Jean Paulhan est un écrivain, critique littéraire et éditeur français né à NîmesAu , rue Jean-Reboul.. le et mort à Neuilly-sur-Seine le .

Il est successivement secrétaire puis rédacteur en chef et enfin gérant de La Nouvelle Revue française (NRF) de 1920 à 1968..

Biographie Fils du philosophe Frédéric Paulhan, Jean Paulhan étudie la psychologie française dans le sillage de Pierre Janet et de Georges Dumas. Il écrit dans des revues de philosophie, comme La Revue philosophique de la France et de l'étranger, ou de sciences sociales, comme Le Spectateur. Il fréquente assidûment les milieux anarchistes et s'intéresse déjà aux lieux communs et aux proverbes, thèmes auxquels il pense consacrer sa thèse. À la fin de 1907, il part pour Madagascar alors colonie française, où il enseigne principalement le français et le latin au lycée de Tananarive. C'est là qu'il recueille des textes populaires malgaches, les hain-teny, qui prolongent sa réflexion sur la logique de l'échange.

De retour en France à la fin de 1910, il donne des cours de langue malgache à l'École des langues orientales. Il fait paraître en 1913, chez l'éditeur Paul Geuthner, le recueil de poésies populaires malgaches qui le fait connaître auprès des écrivains, notamment de Guillaume Apollinaire.

À la déclaration de la guerre, il est affecté au de zouaves, où il obtient le grade de sergent. Il est blessé pendant la nuit de Noël 1914. Cette expérience, au cours de laquelle il découvre en lui un patriotisme qu'il ne se connaissait pas, l'incite à prendre les notes qui deviendront son premier récit publié, Le Guerrier appliqué, modèle de tenue stylistique et mentale devant la catastrophe, et envers lequel Alain et Paul Valéry se montrent très élogieux.

Après la guerre, il se lie avec Paul Éluard et André Breton, mais devient en 1919 le secrétaire de Jacques Rivière, à la NRF. Il contribue à organiser le Congrès de Paris sur les directions de l'esprit moderne, participe à la revue présurréaliste Littérature et fait à la NRF le plein apprentissage de la direction de revues.. Le pluriel s'impose, car Paulhan aura veillé à conserver plusieurs revues à sa main : Commerce, Mesures et les Cahiers de la Pléiade. Gestion des abonnés, alimentation des rubriques, contact avec les écrivains, ses activités à la NRF forment le creuset d'une activité littéraire et éditoriale exceptionnelle. La Haute Commission interalliée des territoires rhénans (HCITR) le consulte pour le lancement d'un magazine littéraire bilingue destiné aux élites allemandes, la Revue rhénane : il recommande un jeune collaborateur de la NRF, Alexandre Vialatte, comme correspondant à Mayence.. Après la mort de Jacques Rivière, emporté par une fièvre typhoïde en , Paulhan incarne naturellement, aux yeux de Gaston Gallimard, le point d'équilibre entre expérience et modernisme.

De 1925 à , Jean Paulhan dirige donc la principale revue littéraire d'Europe., signant un certain nombre d'articles sous le pseudonyme de Jean GuérinLa Pléiade sous l'œil de la NRF dans La Lettre de la Pléiade n⁰ 36, avril-mai 2009, .. Les années qui suivent sont écrasantes, mais d'une grande richesse intellectuelle et humaine. Paulhan y pratique l'amitiéIl participe avec Arthur Adamov et Marthe Robert à l'extraction d'Antonin Artaud de l'hôpital psychiatrique de Rodez, le 25 mai 1946. et observe l'attitude, faite de haine et d'amour, des écrivains devant le langage. Il appelle « Rhétoriqueurs » ceux qui ont confiance dans la capacité du langage à exprimer ce qu'ils ont à dire, et à l'inverse « Terroristes » ceux qui voient d'abord dans le langage un obstacle à l'expression. En 1932, il s'installe à Châtenay-Malabry au 29, rue Jean-Jaurès, et devient conseiller municipal de 1935 à 1941 avec son ami le docteur Henri Le Savoureux, sur la liste SFIO de Jean Longuet, le petit-fils de Karl Marx.

En , il emménage au 5, rue des Arènes à Paris où il restera jusqu'à son décès. Une plaque commémorative est apposée sur la façade. En juillet de la même année, il tente de persuader ses amis de l'échec inévitable de toute collaboration. Dans ses lettres il dénonce le déshonneur des clauses de l’armistice signé par Philippe Pétain et se dit confiant dans la victoire anglaise. Le il écrit à Jean Schlumberger : « Enfin, si je devais désespérer de l’Angleterre vaincue, c’est dans le communisme français, je crois, que je mettrais mon dernier espoir. Mais nous n’en sommes pas là. (Et vive le général de Gaulle !) »..

Rapidement, il entre dans une clandestinité partielle. Il refuse de faire paraître la N.R.F. sous le contrôle allemand et y perd sa place. Elle reparaît en décembre 1940 sous la direction de Pierre Drieu la Rochelle. Il travaille à la revue Résistance, puis fonde, avec Jacques Decour, les Lettres françaises. Il soutient les Éditions de Minuit fondées par Vercors et Pierre de Lescure, qui publient clandestinement Le Silence de la mer de Vercors. Ses activités sont connues des Allemands et lui valent une première arrestation en . Après une semaine d'interrogatoire à la prison de la Santé, il est libéré grâce à l'intervention auprès d'Otto Abetz de l'écrivain collaborateur Pierre Drieu la Rochelle, son directeur au sein de la maison Gallimard.

vignette|gauche|Jean Paulhan et Jean Blanzat dans la clandestinité en 1944.En , Élise Jouhandeau dénonce à la Gestapo Jean Paulhan comme « Juif », et Bernard Groethuysen, comme « communiste ». Marcel Jouhandeau prévient ainsi Paulhan de l'acte de sa femme : . Jean Paulhan sera précisément prévenu de l'heure du « retour des mêmes personnages » (ceux de la Milice, plus probablement que ceux de la Gestapo) par un coup de fil de Gerhard Heller. Le jour où Louis Martin-Chauffier est arrêté à Lyon, Paulhan s'enfuit par les toits de la rue des Arènes et part alors se cacher chez Georges Batault (de l'Action française), qui collabora, en 1910, au Spectateur de René Martin-Guelliot, et qui est le beau-frère du , 17, rue Marbeau. Il écrit là plusieurs des Causes célèbres. Il vit dans la clandestinité de mai à . À Pourrat, le « Jeudi », (c.p. ), Paulhan écrit qu’à la suite d’un incident, il lui a fallu quitter la rue des Arènes pour la banlieue. À Pareau : Lettre datée « 16 V », c. V 44. Interruption parmi les lettres reçues par Paulhan à partir du début de mai 1944, mais il reste cependant en liaison avec Gaston Gallimard. Il ne va plus à la NRF, mais le courrier des Arènes suit..

vignette|redresse|L'hôtel particulier au 5, rue des Arènes à Paris où vécut Jean Paulhan. Après la Libération, il accepte de participer à la revue dirigée par Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, mais sous le pseudonyme de Maast. L'évolution du Comité national des écrivains, initialement organe de résistance des écrivains et des intellectuels français, qui s'assigne pour tâche, sous la férule de Louis Aragon, une épuration de la littérature française, oblige Jean Paulhan à remettre en cause le principe d'une épuration et à prendre la défense d'écrivains « collaborateurs », non pour les justifier, mais pour leur permettre d'être à nouveau publiés« Paulhan (…) avait mené la réflexion la plus subtile autour de ces notions de compromission, de nécessité[…] essayait de faire admettre qu'un écrivain est toujours responsable de ses écrits, mais d'eux seulement et non pas de ce qui paraît dans la colonne voisine ni sous la même couverture… » ().. Quittant Les Lettres françaises en 1947, il dénonce alors les « vertueux » résistants littéraires de l'après-guerre devenus censeurs, notamment dans sa Lettre aux directeurs de la Résistance, et ose publier à nouveau Louis-Ferdinand Céline. Dans le même esprit, il écrit des articles pour la Revue de la Table ronde, éditée par la maison d'édition du même nom, où se retrouve la droite littéraire de l'après-guerre.

Après avoir dirigé de 1946 à 1952 la revue Les Cahiers de la Pléiade pour Gallimard, il reprend la direction de la NRF après que celle-ci a été autorisée à reparaître, d'abord en , sous le titre Nouvelle Nouvelle Revue française, puis sous son titre initial, à partir de .

En , Jean Paulhan fait l'expérience de la mescaline avec la poétesse Edith Boissonnas et l'écrivain Henri Michaux. Cette prise de drogue hallucinogène fera l'objet, chez chacun d'eux, de publications : Rapport sur une expérience, de Jean Paulhan (publié dans ses œuvres complètes), Mescaline, d'Edith Boissonnas (La NRF, ), Misérable miracle, de Henri Michaux (Éditions du Rocher, 1956)Edith Boissonnas, Henri Michaux, Jean Paulhan, Mescaline 55, éd. Muriel Pic avec la participation de Simon Miaz, Paris, Éditions Claire Paulhan, 2014. Cette édition rassemble les témoignages des trois protagonistes de l'expérience mescalinienne de janvier 1955, ainsi qu'une correspondance choisie..

Sa collaboration avec Marcel Arland, codirecteur de la NRF, devient de plus en plus tendue. Sans abandonner le terrain de la littérature contemporaine, il travaille à ses œuvres complètes, qui seront publiées, dans leur première édition, chez l'éditeur Claude Tchou, de 1966 à 1970.

Il est élu membre de l'Académie française le par dix-sept voix contre dix pour le duc de Castries (son épée d'académicien est conçue par le peintre Robert Wogensky)..

Jean Paulhan est inhumé au cimetière parisien de Bagneux (). Sa seconde épouse, Germaine Paulhan, est décédée en 1976.

Bilan et postérité vignette|Jean Paulhan en 1967. Son œuvre comporte des récits mais également des écrits sur l'art (le cubisme et ce que dans un ouvrage de 1962 il nommait lui-même L'Art informel). Avec Jean Dubuffet, il contribue à la définition du concept d'art brut. Il entretient également une intense correspondance avec certains artistes, comme Gaston Chaissac ou encore Yolande Fièvre, dont il célèbrera notamment les "orinoscopes"..

Son influence dans la « République des lettres » de l'immédiat après-guerre lui attire une spirituelle mise en boîte de la part de Boris Vian : dans l'Automne à Pékin (où il n'est question ni d'automne, ni de Pékin), le très pontifiant et très ridicule président du Conseil d'administration de la société qui bâtit un chemin de fer en Exopotamie est le baron Ursus de Jeanpolent, une allusion transparente. En 1974, quelques années après sa mort, une exposition rendant hommage à la réflexion artistique menée par Paulhan sera d'ailleurs organisée au Grand Palais, à Paris. Intitulée, Jean Paulhan à travers ses peintres., elle montrera au public certains de ses manuscrits ainsi qu'un extrait de sa monumentale correspondance et mettra à l'honneur les peintures de Braque, Picasso, Chirico, Chaissac, Dubuffet, Fièvre, etc..

Toutefois, c'est surtout pour ses essais sur le langage et sur la littérature qu'il a acquis sa célébrité : Les Fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les lettres, À demain la poésie, Petite préface à toute critique. Si une grande partie de son immense correspondance reste inédite, un intéressant choix de lettres, ainsi que son dialogue avec Paul Éluard, André Lhote, François Mauriac, Jean Grenier, Georges Perros, Francis Ponge, André Suarès, Marcel Arland, André Gide, Michel Leiris, Jacques Chardonne, Armand Petitjean, André Pieyre de Mandiargues, est déjà accessible, comme ses lettres écrites de Madagascar (1907-1910).. Ses correspondances avec Gaston Gallimard, Franz Hellens, Marcel Jouhandeau ou Jacques Rivière sont également en cours de publication.

Les archives de Jean Paulhan sont déposées à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine. Les cinq premiers volumes de ses œuvres complètes ont paru en 2006, 2009, 2011 et 2018 chez Gallimard, dans une édition établie par Bernard Baillaud ; deux autres volumes suivront : les écrits sur l'art et les écrits politiques.

Distinctions et hommage

Allée Jean-Paulhan ()

Pseudonyme Jean Paulhan utilise le pseudonyme Maast pour, entre autres, ses publications dans la revue Les Temps modernes dirigée par Jean-Paul Sartre, la revue Les Cahiers du Sud dirigée par Jean Ballard, la revue Fontaine et les éditions de Minuit.

Écrits publiés