Henry George ( à Philadelphie – à New York) est un économiste autodidacte, auteur et homme politique américain qui a élaboré et promu un projet de réforme fiscale fondée sur le concept d'impôt unique foncier (impôt ayant comme assiette la surface du sol détenu par le ménage propriétaire imposé), dans le but de « conformer les arrangements sociaux aux lois naturelles »George, Henry. The writings of Henry George (vol. 3) ; Social Problems, chap. XIX, The First great reform. New York : Doubleday and McClure Company, 1898, . et de remédier aux inégalités de revenus, au chômage et aux crises économiques qui surviennent paradoxalement avec le progrès technologique.
Ses théories, relativement confidentielles dans le monde francophone, ont été rassemblées par le courant de pensée georgiste, d'obédience socialiste et très populaire aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans l'ensemble du monde anglo-saxon. Elles ont connu un succès considérable à l'issue de la parution de son ouvrage Progrès et Pauvreté en 1879.
De nombreux économistes et personnalités politiques, parmi lesquels John Rogers Commons, Thorstein Veblen, Nicolaus Tideman, Léon Walras, William Vickrey, Abba Lerner, Winston Churchill, Paul Samuelson, Sun Yat-Sen, Tchang Kaï-Chek, Sidney Webb, Theodor Herzl, Chaim Weizmann, Léon Tolstoï ou Emma Goldman se sont réclamés du georgisme.
Biographie Parents, enfance et adolescence (1839-1855) Le grand-père maternel de Henry, John Vallanee, sculpteur protestant né à Glasgow (Écosse), décéda en 1823 ; il avait sept filles et sa veuve, Margaret Pratt, n'était pas riche ; un cousin du père de celle-ci, riche marchand de Philadelphie, donna une petite maison de briques à chacune des filles, et elles reçurent une bonne éducation. Le grand-père paternel de Henry George, Richard George, né dans le Yorkshire (Angleterre), était capitaine de navire ; il se maria avec Mary Reid de Philadelphie dont il eut trois enfants, Richard Samuel Henry (R. S. H.) étant le benjamin né dans le New Jersey (à New Brunswick) en 1798. R.S.H. George fut un « bon marin » sur les fleuves américains, il s'engagea dans la mercerie en Nouvelle-Orléans, puis s'établit à Philadelphie, où il travailla aux douanes à deux périodes de sa vie, séparées par 17 ans comme éditeur des livres de l'Église épiscopale ; il eut deux enfants d'un premier mariage, devint veuf, et se remaria avec Catherine Pratt Vallanee, qui tenait une petite école privée avec sa sœur, et ils eurent dix enfants ; Henry () était le second d'entre eux et l'ainé de quatre garçons.
Le père garda les siens dans un certain confort, et le petit Henry reçut une éducation religieuse stricte. Il passa son enfance sur les quais de Philadelphie, à nager, patiner et monter sur les navires, l'imagination nourrie par des récits de missionnaires et de la famille, ainsi que par la lecture. Sa mère lui transmit un goût pour la poésie et la littérature, et il allait dans des bibliothèques, dont celle du Franklin Institute grâce à son oncle maternel Thomas Latimer, - coéditeur avec son père. Il fréquenta diverses écoles, privées et publiques, dont l'Académie Épiscopale, mais cessa après seulement quatre mois au secondaire.
L'ampleur des besoins vitaux de la famille grandissante a pu pousser Henry à travailler, dès l'âge de 13 ou 14 ans, dans une maison d'importation de verrerie chinoise, puis au bureau d'un technicien naval (marine adjuster). Le jeune Henry se sentait appelé par la mer, et en 1855 il demanda à un cousin plus âgé que lui d'en parler à un ami de la famille dont le père était capitaine. R.S.H. George jugea inutile d'aller contre son vœu, mais craignant que son fils mène une vie itinérante et dans l'espoir de l'en détourner, il demanda au capitaine de ne pas lui accorder de conforts particuliers. À l'âge de 15 ans Henry George se rendit à Melbourne en Australie et à Calcutta en Indes en tant que mousse sur le navire HindooGeorge, Henry Jr. The life of Henry George. Period ; Birth and early training (1839-1855). New York : Doubleday, Page & co., 1904, . .
Avant Progrès et pauvreté (1856-1879) À son retour aux États-Unis, il travailla comme typographe, jusqu’à ce qu’il fût pris par la fièvre de la Ruée vers l'or du canyon du Fraser. Après trois années de prospection à Victoria il abandonna ce qui s'était avéré être des illusions, et alla travailler à San-Francisco en 1858 comme ouvrier pour un journal. Nonobstant sa situation précaire, il consacrait ses rares heures de loisirs à étudier. D’un naturel plutôt timide et craignant la raillerie, il hésita tout d'abord mais envoya finalement des articles anonymes au directeur du journal qui l’employait ; la plupart furent publiés, et plusieurs eurent même un certain retentissement. Quand il se fit connaitre, il devint aussitôt rédacteur.
En 1861 il se maria avec Annie Fox, une orpheline de 18 ans originaire d'Australie. Ce fut un mariage heureux, et ils eurent quatre enfantsSkousen, Mark. The making of modern economics ; The lives and ideas of great thinkers. Blackstone Audio Inc. Ed., 2009, ., dont un fils prénommé Henry Jr. né en 1862. Mais George travaillait alors de manière occasionnelle, et le paiement de son salaire était irrégulier. Il fut un jour si désespéré, après la naissance du deuxième enfant, qu'il demanda sur la rue cinq dollars à un inconnu, qui le lui donnaGeorge, Henry Jr. The life of Henry George. Period ; Birth and early training (1839-1855). New York : Doubleday, Page & co., 1904, . .
En 1871 il publia son premier livre, Our land and land Policy. Il proposa d'instaurer le vote secret (qu'on appelait alors « vote australien ») pour combattre l'influence corruptrice de l'argent dans les élections ; « le premier effort vers une réforme consiste à éveiller l'opinion publique », écrivait-ilGeorge, Henry. Bribery in Elections. The Overland Monthly, vol. 7, No. 6, décembre 1871, . . En 1872, il fonda à San-Francisco le journal San Francisco Evening Post, qui eut beaucoup de succès, mais dut cesser ses activités quelques années plus tard (1875) après avoir été « mis dans l'embarras par une obligation envers un homme riche (sénateur John P. Jones) dont le billet avait été accepté à sa demande »George, Henry. The Science of Political Economy. Toronto ; Morang, 1898, ..
Il sollicita et obtint du gouverneur (Irwin) de la Californie la sinécure d’inspecteur des gaz, ce qui lui permit de se consacrer presque exclusivement à ses travaux. C’est alors qu’il conçut son livre Progrès et Pauvreté, sous-titré Enquête sur la cause des crises industrielles et de l’accroissement de la misère au milieu de l’accroissement de la richesse ; Le remède, qui parut à 500 exemplaires en 1879 (édition d'auteur), et se vendit par la suite à des millions de copies dans des dizaines d'éditions aux États-Unis et en Angleterre. (En 1925, Progrès et pauvreté avait été traduit en français, portugais, espagnol, allemand, danois, suédois, polonais, tchèque, hongrois, russe, japonais et arabe, et des extraits sont parus en esperanto)George, Henry. Progrès et pauvreté ; Enquête sur la cause des crises industrielles et de l’accroissement de la misère au milieu de l’accroissement de la richesse ; Le remède ; (pp. I-III) Henry George, sa vie, son œuvre, sa mort (trad. P.-L. Lemonnier). Bruxelles/Paris ; Ligue pour la réforme foncière, 1925. Dans ce livre, il tâchait « d'unir la vérité perçue par l'école de Smith et Ricardo, à la vérité perçue par l'école de Proudhon et Lassalle, de montrer que le laissez-faire ouvre la voie à la réalisation des nobles rêves du socialisme, [et] d'identifier la loi sociale avec la loi morale »George, Henry. Progrès et pauvreté ; Préface. Bruxelles/Paris ; Ligue pour la réforme foncière, 1925, p. xi..
Après 1879 Le succès de son livre arracha George à la vie du fonctionnaire. Il s'installa à New York en 1880. Pendant les seize dernières années de sa vie il propagea ses idées, dans plusieurs tournées des États-Unis, au cours desquelles des foules se joignaient à lui, au Canada (1884)Cook, Ramsay. Henry George and the poverty of Canadian progress. Historical Papaers / Communications Historiques, vol. 12, No 1, 1977, . , en Angleterre, où il prit la défense du libre-échange avec Protection or free-trade (1886), en Irlande, ainsi qu’en Australie (1890) et en Nouvelle-ZélandeGeorge, Henry. Progrès et pauvreté; (pp. I-III) Henry George, sa vie, son œuvre, sa mort. Bruxelles/Paris ; Ligue pour la réforme foncière, 1925..
George n'avait pas d'ambition politique, mais reçut en 1886 une nomination indépendante (Union Labor Party) pour la mairie du "petit" New York (excluant Brooklyn, etc.). Il fallut une coalition des deux plus grands partis pour empêcher son électionGeorge, Henry. In The Encyclopaedia Britannica, New York ( Ed.) vol xi, , 1910. (Nombre de votes: coalition, 90552 ; H. George, 68110, - et devant Theodore Roosevelt).
En il lança un journal hebdomadaire de nouvelles et d'opinions (correspondance, poésie, etc.) pour « l'émancipation du travail et la restauration des droits naturels, » The Standard, dont il fut l'éditeur pendant deux ansGeorge. Henry. The Standard. En , le pape Léon XIII publia l'encyclique Rerum Novarum qui déclarait anathème le socialisme et les théories de George, - un rapprochement incongru d'après l'intéressé et l'Évêque McGlynn, - dont la suspension fut l'objet d'un débat passionné - dans le Standard les années précédentesGeorge, Henry. The Case of McGlynn (29 septembre 1886) ; Henry A. Hartt. The Archbishop: His position Insulting to the Dignity of the Republic ; (Letter of) Edward McGlynn. The Standard, vol. 1, 8 janvier 1887. ; No Politics from Rome. The Standard, vol. 1, 22 janvier 1887 . George répondit par une lettre ouverte, Sur les conditions de travail, qui fut publiée à copies dans les pays anglo-saxons. En 1892 il publia A perplexed philosopher.
En 1897, les partisans de George l'ont convaincu de briguer les suffrages à la mairie du “grand” New York (incluant Brooklyn et autres municipalités adjacentes) ; en dépit des avis de médecins qui le mettaient en garde contre une mort probable à cause de sa santé vacillante, il accepta pour « représenter (le sentiment de) ceux qui pensent que tous les hommes sont créés égaux, » suivre « le principe de la vraie démocratie énoncé dans la philosophie de Thomas Jefferson, » et « plaider la cause des gens ordinaires contre la corruption et le despotisme » ; et il nomma son parti le « Parti de Thomas Jefferson ». Il communiquait son enthousiasme aux foules, et faisait plus de discours que le candidat républicain et le démocrate réunis. Puis, dans la nuit du 28 au , il eut une crise d'apoplexie (accident vasculaire cérébral) et mourutGeorge, Henry Jr. The life of Henry George, Period, chap. xiv: The last campaign. New York : Doubleday, Page & co., 1904, . https://archive.org/details/completeworksofh10georiala] - quatre jours avant l'électionGeorge, Henry. Progrès et pauvreté ; Henry George, sa vie, son œuvre, sa mort. Bruxelles/Paris ; Ligue pour la réforme foncière, 1925, pp. I-III. ( tâcha en vain de remplacer son père à l'élection.)
Ses funérailles ont donné lieu à « une des plus grandes manifestations populaires de sentiment et de respect pour un citoyen strictement privé dans l'histoire des États-Unis » ; environ y assistèrent. Il a été qualifié d'homme le troisième plus célèbre des États-Unis (après Mark Twain et Thomas Edison) par sa petite-fille Agnes de Mille..