thumb|right|250px|Blason de Bordeaux. La ville fait partie des plus anciennes à posséder un blason, depuis le . Le blason actuel est le même que celui adopté au , supprimé pendant la Révolution française et restauré par décret royal le . On peut y voir un léopard, symbole de la Guyenne, surmonté par un chef composé d'un semis de fleurs de lys.. Le bâtiment représenté en dessous du léopard est la Grosse cloche, qui constituait une partie des remparts de la ville et servait d'ancien beffroi pour l'hôtel de ville. Le croissant représente quant à lui le port, surnommé , tandis que la mer d'Azur représente la Garonne. La devise de la ville est inscrite en dessous : Lilia sola regunt lunam unda castra leonem ( en français).
L'histoire de Bordeaux est étroitement liée à sa situation géographique, à la fois au bord de la Garonne, à proximité de l'estuaire de la Gironde et de l'océan Atlantique, et au croisement de plusieurs grands axes terrestres, fluviaux et maritimes. Les premières traces d'occupation attestées sur le site de la ville remontent au Dès l'Antiquité, cette position favorise le développement d'un établissement tourné vers les échanges et contribue à faire de Bordeaux un carrefour entre l'intérieur de l'Aquitaine, la façade atlantique, les îles Britanniques et la péninsule Ibérique.
Sous l'Empire romain, Bordeaux, alors connue sous le nom de Burdigala, connaît un essor considérable. Devenue au tournant des le chef-lieu de la Gaule aquitaine, la cité s'affirme comme l'un des principaux centres urbains et commerciaux du Sud-Ouest de la Gaule. Son développement repose notamment sur son port, sur les échanges fluviaux le long de la Garonne et sur ses relations commerciales avec les autres régions de l'Empire. La ville connaît également un important développement monumental et culturel, dont témoignent encore plusieurs vestiges archéologiques.
Après les transformations de l'Antiquité tardive et les bouleversements politiques qui accompagnent la disparition de l'Empire romain d'Occident, Bordeaux demeure un centre urbain et religieux important. Au Moyen Âge, son destin se confond progressivement avec celui du duché d'Aquitaine. À partir de 1152, le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt place l'Aquitaine dans l'espace politique de la monarchie anglaise. Bordeaux devient alors la principale capitale de l'Aquitaine anglo-angevine et tire une part croissante de sa prospérité du commerce maritime, notamment de l'exportation des vins vers l'Angleterre.
Cette situation fait de la ville un enjeu majeur des affrontements entre les monarchies française et anglaise. Pendant la guerre de Cent Ans, Bordeaux reste l'un des principaux bastions anglais en Aquitaine avant d'être reconquise par les troupes de Charles VII après la bataille de Castillon en 1453. La ville est alors définitivement intégrée au royaume de France, même si cette nouvelle situation entraîne dans un premier temps une période de difficultés économiques et de réorganisation politique.
Aux , Bordeaux demeure une grande ville portuaire et commerciale. Son activité repose principalement sur le commerce des vins, mais son port s'insère progressivement dans les réseaux atlantiques. La ville connaît parallèlement de profondes tensions politiques et religieuses, notamment lors des guerres de Religion et de la Fronde. La monarchie renforce progressivement son contrôle sur la cité, tout en confirmant son rôle administratif et commercial dans le Sud-Ouest.
Le constitue l'un des grands moments de prospérité de l'histoire bordelaise. Le port connaît un essor spectaculaire et Bordeaux devient l'un des principaux centres du commerce atlantique français. Les échanges portent sur les vins et les produits agricoles, mais aussi sur les marchandises coloniales telles que le sucre, le café et le cacao. Cette prospérité repose également, de manière importante, sur la participation de négociants et d'armateurs bordelais à la traite négrière. La richesse accumulée au cours du siècle transforme profondément le paysage urbain : les quais, les places monumentales et les hôtels particuliers qui caractérisent encore le centre historique sont en grande partie issus de cette période. L'essor économique s'accompagne enfin d'un renouveau intellectuel lié à la diffusion des idées des Lumières.
La Révolution française bouleverse profondément l'organisation politique et économique de la ville. En 1790, Bordeaux devient le chef-lieu du département de la Gironde. La ville est particulièrement associée aux Girondins, dont plusieurs représentants entretiennent des liens étroits avec elle. En 1793, son soutien au mouvement girondin l'oppose au pouvoir montagnard et entraîne une répression sévère pendant la Terreur. Malgré les bouleversements révolutionnaires et les guerres napoléoniennes, Bordeaux conserve son rôle de grand centre commercial et portuaire.
Au , la ville entre progressivement dans l'ère industrielle. Le développement du chemin de fer, la modernisation du port, l'essor de nouvelles activités industrielles et l'expansion du commerce viticole renforcent son rôle de métropole régionale. La construction de nouveaux quais, de boulevards et de quartiers résidentiels transforme également profondément son paysage urbain. Le classement des vins de Bordeaux de 1855 contribue par ailleurs à renforcer la renommée internationale du vignoble bordelais.
Le est marqué par les deux guerres mondiales, mais aussi par de profondes mutations économiques et urbaines. Bordeaux accueille temporairement le gouvernement français en 1870, en 1914 et en 1940 lors de crises militaires majeures. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée par les forces allemandes de 1940 à 1944 et devient un important centre militaire et portuaire. La période est marquée par les restrictions, la répression, la persécution des Juifs et la déportation, mais aussi par le développement de la Résistance.
Après 1945, Bordeaux connaît plusieurs décennies de croissance urbaine et de transformation économique. L'essor de l'automobile, l'étalement de l'agglomération et le déclin relatif du port traditionnel modifient profondément l'organisation de la ville. À partir des années 1970, puis surtout dans les années 1990, une nouvelle politique de reconquête urbaine est engagée afin de restaurer le centre historique, de requalifier les quais et de développer les transports collectifs.
Depuis la fin du , Bordeaux connaît ainsi un profond renouveau urbain et métropolitain. À partir de 1995, la municipalité engage d'importants travaux de réaménagement, notamment dans le centre historique et sur les quais de la Garonne. La mise en service du tramway de Bordeaux à partir de 2003, la reconquête des espaces publics, la restauration du patrimoine et l'arrivée de la LGV Sud Europe Atlantique en 2017 renforcent l'attractivité de la ville et de son agglomération.
En 2007, l'ensemble historique de Bordeaux, désigné sous le nom de , est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. L'organisation souligne notamment la continuité de l'évolution urbaine de la ville sur plus de deux millénaires, ainsi que la remarquable cohérence de son architecture classique et néoclassique.
Aujourd'hui, Bordeaux constitue le principal pôle urbain de la Nouvelle-Aquitaine. Son économie repose toujours sur le vin, le commerce et les activités portuaires, mais elle s'est largement diversifiée dans les domaines de l'aéronautique et du spatial, de la défense, du numérique, de l'enseignement supérieur, de la recherche, des services et du tourisme. La ville doit cependant relever de nouveaux défis liés à son attractivité : coût du logement, pression foncière, mobilités, étalement urbain, inégalités territoriales et adaptation au changement climatique.
L'histoire de Bordeaux peut ainsi être lue comme celle d'une ville constamment façonnée par sa relation à la Garonne, au port et aux grands réseaux d'échanges. De l'agglomération protohistorique à la métropole contemporaine, son développement repose sur une succession de fonctions — commerciales, portuaires, administratives, politiques et culturelles — qui ont progressivement construit son identité. Cette continuité explique en grande partie la richesse de son paysage urbain et la reconnaissance internationale de Bordeaux, Port de la Lune.
Protohistoire
Les premières traces d'occupation humaine attestées sur le territoire de Bordeaux remontent au Le site protohistorique, qui s'étend sur environ , se situe dans un secteur compris entre l'actuelle porte Dijeaux et la place des Quinconces..
Une première agglomération se développe sur la rive gauche de la Garonne, à proximité de la Devèze, dans un environnement encore largement occupé par des zones marécageuses. La situation du site constitue rapidement un atout majeur. Sa proximité avec l'estuaire de la Gironde et l'océan Atlantique permet en effet de mettre en relation les voies terrestres, fluviales et maritimes, facilitant la circulation des personnes et des marchandises..
Cette configuration géographique constitue l'un des fondements du développement ultérieur de Bordeaux. La ville se trouve en effet au croisement de plusieurs grands axes de circulation : :
un axe terrestre reliant la péninsule Ibérique à l'Europe rhénane ; un axe fluvial organisé autour de la Garonne et de son bassin, mettant en relation l'arrière-pays aquitain avec l'Atlantique et, plus largement, avec les réseaux commerciaux méridionaux ; un axe maritime donnant accès à la façade atlantique et, au-delà, aux régions de la Bretagne, des îles Britanniques, de l'Europe du Nord et de la péninsule Ibérique.
L'importance respective de ces différents axes varie selon les périodes, mais leur convergence contribue durablement à faire de Bordeaux un carrefour commercial et stratégique. Cette vocation, déjà perceptible à l'époque protohistorique, constitue l'un des principaux facteurs de l'essor de la cité durant l'Antiquité, puis de son développement au Moyen Âge et à l'époque moderne.
Antiquité
De l'agglomération gauloise à Burdigala
Les Bituriges Vivisques, peuple celte dont le nom est généralement interprété comme signifiant ou , s'installent dans la région bordelaise au plus tard au Ils sont généralement considérés comme issus des Bituriges Cubes, établis autour de l'actuelle Bourges, même si les circonstances et la chronologie de leur installation demeurent discutées. Les sources antiques, notamment Strabon et Pline l'Ancien, les présentent comme un peuple installé parmi les Aquitains. Une autre hypothèse, défendue par certains historiens, fait de leur installation dans la région une conséquence de la conquête romaine de l'Aquitaine au cours de la guerre des Gaules.
À l'époque de Strabon, Bordeaux, alors connue sous le nom de Burdigala, est décrite comme un emporion, c'est-à-dire un établissement commercial davantage caractérisé par sa fonction d'échanges que par un statut civique particulier. Sa situation sur la Garonne lui permet néanmoins de participer activement aux échanges régionaux et de s'insérer dans les réseaux commerciaux reliant les différentes cités de Gaule.
La situation de Burdigala favorise son intégration progressive au système politique et économique romain. Entre la fin du et le début du , Bordeaux devient le chef-lieu de la Gaule aquitaine, au détriment de Saintes (Mediolanum Santonum). Cette promotion administrative s'explique notamment par la position stratégique de Burdigala, à la fois tournée vers la Garonne et largement ouverte sur l'Atlantique..
L'apogée de Burdigala
Cette promotion administrative accompagne une profonde transformation économique, urbaine et culturelle. Bordeaux devient progressivement l'un des principaux centres de la façade atlantique de la Gaule et connaît un important essor intellectuel. Son rayonnement culturel se prolonge jusqu'à la fin de l'Antiquité, comme en témoignent notamment les œuvres d'Ausone et de Sidoine Apollinaire.