La cathédrale Notre-Dame de Tournai est un édifice religieux catholique sis au cœur du centre historique de la ville de Tournai, en Belgique. Elle est le siège du diocèse de Tournai et le seul bâtiment de culte belge construit dès l’origine comme cathédrale. Chef-d'œuvre de l'art roman scaldien et de l'art gothique scaldien, ce monument est, par l'alliance harmonieuse des styles roman et gothique, par sa tailleLongueur : ; largeur au transept : ; cinq tours, dont la plus haute atteint . et son architecture caractéristique, un des témoins les plus impressionnants de l'art d'Occident. Elle fait partie du patrimoine majeur de Wallonie et est classée depuis l'an 2000 au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Cadre territorial et environnemental Située sur une légère élévation en bordure de l’Escaut, au cœur du centre historique de Tournai, la cathédrale repose sur un sol meuble et humide, ce qui expose ses fondations à des risques de remontées capillaires. Ce contexte géologique particulier, conjugué à un climat régional marqué par une forte humidité et des variations thermiques modérées, accentue les phénomènes de dégradation des matériaux de construction tels que la pierre bleue (érosion, fissuration), les couvertures métalliques (infiltrations), et les parements en pierre (colonisation biologique).

La proximité immédiate d’autres monuments classés (beffroi, hôtel de ville, Pont des Trous), la densité du tissu urbain médiéval et le fort afflux touristique contribuent à une pression urbaine constante (pollution atmosphérique, vibrations mécaniques, contraintes d’accessibilité).

Histoire Trois cathédrales se sont succédé sur le site de la cathédrale Notre-Dame de Tournai. C'est au qu'une première cathédrale fut édifiée sous l'égide d'Éleuthère de Tournai, un des premiers évêques de la ville.

En 532, saint Médard, quatorzième évêque de Noyon qui, en 531, avait déplacé son siège épiscopal de Saint-Quentin à Noyon, fut élu évêque de Tournai. Il unit ainsi les deux diocèses qui le resteront jusqu'en 1146, lorsque le pape Eugène III les sépara de nouveau.

Du , on procéda à l'édification d'un nouveau sanctuaire, qui fut incendié à deux reprises, en 881 et 1066, et chaque fois restauré. En 1092 est fondée l'abbaye Saint-Martin de Tournai. C'est aussi une année où prit fin une « grande peste ». En commémoration de cet événement s'établit la tradition de la « Grande Procession », qui a toujours lieu chaque deuxième dimanche de septembre.

Au début du , le développement du culte de Notre-Dame, la prospérité de la ville, et peut-être le désir de hâter la séparation des diocèses de Tournai et Noyon, poussèrent à la construction de l'actuelle cathédrale, la troisième. La construction se fit suivant une progression d’ouest en est, de la nef vers le chœur. Les charpentes furent réalisées de 1142 à 1150.

En 1146, l'évêché de Tournai fut séparé de celui de Noyon par décision du pape Eugène III.

thumb|upright=1.25|Vue de la cathédrale de Tournai, par Friedrich Bernhard Werner (1770). vignette|upright=0.7|Rentrée de la grande procession.

Le nouvel édifice de style roman fut consacré le : il en reste encore la plus grande partie.

C'est au début du que débuta la voûtaison du transept, sous l'impulsion de l'évêque Étienne. Cette phase fut suivie de l'achèvement de la tour-lanterne et des quatre autres tours.

En 1243, cependant, l'évêque Gauthier de Marvis entreprit la reconstruction du chœur. On procéda à la démolition de l'ancien chœur roman pour faire place au chœur gothique actuel, construit en style rayonnant. En 1255 eut lieu la dédicace de ce nouveau chœur, directement inspiré de ceux d'Amiens et de Soissons. De taille impressionnante, sa longueur équivaut à celle de la nef et du transept romans réunis.

Au début du , on procéda à l'adjonction du porche occidental, également de style gothique.

Le , la cathédrale fut mise à sac par les iconoclastes, qui détruisirent la plus grande partie de son décor médiéval. À la fin du , la Révolution française s'en prit à son tour à tout le mobilier intérieur : aux autels, aux marbres, aux cloches, aux stalles. Après la réouverture au culte à la suite du concordat de 1801, une décoration digne de la splendeur du sanctuaire fut peu à peu reconstituée ou recréée. Deux évêques du y contribuèrent surtout : parvint à récupérer nombre d'œuvres d'art en provenance d'abbayes supprimées ou démantelées, comme le pavement du chœur et l'autel de l'abbatiale de l'abbaye Saint-Martin, tandis que mit en route une grande restauration qui dura plus de quarante ans.

La Seconde Guerre mondiale causa également d'importants dommages. La ville de Tournai fut victime d'un intense bombardement allemand en . La riche chapelle-paroisse Notre-Dame, de style gothique, qui datait du début du et qui longeait tout le bas-côté nord de la nef romane, fut anéantie.

Quelques dates vignette|upright|Plan de la cathédrale de Tournai

: édification d’une première cathédrale sous l’égide de saint Éleuthère, évêque de Tournai ; : reconstruction de l’édifice, incendié à deux reprises (881 et 1066) et restauré ; 1092 : fondation de l’abbaye Saint-Martin de Tournai et fin de la “grande peste”, commémorée par la Grande Procession, qui sort chaque année le de septembre ; : début de la construction de la cathédrale actuelle suivant une progression d’ouest en est, de la nef au chœur. 1142-1150 : réalisation des charpentes ; 1146 : séparation de l’évêché de Tournai de celui de Noyon ; 1171 : dédicace de la cathédrale à Notre-Dame ; Début : début de la voûtaison du transept sous l’impulsion de l’évêque Étienne, suivie de l’achèvement de la tour-lanterne et des quatre clochers ; 1243-1255 : Gauthier de Marvis entreprend la reconstruction du chœur, qui mélange désormais styles roman et gothique ; 1255 : dédicace du chœur gothique ; Début : adjonction du porche occidental.

Restauration La tornade du révéla la fragilité structurelle de la cathédrale. Après des mesures visant à sa stabilisation, la ville de Tournai, Ideta, la Province de Hainaut et l'Évêché ont établi ensemble un projet de revitalisation de l'édifice et de son quartier afin de redéployer économiquement la Cité des Cinq Clochers grâce à ses atouts culturels et patrimoniaux.

thumb|Le transept restauré, en 2024.

Le , une violente tornade cause d'importants dégâts matériels à la cathédrale Notre-Dame, révélant un déséquilibre dont souffrait l'édifice et particulièrement la tour Brunin située au nord-ouest de la croisée du transept. Dès l'année 2000, on procéda à des travaux d'urgence mais provisoires, afin de soutenir le chœur gothique et de renforcer les contreforts de la tour afin de la stabiliser. Étant donné l'ampleur des travaux à réaliser, la Province de Hainaut décida de créer la Fondation Cathédrale Notre-Dame, afin de récolter les fonds nécessaires à une grande restaurationCathédrale Notre-Dame de Tournai - RestaurationSite de la Fondation Cathédrale Notre-Dame.be.

En , une équipe de spécialistes en restauration a remis un schéma directeur de restauration à la Région Wallonne. Ce schéma directeur devrait permettre de prendre des décisions optimales pour le devenir culturel et touristique de ce grand monument, tout en lui assurant une bonne rentabilité économique à long terme. Une longue restauration débute, qui devrait durer des années, voire plusieurs décennies. Ce chantier ne doit cependant pas être considéré comme un grand malheur. Historiquement en effet, presque toutes les cathédrales ont parfaitement fonctionné en même temps que l'on procédait à de grands travaux de construction, de reconstruction, de modernisation et d'adaptations importantes. C'est aussi l'occasion de mener des fouilles archéologiques, qui permettront de mieux comprendre l'histoire du bâtiment depuis la fin de l'Antiquité jusqu'à la construction de l'actuelle cathédrale. Bien sûr, il faudra veiller à assurer le maintien du culte dans des conditions optimales, ainsi que l'accès de l'édifice au public, fidèles ou visiteurs.

Le projet de restauration est coordonné par l’architecte Vincent Brunelle, mandaté à la suite d’un appel d’offres européen. Il mobilise une équipe pluridisciplinaire (architectes, ingénieurs, restaurateurs, archéologues) sous la supervision d’un comité de pilotage rassemblant la Région wallonne, la Ville de Tournai, la Province de Hainaut, l’Évêché, ainsi que des experts de l’ICOMOS et de l’UNESCO.

Les interventions suivent les principes de restauration définis par la Charte de Venise : réversibilité, lisibilité, compatibilité des matériaux et minimalisme d’intervention. Les voûtes, portails romans, vitraux, peintures murales et couvertures ont fait l’objet d’opérations ciblées fondées sur une documentation rigoureuse.

Les travaux progressent. En 2011, l'état d'avancement est le suivant : la tour Brunin qui présentait un déport d'environ entre la base et le sommet et s'inclinait donc dangereusement a été stabilisée, la couverture de la nef romane a été totalement refaite par la pose de tables de plomb comme au Moyen Âge, les murs de la nef romane sont nettoyés, rejointoyés et les pierres en mauvais état sont remplacées par d'autres taillées sur place, on reconstruit l'escalier de la porte Mantille avec ses propres pierres qui avaient été, au préalable, numérotées. À l'intérieur, les œuvres d'art (tableaux, statues...) ont été enlevées et sont conservées momentanément à l'abri des vibrations et de la poussière ; l'ambon ou jubé a été enfermé dans une gaine de bois et n'est pour le moment plus visible. Il en est de même pour la chaire de vérité et l'orgue ; la toiture de la chapelle dédiée à saint Louis (sur le versant sud) a été recouverte de tuiles vernissées multicoloresLes toits de la cathédrale changent de couleur, Lesoir.be, 26 juin 2009 comparables à celles d'origine.

Gestion patrimoniale et protection Depuis 2011, un plan de gestion spécifique encadre toutes les interventions sur la cathédrale, conformément aux exigences de l’UNESCO. Il implique un comité scientifique, un comité de gestion, le SPW Patrimoine (Service public de Wallonie), la Ville de Tournai et la cellule UNESCO régionale.

Toute intervention, même à proximité, doit faire l’objet d’une étude d’impact patrimonial et être validée par les instances concernées. Ces exigences garantissent la préservation de la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du site, notamment sa co-visibilité avec les autres monuments de la ville et l’intégrité de son tissu bâti.

Valorisation et médiation culturelle Tout au long des travaux, la cathédrale reste partiellement accessible au public grâce à des dispositifs spécifiques. Un programme de médiation accompagne le chantier : visites guidées, expositions pédagogiques, panneaux explicatifs et projection du documentaire De la pierre au ciel.

En 2023, le projet d'une passerelle contemporaine a été pensé pour relier le Carré Janson à la galerie nord de la nef. Conçue dans le respect du bâti ancien, cette passerelle repose sur des appuis réversibles et se distingue par son plancher en métal perforé et ses garde-corps. Elle réactive symboliquement un ancien passage disparu entre la cathédrale et l’Hôtel des Anciens Prêtres.

Description Extérieur

vignette|centre|redresse=2.9|Vue générale de la cathédrale en direction du nord. À droite (à l'est) : le chœur gothique. On remarque l'importance des verrières du clair étage (19 énormes fenêtres). Le faîte du toit atteint près de .

Portails

Les tours Cinq hautes tours romanes surplombent Notre-Dame de Tournai. Elles sont à peu près d'égale hauteur : . Ces tours, qui couronnent la croisée du transept, annoncent déjà l'art gothique et donnent à la cathédrale une majesté tout à fait exceptionnelle.