, né le dans l'ancien arrondissement spécial de Nihonbashi (qui fait partie depuis 1947 de celui de Chūō) à Tokyo et mort le dans l'arrondissement de Kōtō (Tokyo), est un homme politique, romancier, réalisateur et acteur de télévision japonais.

Aoshima est gouverneur de Tokyo du au . Il a également été élu à la Chambre des conseillers, la chambre haute de la Diète du Japon, du au .

Il est fondateur du , un petit parti politique centriste uniquement présent à la Chambre des conseillers (son nom signifie d'ailleurs littéralement le « Club de la seconde chambre », désignant ici la chambre haute). Il préside ce mouvement entre 1983 et 1995, puis entre 2001 et 2006.

Origines et formation

Yukio Aoshima est le fils d'un petit entrepreneur, gérant d'un traiteur. Il est diplômé d'un de la faculté de commerce de l'université Waseda en mars 1955. Il intègre ensuite l'École supérieure de commerce de la même université, mais abandonne bientôt ses études, dès , pour se consacrer à l'écriture.

Écrivain, réalisateur et acteur

En 1966, il scénarise, produit et réalise le film , soit littéralement « La Cloche », dans lequel il tient également le rôle principal. Ce film est en compétition au Festival de Cannes de cette même année.

Sur le plan de l'écriture, il a reçu le Prix Naoki de la première moitié de l'année 1981 pour son livre , qui reste son œuvre majeure.

Carrière politique

À la Chambre des conseillers (1968-1995) Il est élu pour la première fois à la Chambre des conseillers lors des élections du . Candidat indépendant, il se présente au vote unique non transférable dans la circonscription nationale, correspondant à tout le Japon. Fort de sa notoriété d'écrivain, de réalisateur et d'acteur à la télévision, il obtient le deuxième meilleur score. Il réunit ainsi voixLe nombre décimal à partie fractionnaire renvoie au : les électeurs devant écrire le nom du candidat pour lequel ils votent sur un bulletin blanc, il arrive que certains de ceux-ci ne peuvent distinguer deux candidats (si l'électeur n'a marqué que le nom ou le prénom, et que celui-ci a une écriture en katakana, hiragana ou kanji identique pour deux candidats ou plus). Dans ce cas, le nombre de voix ainsi incertaines ne sont pas considérées comme nulles mais réparties à la proportionnelle du nombre de voix obtenues de manière clairement distinctes par chaque candidat concerné. et 2,65 % des suffrages exprimés, venant juste derrière un autre écrivain de la même génération, Shintarō Ishihara, qui lui est soutenu par le grand parti de la droite conservatrice au pouvoir depuis sa création en 1955, le Parti libéral-démocrate Résultats des élections à la Chambre des conseillers de 1968 dans la circonscription nationale, sur le site www.senkyo.janjan.jp.

Il est réélu à quatre reprises dans la circonscription nationale par la suite, dont deux au vote unique non transférable : le (il arrive cette fois avec votes soit 3,32 % des voix), le (de nouveau deuxième, suffrages et 3,73 %) Résultats des élections à la Chambre des conseillers de 1974, 1977 et 1980 dans la circonscription nationale, sur le site www.senkyo.janjan.jp. Une réforme électorale en 1980 fait passer le mode de scrutin dans la circonscription nationale du vote unique non transférable à la proportionnelle de liste, empêchant donc les candidatures solitaires. Yukio Aoshima forme alors en 1983 un parti politique modéré, le , avec d'autres tarento dont notamment un de ses amis romanciers, Akiyuki Nosaka. Ce dernier est élu à la Chambre des conseillers en 1983 Résultats de la liste du Club Dainiin aux élections à la Chambre des conseillers de 1983 dans la circonscription nationale, sur le site www.senkyo.janjan.jp (avant de démissionner dès le suivant pour être remplacé par son suivant de liste, le comique de manzai et seiyū Yutaka Shimomura, mieux connu sous son pseudonyme de Colombia Top). Aoshima est lui-même le seul élu de cette liste aux élections du (la formation obtient voix et 2,54 % des suffrages). Il démissionne toutefois en 1989, pour protester contre le vote de la loi instituant une taxe sur la consommation, et se représente au scrutin du de cette année (qu'il n'aurait pas dû contester, car touchant la moitié des membres de la Chambre élus en 1983) en deuxième position sur la liste du portée par le sortant Colombia Top. Celle-ci n'obtenant qu'un seul siège avec voix et 0,22 % des suffrages, Aoshima n'est pas élu. Il fait toutefois son retour dès le scrutin suivant du , en menant cette fois-ci à nouveau la liste qui obtient votes et 2,94 % des voix Résultats de la liste du Club Dainiin aux élections à la Chambre des conseillers de 1986, 1989 et 1992 dans la circonscription nationale, sur le site www.senkyo.janjan.jp.

À la Diète, il appelle régulièrement les hommes politiques à plus de transparence et critique fortement le jeu des partis. Il est opposé au PLD et plutôt proche des mouvements de gauche. Avec 132 autres parlementaires issus de ces derniers, dont la présidente du Parti socialiste japonais (PSJ) de l'époque, Takako Doi, il signe en 1989 une pétition destinée au nouveau président démocratiquement élu de la Corée du Sud Roh Tae-woo demandant la libération immédiate de plusieurs prisonniers politiques condamnés à mort par le précédent régime militaire de Chun Doo-hwan « Press Conference by Prime Minister Yukio Hatoyama », Site officiel du Premier ministre japonais, 16/09/2009. Cette pétition leur sera a posteriori reprochée après la reconnaissance et l'expression d'excuses officielles le par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il pour l'enlèvement par son pays de 13 citoyens japonais entre 1977 et 1983 Foreign Press Center Japan, « Prime Minister Koizumi Visits North Korea », Geopolitis.net, 30/09/2002. En effet, parmi les espions de Pyongyang ayant participé à ces enlèvements, figurait Sin Gwang-su, l'un des condamnés dont la pétition demandait la relaxe.

Gouverneur de Tokyo (1995-1999) Le , il annonce quitter son siège à la Chambre des conseillers (ce qui est effectif huit jours plus tard) pour se présenter à l'élection du gouverneur de Tokyo devant se tenir seulement à peine plus de trois semaines plus tard, le . Jusqu'alors, un seul candidat s'imposait comme sûr de l'emporter : Nobuo Ishihara, un haut fonctionnaire (il était le secrétaire général adjoint du Cabinet chargé de l'administration depuis 1987) ayant l'investiture de la plupart des grands partis nationaux (le PLD, le Kōmei, le PSJ, la Ligue libérale et le Nouveau parti pionnier) et de la principale confédération syndicale du pays, le Rengō. Les sondages montraient, avant l'entrée en jeu d'Aoshima, que les électeurs risquaient de s'abstenir en masse, dans un contexte de crise de confiance à l'égard de la classe politique depuis les scandales politico-financiers des années 1970 et 1980, la mauvaise situation économique née de l'éclatement de la bulle spéculative japonaise de 1989 qui a ouvert la voie à la « décennie perdue » et les alliances politiques instables qui se sont succédé depuis 1993. Aoshima fait une campagne atypique : contrairement aux stratégies traditionnelles des hommes politiques consistant à multiplier les discours dans les rues ou en face des gares, Aoshima ne réalise aucune allocution en public. Il se sert avant de sa notoriété de tarento et d'homme politique de carrière, et est également le premier à mener réellement une , par le biais de la télévision ou de la radio. Grâce à cela, il n'a dépensé qu'environ 800 $ N. D. KRISTOF, « TV Stars Defeat Politicians in Tokyo and Osaka Governor Races », The New York Times, 10/04/1995.

De plus, avec un ton parfois populiste, il choisit d'axer l'ensemble de son programme sur un seul cas concret : le projet lancé au début des années 1990 par le gouverneur sortant (qui ne se représentait pas) de développer sur l'île d'Odaiba un grand centre urbain secondaire baptisé Tokyo Teleport Town (un quartier futuriste avec de nouvelles réalisations résidentielles et commerciales pour accueillir personnes) et d'y organiser une « exposition urbaine internationale » pour son inauguration prévue en 1996. Aoshima estime le projet trop coûteux pour peu de résultats à un an de l'échéance (1 billion de yens ont alors déjà été engagés mais la Teleport Town reste encore sous-peuplée, avec de nombreux lots vides). Il résume sa pensée lors de son annonce de candidature le : « Les fonds mis de côté pour le développement d'un centre urbain secondaire, en cours dans une zone de réhabilitation, devrait plutôt être utilisé pour la prévention des catastrophes. J'annulerai l'exposition urbaine internationale » J. GØTZE, Participatory Design in an Urban Context, « Chapter 6 : Tokyo », Thèse de doctorat présentée au Département des Technologies et Sciences sociales de l'Université technique du Danemark, 1997.

Il est élu le , avec voix et 36,6 %, soit votes et 10,01 points de plus que Nobuo Ishihara qui arrive en deuxième place. Dès son entrée en fonction le suivant, il doit faire face à une forte opposition du PLD, qui détient la majorité à l'Assemblée métropolitaine, qui le menace d'une motion de censure voire de voter contre tous les textes qu'il leur présentera s'il ne renonce pas à sa promesse de mettre fin au projet de Teleport Town et d'exposition mondiale. Les libéraux-démocrates et ses autres détracteurs l'accusent également de ne pas faire la différence entre Teleport Town et l'Exposition, et l'accusent de méconnaître les autres dossiers politiques en cours dans la préfecture. Ils le font ainsi admettre, lors d'une réunion interne à l'Assemblée métropolitaine, qu'il ignorait le nom d'un autre plan de promotion urbaine en cours : le Forum international de Tokyo, palais des congrès devant « servir de symbole d'une nouvelle ère pour la cité internationale de Tokyo » et devant ouvrir en à Marunouchi, un autre centre urbain secondaire de la ville. De même, il reconnaît n'avoir jamais entendu l'expression « Bonjour Travail », surnom donné par les hauts-fonctionnaires au bureau du chômage de la préfecture. Quoi qu'il en soit, le , Yukio Aoshima prend sa décision finale et annule l'exposition urbaine internationale, tout en ne faisant qu'infléchir sans véritablement l'interrompre le développement de la Teleport Town. Cela l'a rendu très populaire auprès du grand public, mais a compliqué ses relations avec l'Assemblée métropolitaine AP, « Actor turned politician becomes hero in Japan », The Register-Guard, 03/06/1995.