.
La jumenterie du Berry est constituée d'un mélange de chevaux de trait poitevins, bretons et percherons. Le Berrichon est moins estimé que le Percheron., auquel il ressemble pourtant beaucoup selon certaines sources anciennes. D'autres sources plus récentes évoquent sa parenté avec le cheval limousin, un cheval de selle. Dans le Midi de la France, il a plutôt bonne réputation..
XX vignette|gauche|Couverture de l'ouvrage de Charles Cormier, Le cheval Berrichon et le cheval Limousin, 1905. Dans les années 1900, il naît beaucoup de chevaux de trait dans le département du Cher, essentiellement par et pour l'industrie privée, à partir d'étalons percherons. Quelques régions du Berry font naître le « demi-sang berrichon » par croisement avec un étalon Pur Sang.
En 1913, un Syndicat hippique Berrichon est créé à La Guerche, mais son fonctionnement ne devient effectif qu'après la Première Guerre mondiale. En 1923, le stud book du cheval de trait berrichon » est ouvert. L'année suivante, un « syndicat d'élevage du cheval de trait berrichon » se constitue entre plusieurs éleveurs désireux de s'inspirer de la sélection du Percheron.. Le siège social de ce syndicat est localisé à Bourges, et son action concerne les départements du Cher et de l'Indre. Le premier règlement intérieur du stud book propose des inscriptions de chevaux à titre initial jusqu'au . Les inscriptions à titre initial furent prolongées jusqu'au .
En 1924 et 1925, des pouliches percheronnes sont importées en nombre, en particulier à La Chapelotte et Sens-Beaujeu, qui deviennent un . Après une période transitoire, le stud book est fermé aux chevaux non-issus de géniteurs berrichons ou percherons le . Dès lors considéré comme une race, le cheval berrichon accède à ses propres concours régionaux, en particulier à Sens-Beaujeu. Il entre aussi aux Haras nationaux, notamment dans celui de Charenton-du-Cher. Dans l'entre-deux-guerres, l'élevage de ce cheval périclite à cause de la motorisationLa motorisation des transports routiers se généralise dès les années 1910, mais les chevaux agricoles restent employés plus longtemps, jusque dans les années 1950 à 1960.. L'emploi de chevaux de trait plus lourds est favorisé par les exploitants agricoles, en particulier celui du Percheron. L'armée est sollicitée pour acheter des animaux, et ainsi soutenir les éleveurs.. C'est dans ce cadre qu'un commandant de Rancourt défend l'utilisation du « bidet Sancerrois » pour affronter l'Allemagne nazie en 1939. Vers 1946, les chevaux rencontrés dans le Berry sont toujours de types très divers. L'une des raisons est l'arrivée de réfugiés ardennais accompagnés de leurs chevaux après la débâcle de 1940
Le Berrichon est absorbé par les croisements dits « demi-sang », avec l'Anglo-normand et l'Anglo-arabe. Le type trait est fusionné avec le Percheron en 1966, en même temps que l'Augeron, le trait du Maine, le Nivernais, le Bourbonnais, le trait de la Loire et le trait de Saône-et-Loire....
Description Morphologie
Descriptions historiques Il existait historiquement dans la taille et la conformation de ces chevaux de grandes différences. En 1905, Charles Cormier décrit les juments berrichonnes comme hautes de à . Les chevaux des arrondissements de Sancerre, de Blois et de Saint-Amand-Montrond sont plus forts que ceux des arrondissements de Loches, de Le Blanc et de La Châtre. La taille des animaux dans les riches parages des bords de l'Allier et de la Loire est élevée, contrairement à ceux du Sud et des cantons peu fertiles. Les chevaux de Sancerre correspondent à un type d'attelage, à la fois fort et léger.
Les chevaux berrichons sont décrits comme amples de formes, mais avec des rayons courts. Ils présentent les formes raccourcies du cheval commun. Les principaux reproches des hippologues contre les chevaux du Berry portent sur leur taille réduite et leur lenteur. Les membres sont réputés de très bonne qualité. La race est aussi réputée laide. Le préfet Dalphonse la décrit comme de petite taille, avec une grosse tête courte et pesante, une encolure courte et fournie, un garrot rond et bas, des épaules chargées, une belle croupe, un corps bien constitué, des jambes sèches et nerveuses.
Au début du , les juments berrichonnes décrites par Charles Cormier ont une fine tête expressive de profil rectiligne, une encolure courte et bien attachée, un garrot peu sorti, une épaule inclinée, une ligne du dessus solide et de bonnes hanches, cependant il existe des aplombs panards. En 1910, Louis Morisot décrit des animaux avec À cela, il ajoute une croupe un peu trop ovalée, mais bien musclée.. En 1923, le zootechnicien Paul Diffloth décrit des juments puissantes et osseuses, avec une grosse tête.
Standard du stud book berrichon Le règlement du stud book du Berrichon adopte un standard précis, notamment une taille de à , pour une moyenne effective de . La race est rectiligne et hypermétrique, dotée d'un squelette fort et bien développé, et présente une nette proximité avec le Percheron.