Ksar Lamaarka (en ; en berbère : Ighreme N' Lamaarka) est un petit village fortifié (en arabe : محصن) de la commune rurale d'Er Rteb, dans la province d'Errachidia et la région de Drâa-Tafilalet, située au Sud-Est du Maroc. C'est une construction ancestrale , qui fait partie intégrante du patrimoine et de l’identité socio-culturelle des régions pré-sahariennes du Maroc. Toponymie
Lamaarka acquit sa dénomination actuelle au :
Le mot "Lamaarka" signifie débat ou discussion. En effet,nos ancêtres nous racontent qu'il y a eu des débats ou "batailles" religieuses et culturelles entre les savants musulmans ("Fkihs " en arabe), fréquentant la mosquée du ksar et venant des régions voisines telles que le Tafilalet le berceau des Alaouites Le mot "Lamaarka " ou (en arabe : Al-Moaaraka) signifie la bataille ou la dispute. Une querelle éclate entre les gens des villages frontaliers (ou "Ksours voisins") et les habitants du ksar à cause du pâturage. Cette dénomination fut héritée des ancêtres qui donnèrent à ce petit village jusqu'à nos jours le nom de Lamaarka. Le village fut toujours un lieu calme,serein et sans turbulence; une terre paisible, où les différentes religions ont cohabité ensemble pendant des siècles.
Géographie Ksar Lamaarka est situé dans le Tafilalet: région pré-saharienne du Haut Atlas marocain, dans un emplacement spectaculaire au milieu de la vallée de Ziz bordée d’un ruban de palmeraies où se succèdent plusieurs ksour battit en terre. Il est rattaché administrativement à la commune rurale d'Er Rteb relevant de la province d'Errachidia. Le ksar est situé sur la rive droite de oued Ziz, à de la ville d'Errachidia et à du village d'Aoufous. À l’ombre des palmiers dattiers, les habitants vivent de l’agriculture qui constitue la base de l'économie du village .
Histoire Ksar Lamaarka représente un des plus anciens ksour sultaniens de la dynastie alaouite dans la région de Drâa-Tafilalet au sud-est du Maroc. Les ‘Alaouites, originaires de Tafilalet attachèrent une attention particulière à la construction des ksours sultaniens. . Le ksar a subi un processus de dégradation massive affectant ses fondements et son cadre architectural, à la suite des intempéries en particulier la grande crue dévastatrice de Oued Ziz du ayant occasionné des dégâts énormes dans toute la région. De nombreuses maisons se sont écroulées dans le ksar ; en particulier celles du côté de la palmeraie. Les habitants ne peuvent, comme leur ancêtre, continuer à vivre dedans et entretenir chaque année les façades et réparer les dégâts causés par les intempéries. Le travail de restauration et d’entretien devient très lourd, le ksar est alors déserté à partir des années 1970, par la majorité des familles pour construire à l’extérieur du ksar. Malheureusement, les Ksar est aujourd'hui laissé à l’abandon et tombe en ruine au risque de disparaître à jamais du paysage et patrimoine marocain. L’enceinte du ksar est en ruine à la suite des aléas du climat, mais on peut tout de même voir les forts beaux éléments décoratifs ornant les portes sculptées en arc.
Architecture À l'image des constructions du Sultan Alaouite Moulay Ismaïl (1672-1727), en particulier Bab Mansour el Aleuj à Meknès. Bab jdid, mêle force et robustesse avec une allure d'harmonie par sa forme et son style architectural. La porte est une merveille architecturale exemplaire, elle a pu résister aux multiples aléas climatiques. L'architecture de la porte est semblable à celle de Bab Mansour à Meknès. Dans l'ensemble, la hauteur totale de la construction est d’environ , l'ouverture de l'arc est près de , elle est décorée dans un style urbain avec des motifs décoratifs : le matériau de construction est constitué de briques cuite pleine et très anciennes. Les décorations qui ornent la façade de la porte sont magnifiques, le décor est constitué sur fond de zellige (mot arabe: زليج) qui reproduit des assemblages géométriques (losanges…) avec des mosaïques posées sur un lit de plâtre, vernissées surtout en bleu et en vert. La grande maison est entourée d'une grande muraille d'environ de hauteur entourant des dizaines d'habitations accolées les unes aux autres. L'entrée principale amène à un palais royal nommé «Dar lakbira», l'entrée est en arcade ornée, du côté est vers la palmeraie, mène à l'enceinte de Dar lakbira puis au Riad. Ce dernier, fut sûrement la merveille du palais, décoré d'arbustes exotiques qui furent irriguées par un système séculaire souterrain de canalisation amenant l'eau depuis la rivière "ziz" jusqu'au milieu du palais. .
Grandes murailles Ses remparts furent construits en terre (Tabia ou Louh) : du pisé en plus des briques de terre crue le tout couverts de tuiles (en arabe :) et décorée dans un style citadin, avec profusion de mosaïques et de plâtre sculpté. La pierre n’est utilisée que pour les fondations et peu au-dessus du sol pour question de protection contre les eaux pluviales et les inondations. La battisse était consolidée de murailles d’enceinte (une muraille intérieure « en arabe : sour,السور) » et une autre extérieure « en arabe : dour,الدور ») et jalonnée de tours de guet, quadrangulaires, larges d’environ dix mètres de hauteur qui ne font penser qu’au caractère défensif pour faire face aux intempéries et aux attaques de tribus nomades régnantes à l'époque.L'ensemble de toutes ces édifices forme un habitat compact fortifié, entouré de grandes murailles d'enceinte:
une muraille intérieure « sour : السور » ; une muraille extérieure « dour : الدور » ;
Cet habitat traditionnel a été favorisé par des facteurs physiques, historiques et socio-économiques caractéristiques de cette région.
Importance historique du patrimoine à l'échelle de la région
La porte majestueuse est le témoignage et l'archive vivante de l'évolution significative de l'histoire d'une civilisation particulière au Maroc. C'est une figure de l'histoire du Maroc, grâce à son style architecturale, elle témoigne l'époque où le ksar Lamaarka a connu un rayonnement socio-culturel et commercial au , grâce à son emplacement géostratégique entre le nord et le sud du pays. En effet, le ksar a joué des rôles prépondérants dans l'orientation politique de la région de Erteb et est devenu par la suite partie du domaine makhzanien en servant de localité résidentielle du khalifa ou du kaid jusqu'aux années 1960 (lors de l'époque coloniale française). Enfin, Bab Jdid lamaarka est considéré par les habitants du village comme un patrimoine architectural d'une valeur historique qu’il faut lui redonner vitalité et valoriser. C’est un portail liant le passé au présent.
Ancienne mosquée Effondrée : Malgré sa simplicité architecturale, elle a joué un rôle culturel et religieux important, la plupart des érudits (savants) de la région se rassemblaient à dans l'enceinte de la mosquée, engendrant des batailles littéraires et doctrinales entre plusieurs sectes soufies des régions avoisinant le ksar, tels que Ibn Abd al-Sadiq et Moulay Abdullah Sharif.
La caractéristique la plus importante de son "Minbar" archéologique sauvegardé dans la maison d’un des descendants de la famille Alaouite, est l'inscription d'une écriture de fond qui renseigne sur la date de sa construction comme suit :
La date de construction de la mosquée est 1126 de l'hégire qui correspond à 1714, environ sept années avant la construction du Palais et sa porte Bab Jdid en (1721). Des maisons traditionnelles regroupées à l'intérieur dont les murs sont en pisé pour l'isolation du froid et de la chaleur. Ses rues couvertes auparavant étaient fraîches et agréables dans les moments de chaleur. Les toits ; les "Masria " (chambre sur les terrasses) furent des lieux de vie intense et d'échange.
Démographie et Ethnie Le Ksar comporte une centaine d'habitants (environ 1000). Le ksar est habité par une dizaine de familles qui appartiennent, de règle, à des variétés ethniques importantes. La population est constituée majoritairement d'ethnie berbère, notamment de la tribu d'Ait Atta la plus grande et remarquable au Sud Est du Maroc d'origine l'Anti-Atlas marocain (Saghro) parlant la langue tamazight. Ethnie berbère de Ksar Lamaarka Les 5 fractions berbères ou grandes familles historiques composant le ksar sont : Ait Slimane représentés par les noms de familles suivants SLIMANI , HA , HSSAINI ,LAMAARKI , OUHAGGA Ait Zayd, représentés par les noms de famille EL AMRAOUI , HASSAYNE , MOUJANE… Ait hssain, représentés par la famille BAADI. Ait Ben hssain représentés par les noms de famille BANAGOU , OUBAHA, OUSSANA Ait Boulamaàden représentés par BOULAMAADEN ,EL YAKOUBI , OUSSAID, HEDDOU Ethnie Arabe de Ksar Lamaarka À ces familles berbères s'ajoutent des familles chérifiennes (Les chorfas : chérifs) alaouites d'ethnie arabe telles Les ISMAILIYINES et SLIMANIYINE descendants alaouites de Moulay Chérif Ben Ismail : le roi fondateur du ksar.
Si ces grandes familles historiques Berbères et Arabes Alaouites, constituèrent à l'origine le noyau ou la base de la communauté à Ksar Lamaarka, le Ksar accueillit des familles étrangères qui s'installèrent au fil des siècles derniers ! venant des ksours voisins ksar Tamaarkit et ksar Zrigat ou autres régions, telles que :
Hamdawa (Ouled hmed ) et Mehlawa : parlant l'arabe essentiellement la darija, (l'arabe dialectal marocain). Kbalas terme exonyme : Haratins parlant certains arabe et d'autres berbère, d'origine incertaine provenant probablement du Sud et d’Afrique Subsaharienne, qui sont arrivés dans le village avec pour seul bien leur force de travail dans les champs. Ils ont été employées comme ouvriers dans le village, recevant le 1/ des récoltes. Certaines ont pu accéder à la propriété car plusieurs propriétaires historiques ont quitté le village et ont vendu leurs terres à cause des vagues de sécheresses qu'à connu le Ksar ou par délaissement et pauvreté. Ils sont représentés par les familles Barezzouk, Jaafar, Salah, Bouajaj, Arif, Totoch, Ouchbab, El Hili… Toutes ces familles précitées vivent en communauté organisée selon les préceptes de l'islam et sont gérées par "LaKbila" composée de 7 " MEZRAGUES ou représentants" qui représentent les principales familles du ksar (5 pour les berbères + 1 des Chourafas + 1 des Hamdaouas).
Outre cette population et à une époque reculée jusqu’aux années cinquante du siècle écoulé, année de colonisation française, pendant le protectorat, un certain nombre de Juifs vécurent à Ksar Lamaarka dans un quartier "réservé" appelé " Mellah " du côté ouest à l'opposé de la direction de la Qibla. Les Juifs étaient totalement intégrés à la communauté berbère et chérifienne Maarkienne, partageant nombre de coutumes de leurs voisins musulmans et vivaient en paix et en symbiose jusqu’à leur départ en Israël (vagues d'émigration entre 1948 - 1956) plus particulièrement après l'indépendance de ce pays en 1948. Ils travaillaient du métal, de la cordonnerie, de la fabrication des seaux de puits. Ils étaient des marchands ambulants (Aattars en arabe) parcourant les ksours aussi des commerçants qui vendaient les bijoux, le tissu et des produits agricoles comme les céréales dans les souks ruraux. Il existe à ksar Lamaarka un site réservé (Un cimetière) aux enterrements des morts juifs avec des « tombeaux ». La pierre tombale à caractère hébraïque de la photo suivante témoigne l'existence des juifs au ksar.
Infrastructure Il existe un certain nombre d’infrastructures dans le village du ksar : une école primaire, une route goudronnée, l’accès à l'eau potable, ainsi que le raccordement aux réseaux : électrique et télécommunication, mais l’assainissement des eaux usées est problématique car la plupart des maisons sont dotées de fosses septiques individuelles. Une étude est en cours de réalisation par les autorités locales (commune rurale Er-teb) pour résoudre ce problème.