Antoine Georges Amédée Ernest Outrey, né le à Constantinople dans l'Empire ottoman. et mort le à Saint-Germain-le-Guillaume dans la Mayenne., est un administrateur colonial et homme politique français. Il fit carrière en Indochine, où il fut Résident supérieur au Laos (1911) puis au Cambodge (1911-1914), enfin député de la Cochinchine durant vingt-deux ans (1914-1936).
Biographie Famille Ernest Outrey est fils de Pierre Charles Maximilien Amédée Outrey (1820-1882) et d'Ernestine Marie Sophie IssaverdensLes filiations sont établies à partir de divers arbres généalogiques trouvés sur Geneanet, ainsi que de recherches privées..
Le père d’Ernest, né à Bagdad en 1820 et mort en 1882, était premier drogman de l’Ambassade de France à Constantinople, et issu d’une famille d’origine franc-comtoise, établie depuis plusieurs générations en Orient et active dans la diplomatieNotamment : son père Georges Outrey (ca. 1775 – 1848) fut chirurgien apothicaire et vice-consul de France à Bagdad, Rhodes et Trébizonde. L’oncle d’Ernest, Ange-Georges Maxime Outrey (1822-1888), fut notamment ministre plénipotentiaire de France au Japon et à Washington ; un cousin, Georges Outrey, né en 1864, fut consul général de France à Jérusalem de 1904 à 1908. Sur lui, voir Trimbur 1998 ..
La mère d’Ernest, née à Smyrne (maintenant Izmir) le , morte à Paris le , était issue d’une famille arménienne catholique de SmyrneAlliée, au , à la famille d’où est issu Édouard Balladur, lui-même né à Smyrne..
Ernest avait une sœur aînée Antoinette Anna Angélique (Constantinople 1862 – Laval 1924) et un frère cadet Antoine Auguste Amédée (Constantinople - 1886), mort jeune, étant alors militaire.
Ses étudesRelevées dans Qui êtes-vous 1924 . Sur Tinchebray, voir la brochure de L. Roussel, Anciens élèves de Sainte-Marie de Tinchebray (Orne), Paris : 1920, qui contient un témoignage de sa plume. ont été suivies au collège Sainte-Marie de Tinchebray (Orne) chez les Frères de l’Instruction chrétienne, au collège Albert-le-Grand d'Arcueil (dit Dominicains d’Arcueil), et à Paris au lycée Fontanes (aujourd’hui lycée Condorcet) et au lycée Henri-IV. Il a obtenu son baccalauréat ès sciences et le diplôme d’entrée à l’École supérieure nationale des Mines de Paris. Inscrit au tableau de recensement militaire de 1883, il est dispensé de service d'activité en temps de paix à titre de frère de militaireDossier de Légion d'honneur..
Ernest Outrey a été marié trois fois : en 1891 avec Anne Cécile Baudin (Dijon - Saint-Germain-le-Guillaume )Elle est la fille de Pierre Auguste Baudin, né le 14 septembre 1846 à Dijon, marié à Paris avec Renée Apolline Garnier et qualifié de négociant dans l'acte de naissance (AD Côtes d'or, BMS Dijon 1875). C'est lui qu'on retrouve plus tard à Saïgon, comme Procureur général près la Cour d'appel de Saïgon, puis chef du Service judiciaire de l'Indochine. Voir son dossier de Chevalier de la Légion d'honneur de la base Léonore : LH/140/70.. Sa seconde fille Antoinette épousa Georges Antoine Gubiand (1861-1930), ingénieur des Ponts et Chaussées, alors Directeur du Service des travaux publics en Cochinchine puis divorcé. en 1913 à Saïgon avec Gabrielle Agnès Brun (Faverolles (Cantal) – Paris )Acte de mariage du , contrat reçu par Me Gendreau, substituant Me Gigon-Papin, notaire à Saïgon. En 1911, Agnès Brun habitait au 13 rue Spontini, Paris . en 1932 à Paris avec Anne Cécile Baudin à nouveauMariage à Paris le , mairie du , et contrat le 16 février chez , notaire à Paris..
De son premier mariage il eut Amédée Outrey (Saïgon 1892 - 1962), attaché d’ambassade, consul de France, puis chef du Service des Archives des Affaires étrangères, Renée Antonia Paule Ernestine Outrey (Saïgon 1895 - 1983) et Pierrette Marie Louise Outrey (Saïgon 1897 - 1974).
En 1910 il habitait au 84 rue Lauriston, en 1915 au 13 rue Spontini, en 1924-1928 au 46 rue Galilée, en 1933-1938 au 4 square la Fontaine, toutes adresses à Paris . Il a possédé le château du Tertre à Saint-Germain-le-Guillaume (Mayenne) depuis 1926Ce château lui venait de sa seconde femme, Agnès Brun, qui l’avait acheté à partir de 1921 avec quelques dépendances d'Alphonse Penfentenyo de Kervereguin et de son épouse Laure Claudiot-Janet. Agnès Brun ayant fait de son mari son légataire universel par testament du , le château lui revint en 1926 et il en fit donation en 1931 à l’aînée de ses deux filles ; il resta dans la famille jusqu’en 1952. ; c’est là qu’il est mort le Annonce dans Le Figaro du ..
Toute sa famille sauf son fils Amédée (ses deux parents, lui, son frère mort jeune, sa première femme et ses deux filles) est enterrée à Paris au cimetière du Père Lachaise ().
Carrière administrative : premiers postes (1884-1910) Né à l’étranger, Outrey était représentatif d’une classe sociale de long temps établie au Moyen-Orient et qui trouvait naturel de travailler hors du territoire métropolitain Rezzi 2007 . Voir en ligne.. Le il entre dans l'administration coloniale en Indochine, comme commis rédacteur. Il suit un avancement classiqueL' Annuaire général de l'Indo-Chine française (1899-1925), l' Annuaire du Cambodge, le Bulletin administratif de l'Annam, le Bulletin officiel de l'Annam et du Tonkin (voir Gallica) et des sources annexes permettent de retracer les étapes de sa carrière. À noter qu'à cette époque, en Cochinchine, travaillait aussi dans l'administration « Max » (Maxime-Marie-Édouard-Georges) Outrey. Dans certains annuaires administratifs, Ernest est parfois erronément prénommé Antoine-Georges-Amédée-Joseph. : il est d'abord Commis rédacteur, puis Commis principal, passe ensuite Administrateur de le , de le , de le , de le , de le . Il passe ensuite Inspecteur des Services civils le jusqu'en 1910.
On lui connaît les affectations suivantesDétaillées notamment dans son dossier de la Légion d'honneur. : le , nommé commis auxiliaire civil du Commissariat du Tonkin ; le 9/, commis rédacteur de , à la direction de l'Intérieur de Cochinchine, secrétaire de l'arrondissement de Sadec ; le , commis rédacteur de à la même direction, dans l'Arrondissement de Vĩnh Long ; le , commis principal de , le , sous-chef du Bureau politique du Gouvernement général de l'Indochine, le , officier d'académie, le , administrateur stagiaire des Affaires indigènes, le , administrateur de des Affaires indigènes, en 1895 il est chargé de l'administration de la ville du Cap Saint-Jacques, qu'un arrêté venait de détacher de la province de Baria pour la placer sous administration directeBulletin de la Société de géographie commerciale 17 (1895) .Bulletin de la Société de géographie commerciale 19 (1896-1897) .. Il y lance en 1896-1900, avec l'ingénieur Gubiaud, d'importants travaux de modernisation qui la transforment rapidement en une belle ville coloniale et balnéaire de style Art décoElle s'appelle maintenant Vũng Tàu.. le , administrateur de des Affaires indigènes, le , administrateur de des services civils, et à cette époque administrateur de la province du Haut-Donaï en Annam, chef-lieu Djiring à environ de Saïgon, et sous-chef de cabinet du Gouverneur général DanelBrébion 1935. ; en 1904, chef de la province de Thu Dau Mot, dont le chef-lieu de même nom, à l'économie très active, n'est qu'à de Saïgon ; il participe alors très activement au développement de la province ; le , inspecteur des services civils de l'Indochine, en 1908 il est chef de la province de Cantho, à de Saïgon ; lieutenant-gouverneur de la Cochinchine du au et du au Annuaire administratif de l'Indochine, 1925 (partie commerciale).. le , Résident supérieur en Indochine.
Ces affectations lui donnent l'occasion de soutenir la vie locale, puisqu'il est en 1906 président de la Société coloniale des Beaux-Arts, place du théâtre à Saïgon. On le disait capable de parler le vietnamien et de lire le chinois. Il avait alors une orientation républicaine, et passait pour rigide, voire insensible, et extrêmement entreprenant et travailleur. Globalement, sa politique tendait à soutenir le développement local en favorisant le commerce et en développant les infrastructures (routes, ponts, voies ferrées, irrigation), mais sans donner aux populations les moyens de la citoyenneté (il était hostile à l’élaboration d’une constitution coloniale). Notamment : dès son arrivée en Cochinchine, il demande le levé de l’itinéraire d’une route entre Thu Dau Mot et Kratie, sur le fleuve MékongBulletin de la Société des Études indochinoises de Saïgon, 1913.. en , il persuade le Gouvernement de le laisser tenter l’expérience de placer tout le territoire sous franchise douanière (ce qu’il était quasiment déjà, en fait). en 1908, il suggère au Gouverneur la création d'un bureau de colonisation tendant à sauvegarder les intérêts des colons européens vis-à-vis des indigènes, au moyen d'un soutien administratifJung 1908 .. il patronne la publication des cartes de la mission d’exploration de Henri Maître (1883-1914) dans le sud de la Cochinchine, celui-là même qui sera son secrétaire de campagne en 1914Mission Maitre. Région Moï de l'Indochine sud-centrale. Itinéraires des missions E. Maitre-Darlac, 1906-1908. Hinterlands du Cambodge, de la Cochinchine et du Sud-Annam, 1909-1913. Travaux complétés par les levers du Cadastre du Cambodge et les cartes du Service géographique de l'Indochine, publiés sous les auspices de M. A. Sarraut... et de M. E. Outrey. - Hanoï : Service géographique de l'Indochine, [1906-1913]. - 5 feuilles. Paris BNF (Dépt. des Cartes et Plans)..
Il est déjà sensible à l'image et à la représentation des colonies en France. Comme commissaire général de l'exposition cochinchinoise à l’Exposition coloniale de Marseille en 1906, il avait entrepris la construction d’un dinh, un bâtiment de style aussi indochinois qu’indéfini décrit diversement comme un temple, un palais ou une maison de notable, qui devait y figurer. Pour pouvoir l’achever à temps il demanda au Gouverneur général de pouvoir disposer de vingt prisonniers de la prison centrale de Saïgon. Le bâtiment, devant originellement retourner au Laos, finit sa course dans le Jardin colonial de Nogent-sur-MarneFrance and Indochina 2005 ..
C’est le , peu après sa nomination de Résident supérieur, qu’intervient un naufrage faisant plusieurs morts dont le général Léon de Beylié. Quelques chefs-d’œuvre des collections royales de Luang Prabang, embarqués dans la canonnière française La Grandière, disparaissent dans les rapides du Mékong entre Luang Prabang et Vientiane, au début du voyage qui devait amener ces œuvres à Paris pour y être exposéesCet événement a été relaté par la presse parisienne. Même s’il n’est pas nommé, il est impensable qu’Outrey n’ait pas cautionné un tel projet de transfert..
Carrière administrative : Résident supérieur du Laos (1910-1911) Outrey, après vingt-cinq ans de carrière coloniale, accède enfin au poste de Gouverneur des Colonies et est nommé Résident supérieur du Laos d’ à par intérim de Georges Mahé. La capitale en était alors Luang Prabang ; le pays s’était placé sous protectorat français en 1893Voir quelques évocations de cette époque dans Devilar 1927 et Lamagat 1942.. Cette fonction le plaçait sous l’autorité directe du Gouverneur général des Colonies, représentant l’autorité civile et militaire de l’État, qui est alors Albert Jean George Marie Louis Picquié (par intérim) puis Paul Louis LuceVoir dans l' Annuaire administratif de 1911 la composition de son cabinet de Résident supérieur..
Il a laissé son nom à un relais dénommé Sala Outrey, à à l’est-sud-est de Luang Prabang, qui domine la route qui va de Luang Prabang à Vinh sur la côte vietnamienne.
Carrière administrative : Résident supérieur du Cambodge (1911-1914) thumb|upright=1.4|L’affiche sur Angkor de Georges Groslier (1911).